Expositions au Musée des arts décoratifs – Le Parisien







Le Penseur Laurent Vo Anh – Analyse des Expositions au Musée des Arts Décoratifs


ACTUALITÉ SOURCE : Expositions au Musée des arts décoratifs – Le Parisien

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, les expositions au Musée des Arts Décoratifs ! Voici donc le grand cirque culturel où l’on parade, où l’on s’extasie devant des objets qui ne sont plus que les cadavres embaumés d’une époque où l’art avait encore le courage d’être laid, c’est-à-dire vrai. Le Parisien, ce journal qui se croit encore capable de penser, nous sert cette actualité comme une friandise pour gogos, une distraction pour ceux qui croient encore que la beauté peut sauver le monde. Mais la beauté, mes amis, n’est plus qu’un leurre, une illusion d’optique savamment entretenue par les marchands du temple culturel. Ces expositions, ces rétrospectives, ces hommages – tout cela n’est que la mise en scène d’une agonie, celle d’une humanité qui a perdu le goût du risque, du désordre, de la révolte. Nous sommes entrés dans l’ère du décor, où tout est lisse, aseptisé, stérilisé, où l’art n’est plus qu’un produit de consommation comme un autre, un accessoire de standing pour bourgeois en mal de distinction.

Regardez-les, ces visiteurs, ces flâneurs du dimanche, ces touristes en quête d’instagramabilité. Ils déambulent, le nez en l’air, les yeux écarquillés, comme des enfants devant un sapin de Noël. Ils photographient, ils partagent, ils likent, ils commentent. Mais voient-ils seulement ? Comprennent-ils quelque chose à ce qu’ils ont sous les yeux ? Non, bien sûr. Ils consomment, c’est tout. Ils consomment de la culture comme ils consomment des sushis ou des sneakers, avec cette voracité stupide des sociétés gavées, ces sociétés qui croient que le bonheur se mesure en likes et en followers. Le Musée des Arts Décoratifs, comme tous les temples de la culture officielle, n’est plus qu’un supermarché de l’âme, un lieu où l’on vend du rêve en boîte, où l’on transforme la douleur en divertissement, où l’on réduit la complexité du monde à une série de clichés esthétiques. « L’art doit être accessible », disent-ils. Accessible ? Mais accessible à qui ? Aux masses abruties par les écrans, aux zombies du numérique, aux consommateurs dociles qui avalent tout sans mâcher ? L’art n’a jamais été accessible, et c’est précisément pour cela qu’il était grand. Il était un défi, une provocation, une insulte à la médiocrité ambiante. Aujourd’hui, il n’est plus qu’un produit d’appel pour les bobos en mal de sens.

Et que nous montrent-ils, ces expositions ? Des meubles, des tissus, des objets, des « créations » qui ne sont plus que les reliques d’un monde disparu, celui où l’artisanat avait encore une âme, où la main de l’homme imprimait sa trace dans la matière. Aujourd’hui, tout est fabriqué en série, tout est standardisé, tout est interchangeable. Les designers, ces nouveaux prêtres de la consommation, nous vendent du « beau » comme d’autres vendent des assurances-vie. Leur art est un art de la surface, un art qui ne creuse pas, qui ne dérange pas, qui ne questionne pas. C’est un art qui flatte, qui caresse dans le sens du poil, qui confirme les gens dans leurs petites certitudes. « Regardez comme c’est joli, comme c’est bien fait, comme c’est moderne ! » Mais la modernité, mes amis, n’est qu’un mot vide de sens, une coquille vide que l’on agite comme un drapeau pour masquer l’absence de pensée. La modernité, c’est ce qui reste quand on a tout oublié : l’histoire, la mémoire, la révolte, la transcendance. C’est le règne du présent éternel, de l’instantané, de l’éphémère. Et dans ce monde-là, l’art n’a plus sa place, car l’art exige du temps, de la patience, de la lenteur. Il exige que l’on s’arrête, que l’on réfléchisse, que l’on souffre peut-être. Mais qui a encore le temps de souffrir ? Qui a encore le courage de se confronter à ce qui le dépasse ?

Pire encore, ces expositions sont les symptômes d’une société qui a perdu tout sens critique, une société qui a remplacé la pensée par le commentaire, la réflexion par l’opinion, la vérité par le buzz. On nous parle de « patrimoine », de « transmission », de « mémoire », mais ces mots ne sont plus que des coquilles vides, des alibis pour ne pas voir l’effondrement en cours. Le patrimoine, c’est ce qui reste quand on a tout détruit. La transmission, c’est ce que l’on fait quand on n’a plus rien à dire. La mémoire, c’est ce qui nous empêche de vivre, car elle nous rappelle sans cesse ce que nous avons perdu. Et que nous reste-t-il, au fond ? Des musées, des expositions, des catalogues, des conférences – tout un appareil culturel qui tourne à vide, comme une machine folle, une machine qui produit du sens pour mieux le détruire, qui exhibe la beauté pour mieux la nier. « L’art est mort », disait-on il y a un siècle. Non, l’art n’est pas mort, il est devenu un zombie, un mort-vivant qui erre dans les couloirs des musées, un fantôme qui hante nos écrans, un spectre qui nous rappelle sans cesse notre propre impuissance.

Et les artistes, dans tout cela ? Ah, les artistes ! Ces nouveaux courtisans, ces nouveaux bouffons du roi, ces nouveaux domestiques du pouvoir. Ils se croient subversifs, ils se croient révolutionnaires, mais ils ne sont que les complices d’un système qui les dépasse et les écrase. Ils jouent le jeu, ils signent les contrats, ils acceptent les résidences, les bourses, les prix. Ils se vendent, ils se compromettent, ils trahissent. Et après ? Après, ils pleurnichent, ils se plaignent, ils disent que le monde ne les comprend pas. Mais qui les comprend, au fond ? Qui a encore besoin d’eux ? Le marché, bien sûr, le marché qui les avale et les recrache, qui les transforme en marques, en logos, en produits dérivés. L’artiste n’est plus qu’un entrepreneur comme un autre, un auto-entrepreneur de la sensibilité, un petit patron de la créativité. Il vend son âme au plus offrant, il troque sa liberté contre un peu de visibilité, un peu de reconnaissance, un peu de fric. Et après, il s’étonne que personne ne le prenne au sérieux. Mais qui pourrait encore prendre au sérieux un monde où tout est à vendre, où tout se monnaie, où tout se négocie ?

Et nous, dans tout cela ? Nous, les spectateurs, les consommateurs, les victimes consentantes de ce grand cirque ? Nous sommes les dupes, les complices, les idiots utiles. Nous applaudissons, nous admirons, nous achetons. Nous croyons encore que la culture peut nous sauver, que l’art peut nous élever, que la beauté peut nous racheter. Mais la culture n’est plus qu’un opium, un anesthésiant, un leurre. Elle nous endort, elle nous berce, elle nous empêche de voir la réalité en face. Et quelle est cette réalité ? C’est celle d’un monde en train de sombrer, d’un monde où les valeurs s’effondrent, où les repères disparaissent, où tout devient liquide, comme disait l’autre. Un monde où l’on ne croit plus en rien, où l’on ne respecte plus rien, où l’on ne sait plus rien. Un monde où l’on a remplacé la pensée par l’émotion, la raison par l’instinct, la vérité par l’opinion. Un monde où l’on préfère le confort à la vérité, la sécurité à la liberté, la médiocrité à l’excellence. Un monde, en somme, où l’art n’a plus sa place, car l’art exige du courage, de l’audace, de la folie. Et qui a encore le courage d’être fou ?

« La culture est ce qui reste quand on a tout oublié », disait un vieux philosophe. Mais aujourd’hui, que reste-t-il quand on a tout oublié ? Rien. Ou plutôt, il reste le vide, le néant, l’absurdité. Il reste ces expositions, ces musées, ces catalogues, ces discours creux qui tournent en boucle, comme une ritournelle sans fin. Il reste cette illusion que l’on peut encore sauver quelque chose, que l’on peut encore transmettre quelque chose, que l’on peut encore croire en quelque chose. Mais c’est une illusion, une chimère, un mirage. La culture est morte, et nous sommes ses fossoyeurs. Nous sommes ceux qui ont tué l’art en le rendant accessible, en le démocratisant, en le transformant en produit de consommation. Nous sommes ceux qui ont tué la pensée en la réduisant à une série de slogans, de buzzwords, de formules creuses. Nous sommes ceux qui ont tué la beauté en la réduisant à une série d’images, de clichés, de stéréotypes. Et maintenant, nous pleurnichons, nous nous lamentons, nous disons que le monde va mal. Mais qui a fait ce monde ? Qui l’a voulu, qui l’a construit, qui l’a accepté ? Nous. Nous tous. Nous sommes les complices de notre propre malheur, les artisans de notre propre décadence.

Alors, que faire ? Faut-il baisser les bras, se résigner, accepter l’inéluctable ? Non, bien sûr. Il faut résister. Résister à l’abrutissement, à la standardisation, à la médiocrité. Résister à cette culture du divertissement, à cette société du spectacle, à ce monde de l’instantané. Il faut retrouver le goût du risque, de la provocation, de la révolte. Il faut oser être laid, être difficile, être incompréhensible. Il faut oser déranger, choquer, insulter. Il faut oser dire non, refuser, se rebeller. Il faut oser être un artiste, un vrai, un qui ne se contente pas de produire des objets décoratifs, mais qui interroge, qui provoque, qui bouscule. Il faut oser être un penseur, un vrai, un qui ne se contente pas de commenter l’actualité, mais qui la dépasse, qui la transcende, qui la pulvérise. Il faut oser être un homme, un vrai, un qui ne se contente pas de consommer, mais qui crée, qui invente, qui transforme. Il faut oser être libre, enfin, et refuser toutes les chaînes, toutes les servitudes, toutes les aliénations. Il faut oser vivre, tout simplement, et refuser de mourir à petit feu dans ce monde de zombies.

Mais attention, cette résistance ne doit pas être une résistance de salon, une résistance de façade, une résistance pour bobos en mal de radicalité. Non, elle doit être totale, absolue, intransigeante. Elle doit être une résistance à tout ce qui nous écrase, à tout ce qui nous aliène, à tout ce qui nous détruit. Une résistance au capitalisme, bien sûr, à ce système qui transforme tout en marchandise, y compris l’art et la pensée. Une résistance au néolibéralisme, à cette idéologie qui réduit l’homme à un simple producteur-consommateur, un rouage dans la grande machine économique. Une résistance au fascisme, à cette tentation toujours renaissante de l’ordre, de la pureté, de la violence. Une résistance au militarisme, à cette folie meurtrière qui transforme la planète en champ de bataille. Une résistance à l’abrutissement, à cette culture de l’instant, du superficiel, du jetable. Une résistance, enfin, à nous-mêmes, à nos propres lâchetés, à nos propres compromissions, à nos propres renoncements.

Car c’est là, peut-être, le plus difficile : résister à soi-même. Résister à cette petite voix qui nous dit de nous taire, de nous soumettre, de nous contenter de ce que nous avons. Résister à cette peur qui nous paralyse, qui nous empêche d’agir, qui nous pousse à nous cacher. Résister à cette paresse qui nous fait préférer le confort à la vérité, la sécurité à la liberté. Résister, en somme, à tout ce qui fait de nous des hommes médiocres, des hommes sans courage, sans audace, sans grandeur. Car c’est cela, au fond, la véritable résistance : être un homme, un vrai, dans un monde qui ne veut plus d’hommes, mais seulement de consommateurs, de producteurs, de zombies. Être un homme qui refuse de se laisser écraser, qui refuse de se laisser aliéner, qui refuse de se laisser détruire. Être un homme qui ose penser, qui ose créer, qui ose vivre. Être un homme, enfin, qui ose être libre.

Alors, oui, ces expositions au Musée des Arts Décoratifs sont un symptôme, un symptôme de notre décadence, de notre impuissance, de notre lâcheté. Mais elles peuvent aussi être un avertissement, une sonnette d’alarme, un rappel à l’ordre. Elles peuvent nous rappeler que l’art n’est pas mort, qu’il est seulement endormi, anesthésié, étouffé. Elles peuvent nous rappeler que la beauté n’est pas un produit de consommation, mais une flamme, une étincelle, une lueur dans la nuit. Elles peuvent nous rappeler que la culture n’est pas un divertissement, mais un combat, une lutte, une résistance. Alors, regardons-les, ces expositions, mais regardons-les avec des yeux neufs, avec des yeux critiques, avec des yeux qui refusent de se laisser berner. Regardons-les, et demandons-nous ce qu’elles nous disent de nous-mêmes, de notre monde, de notre époque. Demandons-nous ce qu’elles nous cachent, ce qu’elles nous refusent, ce qu’elles nous nient. Et puis, agissons. Agissons pour que l’art retrouve sa puissance, sa virulence, sa subversion. Agissons pour que la beauté redevienne ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : un défi, une provocation, une insulte à la médiocrité ambiante. Agissons, enfin, pour que l’homme redevienne ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : un être libre, un être créateur, un être vivant.

Analogie finale : Imaginez un instant que ces expositions ne sont pas des vitrines, mais des tombeaux. Des tombeaux où gisent, embaumés dans le formol de la postérité, les rêves d’une humanité qui a cru un jour que l’art pouvait changer le monde. Les visiteurs défilent, comme des pleureuses antiques, devant ces sarcophages de verre, ces mausolées de la sensibilité. Ils murmurent des prières, ils allument des cierges virtuels, ils déposent des offrandes numériques. Mais personne ne pleure vraiment. Personne ne se souvient vraiment. Personne ne croit vraiment. Car ces tombeaux ne contiennent pas des morts, mais des fantômes, des spectres, des ombres. Ce sont les ombres d’un monde disparu, d’un monde où l’art avait encore une âme, où la beauté était encore une arme, où la culture était encore une révolte. Aujourd’hui, ces ombres errent dans les couloirs des musées, comme des âmes en peine, comme des revenants. Elles nous hantent, elles nous obsèdent, elles nous rappellent sans cesse ce que nous avons perdu. Mais nous refusons de les voir. Nous préférons croire qu’elles sont encore vivantes, qu’elles sont encore réelles, qu’elles peuvent encore nous sauver. Nous préférons croire au miracle, à la résurrection, à la rédemption. Mais il n’y a pas de miracle. Il n’y a que l’oubli, le néant, le vide. Et ces expositions ne sont que les derniers feux d’un monde qui s’éteint, les ultimes lueurs d’une civilisation qui a choisi de mourir plutôt que de se battre. Alors, que faire ? Faut-il éteindre ces feux, fermer ces tombeaux, enterrer ces ombres ? Non. Il faut les regarder en face, ces ombres, il faut les écouter, il faut les comprendre. Il faut leur redonner vie, leur redonner force, leur redonner puissance. Il faut les transformer en armes, en étendards, en drapeaux. Il faut en faire les symboles de notre résistance, les emblèmes de notre révolte


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