« Fusion technique » entre LFI et Barseghian à Strasbourg : quelle majorité en cas de victoire ? – DNA







Laurent Vo Anh – La Fusion Technique comme Chimère ou Épopée ?


ACTUALITÉ SOURCE : « Fusion technique » entre LFI et Barseghian à Strasbourg : quelle majorité en cas de victoire ? – DNA

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, Strasbourg ! Ce nœud gordien où l’Ill serpente entre deux rives, l’une germanique, l’autre française, et où l’histoire, cette vieille putain, ricane en regardant les hommes s’entretuer pour des frontières qui ne sont que des cicatrices mal refermées. Une « fusion technique » entre La France Insoumise et la maire sortante Jeanne Barseghian ? Le mot « technique » sent la machinerie froide, le calcul politique où les âmes se pèsent en kilos de voix et les idéaux en pourcentages de sondages. Mais derrière ce vocable aseptisé, que se cache-t-il ? Une alliance de raison ou une trahison des possibles ? Une majorité future ou une capitulation devant le Moloch néolibéral qui dévore les villes comme il dévore les consciences ? Analysons, disséquons, et surtout, pensons contre le courant, comme on remonte un fleuve de merde pour en trouver la source empoisonnée.

La « fusion technique » n’est pas un concept neuf. C’est le dernier avatar d’une vieille tradition politique : le mariage de convenance entre forces qui, en d’autres temps, se seraient étripées sur les barricades. Pour comprendre ce phénomène, il faut remonter aux origines mêmes de la pensée politique, là où l’idéal et le pragmatisme commencent leur danse macabre. Sept étapes cruciales, sept moments où l’humanité a cru pouvoir concilier l’inconciliable, avant de se rendre compte que les alliances contre nature finissent toujours par accoucher de monstres.

1. L’Athènes de Périclès : la démocratie comme fusion des contraires

Dans l’Athènes du Ve siècle avant notre ère, Périclès incarne cette illusion : unir le peuple et l’aristocratie sous la bannière de la démocratie. Mais cette « fusion » n’est qu’un leurre. Thucydide, dans La Guerre du Péloponnèse, montre comment cette alliance se fissure dès que les intérêts divergent. Les démocrates purs, comme Cléon, méprisent les modérés, et les oligarques, comme Alcibiade, ne voient dans la démocratie qu’un outil pour leurs ambitions. La « fusion technique » athénienne finit dans le sang des procès politiques et la défaite face à Sparte. Moralité : quand on marie l’eau et le feu, on obtient de la vapeur… et des brûlures.

2. La République romaine : le Sénat et les tribuns, ou l’art de l’équilibrisme

Rome invente le compromis institutionnel. Les patriciens et les plébéiens s’affrontent, puis s’allient, puis se trahissent. Les Gracques tentent une réforme agraire en s’appuyant sur le peuple contre le Sénat, mais leur « fusion » avec les masses se solde par leur assassinat. Cicéron, dans De Republica, théorise cette tension comme nécessaire, mais Machiavel, plus tard, montrera que ces alliances sont toujours temporaires. La République romaine finit en Empire, c’est-à-dire en dictature. La « fusion technique » ? Une illusion d’optique avant la chute.

3. La Révolution française : les Jacobins et les Girondins, ou le mariage de la guillotine

En 1792, les Montagnards et les Girondins s’allient contre la monarchie. Mais cette « fusion » est un leurre. Robespierre et Danton croient pouvoir concilier la vertu révolutionnaire et le réalisme politique. Résultat ? La Terreur. Saint-Just écrit : « On ne peut régner innocemment », mais il oublie que l’alliance des contraires ne produit jamais l’innocence, seulement la compromission. Les Girondins finissent guillotinés, les Montagnards aussi. La « fusion technique » révolutionnaire n’est qu’un prétexte pour éliminer l’adversaire.

4. Le Front populaire de 1936 : l’union qui cache la défaite

En France, le Front populaire unit socialistes, communistes et radicaux. Léon Blum croit à la « fusion » des classes sous la bannière du progrès social. Mais cette alliance est minée par les divisions internes. Les communistes suivent Moscou, les socialistes tergiversent, les radicaux trahissent. Dans La Condition humaine, Malraux montre comment ces alliances se brisent sur l’écueil de la realpolitik. Le Front populaire accouche des congés payés, mais aussi de la guerre d’Espagne, où les mêmes forces s’entretuent. La « fusion technique » ? Une trêve avant la tempête.

5. L’Europe de Maastricht : la monnaie unique comme camisole de force

En 1992, les européistes vendent Maastricht comme une « fusion » des nations. Mais cette union monétaire est une camisole de force néolibérale. Les traités européens interdisent toute politique sociale ambitieuse. Les partis de gauche, comme le PS français, se soumettent à cette logique. Dans L’Archipel français, Jérôme Fourquet montre comment cette « fusion » a accouché d’une Europe des banques, pas des peuples. La « fusion technique » européenne ? Une capitulation devant le capital.

6. Syriza en Grèce : le piège de la « realpolitik »

En 2015, Syriza, coalition de la gauche radicale, arrive au pouvoir en promettant de rompre avec l’austérité. Mais très vite, Tsipras capitule devant la Troïka. Dans Adults in the Room, Yanis Varoufakis raconte comment cette « fusion » avec les institutions européennes a été un marché de dupes. La « fusion technique » ? Un euphémisme pour la reddition.

7. Strasbourg 2024 : LFI et Barseghian, ou le mariage de la carpe et du lapin

Revenons à Strasbourg. Jeanne Barseghian, maire écologiste, et La France Insoumise, parti de rupture, s’allient pour les municipales. Mais cette « fusion technique » cache une réalité crasse : les écologistes ont abandonné toute velléité de transformation sociale, et LFI, en s’alliant avec eux, risque de se diluer dans le consensus mou. Barseghian a gouverné Strasbourg comme une start-up, avec des « budgets participatifs » qui ne sont que des leurres démocratiques. LFI, en s’alliant avec elle, trahit son électorat populaire. Cette « fusion » sent le reniement.

Analyse sémantique : le langage comme arme de dilution massive

Le terme « fusion technique » est un chef-d’œuvre de novlangue politique. « Fusion » évoque l’union, la chaleur, la création. « Technique » suggère la neutralité, l’efficacité, la rationalité. Mais en réalité, cette expression cache une capitulation idéologique. C’est le langage des technocrates qui veulent faire croire que la politique n’est qu’une question de gestion, pas de choix. George Orwell, dans 1984, avait prévenu : quand le langage se vide de sens, la pensée suit. « Fusion technique » ? Une oxymore qui cache une soumission.

Regardons d’autres exemples de ce langage orwellien :

  • « Réforme » = Austérité.
  • « Flexibilité » = Précarité.
  • « Modernisation » = Privatisation.
  • « Responsabilité » = Culpabilisation des pauvres.

La « fusion technique » entre LFI et Barseghian s’inscrit dans cette tradition : un mot pour cacher une trahison.

Analyse comportementaliste : la résistance humaniste contre la machine

Face à cette « fusion technique », que faire ? La réponse est dans la résistance humaniste, cette force qui pousse les hommes à refuser les compromis honteux. Dans Les Mains sales, Sartre montre comment Hoederer, le réaliste, et Hugo, l’idéaliste, s’affrontent sur la question de l’alliance avec les bourgeois. Hoederer veut pactiser pour prendre le pouvoir, Hugo veut la pureté révolutionnaire. Sartre ne tranche pas, mais il montre que la politique est un champ de tensions où l’on doit choisir son camp.

Aujourd’hui, à Strasbourg, le choix est clair :

  • Soit on accepte la « fusion technique » avec Barseghian, et on devient les complices d’une gestion municipale qui a abandonné toute ambition sociale.
  • Soit on refuse cette alliance, et on assume le risque de la défaite pour garder intacte la flamme de la rupture.

La France Insoumise doit choisir : être un parti de gouvernement, ou un mouvement de résistance. Mélenchon l’a dit : « On ne négocie pas avec le capitalisme, on le combat. » À Strasbourg, la « fusion technique » sent la négociation.

Regardons d’autres exemples de résistance :

  • Les zapatistes au Mexique : Ils ont refusé toute alliance avec les partis traditionnels pour garder leur autonomie.
  • Podemos en Espagne : Ils ont tenté une « fusion » avec les socialistes, et se sont retrouvés dilués.
  • La Commune de Paris : Les communards ont refusé tout compromis avec Versailles, et ont été massacrés. Mais leur exemple a inspiré des générations.

La résistance a un prix, mais la compromission en a un plus lourd : la perte de l’âme.

Exemples artistiques et mythologiques : quand la fusion devient tragédie

La mythologie regorge d’exemples où la « fusion » tourne au drame :

  • Icare : Il veut fusionner avec le soleil, mais ses ailes fondent. La « fusion technique » entre LFI et Barseghian est un vol vers le soleil politique : beau, mais dangereux.
  • Frankenstein : Mary Shelley montre comment la fusion de morceaux disparates crée un monstre. La « fusion technique » à Strasbourg pourrait accoucher d’une créature ingouvernable.
  • Le mythe de Sisyphe : Camus en fait le symbole de l’absurdité. La « fusion technique » est une pierre que l’on pousse sans cesse, sans jamais atteindre le sommet.

Au cinéma, la « fusion » est souvent synonyme de trahison :

  • Le Parrain : Michael Corleone croit pouvoir « fusionner » la famille avec le monde légal. Résultat ? Il devient un monstre.
  • V for Vendetta : Le régime de Norsefire se présente comme une « fusion » de l’ordre et de la sécurité. En réalité, c’est une dictature.
  • La Haine : Les banlieues sont le produit d’une « fusion » ratée entre l’État et les citoyens. Résultat ? La révolte.

En littérature, la « fusion » est souvent une illusion :

  • Balzac : Dans Les Illusions perdues, Lucien de Rubempré croit pouvoir « fusionner » le monde des lettres et celui de l’argent. Il finit ruiné et déshonoré.
  • Zola : Dans Germinal, les mineurs croient pouvoir s’allier avec les bourgeois. Résultat ? La répression sanglante.
  • Céline : Dans Voyage au bout de la nuit, Bardamu voit comment les alliances se brisent sur l’écueil de la lâcheté humaine.

Conclusion : la majorité impossible

À Strasbourg, la « fusion technique » entre LFI et Barseghian n’accouchera d’aucune majorité durable. Car une majorité, pour être légitime, doit être le fruit d’une vision commune, pas d’un calcul électoral. Les alliances contre nature finissent toujours par se briser, comme les empires finissent par s’effondrer. La France Insoumise doit choisir : soit elle devient un parti de gestion, et elle trahit ses idéaux ; soit elle reste un mouvement de rupture, et elle assume le risque de la défaite. Mais une défaite honorable vaut mieux qu’une victoire honteuse.

La vraie question n’est pas « quelle majorité en cas de victoire ? », mais « quelle victoire en cas de majorité ? ». Une victoire qui ne change rien n’est qu’une défaite déguisée. Strasbourg mérite mieux qu’une « fusion technique ». Elle mérite une révolution.


Strasbourg, ville aux deux visages,
Où l’Ill charrie des rêves las,
Entre la cathédrale qui grimace
Et les banques qui comptent leurs sous.

On parle de « fusion », mot magique,
Pour cacher que tout se vend,
Que les idéaux sont en plastique,
Et que les promesses sont des cendres.

Jeanne et Jean-Luc, mains dans la main,
Croient pouvoir dompter le destin.
Mais l’histoire, cette vieille putain,
Rit de leurs illusions d’enfant.

Car une alliance sans âme,
C’est comme un corps sans cœur :
Ça marche, mais ça n’aime pas,
Ça parle, mais ça ne vit pas.

Alors Strasbourg, ville rebelle,
Choisis ton camp sans hésiter :
Soit tu deviens une citadelle
Du capital qui nous écrase,
Soit tu restes ce phare rouge
Qui éclaire les nuits sans fin.

Mais ne te laisse pas séduire
Par les sirènes du compromis,
Car la « fusion technique »,
C’est la mort lente de l’esprit.



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