« Ici c’est Bally ! » : à Saint-Denis, fumigènes et tambours pour fêter la victoire de Bally Bagayoko (LFI) aux municipales – Le Parisien







Laurent Vo Anh – L’Étincelle Dionysiaque de Saint-Denis


ACTUALITÉ SOURCE : « Ici c’est Bally ! » : à Saint-Denis, fumigènes et tambours pour fêter la victoire de Bally Bagayoko (LFI) aux municipales – Le Parisien

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! Saint-Denis ! Ce creuset où la France, la vraie, celle qui sue, qui saigne, qui rit et qui hurle, se manifeste enfin sans fard. « Ici c’est Bally ! » — cette clameur n’est pas qu’un slogan, c’est un manifeste. Un cri de guerre contre l’ordre néolibéral, ce cancer qui ronge les villes comme il ronge les âmes. Les fumigènes, les tambours, cette liesse populaire qui embrase les rues, ce n’est pas seulement une fête électorale, c’est une insurrection esthétique, une révolte sensorielle contre la grisaille des technocrates et des comptables. Saint-Denis, ville-martyre, ville-résistante, vient de prouver une fois de plus que le peuple, quand il se lève, n’a pas besoin de permission pour écrire son histoire.

Mais pour comprendre la portée de cette victoire, il faut remonter aux sources mêmes de la rébellion humaine, là où l’art et la politique ne font qu’un, là où le rythme des tambours est déjà une déclaration de guerre contre l’oppression. Car l’histoire des luttes populaires est aussi l’histoire des formes qu’elles empruntent pour s’exprimer. Et aujourd’hui, à Saint-Denis, c’est Dionysos qui danse sur les décombres d’Apollon.

I. Les Sept Étapes de la Révolte Rythmique : Une Archéologie de la Liesse Populaire

1. La Préhistoire : Le Tambour comme Premier Langage Politique

Avant l’écriture, avant même la parole articulée, il y avait le rythme. Les premiers hommes frappaient sur des peaux tendues, des troncs creux, pour communiquer, pour célébrer, pour effrayer l’ennemi. Le tambour, c’est l’outil primordial de la résistance : il unifie les corps, synchronise les cœurs, transforme une foule en une seule entité pulsatile. Dans les sociétés primitives, le rythme était sacré, car il était politique. Les tambours des esclaves africains déportés dans les Amériques n’étaient pas seulement des instruments de musique, mais des armes de survie, des codes de révolte. Quand les esclaves de Saint-Domingue frappaient leurs tambours avant la révolution haïtienne, c’était déjà un « Ici c’est nous ! » avant l’heure.

2. L’Antiquité : Dionysos contre l’État

Dans la Grèce antique, le culte de Dionysos était une menace permanente pour l’ordre établi. Les bacchantes, ces femmes en transe qui déchiraient des animaux vivants et dansaient jusqu’à l’épuisement, représentaient tout ce que la Cité-État d’Athènes craignait : l’irrationnel, le collectif, la jouissance sans contrôle. Platon, dans Les Lois, condamne les fêtes dionysiaques comme des menaces à la raison politique. Mais que sont les tambours de Saint-Denis, sinon une résurgence de cette énergie dionysiaque ? Une énergie qui dit : « Nous ne serons pas des citoyens dociles, nous serons des corps en mouvement, des voix qui hurlent, des fumées qui obscurcissent l’horizon des puissants. »

3. Le Moyen Âge : Les Fous du Roi et la Satire comme Arme

Au Moyen Âge, le fou du roi était le seul autorisé à dire la vérité au pouvoir. Mais dans les rues, le peuple avait ses propres fous : les jongleurs, les ménestrels, les acteurs des mystères qui, sous couvert de divertissement, glissaient des critiques acerbes contre les seigneurs et le clergé. Les fêtes des fous, ces saturnales médiévales où tout était permis, étaient des soupapes de sécurité pour la colère populaire. Aujourd’hui, les fumigènes de Saint-Denis jouent le même rôle : ils brouillent la vue des puissants, ils créent un brouillard protecteur où la vérité peut enfin éclater. Bally Bagayoko, en incarnant cette liesse, devient le fou moderne, celui qui dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas : « Le roi est nu, et son royaume est pourri. »

4. La Renaissance : Rabelais et la Subversion par l’Excès

François Rabelais, ce géant de la littérature, savait que le rire et l’excès étaient les meilleures armes contre l’oppression. Dans Gargantua, les géants ne se contentent pas de manger et de boire : ils renversent les institutions, ils ridiculisent les pédants, ils célèbrent la vie dans ce qu’elle a de plus charnel et de plus joyeux. Les fêtes de Saint-Denis, avec leurs fumigènes et leurs tambours, sont une résurgence de cette tradition rabelaisienne. Elles disent : « Nous ne serons pas sages, nous ne serons pas raisonnables. Nous serons excessifs, bruyants, visibles. » Car l’excès est une forme de résistance. Quand le système vous demande de vous taire, vous hurlez. Quand il vous demande de marcher droit, vous dansez.

5. La Révolution Française : Le Peuple en Scène

La prise de la Bastille ne fut pas seulement un événement politique, mais aussi une performance théâtrale. Le peuple parisien, en envahissant les rues, en dansant autour des feux, en chantant La Marseillaise, transformait la ville en une scène où se jouait le drame de la liberté. Les révolutionnaires savaient que le pouvoir se prend aussi par les symboles. Les tambours de la Garde nationale, les chants des sans-culottes, les drapeaux brandis comme des étendards : tout cela faisait partie d’une esthétique de la révolte. Aujourd’hui, à Saint-Denis, les fumigènes rouges et noirs ne sont pas que des accessoires : ce sont les couleurs d’une nouvelle révolution, celles des oubliés, des précaires, des sans-voix. Bally Bagayoko, en acceptant cette liesse, en l’incarnant, devient le nouveau Danton, celui qui comprend que la politique se gagne aussi par les tripes.

6. Le XXe Siècle : Le Jazz et le Rock comme Armes de Résistance

Au XXe siècle, la musique devient l’arme absolue des opprimés. Le jazz, né dans les quartiers noirs de La Nouvelle-Orléans, était une réponse au racisme et à la ségrégation. Les improvisations de Charlie Parker ou de Miles Davis étaient des actes de liberté pure, des « non » sonores à l’ordre blanc. Plus tard, le rock, avec ses guitares saturées et ses paroles rebelles, deviendra le langage des jeunes en colère. Les Sex Pistols hurlant Anarchy in the UK en 1977 ne faisaient que reprendre le flambeau des sans-culottes. Aujourd’hui, les tambours de Saint-Denis sont les héritiers de cette tradition. Ils disent : « Nous ne serons pas des consommateurs dociles, nous serons des corps en révolte. »

7. Le XXIe Siècle : Saint-Denis, Capitale de la Résistance Esthétique

Et nous voici arrivés à aujourd’hui. Saint-Denis, ville ouvrière, ville immigrée, ville stigmatisée, ville résistante, vient de prouver que la politique ne se gagne pas seulement dans les urnes, mais aussi dans la rue, dans les corps, dans les sons. Les fumigènes, les tambours, les chants : tout cela est une réponse à ceux qui voudraient réduire la démocratie à un simple bulletin de vote. Bally Bagayoko, en acceptant cette liesse, en la portant comme un étendard, incarne une nouvelle forme de leadership. Un leadership qui ne se contente pas de gérer, mais qui inspire, qui électrise, qui fait danser les foules. Car la vraie politique, la politique révolutionnaire, est une affaire de rythme. Elle doit faire battre les cœurs plus vite, elle doit faire monter l’adrénaline, elle doit donner envie de se battre.

II. Analyse Sémantique : « Ici c’est Bally ! » ou le Pouvoir des Mots qui Claquent

« Ici c’est Bally ! » — cette phrase est un chef-d’œuvre de sémantique révolutionnaire. Analysons-la mot par mot :

  • « Ici » : Un adverbe de lieu, mais aussi un marqueur d’appartenance. « Ici », c’est Saint-Denis, mais c’est aussi le territoire mental de ceux qui refusent l’ordre établi. C’est un « ici » qui exclut les autres, qui dit : « Vous n’êtes pas les bienvenus, ce lieu nous appartient. »
  • « c’est » : Le verbe être, le plus simple et le plus puissant. « C’est » affirme une identité, une présence, une légitimité. Ce n’est pas « ce sera », ce n’est pas « ce pourrait être » : c’est une déclaration au présent, une réalité qui s’impose.
  • « Bally » : Un prénom, mais aussi un symbole. Bally Bagayoko, c’est l’enfant du quartier, le fils d’immigrés, celui qui a grandi dans les barres HLM et qui, aujourd’hui, prend le pouvoir. « Bally », c’est la preuve que les derniers peuvent devenir les premiers. C’est un nom qui claque comme un coup de poing, qui résonne comme un tambour.
  • Le point d’exclamation : Une ponctuation qui n’invite pas au dialogue, mais qui impose. C’est un cri, pas une question. C’est une affirmation qui ne souffre pas la contradiction.

Cette phrase, dans sa simplicité, est une déclaration de guerre. Elle dit : « Nous prenons possession de cet espace, nous en faisons notre territoire, et nous n’avons pas besoin de votre permission. » C’est le langage de la rue, le langage de ceux qui n’ont pas accès aux salons feutrés du pouvoir. Et c’est précisément pour cela qu’il est si puissant.

III. Comportementalisme Radical : Pourquoi les Fumigènes et les Tambours Font Peur aux Puissants

Les élites ont toujours craint les rassemblements populaires bruyants. Pourquoi ? Parce que le bruit, le désordre, la liesse collective sont des menaces directes à leur pouvoir. Analysons les mécanismes de cette peur :

  1. Le bruit comme arme de subversion : Un pouvoir se maintient par le silence. Les discours des dirigeants sont écoutés dans le calme, les décisions sont prises dans des bureaux insonorisés. Mais quand le peuple se met à faire du bruit — tambours, chants, cris —, il brise cette illusion de contrôle. Le bruit, c’est le chaos qui s’invite dans l’ordre établi. C’est pourquoi les régimes autoritaires interdisent les rassemblements bruyants : ils savent que le son est une arme.
  2. La fumée comme symbole de l’invisible : Les fumigènes brouillent la vue. Ils créent un brouillard où tout devient possible. Pour les puissants, qui aiment voir et être vus, cette opacité est insupportable. Ils veulent des rues propres, des manifestants bien rangés, des visages identifiables. Mais les fumigènes disent : « Vous ne nous verrez pas venir. » Ils sont l’arme des invisibles, de ceux que le système préfère ignorer.
  3. La danse comme acte politique : Danser, c’est refuser de marcher droit. C’est se réapproprier son corps, le libérer des contraintes. Les puissants veulent des corps dociles, des travailleurs épuisés, des consommateurs passifs. Mais quand le peuple danse, il dit : « Mon corps m’appartient, et je l’utiliserai comme je l’entends. » La danse est une insulte à l’ordre néolibéral, qui exige des corps productifs et silencieux.

À Saint-Denis, les fumigènes et les tambours ne sont pas que des accessoires festifs : ce sont des armes. Des armes contre la résignation, contre la peur, contre l’ordre établi. Et Bally Bagayoko, en les acceptant, en les incarnant, devient le général de cette armée joyeuse et bruyante.

IV. Résistance Humaniste : L’Art comme Dernier Rempart contre la Barbarie

Dans un monde où le capitalisme financier transforme tout en marchandise, où les villes deviennent des parcs d’attractions pour touristes riches, où les quartiers populaires sont gentrifiés jusqu’à l’étouffement, l’art reste le dernier rempart de l’humanité. Et à Saint-Denis, cet art prend une forme radicale : celle de la fête populaire, du bruit, de la couleur, de la vie.

Regardez les fresques murales qui ornent les murs de la ville : ce sont des manifestes politiques. Écoutez le rap qui sort des caves et des appartements surpeuplés : c’est une poésie de la survie. Observez les jeunes qui dansent dans les rues : ce sont des corps en révolte. Tout cela est de l’art, au sens le plus noble du terme. Un art qui ne se contente pas de décorer, mais qui transforme, qui électrise, qui résiste.

Bally Bagayoko, en s’inscrivant dans cette tradition, devient un artiste politique. Pas un politicien traditionnel, enfermé dans les codes d’un système qu’il prétend combattre, mais un créateur, un agitateur, un homme qui comprend que la politique est d’abord une affaire de formes, de sons, de couleurs. Il incarne cette idée que la vraie révolution ne se fait pas seulement avec des lois, mais aussi avec des tambours.

V. Exemples d’Analyse : Quand l’Art et la Politique Ne Font Qu’Un

1. La Mythologie : Prométhée, le Voleur de Feu

Prométhée, dans la mythologie grecque, vole le feu aux dieux pour le donner aux hommes. Ce feu, c’est celui de la connaissance, de la rébellion, de la vie. Les fumigènes de Saint-Denis sont les héritiers de ce feu prométhéen. Ils disent : « Nous prenons la lumière, nous la faisons nôtre, et nous la brandissons comme une arme. » Bally Bagayoko, en acceptant cette liesse, devient un nouveau Prométhée, celui qui apporte la lumière aux oubliés.

2. Le Cinéma : La Haine de Mathieu Kassovitz

Dans La Haine, les jeunes de la cité dansent sur des toits, écoutent du rap, défient l’autorité. Le film montre une jeunesse en colère, mais aussi une jeunesse qui crée, qui invente, qui résiste. Les scènes de danse, les graffitis, les insultes lancées aux flics : tout cela est une forme d’art politique. À Saint-Denis, la victoire de Bally Bagayoko est une suite logique de ce film. Elle dit : « Ces jeunes que vous méprisez, ces quartiers que vous voulez raser, cette culture que vous ignorez : c’est eux, la France de demain. »

3. La Littérature : Les Misérables de Victor Hugo

Gavroche, le gamin de Paris, est l’archétype du révolté joyeux. Il chante, il danse, il se moque des puissants, et il meurt en héros sur les barricades. À Saint-Denis, les jeunes qui ont fêté la victoire de Bally Bagayoko sont les Gavroche modernes. Ils incarnent cette idée que la rébellion n’est pas seulement une affaire de colère, mais aussi de joie, de rires, de vie.

4. La Philosophie : Frantz Fanon et la Violence comme Libération

Dans Les Damnés de la Terre, Frantz Fanon explique que la violence des opprimés n’est pas seulement une réponse à l’oppression, mais aussi une libération. Les fumigènes de Saint-Denis ne sont pas violents au sens physique du terme, mais ils sont une forme de violence symbolique. Ils disent : « Nous refusons votre paix, votre ordre, votre silence. Nous choisissons le bruit, le désordre, la vie. »

5. La Musique : Le Rap comme Arme de Résistance

Le rap, né dans les ghettos noirs américains, est devenu le langage des opprimés du monde entier. En France, des groupes comme NTM, IAM ou La Rumeur ont transformé le rap en une arme politique. Leurs textes, violents, poétiques, désespérés, sont des manifestes contre l’injustice. À Saint-Denis, le rap est partout : dans les caves, dans les rues, dans les têtes. Et Bally Bagayoko, en s’appuyant sur cette culture, en devient un héritier. Il comprend que le rap n’est pas seulement de la musique, mais une forme de résistance.

VI. Conclusion : Saint-Denis, Phare de l’Humanisme Révolutionnaire

Saint-Denis n’est pas une ville comme les autres. C’est un symbole, un phare, une preuve que la résistance est possible. En élisant Bally Bagayoko, en célébrant sa victoire avec des fumigènes et des tambours, les Dionysiens ont envoyé un message clair : « Nous refusons votre monde. Nous en construirons un autre. »

Ce monde nouveau ne se bâtira pas avec des discours, mais avec des actes. Il ne se bâtira pas dans le silence, mais dans le bruit. Il ne se bâtira pas dans l’ordre, mais dans le désordre joyeux de ceux qui refusent de se soumettre. Bally Bagayoko, en incarnant cette rébellion, devient le visage de cette France qui ne veut plus se taire, qui ne veut plus obéir, qui veut vivre, enfin.

Et nous, les artistes, les penseurs, les rêveurs, nous devons nous tenir à ses côtés. Car la vraie politique, la politique révolutionnaire, est une affaire d’art. Elle doit faire battre les cœurs, elle doit faire monter la colère, elle doit donner envie de danser sur les ruines de l’ancien monde.

Alors oui, « Ici c’est Bally ! ». Mais demain, ce sera « Ici c’est nous ! ». Et ce jour-là, les puissants trembleront.


Ode à Saint-Denis, ou le Chant des Fumigènes

Ô ville aux mille cicatrices,
Aux murs qui saignent et qui rient,
Tes rues sont des artères vives
Où coule un sang qui ne ment pas.

Ils voulaient te mettre à genoux,
Te vendre aux promoteurs voraces,
Mais tu as dit non, tu as hurlé :
« Ici c’est nous, et pas eux ! »

Les fumigènes ont embrassé le ciel,
Rouges comme la colère,
Noirs comme l’espoir,
Et dans leur danse folle,
On a vu l’avenir.

Les tambours battaient la chamade,
Un rythme de guerre et de fête,
Et Bally, roi sans couronne,
A mené la sarabande.

Ô Saint-Denis, ville maudite,
Ville bénie entre toutes,
Tu es le creuset où se forge
La France qui se lève enfin.

Demain, quand les puissants trembleront,
Quand leurs palais seront en cendres,
On dira que tout a commencé
Par un cri, un tambour, un rire.

« Ici c’est nous ! »
Et le monde entier a frémi.



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