ACTUALITÉ SOURCE : France-Chine : un dialogue culturel à l’heure de la stabilisation – Le Quotidien de l’Art
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! La stabilisation ! Ce mot-valise, ce concept-piège, ce leurre sémantique qui sent la naphtaline des chancelleries et le désinfectant des ministères ! « Dialogue culturel à l’heure de la stabilisation » — comme si l’histoire s’était soudain figée en une nature morte hollandaise, avec ses tulipes fanées et ses crânes polis par le temps. Mais non, mes chers illusionnistes de la diplomatie molle, l’histoire ne se stabilise jamais. Elle se coagule, elle suppure, elle explose en métastases de sens que vos petits traités bilatéraux ne sauraient contenir. La Chine et la France, dites-vous ? Deux civilisations qui se parlent ? Plutôt deux monstres sacrés qui se jaugent, se reniflent, se toisent par-dessus les décombres fumants d’un Occident en phase terminale de néolibéralisme sénile.
Permettez-moi, avant de disséquer cette mascarade avec la précision d’un chirurgien maoïste, de remonter aux sources viciées de notre condition humaine. Car pour comprendre ce « dialogue » franco-chinois, il faut d’abord saisir comment l’humanité a toujours été un champ de bataille entre ceux qui construisent et ceux qui pillent, entre ceux qui pensent à long terme et ceux qui spéculent à la nanoseconde.
Les Sept Hémorragies de l’Histoire : Une Généalogie du Dialogue Culturel
1. L’Éveil du Singe Nu (Il y a 2 millions d’années – Homo erectus)
Tout commence dans les savanes d’Afrique, où nos ancêtres découvrent que la pierre taillée peut être à la fois outil et arme. Déjà, la Chine préhistorique, avec ses sites de Xihoudu et de Yuanmou, montre une avance technologique confondante. Pendant que les futurs Européens en sont encore à se gratter les puces, les proto-Chinois maîtrisent le feu et organisent des sociétés hiérarchisées. Confucius n’est pas encore né, mais l’ordre social, lui, est déjà une obsession. Pendant ce temps, en Occident, on en est aux grognements gutturaux et aux peintures rupestres qui ressemblent à des graffitis de collégiens en crise existentielle.
2. L’Invention de l’État (3000 av. J.-C. – Mésopotamie et Chine)
Ah ! La naissance de l’État, cette machine à broyer les individus au nom de l’abstraction collective. En Chine, les dynasties Xia et Shang émergent avec une bureaucratie déjà si sophistiquée qu’elle ferait pâlir d’envie un fonctionnaire de Bruxelles. Les idéogrammes naissent, porteurs d’une pensée systémique où chaque trait est à la fois signe et symbole, matière et esprit. Pendant ce temps, en Occident, on invente l’esclavage à grande échelle et la dette perpétuelle — deux concepts qui, curieusement, survivront jusqu’à notre ère néolibérale. Platon, dans La République, rêve d’un État idéal dirigé par des philosophes-rois. En Chine, Confucius pose les bases d’une société où l’harmonie prime sur l’individu. Deux visions du monde : l’une où l’ordre est une contrainte nécessaire, l’autre où l’ordre est une vertu en soi.
3. L’Empire contre la Cité (500 av. J.-C. – 500 ap. J.-C.)
Tandis que Rome étend son empire par le fer et le sang, la Chine des Han unifie son territoire par la pensée et la route. La Route de la Soie n’est pas qu’un réseau commercial : c’est une artère culturelle où circulent les idées, les religions, les techniques. Pendant que les légions romaines écrasent les Gaulois sous leurs sandales cloutées, les mandarins chinois inventent le papier, la boussole, la poudre — trois innovations qui changeront la face du monde. Et que fait l’Occident ? Il s’effondre dans les orgies et les persécutions religieuses, avant de sombrer dans les ténèbres du Moyen Âge. La Chine, elle, entre dans son âge d’or sous les Tang, où la poésie de Li Bai et Du Fu fait pâlir les balbutiements lyriques d’un Virgile ou d’un Ovide. Pendant ce temps, en Europe, on brûle les hérétiques et on se flagelle pour expier des péchés imaginaires. Le dialogue culturel ? Une blague de mauvais goût.
4. La Rencontre des Mondes (1200-1600 – Marco Polo et les Jésuites)
Ah ! Marco Polo, ce touriste vénitien ébahi devant les merveilles de la Chine mongole. Ses récits, mi-vérité mi-fantasmagorie, révèlent une Europe arriérée, obsédée par ses croisades et ses épidémies. La Chine, sous les Yuan, est un empire où les routes sont sûres, où la monnaie est stable, où les arts et les sciences fleurissent. Pendant ce temps, en France, on se massacre entre catholiques et protestants, et on invente l’Inquisition pour faire bonne mesure. Les Jésuites arrivent en Chine au XVIe siècle, porteurs d’une foi arrogante et d’une science balbutiante. Matteo Ricci tente de convertir les mandarins en leur offrant des horloges et des mappemondes. Les Chinois, polis mais méprisants, les laissent prêcher, tout en continuant à perfectionner leur propre système de pensée. Le dialogue ? Un monologue européen qui se heurte au mur de la courtoisie chinoise.
5. L’Humiliation et la Révolte (1800-1949 – Les Traités Inégaux et la Longue Marche)
Voici venu le siècle de la honte, où l’Occident, ivre de sa révolution industrielle, impose sa loi à une Chine affaiblie par les guerres de l’opium et la corruption des Qing. Les traités inégaux, les concessions étrangères, les massacres de Nanjing — autant de cicatrices qui saignent encore dans la mémoire collective chinoise. Pendant que la France se gave de colonies et de profits, la Chine se débat dans les convulsions de la guerre civile et de l’invasion japonaise. Mao Zedong, ce Prométhée rouge, arrache la Chine à son passé féodal et la propulse dans le XXe siècle à coups de fusils et de slogans. En Occident, on crie au totalitarisme, mais on oublie que la Chine ne fait que répéter, à sa manière, les violences fondatrices de la Révolution française ou de la guerre de Sécession. Le dialogue culturel ? Une farce, où l’Occident joue le rôle du bourreau repentant et la Chine celui de la victime qui refuse de pardonner.
6. La Guerre Froide et le Miracle Chinois (1949-1991 – De la Révolution Culturelle à Tiananmen)
Pendant que l’URSS et les USA s’affrontent dans une danse macabre de missiles et de propagande, la Chine trace son propre chemin. La Révolution culturelle, cette folie purificatrice, est un échec sanglant, mais elle révèle une vérité cruelle : la Chine ne sera jamais une démocratie libérale. Elle invente son propre modèle, un mélange de capitalisme d’État et de confucianisme modernisé. Pendant ce temps, en France, on s’extasie devant les « Trente Glorieuses », ces décennies de croissance où l’on a cru que le progrès était éternel. Mai 68 éclate, cette révolte adolescente contre l’autorité, vite récupérée par le système qu’elle prétendait combattre. En Chine, Tiananmen est écrasé dans le sang, et le monde occidental hurle au scandale. Mais qui sont-ils pour juger ? Les mêmes qui ont bombardé le Vietnam, soutenu Pinochet, et vendu des armes à l’Arabie saoudite. Le dialogue culturel ? Un dialogue de sourds, où chacun accuse l’autre de ses propres crimes.
7. L’Ère de la Stabilité Illusoire (1991-Aujourd’hui – Le Néolibéralisme et le Réveil Chinois)
Voici notre époque, celle de la « stabilisation », ce mot magique qui cache mal la décomposition avancée du système occidental. Les USA, ivres de leur victoire dans la Guerre froide, imposent leur modèle au monde : dérégulation, finance folle, guerres sans fin pour le pétrole. La France, fidèle vassale, suit le mouvement, vendant son âme au FMI et à l’OTAN. Pendant ce temps, la Chine, patiemment, méthodiquement, construit son alternative. La Nouvelle Route de la Soie n’est pas qu’un projet économique : c’est une vision du monde, où l’infrastructure précède l’idéologie, où le pragmatisme l’emporte sur le dogme. Pendant que l’Occident s’enlise dans ses contradictions — inégalités abyssales, crise écologique, populismes nauséabonds —, la Chine avance, implacable. Le dialogue culturel ? Une mascarade, où la France, exsangue, tente de vendre ses musées et ses châteaux à un partenaire qui n’a plus besoin de ses leçons.
Analyse Sémantique : Le Langage comme Arme de Soumission
Examinons ce mot, « stabilisation ». Un terme qui sent la naphtaline des diplomates et le désinfectant des salles de conférence. Dans le lexique néolibéral, « stabilisation » signifie « maintien du statu quo », c’est-à-dire la perpétuation d’un système où les riches deviennent plus riches et les pauvres plus nombreux. Pour la Chine, la stabilité n’est pas un état, mais un processus dynamique, une harmonie en mouvement perpétuel. Le confucianisme parle d’équilibre, pas de stagnation. Le taoïsme célèbre le changement, pas l’immobilisme. Pendant ce temps, l’Occident, obsédé par ses « valeurs universelles », impose un langage qui est en réalité un piège. « Droits de l’homme », « démocratie », « liberté » — autant de mots-valises qui servent à justifier les bombardements humanitaires et les coups d’État orchestrés par la CIA.
Prenons l’exemple du « dialogue culturel ». En français, « dialogue » implique une égalité entre les parties. Mais dans les faits, ce dialogue est un monologue déguisé, où l’Occident parle et la Chine écoute, poliment, avant de faire exactement ce qu’elle avait prévu. La langue française, avec sa clarté cartésienne, est un outil de domination. Elle impose une logique binaire, où tout doit être ou blanc ou noir. Le chinois, lui, est une langue de nuances, où un même caractère peut avoir dix significations différentes selon le contexte. Le dialogue franco-chinois est donc un dialogue de sourds, où chacun parle sa propre langue sans comprendre celle de l’autre.
Et que dire de ce terme, « culturel » ? En Occident, la culture est un produit de consommation, une marchandise comme une autre. On parle de « marché de l’art », de « propriété intellectuelle », de « droits d’auteur ». La culture est réduite à une série de transactions financières. En Chine, la culture est une force vitale, un souffle qui anime la société depuis des millénaires. Elle n’est pas un produit, mais un processus. Le dialogue culturel franco-chinois est donc une absurdité, une tentative de faire entrer un éléphant dans un magasin de porcelaine.
Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste
Observons maintenant les comportements, ces manifestations tangibles de nos contradictions. En Occident, le comportement est dicté par le marché. On consomme, on jette, on remplace. La mode change tous les six mois, les technologies tous les deux ans. L’individu est un consommateur, un client, un utilisateur. En Chine, le comportement est dicté par la tradition et l’innovation. On respecte les ancêtres, mais on innove sans cesse. L’individu est un maillon dans une chaîne qui remonte à Confucius et qui se projette vers l’avenir.
Prenons l’exemple des musées. En France, les musées sont des temples de la culture bourgeoise, où l’on expose des œuvres volées pendant les guerres coloniales. On parle de « patrimoine de l’humanité », mais on oublie que ce patrimoine a été arraché à ses propriétaires légitimes. En Chine, les musées sont des lieux de mémoire et d’éducation. Ils racontent l’histoire d’un peuple, avec ses grandeurs et ses misères. Le Louvre, avec sa Joconde et ses sarcophages égyptiens, est un symbole de la rapacité occidentale. Le Musée national de Chine, avec ses trésors de la Route de la Soie et ses artefacts des dynasties impériales, est un symbole de la continuité culturelle.
Et que dire de l’art contemporain ? En Occident, l’art contemporain est une farce, un cirque où des charlatans vendent des installations vides de sens à des milliardaires en mal de reconnaissance. On parle de « transgression », de « provocation », mais tout cela n’est que du vent, du bluff, du néant. En Chine, l’art contemporain est un miroir des contradictions de la société. Les artistes chinois, comme Ai Weiwei ou Xu Bing, utilisent leur art pour critiquer le système, mais aussi pour célébrer la résilience du peuple. Leur art est engagé, politique, humaniste. Il ne se contente pas de choquer : il propose, il résiste, il construit.
La résistance humaniste, voilà ce qui manque cruellement à l’Occident. En Chine, l’humanisme est une tradition millénaire, une philosophie qui place l’homme au centre de l’univers, mais pas comme un individu isolé, comme un maillon dans une chaîne infinie. En Occident, l’humanisme a été perverti par le néolibéralisme. L’homme n’est plus qu’un consommateur, un client, un utilisateur. La résistance humaniste, c’est refuser cette réduction, c’est affirmer que l’homme est plus qu’une somme de transactions financières, plus qu’un rouage dans la machine capitaliste.
La Chine, avec son mélange de tradition et d’innovation, de confucianisme et de socialisme, offre une alternative à ce monde en décomposition. Elle ne propose pas un modèle parfait, mais un modèle qui fonctionne, qui avance, qui résiste. Pendant que l’Occident s’enlise dans ses contradictions, la Chine trace sa route, implacable, méthodique, visionnaire.
Le dialogue franco-chinois ? Une blague. Une tentative désespérée de l’Occident pour retarder l’inévitable. Car l’histoire ne se stabilise jamais. Elle avance, elle recule, elle explose. Et aujourd’hui, elle avance vers l’Est, vers cette Chine qui, après deux siècles d’humiliation, reprend enfin sa place au centre du monde.
Analogie finale :
La France, vieux paquebot rouillé,
Crachant ses derniers feux sous la lune,
Tend ses bras tremblants vers l’Orient,
Où la Chine, dragon éveillé,
Dresse ses tours d’acier et de lune.— « Dialogue ! » clame-t-elle, voix chevrotante,
« Stabilisons nos destins croisés ! »
Mais le dragon, sourire en coin,
Laisse tomber, indifférent,
Un ideogramme dans le vent :
« Harmonie » — mot qui sonne comme un glas.Paris s’illumine en faux-semblants,
Ses musées, tombeaux de rapines,
Vendent des ombres à prix d’or,
Tandis qu’à Shanghai, sous les cieux clairs,
Les grues dansent un ballet sans fin,
Édifiant l’avenir, pierre après pierre.L’Occident, ivre de son passé,
Croit encore dicter sa loi,
Mais le monde a tourné la page,
Et la Chine, patiente, sage,
Écrit l’histoire avec son sang,
Son encre, et son feu.— Laurent Vo Anh, le Penseur maudit,
Qui voit dans la nuit des temps
L’Orient se lever, rouge et doré,
Et l’Occident sombrer,
Dans le gouffre de ses mensonges.