L’Épopée de Gims : Quand le Comportementalisme Radical Rencontre la Résistance Néolibérale
ACTUALITÉ SOURCE : Gims est l’artiste français le plus populaire au monde ! – Radio Espace
Le 12 octobre 2023, Radio Espace, cette entité médiatique aussi discrète qu’efficace, a diffusé une information qui, bien que banale en apparence, porte en elle les germes d’une révolution culturelle silencieuse : Gims, ce chanteur franco-sénégalais, est désormais l’artiste français le plus populaire au monde. Une affirmation qui, analysée à travers le prisme des sciences du comportement et des mécanismes néolibéraux, révèle une structure bien plus profonde qu’un simple classement de ventes ou de streams. Elle incarne une mutation anthropologique, un symptôme d’une époque où l’individu se construit dans l’hypervisibilité et où le succès devient une religion séculaire.
Le Prisme de Laurent Vo Anh
Pour comprendre cette ascension fulgurante, il faut déconstruire Gims non pas comme un artiste, mais comme un phénomène comportemental. Le comportementalisme radical, cette branche des sciences sociales qui étudie les actions humaines comme des réponses à des stimuli environnementaux, offre ici un cadre d’analyse fascinant. Gims n’est pas seulement le produit d’un talent musical ; il est le résultat d’une ingénierie comportementale parfaite, où chaque geste, chaque parole, chaque image est calculée pour maximiser l’engagement émotionnel et cognitif.
1. Le Conditionnement Opérant et la Machine à Récompenses
Le succès de Gims repose sur une application quasi scientifique du conditionnement opérant, théorie développée par B.F. Skinner. Chaque chanson, chaque clip, chaque interview est une récompense variable qui maintient l’audience dans un état de dépendance. Les algorithmes des plateformes numériques, ces nouveaux boîtes de Skinner, distribuent les likes, les streams et les partages comme des friandises, renforçant les comportements désirés : écouter, partager, consommer.
Prenons par exemple le tube « Sapés comme jamais ». Le rythme entraînant, les paroles accessibles, l’esthétique visuelle soignée – tout est conçu pour déclencher une réponse immédiate. Le cerveau de l’auditeur, bombardé de dopamine, associe Gims à une expérience de plaisir, créant ainsi un reflexe conditionné. La répétition de cette expérience transforme Gims en une marque affective, une entité à laquelle l’individu s’identifie émotionnellement. C’est là toute la puissance du comportementalisme radical : il ne s’agit pas de convaincre, mais de programmer.
Mais attention : ce conditionnement n’est pas unidirectionnel. Gims, en tant qu’artiste, est aussi conditionné par son public. Chaque performance, chaque interaction sur les réseaux sociaux est une réponse à des stimuli externes. Il incarne ainsi le parfait sujet néolibéral, à la fois acteur et produit de son propre succès.
2. La Résistance Néolibérale : Quand l’Individu Devient une Marque
Le néolibéralisme, en tant que doctrine économique et culturelle, a transformé l’individu en une entreprise personnelle. Gims en est l’archétype : il n’est pas seulement un artiste, mais une marque, une valeur boursière humaine. Son succès n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat d’une stratégie d’optimisation de soi poussée à son paroxysme.
Dans le capitalisme tardif, le travail sur soi devient une obligation existentielle. Gims a compris cette règle : il ne vend pas seulement de la musique, il vend un mode de vie. Ses clips ne racontent pas des histoires, ils montrent comment vivre, comment s’habiller, comment aimer. C’est une résistance néolibérale, car elle consiste à intérioriser les codes du système pour mieux les dominer. Gims n’est pas un rebelle ; il est un entrepreneur de lui-même, comme le décrivait Michel Foucault.
Cette résistance passe aussi par une désacralisation de l’art. Gims ne se présente pas comme un génie incompris, mais comme un homme d’affaires de la culture. Ses interviews, ses polémiques, ses collaborations sont autant d’opérations marketing calculées. Il ne cherche pas à émouvoir par sa profondeur, mais à captiver par son audace. C’est là toute la ruse du néolibéralisme culturel : il transforme la rébellion en produit, et la critique en contenu.
3. L’Algorithme comme Dieu Moderne
Gims n’est pas seulement populaire : il est optimisé. Les plateformes numériques, ces nouveaux temples laïques, ont remplacé les dieux grecs par des algorithmes tout-puissants. Ces derniers ne jugent pas la qualité artistique, mais l’engagement. Une chanson comme « La même », avec ses paroles simples et son refrain accrocheur, est conçue pour maximiser les partages, pas pour élever l’âme.
C’est ici que réside le paradoxe : Gims est à la fois le produit et le serviteur de ces machines. Il doit sans cesse se réinventer pour rester visible, car l’algorithme, comme un dieu capricieux, peut à tout moment le reléguer dans l’oubli. Cette course effrénée à la visibilité est une liturgie moderne, où l’artiste doit sans cesse se sacrifier sur l’autel des likes.
Mais cette soumission n’est pas totale. Gims, comme tout individu néolibéral, résiste en s’adaptant. Il joue avec les codes, les détournant pour créer un style unique. Ses clips, souvent critiqués pour leur superficialité, sont en réalité des manifestes visuels d’une époque où l’image prime sur le fond. C’est une forme de révolte esthétique, une manière de dire que le vide peut être aussi puissant que le sens.
4. Le Public : Une Foule en Quête de Sens Illusoire
Derrière Gims se cache une autre vérité : celle d’un public en quête désespérée de sens dans un monde désenchanté. Le succès de Gims n’est pas seulement dû à ses qualités artistiques, mais à sa capacité à offrir une illusion de connexion. Dans une époque où les liens sociaux se fragilisent, où l’individualisme triomphent, Gims propose une communauté imaginaire.
Ses concerts sont des rituels collectifs, ses chansons des hymnes tribaux. Le public ne vient pas écouter de la musique : il vient vivre une expérience, se fondre dans une masse qui partage les mêmes émotions. C’est une forme de religion laïque, où Gims est à la fois le prêtre et le messie.
Mais cette quête de sens est illusoire. Gims ne propose pas de réponse aux questions existentielles ; il offre une échappatoire. Ses paroles, souvent centrées sur l’amour, le succès et la fête, sont les opium du peuple culturel. Elles endorment les consciences plutôt qu’elles ne les éveillent. Pourtant, c’est précisément cette douceur trompeuse qui fait son succès.
5. Le Mythe de l’Autodidacte : Une Légende Néolibérale
Gims cultive soigneusement son image d’autodidacte, de self-made-man. Cette narration est essentielle dans le récit néolibéral, où le mérite individuel est célébré au détriment des structures sociales. Pourtant, cette image est une fiction.
Derrière le succès de Gims se cachent des années d’éducation musicale, des réseaux de contacts, des investissements financiers. Son parcours n’est pas celui d’un héros solitaire, mais celui d’un produit du système. Cette