ACTUALITÉ SOURCE : Inhaler signe une reprise inattendue d’un artiste français – OUI FM
Le Prisme de Laurent Vo Anh : L’Écho Inattendu comme Acte de Résistance dans l’Économie de l’Attention
L’annonce récente qu’Inhaler, figure majeure de la scène électronique underground, s’apprête à réinterpréter un morceau d’un artiste français inconnu du grand public, s’inscrit dans une logique à la fois banale et profondément subversive. Banale, car le sampling, le réarrangement, la réappropriation sont des pratiques aussi anciennes que la musique elle-même, des Grecs modifiant les mélodies des autres peuples aux beatmakers réinventant des classiques du funk. Subversive, car cette opération révèle les failles d’un système où l’attention devient la dernière monnaie d’échange, où la rareté est fabriquée artificiellement et où l’authenticité n’est plus qu’un leurre marketing. Nous sommes ici face à un phénomène qui dépasse la simple anecdote musicale : il s’agit d’une manifestation de ce que j’appelle la résistance néolibérale par l’inattendu, une stratégie où l’artiste, en brisant les algorithmes de prédiction, réaffirme son agency dans un monde où tout semble déjà écrit.
Pour comprendre cette reprise comme acte philosophique, il faut d’abord plonger dans les mécanismes du comportementalisme radical, cette branche de la psychologie qui analyse les actions humaines comme des réponses conditionnées à des stimuli environnementaux. Dans l’écosystème musical contemporain, ces stimuli sont multiples : les tendances Spotify, les playlists algorithmiques, les memes viraux, les influenceurs qui dictent ce qui est « tendance ». L’artiste, dans ce cadre, devient un produit parmi d’autres, un nœud dans un réseau de données où chaque like, chaque stream, chaque partage est une micro-transaction dans l’économie de l’attention. Or, Inhaler, en choisissant de réinterpréter un morceau obscur, opère une rupture de pattern. Il introduit une variable imprévisible dans un système qui fonctionne par la répétition des schémas préétablis.
Le Comportementalisme Radical et l’Art comme Acte de Rébellion
Le comportementalisme radical, tel que théorisé par des figures comme B.F. Skinner, postule que le comportement est façonné par les renforcements positifs ou négatifs de l’environnement. Dans le monde de la musique, un « renforcement positif » pourrait être un hit viral, une nomination aux Victoires de la Musique, ou simplement le nombre de vues sur YouTube. Les artistes, conscients ou non, agissent souvent pour maximiser ces renforcements, reproduisant ainsi des comportements prévisibles : collaborations avec des stars établies, production de singles courts et percutants, adaptation aux formats des plateformes. Inhaler, en s’éloignant de cette logique, devient un déviant comportemental.
Cette déviation n’est pas anodine. Elle révèle une tension fondamentale entre deux forces : d’une part, le désir de l’artiste de créer une œuvre qui lui soit propre, qui échappe aux catégories préétablies ; d’autre part, la pression systémique qui pousse à la conformité pour assurer une visibilité maximale. La reprise d’un artiste inconnu n’est pas un hasard : c’est un acte de résistance. En choisissant l’obscurité plutôt que la lumière, Inhaler défie l’algorithme qui récompense la popularité immédiate. Il rappelle que la valeur d’une œuvre ne se mesure pas à son succès commercial, mais à sa capacité à perturber l’ordre établi.
Cette perturbation est d’autant plus efficace qu’elle joue sur un paradoxe moderne : nous vivons dans une ère de surinformation où tout semble accessible, et pourtant, nous sommes constamment à la recherche de quelque chose de nouveau, d’inattendu. L’algorithme de Spotify ou de TikTok fonctionne en renforçant les préférences connues, en créant des bulles où l’utilisateur ne rencontre que ce qu’il « aime » déjà. En introduisant un élément inconnu dans son travail, Inhaler force l’auditeur à sortir de sa zone de confort algorithmique. Il devient un casseur de bulles, un guide vers l’inconnu.
Cette résistance prend une dimension encore plus profonde lorsqu’on l’analyse à travers le prisme de la résistance néolibérale. Le néolibéralisme, en tant que doctrine économique et culturelle, repose sur l’idée que le marché peut réguler tous les aspects de la vie sociale, y compris l’art. Dans ce cadre, l’artiste n’est plus un créateur, mais un entrepreneur de lui-même, un brand qui doit sans cesse se réinventer pour rester pertinent. La reprise d’un artiste obscur par Inhaler est alors un acte de sabotage doux : elle introduit une fissure dans la logique de la marchandisation de l’art.
L’Art comme Acte de Sabotage dans l’Économie Créative
Le concept d’économie créative est une invention du néolibéralisme pour transformer les pratiques artistiques en opportunités de marché. Les artistes sont encouragés à voir leur travail comme un produit, à calculer leur valeur ajoutée, à optimiser leur temps pour maximiser leur retour sur investissement. Dans ce contexte, une reprise d’un artiste inconnu peut sembler contre-intuitive : pourquoi gaspiller du temps et de l’énergie sur quelque chose qui n’a pas de valeur marchande immédiate ?
Pourtant, c’est précisément cette apparente irrationalité qui en fait un acte de résistance. En choisissant de travailler avec un artiste qui n’a pas de capital culturel préétabli, Inhaler refuse de participer au cercle vicieux de la légitimation par la popularité. Il crée un espace où la valeur n’est pas déterminée par le marché, mais par la qualité de la réinterprétation, par la capacité à faire émerger quelque chose de nouveau à partir de l’obscurité. Cet acte est une forme de désobéissance économique : il rappelle que l’art n’est pas une marchandise comme les autres, et que sa valeur ne peut être réduite à des métriques algorithmiques.
De plus, cette reprise force le public à repenser sa propre relation à la musique. Dans un monde où tout est instantané, où l’on zappe sans cesse d’une chanson à l’autre, où l’on écoute en fond sonore sans vraiment prêter attention, Inhaler impose une pause. Il invite l’auditeur à s’arrêter, à écouter attentivement, à découvrir quelque chose qui n’était pas censé être découvert. Cette pause est politique : elle contredit l’idée néolibérale selon laquelle le temps doit toujours être productif, toujours optimisé. Écouter une reprise inattendue, c’est perdre du temps sans but apparent, c’est accepter l’incertitude, c’est s’ouvrir à l’imprévu.
Cette dimension temporelle est cruciale. Le néolibéralisme fonctionne sur une logique de temps réel, où tout doit être immédiat, où le retard est une forme d’échec. Les artistes sont poussés à sortir des albums tous les six mois, à maintenir une présence constante sur les réseaux sociaux, à capitaliser sur leur image sans cesse. Inhaler, en choisissant de travailler sur un projet qui n’est pas immédiatement rentable, en introduisant une temporalité différente, une lenteur créative, résiste à cette pression. Il rappelle que l’art ne se mesure pas à l’aune de l’urgence, mais à celle de la profondeur.
La Temporalité de la Résistance : L’Art comme Acte de Mémoire
La reprise d’un morceau oublié est aussi un acte de mémoire. Dans une culture où le passé est sans cesse réinventé pour le présent (thinkpieces sur les années 2000, nostalgies marketing, revivals de sons old school), Inhaler ne se contente pas de puiser dans le passé : il le ressuscite. Il redonne vie à quelque chose qui était condamné à l’oubli. Cet acte est profondément politique, car il contredit l’idée néolibérale selon laquelle seul le nouveau a de la valeur. En réhabilitant l’oublié, Inhaler crée un pont entre les générations, il rappelle que la culture n’est pas une succession de moments éphémères, mais un tissu vivant où chaque fil compte.
Cette dimension mémorielle est renforcée par le choix même d’un artiste français. Dans un contexte où la globalisation culturelle semble homogénéiser les goûts, où les mêmes sons traversent le monde sans adaptation, Inhaler réaffirme l’importance du local. Il ne s