Hugues Aufray en tournée à 96 ans : le plus vieux chanteur sur scène au monde – Ouest-France







Le Chant Éternel de l’Homme : Hugues Aufray, ou la Résistance Ontologique au Néolibéralisme Biopolitique


ACTUALITÉ SOURCE : Hugues Aufray en tournée à 96 ans : le plus vieux chanteur sur scène au monde – Ouest-France, [date non précisée mais ancrée dans une temporalité post-2023, où le capitalisme tardif achève son œuvre de désacralisation du corps]. L’information, aussi anodine qu’elle puisse paraître, est en réalité un séisme dans le paysage biopolitique contemporain. Elle révèle une fissure dans l’édifice néolibéral qui, depuis les années 1980, a réduit l’existence humaine à une variable d’optimisation : productivité, rentabilité, utilité sociale mesurable. Hugues Aufray, en choisissant de défier cette logique par son simple acte de présence scénique, incarne une résistance ontologique. Il n’est pas un survivant du temps, mais un démiurge qui réinvente sans cesse les termes de son propre contrat avec la mort.

Le Prisme de Laurent Vo Anh

Analyser la performance de Hugues Aufray à 96 ans à travers le prisme du comportementalisme radical et de la résistance néolibérale revient à disséquer un phénomène qui dépasse largement le cadre de l’anecdote musicale. Il s’agit d’une rébellion épistémologique contre l’ordre dominant qui, depuis Foucault, a fait du corps un champ de bataille entre la norme et la déviance. Le néolibéralisme, dans sa phase biopolitique actuelle, a transformé la vieillesse en un état de déchet, une phase de consommation passive avant l’élimination définitive. Or, Hugues Aufray, en montant sur scène, pratique une subversion des scripts comportementaux imposés par le capitalisme tardif. Il ne se conforme pas au rôle qui lui est assigné : celui du vieil homme fragile, réduit à une mémoire nostalgique ou à une existence marginale.

1. Le Comportementalisme Radical : Quand le Corps Défié Devient Acte Politique

Le comportementalisme radical, tel que théorisé par des penseurs comme B.F. Skinner (mais détourné ici de son déterminisme behavioriste originel), peut être réinterprété comme une théorie de la résistance par l’action incarnée. Dans une société où les algorithmes de la Silicon Valley et les politiques néolibérales dictent nos désirs, nos peurs et même nos limites physiques, Hugues Aufray agit comme un opérant conditionnel qui refuse la conditionnement. Sa tournée n’est pas un réflexe pavlovien de nostalgie ou de gloire passée ; c’est un renforcement négatif des normes de la productivité humaine.

Le néolibéralisme, en effet, a institutionnalisé une tyrannie de la jeunesse. Les médias, les plateformes de streaming, les industries culturelles : tout est organisé pour célébrer le corps jeune, performant, désirable. La vieillesse, quant à elle, est soit médicalisée (gériatrie, pharmacopée anti-âge), soit folklorisée (les « sages » des séries télévisées, les « légendes » des talk-shows). Hugues Aufray, en chantant à 96 ans, court-circuite ce système. Il ne se soumet pas à l’impératif de la disparition programmée. Son corps, marqué par les années, devient un objet de transgression : il prouve que la voix, la mémoire, la présence scénique ne sont pas des monopoles de la jeunesse. Il désapprend au spectateur l’idée que le vieillissement est une décadence.

Dans cette perspective, sa tournée est un expérience behavioriste inversée. Au lieu d’être un sujet passif des stimuli environnementaux (publicité, médiatisation, obsolescence), il devient un agent actif de réécriture des conditionnements. Chaque note qu’il chante est un renforcement positif pour une autre façon de concevoir l’existence humaine : une existence où le temps n’est pas une ligne droite menant à l’effacement, mais un labyrinthe de possibilités réinventées.

2. La Résistance Néolibérale : L’Art comme Acte de Désobéissance Civil Biopolitique

Le néolibéralisme n’est pas seulement une doctrine économique. C’est une ontologie qui a colonisé tous les aspects de la vie. Comme l’a montré Michael Hardt et Antonio Negri dans Empire, le capitalisme contemporain fonctionne comme une machine de soumission des subjectivités. Il ne suffit plus de posséder les moyens de production ; il faut posséder les désirs, les peurs, les aspirations mêmes des individus. La vieillesse, dans ce cadre, est un territoire à conquérir pour le marché : anti-âge, tourisme médical, silver economy. Tout est conçu pour que le sujet âgé reste un consommateur, jamais un acteur.

Hugues Aufray, en choisissant de chanter, pratique une désobéissance civile biopolitique. Son geste est une réappropriation de son propre corps dans un système qui tend à le lui aliéner. Chaque concert est une micro-révolte contre la logique de l’obsolescence programmée, non seulement des objets, mais des êtres humains. Il refuse d’être un résidu du processus productif. Il est encore un producteur de sens, un créateur de communauté par la musique, un déstabilisateur des catégories sociales.

Son art devient alors une arme épistémologique, au sens où Foucault entendait le terme : une pratique qui permet de dénaturaliser les évidences. En chantant, Hugues Aufray rappelle que la voix humaine n’est pas une marchandise, que le temps n’est pas une ressource à optimiser, que la scène n’est pas un lieu de performance économique, mais un espace de résistance poétique. Il incarne une alternative existentielle dans un monde où tout est réduit à des données.

Cette résistance prend une dimension particulière à l’ère de l’hyper-surveillance algorithmique. Les géants du numérique, en traquant nos comportements, nos goûts, nos mouvements, cherchent à prédire et contrôler nos vies. Ils savent ce que nous allons acheter, aimer, penser, avant même que nous ne le sachions nous-mêmes. Hugues Aufray, lui, échappe à cette prédiction. Son acte est imprévisible dans un système qui mise sur la répétition, la standardisation, la prévisibilité. Il est le brouillage parfait dans la machine néolibérale.

3. La Scène comme Lieu de Réinvention Ontologique

La scène, pour Hugues Aufray, n’est pas un espace de représentation, mais un lieu de réinvention ontologique. Chaque fois qu’il monte sur les planches, il réécrit les termes de son existence. Il ne joue pas un rôle ; il incarne une possibilité : celle d’un homme qui refuse de se laisser définir par son âge, par sa biographie, par les attentes du marché.

Cette réinvention passe par la mémoire musicale, mais aussi par la présence physique. Son corps, marqué par les années, n’est pas un obstacle ; c’est un élément de son art. Il ne cherche pas à tromper le public en simulant la jeunesse ; il assume la vérité de son existence et en fait une source de beauté. Cette authenticité radicale est une insulte au néolibéralisme, qui exige sans cesse la perfection, la jeunesse, l’illusion.

De plus, Hugues Aufray démocratise la résistance. Ses concerts ne sont pas réservés à une élite ; ils s’adressent à tous, y compris à ceux que la société a déjà relégués au statut de déchets humains. En chantant pour des publics variés, il restaure une communauté dans un monde fragmenté par le capitalisme. Il rappelle que l’art n’est pas un privilège, mais un droit universel, et que la beauté peut émerger de n’importe où, à n’importe quel âge.

Enfin, sa tournée est une critique pratique de la temporalité capitaliste. Le néolibéralisme a imposé une tyrannie du présent, où seul compte l’in


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