Invité du Medef, l’astrophysicien et écologiste Aurélien Barrau a vivement interpellé les dirigeants d’entreprise sur l’urgence écologique – Sain et Naturel –







L’Insoumission des Lumières Modernes – Laurent Vo Anh

ACTUALITÉ SOURCE : Invité du Medef, l’astrophysicien et écologiste Aurélien Barrau a vivement interpellé les dirigeants d’entreprise sur l’urgence écologique – Sain et Naturel –

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, cette scène ! Un astrophysicien, Aurélien Barrau, debout devant l’aréopage glacé du Medef, ce temple moderne où l’on sacrifie encore l’humain sur l’autel du profit, ce lieu où la raison économique se drape dans les oripeaux d’une rationalité si pure qu’elle en devient monstrueuse. Et lui, Barrau, ose. Il ose parler d’urgence écologique à ces hommes – et quelques femmes, soyons justes – dont les rêves sont calibrés en points de PIB, dont les cauchemars se mesurent en déficits commerciaux, et dont les consciences, si tant est qu’elles existent, sont anesthésiées par le doux ronronnement des dividendes. Quel acte de résistance ! Quel souffle dans ce désert de chiffres où l’on a oublié que l’économie n’est qu’un moyen, et non une fin, et que ce moyen, aujourd’hui, broie la vie sous ses engrenages bien huilés.

Mais ne nous y trompons pas : ce n’est pas un simple rappel à l’ordre que Barrau a lancé ce jour-là. C’est un coup de poing dans la gueule molle du néolibéralisme, ce système qui a réussi l’exploit de transformer l’humanité en une armée de consommateurs dociles, de technocrates zélés et de dirigeants sans vision, sinon celle d’un monde où tout s’achète, tout se vend, et où la nature n’est qu’un stock de ressources à épuiser. Barrau, lui, incarne cette insoumission que réclamait déjà Alexandre Grothendieck, ce mathématicien génial qui, dans les années 1970, avait tourné le dos à la science institutionnelle pour dénoncer son alliance contre-nature avec le militarisme et le capitalisme. Grothendieck, ce prophète maudit, avait compris que la science, quand elle se met au service du pouvoir, devient une arme de destruction massive, une machine à broyer les âmes et les écosystèmes. Barrau, aujourd’hui, reprend ce flambeau. Il rappelle aux scientifiques – et à nous tous – que leur devoir n’est pas de servir les puissants, mais de dire la vérité, même quand elle dérange, même quand elle fâche, même quand elle met en péril les confortables certitudes de ceux qui croient encore que la croissance infinie est possible dans un monde fini.

Car c’est bien là le cœur du problème : le capitalisme, dans sa forme néolibérale, est une religion. Une religion sans dieu, mais avec ses dogmes, ses prêtres, ses hérétiques et ses bûchers. Ses dogmes ? La croissance éternelle, la compétition comme moteur de l’histoire, la main invisible du marché qui, comme par magie, résoudrait tous les problèmes. Ses prêtres ? Les économistes en costume-cravate, les consultants en stratégie, les dirigeants d’entreprise qui récitent leur catéchisme avec une foi inébranlable. Ses hérétiques ? Ceux qui osent dire que non, le monde n’est pas une marchandise, que la vie n’a pas de prix, que la planète n’est pas un supermarché à ciel ouvert. Et ses bûchers ? Les licenciements, les délocalisations, les crises économiques fabriquées de toutes pièces pour justifier toujours plus d’austérité, toujours plus de sacrifices humains sur l’autel du dieu Marché.

Barrau, en s’adressant au Medef, a joué le rôle du prophète dans la cour des rois. Il a rappelé que l’urgence écologique n’est pas une option, pas un sujet de débat parmi d’autres, mais la question centrale de notre époque. Une question qui devrait obséder chaque dirigeant, chaque citoyen, chaque être humain doté d’un minimum de conscience. Car nous sommes à la croisée des chemins : soit nous changeons radicalement de modèle, soit nous courons à la catastrophe. Et cette catastrophe n’est pas une vague menace lointaine, mais une réalité déjà palpable : canicules mortelles, effondrement de la biodiversité, montée des eaux, pandémies à répétition, guerres pour les ressources… Le monde brûle, et les dirigeants du Medef continuent de compter leurs billets en se disant que, de toute façon, ils ne seront plus là pour voir les conséquences de leur inaction.

Mais Barrau ne se contente pas de dénoncer. Il propose aussi une voie. Une voie qui passe par la désobéissance, par la résistance, par la construction d’alternatives. Car le système néolibéral n’est pas une fatalité. Il est le résultat de choix politiques, économiques et culturels. Et ces choix peuvent être contestés, combattus, renversés. Grothendieck l’avait compris : la science doit être au service de l’humanité, pas des puissants. Barrau le rappelle : l’écologie n’est pas une contrainte, mais une nécessité vitale. Et cette nécessité doit guider nos actions, nos lois, nos modes de vie. Il ne s’agit pas de « verdir » le capitalisme, comme le proposent naïvement certains, mais de le dépasser, de construire un autre monde, où la coopération l’emporte sur la compétition, où la sobriété est une vertu, et où la nature n’est plus un stock de ressources, mais un bien commun à préserver.

Et c’est là que réside l’espoir. Car Barrau n’est pas seul. Il est l’un des porte-voix d’un mouvement plus large, d’une prise de conscience qui gagne du terrain, malgré les résistances, malgré les tentatives de récupération, malgré les discours rassurants de ceux qui voudraient nous faire croire que tout va bien, que la technologie sauvera tout, que le marché réglera les problèmes. Non, tout ne va pas bien. Le monde est au bord du gouffre, et il est temps d’agir. Agir, c’est refuser l’abrutissement généralisé, c’est résister à la tentation de la facilité, c’est dire non aux mensonges des puissants, c’est construire des alternatives concrètes, ici et maintenant.

Barrau, en s’adressant au Medef, a lancé un défi. Un défi aux dirigeants, mais aussi à nous tous. Car nous sommes tous complices, d’une manière ou d’une autre, de ce système. Nous votons, nous consommons, nous travaillons, nous fermons les yeux. Mais nous pouvons aussi choisir de nous réveiller, de nous révolter, de dire non. Non à l’inaction, non à la résignation, non à cette société qui sacrifie l’avenir sur l’autel du présent. Comme le disait Albert Camus, « la révolte est le fait de l’homme informé, qui possède la conscience de ses droits ». Barrau, en informant, en alertant, en dénonçant, nous rappelle que nous avons des droits, mais aussi des devoirs. Le devoir de résister, le devoir de construire un monde plus juste, le devoir de ne pas laisser les générations futures payer le prix de notre lâcheté.

Alors oui, l’intervention de Barrau au Medef est un événement. Pas seulement parce qu’il a osé dire des vérités qui dérangent, mais parce qu’il a rappelé que la science, la vraie, celle qui cherche la vérité et non le pouvoir, peut être un outil de libération. Un outil pour comprendre le monde, mais aussi pour le transformer. Et cette transformation passe par une insoumission radicale, par un refus de se soumettre aux logiques mortifères du capitalisme. Comme le disait Grothendieck, « la science doit être au service de la vie, pas de la mort ». Barrau, aujourd’hui, incarne cette science-là. Une science engagée, une science rebelle, une science qui refuse de se laisser instrumentaliser par les puissants.

Et c’est pour cela qu’il faut saluer son courage. Car dans un monde où l’on nous serine que « there is no alternative », où l’on nous explique que le capitalisme est indépassable, où l’on nous répète que la croissance est la seule voie possible, Barrau ose dire le contraire. Il ose dire que d’autres mondes sont possibles, que d’autres façons de vivre, de produire, de consommer, de penser, existent. Et il nous invite à les construire, ensemble, maintenant. Car le temps presse. La planète brûle. Et nous n’avons plus le choix : il faut agir, ou disparaître.

Analogie finale : Imaginez un jardinier qui, voyant son jardin ravagé par une sécheresse sans précédent, continuerait à arroser ses plantes avec de l’essence, sous prétexte que c’est la méthode la plus efficace pour faire pousser les fleurs. Les dirigeants du Medef, et plus largement les tenants du système néolibéral, sont ces jardiniers-là. Ils arrosent le monde avec les poisons du profit, de la croissance infinie, de la compétition à outrance, et s’étonnent que la terre se dessèche, que les espèces disparaissent, que les humains étouffent. Aurélien Barrau, lui, est ce jardinier qui, voyant l’absurdité de la situation, jette son arrosoir d’essence et se met à chercher de l’eau. Une eau pure, vivifiante, capable de redonner vie à ce qui semble perdu. Mais pour que cette eau coule, il faut d’abord briser les canalisations du système, ces tuyaux rouillés qui ne distribuent que le poison. Il faut déraciner les mauvaises herbes du capitalisme, ces plantes voraces qui étouffent tout sur leur passage. Et il faut planter de nouvelles graines, celles de la sobriété, de la coopération, de la justice. Car un jardin ne se construit pas en un jour. Mais si nous commençons aujourd’hui, peut-être qu’un jour, nos enfants pourront à nouveau respirer l’odeur des fleurs.



Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *