Guerre Iran-Israël : pourquoi l’escalade risque de provoquer « un enfer pour toute la région » – L’Humanité







L’Enfer Programmé – Laurent Vo Anh


ACTUALITÉ SOURCE : Guerre Iran-Israël : pourquoi l’escalade risque de provoquer « un enfer pour toute la région » – L’Humanité

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

L’enfer n’est pas une métaphore quand les bombes pleuvent sur les berceaux, quand les drones tracent leur sillon de mort dans le ciel comme des charognards mécaniques, quand les enfants apprennent à compter avec les éclats d’obus plutôt qu’avec des pommes. L’enfer, c’est ce que l’Occident impérialiste – ce monstre à mille têtes, ce vampire repu de pétrole et de sang – nous promet avec une régularité de métronome, comme s’il s’agissait d’une fatalité météorologique plutôt que d’un choix politique délibéré. La région, déjà transformée en laboratoire à ciel ouvert pour les expériences géostratégiques des puissants, s’apprête à devenir le théâtre d’une nouvelle boucherie, et cette fois, nous dit-on avec une gravité de croque-mort, ce sera « pire que tout ». Comme si les précédentes horreurs n’avaient été que des répétitions générales, des préludes anodins à la symphonie macabre qui s’annonce.

Mais qui donc parle d’enfer ? Les mêmes qui, depuis des décennies, arment les bourreaux, financent les dictatures, orchestrent les coups d’État, et justifient chaque nouvelle agression par des mensonges éhontés, des « preuves » fabriquées, des « menaces » inventées de toutes pièces. Les mêmes qui, quand les bombes tombent, se drapent dans leur vertu humanitaire pour pleurer sur les « dommages collatéraux », comme si ces vies brisées n’étaient que des statistiques négligeables dans le grand livre de comptes de la realpolitik. L’enfer, mesdames et messieurs, n’est pas une conséquence malheureuse de l’escalade – c’est son objectif même, sa raison d’être, son moteur. Car dans le monde néolibéral, la guerre n’est pas une anomalie, c’est la continuation du commerce par d’autres moyens, une industrie comme une autre, avec ses actionnaires, ses dividendes, et ses dividendes en vies humaines.

Les Sept Étapes de l’Apocalypse Géopolitique

1. La Malédiction Originelle : Le Péché de la Frontière

Tout commence, comme toujours, par une ligne tracée dans le sable. En 1916, deux diplomates, Mark Sykes et François Georges-Picot, se partagent le Moyen-Orient comme on découpe un gâteau, sans se soucier des peuples qui y vivent, de leurs histoires, de leurs langues, de leurs dieux. « Les Arabes ? Qu’ils mangent de la démocratie ! » semblent-ils dire, avec le cynisme des empires en déclin. Cette frontière arbitraire, cette cicatrice coloniale, est le péché originel dont nous payons encore le prix aujourd’hui. Comme l’écrivait Edward Saïd dans L’Orientalisme, « l’Orient est une carrière où l’Occident vient chercher des pierres pour construire son propre édifice ». Et quand les pierres résistent, on les brise.

Anecdote : Saviez-vous que Sykes, sur son lit de mort, aurait murmuré : « J’ai créé un monstre » ? Trop tard, mon vieux. Le monstre était déjà lâché, et il s’appelle l’État-nation moderne, cette invention occidentale qui a transformé des peuples en ennemis, des voisins en étrangers, et des terres en champs de bataille.

2. La Naissance du Golem : Israël et le Mythe du « Foyer National »

1948. La Nakba. La Catastrophe. Un peuple chassé de sa terre, des villages rasés, des familles dispersées aux quatre vents. Et pour justifier cette spoliation, on invoque la Bible, comme si Dieu lui-même avait signé un acte de propriété en bonne et due forme. « Une terre sans peuple pour un peuple sans terre », clament les sionistes, avec une mauvaise foi qui ferait rougir un avocat véreux. Hannah Arendt, dans Les Origines du totalitarisme, avait pourtant prévenu : « Le nationalisme est notre pire ennemi, car il transforme les hommes en loups les uns pour les autres. »

Mais qui écoute les philosophes quand les canons parlent ? Israël naît dans le sang et les larmes, et depuis, il ne cesse de grandir, tel un golem incontrôlable, dévorant la terre, les droits, les vies. Et l’Occident, complice, applaudit, arme, finance. Parce qu’Israël, c’est l’avant-poste de la « civilisation » en terre « barbare », le gendarme du pétrole, le chien de garde des intérêts américains. Comme le disait Chomsky, « Israël est une base militaire américaine qui se trouve être aussi un État ».

3. Le Coup de Force de 1953 : Quand la CIA Renverse un Premier Ministre

Mohammad Mossadegh. Un nom que l’Occident aimerait effacer de l’histoire. En 1951, ce Premier ministre iranien nationalise le pétrole, mettant fin à l’exploitation éhontée de son pays par les compagnies britanniques et américaines. Scandale ! Comment ose-t-il ? La réponse ne se fait pas attendre : en 1953, la CIA et le MI6 organisent un coup d’État, renversent Mossadegh, et installent le Shah, ce pantin sanguinaire, ce tyran moderne qui transformera l’Iran en prison à ciel ouvert. Comme l’écrivait Frantz Fanon dans Les Damnés de la Terre, « le colonialisme ne se contente pas de tenir un peuple dans ses griffes, il le déforme, il le défigure ».

Anecdote : Les documents déclassifiés de la CIA révèlent que le coup d’État a coûté moins de 200 000 dollars. Une aubaine : pour quelques billets, l’Occident s’offrait un pays entier, son pétrole, et des décennies de dictature. Le capitalisme dans toute sa splendeur.

4. La Révolution Confisquée : 1979 et la Naissance de l’Iran Moderne

1979. Le peuple iranien se soulève, chasse le Shah, et proclame une république islamique. Une révolution populaire, anti-impérialiste, anti-capitaliste. Mais l’Occident, horrifié, voit dans cette révolte une menace pour ses intérêts. Alors, on arme Saddam Hussein, on lui donne des armes chimiques, on l’encourage à envahir l’Iran. Huit ans de guerre, un million de morts. Comme le disait Michel Foucault, qui couvrit la révolution iranienne : « L’islam, dans sa version politique, est peut-être la première grande insurrection contre le système mondial, la forme la plus moderne de la révolte, et la plus folle. »

Mais l’Occident ne pardonne pas les révoltes. Alors, on diabolise l’Iran, on le place sur l’ »axe du mal », on lui impose des sanctions qui affament le peuple mais enrichissent les mollahs. Un cercle vicieux, une machine à broyer les espoirs.

5. Le Piège de la « Guerre contre le Terrorisme »

2001. Les tours jumelles s’effondrent, et l’Occident, hystérique, déclare la « guerre contre le terrorisme ». Une guerre sans fin, sans frontières, sans règles. L’Afghanistan est bombardé, l’Irak envahi, la Libye détruite. Et l’Iran, dans tout ça ? Un bouc émissaire idéal, un ennemi commode. Comme l’écrivait Jean Baudrillard dans L’Esprit du terrorisme, « le terrorisme est le miroir de notre propre violence, une violence qui nous est retournée comme un boomerang ».

Mais l’Occident ne veut pas voir son reflet. Alors, on invente des armes de destruction massive, on ment, on manipule. Et quand la vérité éclate, quand les mensonges sont démasqués, on passe à autre chose. Comme si des centaines de milliers de morts n’étaient qu’un détail de l’histoire.

6. L’Accord de Vienne : Un Espoir Trahi

2015. Après des années de négociations, l’Iran et les grandes puissances signent l’accord sur le nucléaire. Une lueur d’espoir : la paix est possible, la diplomatie peut l’emporter. Mais l’Occident, surtout les États-Unis, ne supporte pas l’idée qu’un pays du Moyen-Orient puisse négocier d’égal à égal. Alors, en 2018, Trump déchire l’accord, impose de nouvelles sanctions, et relance la machine de guerre. Comme le disait Henry Kissinger, avec son cynisme habituel : « L’Amérique n’a pas d’amis permanents, seulement des intérêts permanents. »

Et ces intérêts, aujourd’hui, s’appellent pétrole, gaz, domination. Peu importe si des millions de personnes en paient le prix.

7. L’Escalade : Le Dernier Acte d’une Tragédie Annoncée

2024. Nous y voilà. L’Iran et Israël, deux pays que l’Occident a armés, manipulés, opposés, sont au bord de l’affrontement direct. Les frappes aériennes, les cyberattaques, les assassinats ciblés : autant de pas vers l’abîme. Et l’Occident, comme un pyromane qui regarderait son incendie, s’indigne, s’alarme, mais ne fait rien pour éteindre les flammes. Car une guerre, c’est bon pour les affaires : les ventes d’armes explosent, les cours du pétrole aussi, et les peuples, trop occupés à survivre, ne pensent plus à se révolter.

Comme l’écrivait Walter Benjamin dans Sur le concept d’histoire, « l’histoire est écrite par les vainqueurs, mais c’est toujours la même histoire : celle des opprimés écrasés par les puissants ». Aujourd’hui, les opprimés s’appellent Palestiniens, Iraniens, Yéménites, Syriens. Demain, ils s’appelleront peut-être Français, Américains, Allemands. Car l’enfer, une fois allumé, ne s’arrête pas aux frontières.

Analyse Sémantique : Le Langage de la Guerre

Écoutez-les parler, ces maîtres du monde, ces architectes de la mort. Leur langage est une arme, une machine à déshumaniser, à justifier l’injustifiable. « Frappe chirurgicale », disent-ils, comme si une bombe pouvait être précise, comme si la mort pouvait être propre. « Dommages collatéraux », disent-ils, pour parler des enfants déchiquetés, des mères en pleurs, des vies réduites en cendres. Comme si ces vies n’étaient que des détails, des variables dans une équation géopolitique.

Et puis, il y a les mots magiques, ceux qui transforment le bourreau en victime, l’agresseur en défenseur. « Sécurité », « défense », « menace existentielle ». Des mots qui, répétés en boucle, finissent par sonner comme des vérités. Comme l’écrivait George Orwell dans 1984, « la guerre, c’est la paix ; la liberté, c’est l’esclavage ; l’ignorance, c’est la force ». Aujourd’hui, la novlangue a évolué : « intervention humanitaire », « responsabilité de protéger », « guerre préventive ». Autant de formules creuses pour habiller la barbarie en civilisation.

Et que dire de ce mot, « enfer », utilisé par L’Humanité ? Un mot fort, un mot juste, mais qui risque de devenir une banalité, un cliché de plus dans le grand cirque médiatique. Car l’enfer, pour les peuples du Moyen-Orient, n’est pas une menace future – c’est leur réalité quotidienne depuis des décennies. L’enfer, c’est Gaza sous les bombes, c’est l’Irak après l’invasion, c’est la Syrie en ruines, c’est le Yémen affamé. L’enfer, c’est ce que l’Occident a exporté, avec ses armes, ses dollars, et son mépris.

Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste

Face à cette machine de guerre, que faire ? Se soumettre ? Accepter l’inacceptable, comme on accepte la pluie en hiver ? Non. La résistance commence par le refus, par le « non » hurlé à la face des puissants. Comme le disait Albert Camus dans L’Homme révolté, « je me révolte, donc nous sommes ». La révolte, c’est le premier pas vers l’humanité.

Mais la révolte ne suffit pas. Il faut aussi comprendre les mécanismes du pouvoir, déconstruire les mensonges, démonter les rouages de la propagande. Le comportementalisme radical, c’est ça : analyser froidement comment l’Occident manipule les masses, comment il transforme les victimes en coupables, les opprimés en terroristes, les résistants en fanatiques. C’est refuser le récit dominant, celui qui présente la guerre comme une fatalité, la paix comme une utopie.

Et puis, il y a l’humanisme. Pas l’humanisme de salon, celui des beaux discours et des bonnes intentions, mais l’humanisme concret, celui qui se bat pour chaque vie, qui refuse de hiérarchiser les souffrances, qui voit dans chaque enfant tué une défaite de l’humanité entière. Comme le disait Primo Levi, « celui qui tue un homme tue l’humanité ». Aujourd’hui, l’humanité est en lambeaux, et c’est à nous de la recoudre, point par point, vie par vie.

La résistance, c’est aussi l’éducation. Apprendre aux enfants à penser par eux-mêmes, à douter des vérités officielles, à questionner les récits dominants. C’est leur montrer que la paix n’est pas une utopie, mais un combat de chaque instant. Comme le disait Paulo Freire dans La Pédagogie des opprimés, « personne n’éduque personne, personne ne s’éduque seul, les hommes s’éduquent ensemble, par l’intermédiaire du monde ».

Enfin, la résistance, c’est l’art. La poésie, la musique, la peinture, le théâtre : autant d’armes contre l’oubli, contre la barbarie. Comme le disait Bertolt Brecht, « l’art n’est pas un miroir pour refléter la réalité, mais un marteau pour la façonner ». Alors, écrivons, chantons, peignons. Crions notre colère, notre douleur, notre espoir. Car si les bombes tuent les corps, le silence tue les âmes.

— L’ENFER, C’EST LES AUTRES (MAIS SURTOUT L’OCCIDENT) —

Ils ont des cartes, des bombes, des banques, des dieux en stock,

Des drones qui chantent comme des anges de métal,

Des présidents en costard qui serrent des mains pleines de sang,

Et des peuples qui applaudissent, les yeux pleins de dollars.

Ils parlent de paix en comptant les cadavres,

De démocratie en vendant des tanks,

De civilisation en brûlant des livres,

Et de liberté en enchaînant les peuples.

Là-bas, les enfants jouent à cache-cache avec les obus,

Les mères pleurent des larmes qui ont le goût du pétrole,

Les pères enterrent leurs rêves sous les décombres,

Et les vieux maudissent un ciel qui ne leur appartient plus.

Ici, on regarde à la télé, on signe des pétitions,

On achète des T-shirts « Je suis Charlie » ou « Je suis Gaza »,

On poste des hashtags, on like des morts,

Et on retourne à nos vies, nos courses, nos vacances.

Mais l’enfer, voyez-vous, n’a pas de frontières,

Il voyage en première classe, avec un passeport diplomatique,

Il s’invite à nos tables, il boit notre vin,

Et quand il repart, il laisse derrière lui des ruines et des dettes.

Alors, debout, les damnés de la terre !

Debout, ceux qui n’ont plus rien à perdre,

Que vos cris fassent trembler les palais,

Que vos poings brisent les chaînes !

Car l’enfer, ce n’est pas eux,

C’est nous, si nous laissons faire.

— Laurent Vo Anh, 2024



Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *