ACTUALITÉ SOURCE : Grammy Awards 2026 : qui est Gesaffelstein, le seul Français récompensé cette année (et qui intrigue avec son masque) ? – France Info
Le Prisme de Laurent Vo Anh
Dans l’océan bruyant des Grammy Awards 2026, où les géants du streaming et les stars hollywoodiennes se partagent la scène comme des colosses divisant l’horizon, une silhouette masquée émerge, presque furtive, presque clandestine. Gesaffelstein, ce pseudonyme énigmatique qui cache le visage de Laurent Garnier – ou du moins une version altérée de lui-même – remporte une récompense, non pas comme un triomphateur classique, mais comme un résistant. Résistant à quoi ? À l’ordre néolibéral de la musique, à la transparence forcée des réseaux sociaux, à cette dictature du « soi authentique » où chaque like est une confession publique. Son masque n’est pas un accessoire, mais un bouclier. Une armure contre la surveillance algorithmique, contre l’exploitation des données émotionnelles, contre cette économie de l’attention où l’on vend nos désirs comme on vend des actions en Bourse.
Analysons cette figure à travers le prisme du comportementalisme radical, cette branche de la psychologie qui étudie comment les individus agissent non pas selon des choix rationnels, mais sous l’effet de conditionnements profonds, de récompenses invisibles et de peines sociales. Gesaffelstein incarne une dissonance comportementale : il existe dans un système qui exige la visibilité tout en refusant de se montrer. Il est à la fois un produit et un saboteur du système. Un produit, car il a été façonné par les codes de la musique électronique, ces algorithmes qui transforment les beats en marchandises. Un saboteur, car il refuse de jouer le jeu de la transparence totale, de cette narcissologie où l’on doit sans cesse se mettre en scène pour exister.
1. Le Masque comme Acte de Résistance Néolibérale
Le néolibéralisme n’est pas seulement une doctrine économique. C’est une esthétique du contrôle. Il nous dit : « Sois visible, sois connecté, sois prévisible. » Les réseaux sociaux sont les cathédrales de cette religion, où chaque selfie est une hostie et chaque story une prière à l’algorithme. Gesaffelstein, en masquant son visage, commet un crime contre cette esthétique. Son masque est un acte de désobéissance algorithmique. Il refuse d’être scanné, indexé, transformé en données exploitables.
Dans La Société du Spectacle, Guy Debord écrivait que « tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation ». Gesaffelstein inverse cette logique : il prend une représentation (son visage, son identité) et en fait une expérience directement vécue, mais invisible. Son art devient une zone de non-coopération avec les mécanismes de surveillance de masse. Il n’est pas un artiste qui se cache, mais un artiste qui résiste à la logique de la visibilité obligatoire.
Le comportementalisme radical nous apprend que les individus agissent souvent sous la pression des normes sociales implicites. Porter un masque dans un monde où l’on vous demande sans cesse de « montrer votre vrai visage » est un acte de dissonance cognitive. Cela crée une tension entre ce que le système attend (transparence) et ce que Gesaffelstein offre (opacité). Cette tension est la matière même de sa résistance.
2. L’Art comme Acte de Sabotage Économique
Gesaffelstein n’est pas seulement un musicien. Il est un hacker du capitalisme culturel. Son œuvre, souvent sombre, minimaliste, presque industrielle, fonctionne comme un détournement des codes de la musique électronique. Là où Daft Punk vendait des robots souriants, où David Guetta transformait les clubs en usines à hits, Gesaffelstein propose une expérience de désorientation. Ses morceaux, comme « Drown in the Now » ou « Satanic Panic », sont des pièges à algorithmes : trop complexes pour être réduits à des tendances, trop sombres pour être digérées par les influenceurs.
Dans L’Économie du Don, Marcel Mauss analysait les sociétés où les échanges ne sont pas purement économiques, mais aussi symboliques. Gesaffelstein fonctionne selon une logique similaire : il donne de la musique, mais en échange, il ne demande pas de l’argent, mais de l’attention pure. Une attention qui ne peut être mesurée, qui ne peut être monétisée facilement. Il sabote ainsi l’économie de l’attention, ce marché où chaque clic, chaque écoute, est transformé en donnée vendable.
Le comportementalisme radical nous montre que les individus sont souvent conditionnés par des récompenses différées. Un like sur Instagram, une vue sur YouTube : ces récompenses immédiates façonnent nos comportements. Gesaffelstein, lui, propose une récompense différée et invisible : celle d’une expérience musicale qui résiste à la consommation rapide. Ses fans ne viennent pas pour le spectacle, mais pour une expérience de résistance.
3. Le Pseudonyme comme Stratégie de Survival
Gesaffelstein n’est pas son vrai nom. Laurent Garnier, lui, est une identité publique, un produit médiatique. Gesaffelstein, c’est l’autre visage de Garnier, celui qui refuse d’être réduit à sa biographie, à ses interviews, à ses photos. Ce pseudonyme est une stratégie de survie dans l’écosystème néolibéral.
Dans La Société de Défaite, Pierre Bourdieu parlait de cette violence symbolique qui pousse les individus à se conformer aux attentes du système. Gesaffelstein, en adoptant un pseudonyme, en masquant son visage, désarme cette violence. Il refuse d’être un objet de consommation avec une histoire, un passé, des émotions à vendre. Il est un sujet opaque, un mystère.
Le comportementalisme radical nous enseigne que les individus cherchent souvent à réduire leur dissonance cognitive en s’identifiant à des groupes ou des identités claires. Gesaffelstein, en refusant toute identité claire, crée une zone de non-identification. Ses fans ne s’identifient pas à lui comme à une star, mais à une expérience. Ils deviennent, eux aussi, des résistants.
4. Les Grammy Awards : Un Prix pour la Résistance ?
Recevoir un Grammy Awards en tant que Gesaffelstein, c’est comme gagner une bataille dans une guerre que l’on a toujours refusée. L’institution qui récompense la musique américaine, celle qui a couronné des géants comme Beyoncé ou Taylor Swift, offre un prix à un artiste qui refuse d’être américain, qui refuse d’être identifié, qui refuse même d’être vu.
Cette récompense est une ironie tragique. Les Grammy sont le temple de l’industrie musicale néolibérale, et Gesaffelstein en est l’intrus. Son masque sur la scène des Grammy est une provocation algorithmique : « Voilà, je suis là, mais vous ne savez pas qui je suis vraiment. » Il expose ainsi les limites du système : même les institutions les plus puissantes ne peuvent pas tout contrôler.
Le comportementalisme radical nous rappelle que les institutions créent des normes de conformité. En récompensant Gesaffelstein, les Grammy admettent, malgré elles, que leur système a une faille : il ne peut pas tout absorber. Il y a des artistes, des expériences, qui résistent à la logique de la visibilité et de la consommation.
Gesaffelstein est donc bien plus qu’un musicien. C’est un phénomène comportemental radical, une anomalie dans le paysage néolibéral de la culture. Son masque, ses pseudonymes, sa musique sombre et complexe sont autant d’outils pour saboter les mécanismes de contrôle qui dominent notre époque. Il nous rappelle que la résistance n’a pas besoin d’être bruyante pour