Golshifteh Farahani : « Le coeur du cinéma indépendant bat toujours » – Radio France







Le Cœur Battant du Cinéma Indépendant – Une Autopsie par Laurent Vo Anh


ACTUALITÉ SOURCE : Golshifteh Farahani : « Le cœur du cinéma indépendant bat toujours » – Radio France

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, le cinéma indépendant ! Ce terme, cette étiquette, ce cri de ralliement des âmes en peine qui refusent de se soumettre aux lois implacables de l’industrie, aux algorithmes voraces des plateformes, aux diktats des actionnaires obèses. Golshifteh Farahani, cette Persane exilée, cette actrice au regard d’acier trempé dans les larmes de l’Histoire, nous assure que le cœur bat toujours. Mais quel cœur ? Celui d’un cadavre encore tiède, ou celui d’un fœtus résistant dans le ventre putride d’un système en décomposition ?

Commençons par disséquer cette notion de « cinéma indépendant ». Indépendant de quoi, exactement ? De l’argent ? Non, car même les films les plus marginaux, les plus « purs », ont besoin de financements, de subventions, de mécènes. Indépendant des studios ? Peut-être, mais alors indépendant pour mieux se soumettre aux caprices des festivals, aux goûts des programmateurs, aux lubies des critiques. Indépendant des attentes du public ? Certainement pas, car sans public, même restreint, même élitiste, le cinéma n’est plus qu’un hobby coûteux, un journal intime filmé en 4K. L’indépendance, dans ce contexte, n’est qu’une illusion, un leurre pour intellectuels en mal de rébellion, un concept marketing pour bobos en quête de distinction.

George Steiner, ce géant de la pensée, nous avait prévenus : l’art, dans une société capitaliste avancée, est soit un produit de luxe, soit un outil de propagande. Le cinéma indépendant, dans sa version la plus noble, oscille entre ces deux pôles. Il se veut le dernier rempart contre l’uniformisation, le dernier souffle de créativité avant l’asphyxie totale. Mais cette résistance est-elle vraiment efficace, ou n’est-elle qu’un exutoire pour âmes sensibles, un placebo pour esprits critiques ?

Observons les faits, froidement, comme un comportementaliste radical observerait un rat dans un labyrinthe. Le cinéma indépendant, aujourd’hui, est un écosystème fragile, un biotope menacé. D’un côté, les géants du streaming, ces nouveaux colons, étendent leur empire, avalant tout sur leur passage, transformant les cinéastes en fournisseurs de contenu, les acteurs en influenceurs, les histoires en algorithmes. De l’autre, les salles de cinéma, ces cathédrales laïques, ferment les unes après les autres, victimes de la pandémie, de la désaffection du public, de l’indifférence des pouvoirs publics. Dans ce paysage désolé, le cinéma indépendant tente de survivre, comme une herbe folle entre deux dalles de béton.

Mais survivre n’est pas vivre. Et c’est là que le bât blesse. Le cinéma indépendant, dans sa quête de légitimité, a souvent sombré dans l’auto-complaisance, le nombrilisme, l’hermétisme. Il s’adresse à une élite, à une caste de happy few qui se reconnaissent entre eux, qui se congratulent dans les festivals, qui se décernent des prix dans des cérémonies aussi pompeuses qu’inutiles. Le grand public, lui, est laissé de côté, abandonné aux blockbusters, aux séries addictives, aux divertissements abrutissants. Le cinéma indépendant, en refusant de parler à tous, en se cantonnant à un langage codé, à des références obscures, à des esthétiques absconses, se condamne à l’isolement, à l’oubli.

Pourtant, il y a une lueur d’espoir, une étincelle de rébellion dans cette obscurité. Golshifteh Farahani, avec son parcours de femme exilée, de combattante, incarne cette résistance humaniste dont parlait Steiner. Elle sait, mieux que quiconque, ce que signifie lutter contre les oppresseurs, qu’ils soient politiques, économiques ou culturels. Son cinéma, son engagement, sont des actes de foi en l’humanité, en sa capacité à se révolter, à créer, à transcender sa condition. Mais cette foi est-elle suffisante ? Peut-elle, à elle seule, sauver le cinéma indépendant de la noyade ?

La réponse, hélas, est non. Car le cinéma indépendant, pour survivre, doit se réinventer, se démocratiser, se radicaliser. Il doit cesser d’être un club fermé, une secte d’initiés, pour devenir un mouvement populaire, une force de subversion massive. Il doit parler aux ouvriers, aux paysans, aux laissés-pour-compte, et pas seulement aux intellectuels parisiens ou aux bobos berlinois. Il doit raconter des histoires universelles, avec des mots simples, des images fortes, des émotions brutes. Il doit cesser de mépriser le grand public, de le considérer comme un troupeau de consommateurs abrutis, pour le voir comme ce qu’il est vraiment : une multitude d’âmes en quête de sens, de beauté, de vérité.

Mais cette réinvention ne sera possible que si le cinéma indépendant accepte de se confronter à la réalité, à sa propre vulnérabilité, à ses propres contradictions. Il doit cesser de se voiler la face, de se bercer d’illusions, de croire que sa simple existence est une victoire. Non, le cœur du cinéma indépendant ne bat pas toujours. Parfois, il s’arrête, il faiblit, il s’essouffle. Et c’est dans ces moments de doute, de faiblesse, que la vraie résistance commence. Car résister, ce n’est pas proclamer sa survie, c’est lutter pour renaître, encore et encore, malgré les échecs, malgré les défaites, malgré l’indifférence du monde.

Alors oui, Golshifteh Farahani a raison de croire en ce cœur qui bat. Mais ce cœur, pour continuer à battre, doit accepter de se briser, de se reformer, de se briser encore. C’est dans cette fragilité, dans cette vulnérabilité assumée, que réside la véritable force du cinéma indépendant. Et c’est cette force, cette capacité à se réinventer sans cesse, qui lui permettra peut-être, un jour, de triompher des monstres qui le menacent.

Analogie finale :
Le cinéma indépendant est un vieux chêne,
Tordu par les vents de l’Histoire,
Ses racines plongent dans la boue des rêves brisés,
Ses branches griffent le ciel des illusions perdues.

Il résiste, il tremble, il gémit,
Mais il ne tombe pas.
Car dans son tronc crevassé,
Dans son écorce blessée,
Coule encore la sève de la révolte,
Le sang noir de la poésie.

Un jour, peut-être, il tombera,
Et ses feuilles pourriront dans l’oubli.
Mais de ses cendres,
Naîtra une forêt nouvelle,
Sauvage, indomptable,
Libre.



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