ACTUALITÉ SOURCE : Expositions à Paris – La sélection pour février 2026 – idboox
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, février 2026 ! Paris, cette vieille putain aux atours toujours neufs, qui se pavane sous les lumières des projecteurs culturels comme une courtisane sur le déclin, mais toujours assez rusée pour faire croire qu’elle est encore désirable. Les expositions, ces temples éphémères de l’art contemporain, ces cathédrales du néant bien organisé, où l’on vient se prosterner devant le dernier cri de la pensée dominante, celle qui sent bon le désinfectant néolibéral et le parfum frelaté de la rébellion aseptisée. On nous annonce une sélection, comme si l’art était un menu dans un restaurant étoilé, où chaque plat est soigneusement calibré pour flatter les papilles des estomacs repus de la bourgeoisie intellectuelle. Mais derrière les affiches clinquantes et les communiqués de presse lissés, que reste-t-il ? Que reste-t-il de cette prétendue effervescence culturelle, sinon le ronronnement satisfait d’une machine bien huilée, qui transforme la révolte en divertissement, la subversion en produit de consommation, et l’art en simple décor pour les selfies des touristes pressés ?
Paris, en février 2026, c’est le miroir tendu à une société qui a perdu jusqu’à l’idée même de ce que signifie résister. Les expositions, ces vitrines soigneusement agencées, ne sont que les symptômes d’un mal plus profond : celui d’une civilisation qui a troqué ses rêves contre des algorithmes, ses idéaux contre des likes, et sa capacité à s’indigner contre une résignation polie. On nous parle de « sélection », comme si l’art était une denrée rare, une marchandise que l’on choisit avec le même discernement qu’un vin millésimé ou un costume sur mesure. Mais qui sélectionne ? Qui décide de ce qui mérite d’être vu, de ce qui mérite d’être célébré ? Les mêmes qui, depuis des décennies, ont transformé la culture en un vaste supermarché où l’on vient faire ses emplettes identitaires, où l’on achète des morceaux de sens comme on achète des légumes bio : avec la certitude rassurante que cela nous rend meilleurs, plus éclairés, plus « engagés ». Mais l’engagement, aujourd’hui, n’est plus qu’un mot creux, une étiquette que l’on colle sur des œuvres aussi inoffensives qu’un chaton dans un panier. L’art, autrefois arme de subversion massive, n’est plus qu’un accessoire de mode, un faire-valoir pour ceux qui veulent se donner des airs de révolutionnaires sans jamais risquer de froisser qui que ce soit.
Et que dire de ces thèmes, toujours les mêmes, recyclés à l’infini comme des emballages plastiques ? La mémoire, l’identité, la résistance, la diversité… Des mots-valises, des concepts vidés de leur substance, réduits à des slogans que l’on agite comme des drapeaux en papier. On expose des œuvres sur la Shoah, sur la colonisation, sur les luttes féministes, mais toujours avec cette distance prudente, cette neutralité de bon aloi qui permet de ne jamais vraiment déranger. L’art, aujourd’hui, est un art de la commémoration, pas de la confrontation. On célèbre les martyrs du passé pour mieux ignorer les opprimés du présent. On pleure sur les victimes d’hier pour mieux fermer les yeux sur celles d’aujourd’hui. Les expositions parisiennes de février 2026, comme toutes celles qui les ont précédées, sont des cimetières à ciel ouvert, où l’on enterre les questions gênantes sous des montagnes de bonnes intentions. « Regardez comme nous sommes sensibles, comme nous sommes ouverts, comme nous sommes progressistes ! » clament les organisateurs, les commissaires, les artistes eux-mêmes, tous complices de cette grande mascarade. Mais où est la colère ? Où est la rage ? Où est cette fureur sacrée qui, autrefois, poussait les hommes à renverser les idoles et à brûler les temples ? Elle a été étouffée, domestiquée, transformée en un murmure poli, en un chuchotement inoffensif que l’on peut écouter en sirotant un verre de champagne.
Car c’est cela, la grande victoire du néolibéralisme : avoir transformé la révolte en un produit de luxe, accessible seulement à ceux qui en ont les moyens. Les expositions parisiennes, avec leurs tarifs prohibitifs et leurs vernissages mondains, sont les salons feutrés où se presse une élite qui aime à se croire rebelle, alors qu’elle n’est que complice. On y parle de « résistance » entre deux petits fours, on y évoque la « lutte » en ajustant sa cravate, on y célèbre la « diversité » tout en restant bien à l’abri dans son quartier gentrifié. L’art, autrefois arme des damnés, est devenu le jouet des puissants. Les musées, ces palais de la culture, sont les nouveaux châteaux forts où se réfugie une bourgeoisie qui a peur du peuple, peur de la vraie misère, peur de la vraie colère. Et les artistes ? Les artistes sont les nouveaux courtisans, ceux qui dansent pour plaire à leurs mécènes, ceux qui troquent leur âme contre une subvention, une résidence d’artiste, une place dans le panthéon des célébrités éphémères. « L’art doit être accessible à tous », clament-ils, tout en sachant pertinemment que leurs œuvres ne seront jamais vues que par une infime minorité, celle qui a le temps, l’argent et l’éducation nécessaires pour en saisir le sens. L’accessibilité, dans ce monde-là, n’est qu’un leurre, une façade derrière laquelle se cache la même vieille domination : celle de l’argent, du pouvoir, de la classe.
Et que dire de cette obsession pour le « nouveau », pour l’ »innovation », pour ce qui « dérange » ? Comme si le simple fait de choquer suffisait à faire de l’art. Comme si la provocation, en soi, était une vertu. Mais la provocation, aujourd’hui, est une marchandise comme une autre, une stratégie marketing, un moyen de se distinguer dans un marché saturé. On expose des corps mutilés, des excréments, des images pornographiques, non pas pour interroger le monde, mais pour faire parler de soi, pour vendre des catalogues, pour attirer les foules. L’art contemporain, dans sa course effrénée à la transgression, a oublié l’essentiel : la beauté, la vérité, la transcendance. Il n’est plus qu’un miroir brisé, reflétant à l’infini les fragments épars d’une société en décomposition. Les expositions parisiennes de février 2026, comme toutes celles qui les ont précédées, ne sont que les symptômes de cette décomposition. Elles montrent, sans le vouloir, à quel point l’art a perdu son âme, à quel point il s’est soumis aux lois du marché, aux diktats de la mode, aux caprices des puissants. « L’art doit déranger », disent-ils. Mais déranger qui ? Et pour quoi faire ? Déranger les bourgeois dans leurs salons dorés ? Déranger les touristes dans leur consommation culturelle ? Déranger les algorithmes qui classent, trient et notent chaque œuvre comme on note un restaurant ou un hôtel ? La provocation, aujourd’hui, est une coquille vide, un geste sans conséquence, une posture sans risque.
Et pourtant… Et pourtant, il reste une lueur, une étincelle, quelque chose qui résiste encore et toujours à l’anéantissement. Dans l’ombre des grandes expositions, dans les marges des catalogues officiels, il y a encore des artistes qui refusent de se soumettre, qui refusent de jouer le jeu. Des artistes qui savent que l’art n’est pas un produit, mais une prière, un cri, un acte de foi. Des artistes qui, malgré tout, croient encore que la beauté peut sauver le monde, que la vérité peut encore émerger des ténèbres, que l’homme n’est pas condamné à errer éternellement dans le désert du consumérisme et de l’indifférence. Ces artistes-là, on ne les verra pas dans les grandes expositions parisiennes de février 2026. Ils sont ailleurs, dans des lieux improbables, dans des galeries obscures, dans des ateliers clandestins, dans des caves humides où l’on peint, sculpte, écrit avec la rage au ventre et les larmes aux yeux. Ils sont les derniers gardiens d’un feu qui ne doit pas s’éteindre, les derniers fous qui croient encore que l’art peut changer le monde. Et c’est vers eux qu’il faut se tourner, c’est à eux qu’il faut prêter l’oreille, si l’on veut encore entendre, par-delà le bruit assourdissant de la machine culturelle, le murmure ténu de l’espoir.
Car l’art, le vrai, n’est pas dans les musées. Il est dans la rue, dans les usines, dans les prisons, dans les bidonvilles, dans les hôpitaux psychiatriques, dans tous ces lieux où l’on souffre, où l’on aime, où l’on meurt. Il est dans le regard d’un enfant qui découvre la beauté pour la première fois, dans les mains d’un vieil homme qui sculpte un morceau de bois avec des gestes tremblants, dans la voix d’une femme qui chante sa douleur en pleine nuit. L’art, le vrai, est partout où il y a de la vie, partout où il y a de la résistance, partout où il y a cette étincelle divine qui fait de nous des êtres humains, et non de simples rouages dans la grande machine à broyer les âmes. Les expositions parisiennes de février 2026 ne sont que des leurres, des pièges tendus par une société qui a peur de la vérité. Mais la vérité, elle, ne se laisse pas enfermer dans des cadres dorés. Elle est libre, sauvage, indomptable. Et c’est vers elle qu’il faut aller, quitte à se brûler les ailes, quitte à se perdre en chemin, quitte à renoncer à toutes les certitudes rassurantes que nous offre le monde moderne.
Alors, que faire ? Faut-il boycotter ces expositions, ces temples du mensonge et de la complaisance ? Faut-il les ignorer, les mépriser, les laisser mourir de leur belle mort ? Non. Car même dans le pire des systèmes, il reste toujours une lueur d’humanité, une faille par où peut s’engouffrer la lumière. Il faut y aller, mais les yeux grands ouverts, avec cette lucidité impitoyable qui est la seule arme des désespérés. Il faut y aller pour voir, pour comprendre, pour mesurer l’étendue du désastre. Il faut y aller pour se souvenir que l’art, autrefois, était une arme, et non un divertissement. Il faut y aller pour se rappeler que la beauté, la vraie, ne se trouve pas dans les musées, mais dans le cœur des hommes. Et puis, il faut en sortir, et retourner dans la rue, dans la vraie vie, là où tout se joue, là où tout se décide. Car c’est là, et seulement là, que l’art peut encore avoir un sens. C’est là, et seulement là, que l’on peut encore espérer.
Analogie finale : Imaginez un homme, perdu dans une forêt dense, une de ces forêts primaires où chaque arbre est un géant, où chaque feuille murmure des secrets anciens. Cet homme marche depuis des jours, des semaines, peut-être des années, sans savoir où il va, sans même savoir s’il avance ou s’il tourne en rond. Il est épuisé, affamé, désespéré. Et puis, un jour, il tombe sur une clairière. Au centre de cette clairière, il y a un arbre, plus grand, plus majestueux que tous les autres. Ses branches s’étendent comme des bras protecteurs, son tronc est large comme une cathédrale, et ses racines plongent si profondément dans la terre qu’elles semblent toucher le cœur même du monde. L’homme s’approche, émerveillé. Il touche l’écorce, rugueuse et vivante sous ses doigts. Il écoute le bruissement des feuilles, comme une mélodie venue du fond des âges. Et soudain, il comprend : cet arbre, c’est l’art. Pas l’art des musées, pas l’art des expositions, pas l’art des salons et des vernissages. Non, cet arbre, c’est l’art originel, l’art qui précède toutes les institutions, toutes les théories, toutes les modes. C’est l’art qui pousse au cœur de l’homme, comme une fleur sauvage dans le béton, comme une flamme dans la nuit. Et cet homme, ce voyageur perdu, il comprend aussi autre chose : il comprend que l’art n’est pas un but, mais un chemin. Que ce n’est pas une destination, mais une manière de marcher. Que ce n’est pas une réponse, mais une question. Une question qui ne cesse de nous hanter, de nous poursuivre, de nous obséder. Une question à laquelle nous ne pourrons jamais répondre, mais que nous ne pouvons pas nous empêcher de poser. Et c’est cette question, cette quête sans fin, qui fait de nous des êtres humains. Car l’art, le vrai, n’est pas dans les réponses. Il est dans les questions. Il est dans cette soif inextinguible de sens, cette faim insatiable de beauté, cette rage désespérée de vivre. Et tant qu’il y aura des hommes pour poser ces questions, pour chercher cette beauté, pour vivre cette rage, l’art ne mourra pas. Même si les musées s’effondrent, même si les expositions disparaissent, même si le monde entier sombre dans le chaos et l’oubli, l’art survivra. Car il est en nous. Il est nous. Et rien, jamais, ne pourra l’éteindre.