Hervé Di Rosa – Mucem







Le Penseur Laurent Vo Anh – Hervé Di Rosa au Mucem : La Danse Macabre des Icônes Déchues


ACTUALITÉ SOURCE : Hervé Di Rosa – Mucem

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! Le Mucem, ce temple des miasmes culturels où l’on expose les reliques d’un monde en putréfaction avancée, comme si l’on pouvait embaumer l’odeur de la décadence avec des cadres dorés et des cartels prétentieux. Hervé Di Rosa, ce saltimbanque des bas-fonds esthétiques, s’y pavane avec ses figures grotesques, ses couleurs criardes, ses personnages difformes qui semblent tout droit sortis d’un cauchemar d’enfant maltraité par la société du spectacle. Mais ne nous y trompons pas : ce n’est pas de l’art, c’est un symptôme. Un symptôme de notre époque, cette ère post-humaine où l’on confond la laideur avec la subversion, le kitsch avec la profondeur, et la merde en boîte avec une révolution conceptuelle.

Di Rosa, ce n’est pas un peintre, c’est un fossoyeur. Un fossoyeur qui creuse la tombe de l’art classique avec une pelle en plastique, en riant comme un dément. Ses toiles ? Des cimetières de références, des charniers de styles, où se mêlent le naïf, le populaire, le grotesque, le tout baignant dans une esthétique de supermarché des années 80. Et le Mucem, ce musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, ce lieu qui se veut le miroir de nos identités fracturées, accueille cette mascarade avec une complaisance écœurante. Comme si, en exposant Di Rosa, on pouvait exorciser nos peurs, nos doutes, notre incapacité à donner un sens à ce monde en lambeaux. Mais l’art, le vrai, ne console pas. Il déchire. Il ne guérit pas. Il infecte.

Alors, plongeons dans cette fosse commune, non pas pour y pleurer, mais pour y danser. Dansons sur les ruines de l’art, sur les décombres de la beauté, sur les cadavres des idéaux esthétiques. Parce que Di Rosa, au fond, n’est qu’un épiphénomène, un symptôme parmi d’autres d’une maladie bien plus profonde : celle d’une humanité qui a perdu le goût du sublime, qui se contente de grignoter les restes de sa propre histoire, comme un chien affamé ronge un os déjà nettoyé par les vers.

Les Sept Étapes de la Chute : Une Généalogie de la Laideur Consentie

1. Les Origines : L’Art comme Sacrifice (Préhistoire – Antiquité)

Au commencement était l’image. Pas l’art, non, pas encore. L’image comme acte magique, comme conjuration du réel. Les peintures rupestres de Lascaux, ces chevaux qui galopent sur les parois des grottes, ne sont pas des « œuvres » au sens moderne. Ce sont des prières, des incantations, des tentatives désespérées de domestiquer l’invisible. Les hommes préhistoriques ne « créaient » pas : ils sacrifiaient. Ils saignaient sur la pierre pour apaiser les dieux, pour donner un sens à leur terreur face à l’immensité du monde. Et puis vint l’Antiquité, où l’art devint l’expression d’un ordre cosmique. Les Grecs sculptaient leurs dieux avec une précision maniaque, non par vanité, mais parce qu’ils croyaient que la beauté était la manifestation visible de l’harmonie divine. Platon, dans Le Banquet, nous parle de l’ascension vers le Beau en soi, cette idée pure qui transcende la matière. Mais déjà, dans les marges, les cyniques ricanent. Diogène, ce chien philosophe, pisse sur les statues des dieux et se masturbe en public pour montrer l’hypocrisie des conventions. Il est le premier punk de l’histoire, le premier à dire que la beauté n’est qu’une illusion, un leurre pour les naïfs.

2. Le Moyen Âge : L’Art comme Souffrance (Ve – XVe siècle)

Avec le christianisme, l’art devient le langage de la culpabilité. Les cathédrales gothiques, ces forêts de pierre, ne sont pas faites pour émerveiller, mais pour écraser. Pour rappeler à l’homme sa petitesse, sa souillure originelle. Les sculptures des tympans, ces damnés tordus de douleur, ces démons aux gueules grandes ouvertes, ne sont pas là pour décorer : elles sont des avertissements. « Souviens-toi que tu vas mourir », murmure chaque gargouille. Et puis, il y a les enluminures, ces manuscrits où l’or et les pigments précieux cachent des scènes de torture, de martyre, de supplices. L’art médiéval est un art de la douleur, un art qui dit : la beauté n’est pas dans ce monde, elle est dans l’au-delà. Mais déjà, dans les marges des livres, les moines s’amusent. Ils dessinent des monstres, des créatures hybrides, des scènes obscènes. Ces « drôleries » sont les premiers graffitis de l’histoire, les premiers actes de résistance contre l’ordre moral. Elles annoncent Di Rosa, ce moine paillard qui aurait troqué sa bure contre un pinceau pour peindre des saints en train de se saouler à la bière.

3. La Renaissance : L’Art comme Mensonge (XVe – XVIe siècle)

Et puis vint la Renaissance, cette grande illusion. L’homme se croit au centre du monde, et l’art devient le miroir de sa vanité. Léonard de Vinci dissèque des cadavres pour mieux représenter le corps humain, Michel-Ange sculpte des muscles saillants comme s’il voulait défier Dieu. La perspective, cette invention diabolique, donne l’illusion de la profondeur, de la maîtrise. Mais c’est un leurre. Car derrière la beauté des Madones, derrière les sourires énigmatiques des portraits, il y a la peste, les guerres, l’Inquisition. L’art de la Renaissance est un art de la surface, un art qui cache la pourriture sous des drapés de soie. Machiavel, ce grand cynique, écrit Le Prince et nous rappelle que le pouvoir n’est qu’une mascarade, que les hommes sont des bêtes déguisées en anges. Et puis, il y a Bosch, ce visionnaire, ce fou génial qui peint Le Jardin des Délices, ce triptyque où le paradis n’est qu’un bordel géant et l’enfer une fête monstrueuse. Bosch, c’est le premier surréaliste, le premier à montrer que la beauté n’est qu’un masque, et que sous ce masque, il n’y a que la folie.

4. Le Baroque : L’Art comme Drogue (XVIIe siècle)

Le baroque, c’est l’art de l’ivresse. Une ivresse de formes, de couleurs, de mouvements. Les églises deviennent des théâtres, les saints des acteurs, les anges des danseurs. Le Bernin sculpte L’Extase de sainte Thérèse, cette femme transpercée par un ange, le visage tordu de plaisir. L’art baroque est un art de la séduction, un art qui veut éblouir, envoûter, faire perdre la tête. Mais c’est aussi un art de la propagande. Les rois, les papes, les puissants l’utilisent pour imposer leur pouvoir, pour faire croire que l’ordre social est naturel, divin. Caravage, ce voyou génial, peint des saints avec des visages de prostituées et des corps de paysans. Il montre la vérité sous le fard, la misère sous la gloire. Et puis, il y a Rembrandt, ce peintre des ombres, qui montre que la lumière n’est qu’une illusion, que la beauté n’est qu’un éclair dans la nuit.

5. Le Romantisme : L’Art comme Hystérie (XVIIIe – XIXe siècle)

Avec le romantisme, l’art devient une maladie. Une maladie de l’âme, une fièvre qui consume les artistes. Delacroix peint La Mort de Sardanapale, cette orgie de violence et de sensualité, comme s’il voulait vomir ses propres démons sur la toile. Goya, dans Les Désastres de la guerre, montre l’horreur nue, sans fard, sans espoir. L’art romantique est un art du désespoir, un art qui dit : le monde est laid, mais c’est dans cette laideur que réside la vérité. Baudelaire, ce poète maudit, écrit Les Fleurs du Mal et nous rappelle que la beauté n’est pas dans la lumière, mais dans la boue, dans la pourriture. « La forme d’une ville / Change plus vite, hélas ! que le cœur d’un mortel », écrit-il. Et puis, il y a Rimbaud, ce gamin génial qui crache sur la poésie et invente un nouveau langage, un langage de la folie, de la révolte. Rimbaud, c’est le premier punk, le premier à dire que l’art doit être une explosion, une déchirure, une insulte.

6. L’Avant-Garde : L’Art comme Terrorisme (XXe siècle)

Le XXe siècle, c’est l’âge des extrêmes. L’art n’est plus une question de beauté, mais de pouvoir. Dada, ce mouvement de fous, déclare la guerre à l’art. Duchamp expose un urinoir et signe « R. Mutt ». C’est une provocation, un coup de poing dans la gueule de la bourgeoisie. Mais c’est aussi une capitulation. Car en déclarant que tout peut être de l’art, Duchamp tue l’art. Il en fait un jeu, une farce, une imposture. Et puis, il y a Picasso, ce monstre sacré, qui peint Guernica, cette fresque de la douleur, de l’horreur. Mais Picasso, c’est aussi l’homme qui collectionne les maîtresses comme on collectionne les timbres, qui traite les femmes comme des objets, qui se vautre dans le luxe tout en prétendant défendre les opprimés. L’art du XXe siècle est un art de la contradiction, un art qui dit tout et son contraire. Warhol, ce roi du vide, peint des boîtes de soupe et des stars de cinéma. Il montre que l’art n’est plus qu’un produit, une marchandise, un reflet de notre société de consommation. Et puis, il y a Beuys, ce chaman moderne, qui enveloppe des objets dans du feutre et parle aux coyotes. Beuys, c’est le dernier romantique, le dernier à croire que l’art peut changer le monde. Mais le monde, lui, s’en fout.

7. L’Ère Postmoderne : L’Art comme Déchet (XXIe siècle)

Et nous voilà arrivés au XXIe siècle, cette époque où l’art n’est plus qu’un déchet. Un déchet recyclé, reconditionné, vendu comme une nouveauté. Hervé Di Rosa, avec ses personnages difformes, ses couleurs criardes, ses références pop, n’est qu’un symptôme de cette époque. Une époque où l’on confond la laideur avec la subversion, le kitsch avec la profondeur, la merde avec l’or. L’art contemporain est un art du vide, un art qui ne dit plus rien, qui ne montre plus rien, qui ne signifie plus rien. C’est un art de la citation, de la référence, du clin d’œil. Un art qui se nourrit de lui-même, comme un serpent qui se mord la queue. Et le Mucem, ce musée des civilisations, accueille cette mascarade avec une complaisance écœurante. Comme si, en exposant Di Rosa, on pouvait donner un sens à ce monde en lambeaux. Mais l’art, le vrai, ne console pas. Il ne guérit pas. Il ne donne pas de sens. Il déchire, il infecte, il tue.

Analyse Sémantique : Le Langage de la Décomposition

Parlons maintenant du langage, cette prison dorée où nous enfermons nos pensées. Di Rosa, dans ses toiles, utilise un langage visuel qui est le reflet de notre époque : un langage de la fragmentation, de la citation, de la parodie. Ses personnages, ces créatures difformes, ces monstres hybrides, ne sont pas des inventions. Ce sont des collages, des assemblages de références, de clichés, de stéréotypes. Comme si l’artiste, incapable de créer du nouveau, se contentait de recycler les déchets de la culture populaire.

Le langage de Di Rosa est un langage postmoderne, au sens où l’entendait Jean-François Lyotard : un langage qui a perdu toute prétention à l’universalité, à la vérité, à la beauté. Un langage qui se contente de jouer avec les signes, de les mélanger, de les détourner. Mais ce jeu n’est pas innocent. Il est le reflet d’une époque où la culture n’est plus qu’un immense supermarché, où les idées, les images, les styles sont des produits que l’on consomme et que l’on jette. Di Rosa, en peignant ses personnages grotesques, ne fait que reproduire cette logique. Il ne crée pas, il recycle. Il ne pense pas, il digère.

Et puis, il y a la question de la laideur. Di Rosa assume la laideur de ses toiles, comme si c’était une forme de subversion. Mais la laideur, en art, n’est subversive que si elle révèle quelque chose. Si elle montre la vérité sous le mensonge, la douleur sous le plaisir, la mort sous la vie. Chez Di Rosa, la laideur n’est qu’un effet de style, un clin d’œil. Elle ne révèle rien, elle ne déchire rien. Elle est juste là, comme un décor de carton-pâte, comme une blague qui tombe à plat.

Le langage de Di Rosa est un langage de la facilité, un langage qui se contente de flatter les bas instincts du public. Un langage qui dit : « Regardez comme c’est drôle, comme c’est mignon, comme c’est décalé. » Mais derrière cette façade, il n’y a rien. Rien que le vide, le néant, l’absence de pensée.

Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste

Face à cette déchéance, que faire ? Faut-il se résigner, baisser les bras, accepter que l’art ne soit plus qu’un produit de consommation parmi d’autres ? Non. La résistance est possible, mais elle exige du courage, de la lucidité, de la rage.

D’abord, il faut refuser le jeu de la complaisance. Refuser de jouer le jeu des institutions, des musées, des galeries, qui transforment l’art en spectacle, en divertissement. L’art n’est pas un produit, c’est une arme. Une arme contre l’ordre établi, contre les mensonges, contre les illusions. Comme le disait Antonin Artaud, « l’art n’est pas la représentation de la vie, mais la vie elle-même, dans sa vérité la plus crue, la plus violente ».

Ensuite, il faut retrouver le sens du sacré. Pas le sacré religieux, non, mais le sacré païen, le sacré de la terre, du corps, de la nature. L’art doit redevenir un acte de communion avec l’invisible, avec l’indicible. Comme le faisaient les hommes préhistoriques dans leurs grottes, comme le faisaient les Grecs avec leurs dieux, comme le faisaient les mystiques avec leurs visions. L’art doit cesser d’être un jeu pour redevenir une prière, une incantation, un sacrifice.

Enfin, il faut réapprendre à voir. Réapprendre à regarder le monde avec des yeux neufs, sans les lunettes déformantes de la culture, de la mode, des conventions. Comme le disait Rimbaud, « il faut être absolument moderne ». Mais être moderne, ce n


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