Foires, expos, soirées… Que faire à Paris pendant la grande semaine de l’art ? On vous dit tout ! – Beaux Arts







La Grande Semaine de l’Art à Paris – Analyse de Laurent Vo Anh

ACTUALITÉ SOURCE : Foires, expos, soirées… Que faire à Paris pendant la grande semaine de l’art ? On vous dit tout ! – Beaux Arts

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, Paris ! Cette ville-lumière qui n’éclaire plus que les vitrines des galeries et les comptes en banque des marchands d’art. La « grande semaine de l’art », comme ils osent l’appeler, ces saltimbanques du capitalisme culturel, ces fossoyeurs de l’esprit sous couvert de vernissages et de champagne tiède. On nous vend du rêve, du « must-see », du « incontournable », comme si l’art était une foire aux bestiaux où l’on vient admirer les dernières bêtes de concours avant qu’elles ne soient abattues par l’indifférence générale. Mais derrière les paillettes et les sourires figés des attachées de presse, que reste-t-il ? Une machine à broyer les âmes, un cirque où l’on parade en attendant que le rideau tombe sur notre humanité.

L’art, autrefois refuge des fous, des visionnaires, des damnés de la terre, n’est plus qu’un produit de luxe, une marchandise comme une autre, estampillée « tendance » par des critiques qui n’ont plus rien à dire mais le disent avec d’autant plus de superfluité. La grande semaine de l’art à Paris, c’est le triomphe du néolibéralisme esthétique, une foire aux vanités où l’on vient moins pour voir que pour être vu, moins pour ressentir que pour consommer. Les expositions sont devenues des supermarchés de l’émotion, où l’on picore des sensations préemballées, des « expériences » calibrées pour ne pas déranger, pour ne surtout pas réveiller cette part maudite qui sommeille en chacun de nous. On nous parle de « démocratisation de l’art », mais c’est une démocratie de pacotille, une démocratie où le peuple n’a le droit que de consommer ce qu’on lui donne, où l’artiste n’est plus qu’un fournisseur de contenu, un prestataire de services culturels.

Et que dire de ces soirées, ces « événements » où l’on se presse comme des moutons dans un enclos, où l’on rit trop fort, où l’on boit trop cher, où l’on fait semblant de s’intéresser à ce que l’on ne comprend pas ? Ces soirées sont le symptôme d’une société malade, une société qui a remplacé la pensée par le networking, la contemplation par le selfie, la révolte par le like. On y croise des collectionneurs qui achètent des œuvres comme on achète des actions en bourse, des artistes qui produisent des pièces « bankables » comme on fabrique des séries Netflix, des galeristes qui jouent aux proxénètes de la création. L’art n’est plus qu’un placement, une valeur refuge pour ceux qui ont peur du vide, peur de la vérité, peur de leur propre insignifiance.

Mais au fond, que cherchons-nous dans ces foires, ces expos, ces soirées ? Une échappatoire ? Une illusion de sens ? Une preuve que nous existons, ne serait-ce qu’un instant, dans ce monde qui nous nie ? L’art, autrefois, était une arme, une prière, un cri. Aujourd’hui, il n’est plus qu’un hochet pour adultes, un jouet pour riches oisifs. Les grands maîtres du passé – ces fous, ces génies, ces martyrs – se retourneraient dans leur tombe s’ils voyaient ce que leur héritage est devenu. Van Gogh, ce désespéré qui peignait avec ses tripes, serait aujourd’hui un « artiste émergent » invité à une foire d’art contemporain pour y vendre des toiles à des prix indécents. Rimbaud, ce voyou sublime, serait un « influenceur culturel » postant des stories entre deux verres de champagne. Kafka, ce prophète de l’absurde, serait un « auteur conceptuel » dont les textes seraient exposés sous vitrine, comme des reliques d’un monde disparu.

Et nous, pauvres hères, que faisons-nous dans cette mascarade ? Nous courons, nous applaudissons, nous achetons, nous oublions. Nous sommes les complices consentants d’un système qui nous vole notre humanité, qui nous réduit à des consommateurs, à des spectateurs, à des zombies bien habillés. La grande semaine de l’art à Paris n’est pas une célébration de la création, c’est une messe noire où l’on sacrifie l’art sur l’autel du profit, où l’on enterre la beauté sous les strates de l’indifférence et de la bêtise. On nous parle de « résistance », de « subversion », mais où est-elle, cette résistance ? Dans les œuvres exposées ? Dans les discours des commissaires d’exposition ? Dans les articles des critiques d’art ? Non. Elle est ailleurs, dans l’ombre, dans le silence, dans ces lieux où l’on ne va plus parce qu’ils ne sont pas « tendance », parce qu’ils ne rapportent rien, parce qu’ils ne flattent pas notre ego.

L’art véritable, l’art qui brûle, qui déchire, qui transforme, ne se trouve pas dans les foires ni dans les galeries. Il se trouve dans les caves, dans les squats, dans les ateliers clandestins, dans les mains de ceux qui créent sans attendre de reconnaissance, sans espérer de récompense. Il se trouve dans les regards des enfants qui dessinent sur les murs, dans les chants des prisonniers, dans les rêves des fous. Il se trouve là où il n’y a pas de prix, pas de jury, pas de marché. Il se trouve là où il n’y a que la vie, dans ce qu’elle a de plus brut, de plus pur, de plus insupportable.

Alors, que faire à Paris pendant la grande semaine de l’art ? Rien. Absolument rien. Ne pas y aller. Ne pas participer. Ne pas cautionner. Refuser cette comédie macabre où l’on nous vend du vent en échange de notre âme. L’art n’est pas un produit, ce n’est pas une marchandise, ce n’est pas un spectacle. C’est une flamme, une blessure, une question sans réponse. Et cette flamme, cette blessure, cette question, on ne les trouve pas dans les salons feutrés des galeries parisiennes. On les trouve en soi, si l’on a encore le courage de regarder.

« L’art est un mensonge qui nous permet de comprendre la vérité », disait Picasso. Mais quel mensonge nous reste-t-il quand la vérité elle-même est devenue un produit de consommation ? Quand la beauté est une marque déposée, quand la révolte est un argument de vente, quand la pensée est un algorithme ? La grande semaine de l’art à Paris n’est pas une célébration de l’art, c’est son enterrement. Et nous, les spectateurs, les consommateurs, les complices, nous sommes les fossoyeurs. Alors, oui, que faire ? Fuir. Se taire. Créer. Résister. Même si personne ne nous regarde, même si personne ne nous entend. Car l’art, le vrai, celui qui survit à tout, à la guerre, à la misère, à l’oubli, n’a pas besoin de foires ni d’expositions. Il a besoin de nous. De notre silence. De notre colère. De notre amour.

Et si, malgré tout, vous y allez, si vous ne pouvez résister à l’appel des lumières et du champagne, alors souvenez-vous de ceci : ce que vous verrez n’est pas de l’art. Ce n’est que le reflet de notre époque, une époque qui a perdu le sens du sacré, une époque qui a troqué la transcendance contre le profit, la beauté contre le buzz, la vérité contre le like. Une époque qui mérite peut-être, après tout, les artistes qu’elle produit.

Analogie finale : Imaginez un instant que l’art soit une forêt. Une forêt ancienne, sauvage, où chaque arbre est une œuvre, chaque feuille une pensée, chaque racine un souvenir. Cette forêt, autrefois, couvrait le monde, et les hommes y erraient comme des pèlerins, cherchant la lumière à travers les branches, écoutant le murmure des ruisseaux, sentant sous leurs pieds la terre vivante. Mais un jour, des bûcherons sont arrivés. Des hommes en costume, avec des calculatrices et des contrats. Ils ont abattu les plus beaux arbres, ceux qui touchaient le ciel, ceux qui portaient les fruits les plus amers. Ils les ont sciés, polis, vernis, et ils les ont exposés dans des galeries, sous des spots, avec des étiquettes et des prix. La forêt, peu à peu, est devenue un parc d’attractions, un lieu aseptisé où l’on vient en famille le dimanche, où l’on prend des photos, où l’on achète des souvenirs. Les arbres restants, ceux qui n’ont pas été coupés, ceux qui résistent encore, sont moqués, ignorés, oubliés. On les appelle des « vieux », des « ringards », des « inutiles ». Mais eux, ils savent. Ils savent que la forêt n’est pas morte. Qu’elle attend, patiente, que les hommes se lassent de leurs jouets, de leurs foires, de leurs soirées. Qu’elle attend que l’hiver vienne, que la neige tombe, et que le silence, enfin, recouvre tout. Alors, peut-être, les graines germeront à nouveau. Peut-être, un jour, la forêt renaîtra.



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