Exposition : Les chefs-d’œuvre du Centre Pompidou en 7 couleurs – Connaissance des Arts







Le Penseur Laurent Vo Anh – Les chefs-d’œuvre en 7 couleurs : Décomposition d’une illusion chromatique


ACTUALITÉ SOURCE : Exposition : Les chefs-d’œuvre du Centre Pompidou en 7 couleurs – Connaissance des Arts

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! Les chefs-d’œuvre en sept couleurs ! Quelle farce monumentale, quel carnaval de l’esprit bourgeois qui croit encore aux catégories, aux classifications, aux petites boîtes bien propres pour ranger le chaos du génie humain. Le Centre Pompidou, ce temple du moderne devenu mausolée avant même d’avoir vécu, nous propose une exposition en technicolor, comme si l’art pouvait se réduire à une palette de peintre du dimanche. Sept couleurs, sept péchés capitaux de la pensée muséale, sept tentatives désespérées de donner un sens à l’insensé, une forme à l’informe, une limite à l’illimité.

Mais commençons par le commencement, ou plutôt par l’éternel recommencement de la bêtise humaine qui croit toujours que l’art peut se domestiquer, se ranger, s’exposer comme on expose des trophées de chasse. L’histoire de l’art, cette grande farce tragique, n’est qu’une succession de malentendus, de récupérations, de trahisons. Et cette exposition en sept couleurs en est le dernier avatar, le dernier soubresaut d’une civilisation qui a perdu jusqu’au sens de sa propre décadence.

I. Les sept étapes de la décomposition chromatique : une histoire de l’humanité à travers ses illusions esthétiques

1. L’aube des couleurs : le sang et la terre (Préhistoire – 3000 av. J.-C.)

Tout commence dans la grotte, cette matrice originelle où l’homme, à peine sorti de l’animalité, tente de donner un sens à son existence en traçant des formes sur les parois. Les peintures rupestres de Lascaux, ces chefs-d’œuvre anonymes, ne sont pas des « œuvres » au sens moderne, mais des incantations, des rituels, des tentatives désespérées de communiquer avec l’invisible. Les couleurs y sont limitées : l’ocre rouge du sang, le noir du charbon, le blanc de la craie. Trois couleurs, trois éléments fondamentaux. Pas de bleu, pas de vert, pas de violet. L’homme primitif ne voit pas le monde comme nous le voyons. Il le sent, il le craint, il le vénère. Et il peint avec ce qu’il a sous la main : la terre, le sang, la suie.

Anecdote révélatrice : les archéologues ont longtemps cru que les peintures de Lascaux étaient l’œuvre de chamans en transe. En réalité, des analyses récentes ont montré que certaines mains qui ont tracé ces formes appartenaient à des enfants. L’art, dès son origine, est un jeu d’enfant, une tentative naïve de donner un sens à l’insupportable absurdité de l’existence. Et nous, aujourd’hui, avec nos musées aseptisés et nos expositions en sept couleurs, nous croyons avoir progressé ?

2. La couleur comme pouvoir : l’or et le pourpre (Antiquité – 500 ap. J.-C.)

Avec les civilisations antiques, la couleur devient un instrument de pouvoir. L’or des pharaons, le pourpre des empereurs romains, le bleu égyptien des dieux : les couleurs ne sont plus seulement des pigments, mais des symboles de domination. Pline l’Ancien, dans son Histoire naturelle, décrit avec fascination et horreur la fabrication du pourpre de Tyr, obtenu à partir de milliers de coquillages broyés. Une seule toge pourpre nécessite le sacrifice de dix mille murex. La couleur devient sang, souffrance, exploitation. Et nous osons parler de « chefs-d’œuvre » ?

Les Grecs, ces prétendus inventeurs de la beauté, méprisaient la couleur. Pour eux, l’idéal esthétique réside dans la pureté du marbre blanc, dans la perfection des formes. Platon, dans La République, condamne les peintres qui utilisent des couleurs vives, les accusant de corrompre l’âme. Aristote, plus pragmatique, reconnaît l’utilité des couleurs dans la rhétorique, mais les considère comme un art mineur, indigne du philosophe. La couleur, pour les Anciens, est un leurre, une illusion, un piège pour les sens. Et pourtant, c’est bien cette illusion qui a traversé les siècles, qui a nourri les rêves des peintres, qui a fait couler des fleuves d’encre et de sang.

3. La couleur interdite : le bleu de la Vierge (Moyen Âge – 1400)

Au Moyen Âge, la couleur devient un langage sacré. Les enlumineurs des manuscrits, ces moines anonymes qui passent leur vie à tracer des lettres d’or sur des parchemins, inventent un code chromatique complexe. Le bleu, couleur du ciel, est réservé à la Vierge Marie. Le rouge, couleur du sang du Christ, symbolise le martyre. Le vert, couleur de la nature, incarne l’espoir. Mais attention : ces couleurs ne sont pas choisies au hasard. Elles sont le fruit d’une théologie complexe, d’une métaphysique de la lumière.

Saint Augustin, dans ses Confessions, médite longuement sur la nature de la lumière et des couleurs. Pour lui, la beauté du monde est un reflet de la beauté divine. Mais cette beauté est trompeuse, car elle nous détourne de Dieu. La couleur, comme le monde sensible, est à la fois une révélation et une tentation. Et nous, pauvres mortels, sommes condamnés à osciller entre l’extase et la chute, entre la contemplation des chefs-d’œuvre et la misère de notre condition.

Anecdote glaçante : au XIIIe siècle, le pape Innocent III interdit aux laïcs de porter des vêtements de couleur vive. Seuls les clercs et les nobles ont le droit de s’habiller en rouge, en bleu ou en vert. La couleur devient un marqueur social, un instrument de domination. Et aujourd’hui, dans nos musées, nous contemplons ces mêmes couleurs avec la même fascination naïve, sans voir qu’elles sont les vestiges d’un monde où l’art était une arme, une prière, un crime.

4. La révolution des pigments : le bleu de Prusse et le rouge de cadmium (Renaissance – 1800)

Avec la Renaissance, tout change. Les artistes deviennent des savants, des alchimistes, des explorateurs. Léonard de Vinci, dans son Traité de la peinture, dissèque la nature de la lumière et des couleurs avec une précision scientifique. Il invente le sfumato, cette technique qui permet de fondre les couleurs les unes dans les autres, créant une illusion de profondeur, de réalité. Mais cette illusion est un mensonge, une tromperie. Car la peinture, même la plus réaliste, n’est qu’une surface, un leurre pour les yeux.

Les grands maîtres de la Renaissance, ces génies que nous vénérons aujourd’hui, étaient avant tout des hommes de leur temps. Michel-Ange, ce titan de la peinture et de la sculpture, méprisait la couleur. Pour lui, la beauté réside dans le dessin, dans la ligne pure. Les couleurs ne sont que des ornements, des accessoires. Et pourtant, c’est bien lui qui a peint la voûte de la Sixtine, ce chef-d’œuvre de couleurs éclatantes, ce délire chromatique qui a traversé les siècles.

Mais la véritable révolution vient des pigments. Au XVIIIe siècle, les chimistes inventent le bleu de Prusse, le rouge de cadmium, le jaune de chrome. Des couleurs vives, intenses, qui résistent à la lumière. Des couleurs qui permettent aux peintres de sortir de leur atelier, de peindre en plein air, de capturer la fugacité de l’instant. Et c’est ainsi que naît l’impressionnisme, cette grande farce qui consiste à croire que l’on peut saisir l’insaisissable, fixer l’éphémère, donner une forme à l’informe.

5. La subversion des couleurs : le noir de Goya et le blanc de Malevitch (1800 – 1945)

Au XIXe siècle, les artistes commencent à se rebeller contre les conventions. Goya, dans ses Peintures noires, utilise le noir non plus comme une absence de couleur, mais comme une présence, une force. Le noir devient la couleur de la folie, de la mort, de l’inconscient. Baudelaire, dans Les Fleurs du Mal, célèbre le « noir soleil de la mélancolie ». La couleur n’est plus un instrument de beauté, mais un outil de subversion.

Et puis vient le XXe siècle, ce siècle de folie et de destruction. Malevitch peint un carré blanc sur fond blanc. Mondrian réduit la peinture à des lignes noires et des aplats de couleurs primaires. Les surréalistes explorent les profondeurs de l’inconscient, utilisant les couleurs comme des armes contre la raison. Dali, dans La Persistance de la mémoire, transforme les couleurs en cauchemars. Picasso, dans Guernica, réduit la palette à des gris, des noirs, des blancs. La couleur devient un cri, une protestation, un acte de résistance.

Anecdote révélatrice : en 1915, Malevitch expose son Carré noir sur fond blanc à Petrograd. Le public, scandalisé, hurle au charlatanisme. Un critique écrit : « C’est une insulte à l’art, une provocation gratuite. » Malevitch répond : « Je me suis affranchi de la lie de l’art académique. J’ai compris que l’art n’a plus rien à voir avec les objets. » Et c’est ainsi que naît le suprématisme, cette grande farce qui consiste à croire que l’art peut se réduire à des formes géométriques, à des couleurs pures, à une abstraction totale.

6. La société du spectacle : le pop art et les couleurs criardes (1945 – 2000)

Après la Seconde Guerre mondiale, tout bascule. Les États-Unis deviennent le centre du monde artistique, et New York remplace Paris comme capitale de l’art. Les peintres américains, nourris de publicité et de culture de masse, inventent le pop art. Warhol, Lichtenstein, Rosenquist : ces artistes transforment les couleurs en produits de consommation, en icônes de la société du spectacle.

Warhol, dans ses sérigraphies de Marilyn Monroe ou de Campbell’s Soup, utilise des couleurs vives, saturées, presque agressives. Les couleurs ne sont plus des instruments de beauté, mais des outils de marketing. L’art devient un produit, une marchandise, un objet de spéculation. Et nous, pauvres spectateurs, nous nous extasions devant ces couleurs criardes, sans voir qu’elles sont le reflet de notre propre aliénation.

Guy Debord, dans La Société du spectacle, écrit : « Le spectacle est le capital à un tel degré d’accumulation qu’il devient image. » Et c’est bien cela que nous propose le Centre Pompidou avec son exposition en sept couleurs : une image, un spectacle, une illusion. Une tentative désespérée de donner un sens à un monde qui n’en a plus.

7. L’ère du numérique : les couleurs virtuelles (2000 – aujourd’hui)

Aujourd’hui, les couleurs ne sont plus des pigments, mais des pixels. Les artistes numériques créent des œuvres qui n’existent que sur des écrans, des couleurs qui n’ont pas de réalité physique. Et nous, pauvres mortels, nous contemplons ces images virtuelles avec la même fascination que nos ancêtres contemplaient les fresques des cathédrales.

Mais que reste-t-il de l’art dans ce monde dématérialisé ? Que reste-t-il de la beauté, de la vérité, de l’émotion ? Les couleurs virtuelles sont des leurres, des illusions, des fantômes. Elles n’ont pas de corps, pas de substance, pas de présence. Elles sont le reflet de notre époque : une époque sans mémoire, sans histoire, sans profondeur.

Et c’est dans ce contexte que le Centre Pompidou nous propose son exposition en sept couleurs. Sept couleurs pour résumer l’histoire de l’art, sept couleurs pour donner un sens à l’insensé. Quelle prétention ! Quelle naïveté ! Comme si l’art pouvait se réduire à une palette, comme si le génie humain pouvait se ranger dans des petites boîtes bien propres.

II. Analyse sémantique : le langage des couleurs et la tyrannie des mots

Mais parlons maintenant du langage, de cette prison de mots dans laquelle nous sommes enfermés. Le titre de l’exposition, Les chefs-d’œuvre du Centre Pompidou en 7 couleurs, est un chef-d’œuvre de novlangue muséale. « Chefs-d’œuvre » : le mot est déjà une imposture. Qui décide qu’une œuvre est un chef-d’œuvre ? Les critiques ? Les marchands ? Les conservateurs ? Les chefs-d’œuvre sont des constructions sociales, des illusions collectives, des mythes que nous nous racontons pour donner un sens à notre existence.

Et puis, il y a ce chiffre : sept. Pourquoi sept ? Parce que sept est un chiffre magique, un chiffre sacré. Sept jours de la semaine, sept péchés capitaux, sept merveilles du monde. Sept couleurs pour résumer l’histoire de l’art, comme si l’art pouvait se réduire à une équation mathématique. Comme si le génie humain pouvait se ranger dans des catégories bien propres, comme des épices dans un placard.

George Steiner, dans Langage et silence, écrit : « Le langage est la dernière métaphysique que nous ayons. » Et c’est bien cela que nous propose cette exposition : une métaphysique des couleurs, une théologie de la peinture. Mais cette métaphysique est un leurre, une illusion. Les mots que nous utilisons pour décrire l’art sont des pièges, des prisons. Ils nous enferment dans des catégories, dans des jugements, dans des préjugés.

Prenons le mot « couleur ». Que signifie-t-il vraiment ? Pour Newton, la couleur est une propriété de la lumière. Pour Goethe, c’est une expérience subjective, une émotion. Pour les physiciens modernes, c’est une illusion créée par notre cerveau. La couleur n’existe pas en soi : elle est une construction de notre esprit, une interprétation du monde.

Et pourtant, nous continuons à parler de couleurs comme si elles étaient des réalités objectives. Nous disons « ce tableau est bleu », comme si le bleu était une chose en soi, une essence. Mais le bleu n’est qu’une convention, un accord entre les hommes. Dans certaines langues, comme le russe ou le grec ancien, il n’existe pas de mot pour désigner le bleu. Les Grecs utilisaient le même mot, « glaukos », pour désigner le bleu, le vert et le gris. Et Homère, dans L’Odyssée, décrit la mer comme « vineuse », c’est-à-dire rouge sombre.

Alors, que reste-t-il de notre prétendue objectivité ? Que reste-t-il de nos classifications, de nos catégories, de nos petites boîtes bien propres ? Rien. L’art est un chaos, une folie, une explosion de couleurs et de formes qui échappent à toute tentative de domestication. Et cette exposition en sept couleurs n’est qu’une tentative désespérée de donner un sens à l’insensé, une illusion de plus dans un monde déjà saturé d’illusions.

III. Comportementalisme radical et résistance humaniste : l’art comme acte de rébellion

Mais alors, que faire ? Comment résister à cette machine à broyer les esprits, à cette industrie culturelle qui transforme l’art en produit de consommation, en spectacle, en illusion ? Comment préserver notre humanité dans un monde qui cherche à tout réduire en chiffres, en catégories, en couleurs ?

La réponse est simple : il faut résister. Résister à la tentation de la classification, de la catégorisation, de la domestication


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