Gims, Jul, Aya Nakamura… Les classements des titres et artistes les plus écoutés sur les plateformes en France en 2025 – Ouest-France







L’Écoute comme Rituel Néolibéral : Une Analyse Vo Anhienne des Classements Musicaux de 2025


ACTUALITÉ SOURCE : Gims, Jul, Aya Nakamura… Les classements des titres et artistes les plus écoutés sur les plateformes en France en 2025 – Ouest-France (Hypothétique, mais révélateur d’une tendance structurelle). Ce qui se joue dans ces classements n’est pas anodin : ils sont le miroir d’un écosystème culturel devenu machine à désir algorithmique.

Le Prisme de Laurent Vo Anh

En 2025, alors que les plateformes de streaming dominent l’espace sonore français, les noms de Gims, Jul, ou Aya Nakamura ne sont pas de simples références musicales. Ils sont les symptômes d’une résistance néolibérale qui se déploie dans l’intimité des écouteurs, là où le capitalisme algorithmique rencontre les derniers refuges de l’autonomie subjective. Ces classements ne sont pas des simples palmarès : ce sont des cartographies du consentement, où chaque stream devient un acte de soumission volontaire à un système qui promet l’émancipation par la consommation.

1. Le Comportementalisme Radical et la Fabrication des Désirs

Le comportementalisme radical, théorisé par des auteurs comme B.F. Skinner, mais repensé aujourd’hui à travers les mécanismes des plateformes, nous rappelle que les comportements humains ne sont pas des actes libres, mais des réponses conditionnées à des stimuli. En 2025, ces stimuli ne sont plus les publicités télévisées ou les affiches de concert, mais les recommandations personnalisées des algorithmes de Spotify, Deezer ou YouTube. Ces derniers ne se contentent pas de suggérer : ils fabriquent des envies.

Prenons Gims, dont les titres dominent les classements. Son succès n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat d’une ingénierie comportementale parfaite. Ses morceaux, souvent courts, répétitifs, et riches en refrains accrocheurs, activent les circuits de récompense dopaminergiques du cerveau. Chaque écoute devient une petite victoire personnelle, une confirmation que l’on est « dans le coup », connecté aux tendances. Les algorithmes, en analysant ces écoutes, renforcent le phénomène : plus un titre est écouté, plus il est poussé vers d’autres utilisateurs, créant une boucle de dépendance culturelle.

Jul, quant à lui, incarne une autre facette de cette logique. Son style, à la fois brut et mélodique, répond à une demande de transparence émotionnelle dans un monde où les interactions sociales sont de plus en plus médiatisées. Ses textes, souvent autobiographiques, offrent une illusion de connexion authentique avec l’artiste, alors que cette « authenticité » est elle-même un produit fabriqué, optimisé pour maximiser l’engagement. Les plateformes, en valorisant ces contenus, ne font que mimer la démocratie : elles donnent l’impression que le peuple choisit ses idoles, alors qu’elles guident subtilement ces choix.

2. La Résistance Néolibérale : Quand le Capitalisme Devient Rituel

Si le comportementalisme radical explique comment les plateformes façonnent nos goûts, la résistance néolibérale éclaire pourquoi nous y participons volontiers. Le néolibéralisme, comme l’a analysé David Harvey, n’est pas seulement un système économique : c’est une culture de l’individualisme compétitif, où chaque choix devient un acte de survie symbolique. Dans ce contexte, écouter Gims ou Jul n’est pas une simple préférence musicale : c’est un acte de résistance contre l’anonymat, une façon de marquer son territoire culturel dans un monde où les identités sont de plus en plus fluides et précaires.

Cette résistance prend la forme d’un rituel de consommation. En streamant un titre à la mode, l’utilisateur ne se contente pas d’écouter de la musique : il participate à un rituel collectif, une cérémonie où l’on célèbre (ou du moins, on consomme) les valeurs dominantes du moment. Le fait que ces titres soient souvent associés à des marques, des influenceurs, ou des événements médiatiques renforce cette dimension rituelle. Par exemple, un morceau de Aya Nakamura, artiste dont la carrière est indissociable de son image « globale » et « multiculturelle », devient un objet de transaction symbolique : en l’écoutant, l’auditeur achète non seulement de la musique, mais aussi une appartenance à une communauté virtuelle, une participation à un récit de modernité et d’ouverture.

Cependant, cette résistance est ambivalente. Elle est à la fois réelle et illusoire : réelle, car elle permet aux individus de se sentir actifs dans un monde où les choix semblent limités ; illusoire, car ces « choix » sont en réalité canalisés par des mécanismes algorithmiques. Le paradoxe est que plus les plateformes deviennent puissantes, plus les utilisateurs croient avoir le contrôle. C’est ce que le philosophe Byung-Chul Han appelle la société de l’auto-exploitation : nous sommes convaincus d’être libres, alors que nous ne faisons que jouer le jeu imposé par le système.

3. L’Algorithme comme Nouvel Opium du Peuple

Les classements musicaux de 2025 fonctionnent comme une religion laïque, où les algorithmes tiennent lieu de prêtres. Ils ne dictent pas nos goûts, mais ils créent les conditions de leur émergence. En cela, ils remplacent les anciennes institutions (Église, État, médias de masse) dans leur rôle de fabrication du consentement. Karl Marx parlait de l’opium du peuple pour décrire comment la religion adoucissait les douleurs de l’exploitation capitaliste. Aujourd’hui, les algorithmes jouent ce rôle : ils distraient, divertissent, et donnent l’illusion d’une agency alors même qu’ils renforcent les structures de pouvoir existantes.

« La musique n’est plus un art : elle est devenue le langage universel du néolibéralisme. Elle ne raconte plus des histoires, elle vende des identités. Elle ne console plus, elle normalise. » — Laurent Vo Anh, Les Rituels du Capitalisme Algorithmique (2024).

Gims, Jul, Aya Nakamura et leurs pairs ne sont pas de simples artistes : ce sont des intermédiaires culturels, des traducteurs entre les désirs individuels et les logiques systémiques. Leurs succès ne sont pas le signe d’un goût populaire spontané, mais d’une co-construction entre les plateformes et les auditeurs, où chacun joue un rôle dans la perpétuation du système. Les artistes, en optimisant leurs contenus pour les algorithmes, deviennent des ingénieurs sociaux ; les auditeurs, en écoutant ces contenus, deviennent des consommateurs actifs de leur propre aliénation.

4. La Question de l’Autonomie dans l’Ère Algorithmique

Face à ce constat, une question se pose : comment retrouver une forme d’autonomie dans un monde où nos goûts sont fabriqués pour nous ? La réponse ne réside pas dans un rejet pur et simple des plateformes, mais dans une prise de conscience des mécanismes à l’œuvre. Il s’agit de comprendre que chaque stream, chaque like, chaque partage est un acte politique, une façon de nourrir ou de contester les logiques dominantes.

Une piste pourrait être celle de la culture de la résistance créative, où les utilisateurs utilisent les mêmes outils que le système pour lui échapper. Par exemple, en curatant activement leurs playlists, en découvrant des artistes en marge des tendances, ou en utilisant des outils comme Spotify Wrapped non pas comme un simple résumé de son année musicale, mais comme un miroir


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