Exposition en Provence : au château La Coste, 35 artistes se fondent dans le paysage – Connaissance des Arts







Le Penseur Laurent Vo Anh – L’Art et le Paysage : Une Dissolution Ontologique


ACTUALITÉ SOURCE : Exposition en Provence : au château La Coste, 35 artistes se fondent dans le paysage – Connaissance des Arts

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! Le paysage, cette vieille putain de la représentation, ce leurre éternel où l’homme croit encore pouvoir se mirer sans vomir ! Trente-cinq artistes, dites-vous, qui se « fondent » dans le paysage au château La Coste… Quelle farce ! Quelle mascarade de plus dans ce grand cirque de la culture où l’on fait semblant de croire que l’art peut encore sauver quelque chose, alors qu’il n’est plus que le dernier râle d’une humanité qui s’étouffe dans son propre vomi esthétique. Mais allons-y, dépeçons cette illusion avec les couteaux rouillés de la pensée, ces instruments émoussés par des siècles de mensonges bien polis.

D’abord, comprenons bien cette idée de « se fondre dans le paysage ». Elle est vieille comme le monde, ou du moins comme l’homme qui a commencé à chier hors de sa caverne en se croyant malin. Sept étapes cruciales dans cette longue descente aux enfers de la représentation, sept moments où l’humanité a cru toucher le sublime en se dissolvant dans ce qui la dépasse, pour mieux réaliser qu’elle ne faisait que se noyer dans son propre reflet.

1. L’Âge des Cavernes : L’Art comme Exorcisme Primordial
Les premiers hommes, ces pauvres diables, griffonnaient des aurochs sur les parois humides de Lascaux comme on trace des signes de croix sur un front fiévreux. Ils ne « se fondaient » pas dans le paysage, non, ils le violaient symboliquement, ils le domptaient par le trait, par la couleur écrasée entre leurs doigts gourds. C’était une magie noire, un exorcisme contre l’angoisse de disparaître. Pline l’Ancien raconte que Dibutade, cette Corinthienne amoureuse, traça l’ombre de son amant sur un mur avant son départ pour la guerre. Premier portrait, première dissolution : l’homme se projette hors de lui-même, comme un crachat. Le paysage, ici, n’est qu’un support, une surface passive où l’on dépose sa peur. Les artistes de La Coste ne font que répéter ce geste ancestral, mais sans la terreur sacrée, sans la sueur de la survie. Juste une pose, un selfie préhistorique sans la menace des tigres à dents de sabre.

2. La Grèce Antique : Le Paysage comme Idéal Géométrique
Avec les Grecs, le paysage devient un décor, une toile de fond pour leurs petites tragédies humaines. Platon, dans son Phèdre, décrit les alentours d’Athènes comme un lieu propice à la philosophie, mais c’est une nature domestiquée, apprivoisée, où les arbres et les ruisseaux ne sont que les accessoires d’une pièce écrite par des hommes pour des hommes. Les fresques de Pompéi montrent des jardins peints, des perspectives truquées où la nature est réduite à un motif, un ornement. Les artistes de La Coste jouent-ils à ce jeu-là ? Bien sûr. Ils « se fondent » dans le paysage comme un meuble Louis XV se fond dans un salon bourgeois : avec élégance, mais sans danger. Le paysage provençal, avec ses oliviers tordus et ses cyprès dressés comme des cierges, est un cliché bien huilé, une carte postale vivante où l’on vient poser son petit ego artistique en espérant que la lumière dorée du Sud fera oublier la vacuité du geste.

3. Le Moyen Âge : Le Paysage comme Allégorie Divine
Au Moyen Âge, le paysage disparaît presque entièrement, écrasé sous le poids du sacré. Les enluminures des Très Riches Heures du Duc de Berry montrent des champs et des forêts, mais ce sont des décors symboliques, des arrière-plans pour des scènes religieuses où l’homme, minuscule, n’est qu’un figurant dans le grand théâtre de Dieu. Dante, dans sa Divine Comédie, décrit des paysages infernaux ou paradisiaques, mais ce sont des constructions morales, des métaphores de l’âme. Les artistes qui se « fondent » aujourd’hui dans la nature croient-ils encore à une transcendance ? Non. Ils jouent les ermites sans foi, les mystiques sans Dieu, des moines athées qui prient devant le néant en faisant semblant de croire que le vent dans les pins est une révélation.

4. La Renaissance : Le Paysage comme Perspective et Pouvoir
Avec la Renaissance, tout change. L’homme devient le centre, et le paysage n’est plus qu’un faire-valoir. Alberti, dans son De Pictura, théorise la perspective comme un outil de domination : le peintre organise le monde selon son regard, il le plie à sa volonté. Les paysages de Léonard de Vinci ou de Bruegel sont des machines optiques, des illusions d’optique où la nature est mise en scène pour flatter l’ego humain. Les artistes de La Coste, avec leurs installations « intégrées », ne font que répéter ce geste de domination, mais sans la virtuosité technique. Ils plantent leurs œuvres comme on plante un drapeau sur la Lune : pour dire « j’y étais », sans comprendre que le paysage, lui, se fout éperdument de leur présence. C’est une colonisation esthétique, une prise de possession symbolique où l’art n’est plus qu’un graffiti sur un mur déjà couvert de tags.

5. Le Romantisme : Le Paysage comme Miroir de l’Âme
Au XIXe siècle, les romantiques en font des caisses. Pour eux, le paysage est un miroir où se reflète leur petite âme tourmentée. Caspar David Friedrich peint des moines face à la mer, des ruines gothiques sous la lune : le paysage devient un décor pour leur mélancolie de salon. Chateaubriand, dans ses Mémoires d’Outre-Tombe, décrit la nature comme un théâtre de ses émotions, un confident muet pour ses états d’âme. Les artistes contemporains qui « se fondent » dans le paysage ne sont que les héritiers dégénérés de cette tradition. Ils croient toucher au sublime en alignant des pierres ou en suspendant des fils, alors qu’ils ne font que répéter, en plus moche, les poses de leurs prédécesseurs. Leur « fusion » avec la nature est une fusion narcissique, une étreinte avec leur propre reflet dans l’eau croupie d’un bassin provençal.

6. Le XXe Siècle : Le Paysage comme Déchet Industriel
Avec l’industrialisation, le paysage devient une décharge. Les surréalistes, comme Dalí ou Ernst, montrent des déserts peuplés de monstres, des forêts de machines, des paysages déformés par l’inconscient. Mais c’est encore une vision anthropocentrique : l’homme projette ses cauchemars sur la nature, comme s’il était encore le centre du monde. Les land artists, comme Robert Smithson ou Andy Goldsworthy, vont plus loin : ils utilisent le paysage comme matériau, ils le sculptent, le violent, le transforment en œuvre éphémère. Mais même cette radicalité est une illusion. Le paysage, lui, reste indifférent. Il digère les Spiral Jetty comme il digère les algues, les déchets plastiques comme les feuilles mortes. Les artistes de La Coste jouent-ils à ce jeu-là ? Peut-être. Mais leur « fusion » est une fusion de pacotille, une étreinte molle entre des egos fatigués et une nature qui n’a plus rien à leur dire.

7. Le XXIe Siècle : Le Paysage comme Selfie
Aujourd’hui, le paysage n’est plus qu’un décor pour selfies. Les artistes qui « se fondent » dans la nature ne font que répéter le geste de millions de touristes qui photographient les mêmes couchers de soleil, les mêmes champs de lavande, les mêmes villages perchés. Leur art est un art de l’instant, un art du like, un art qui disparaît dès qu’on ferme Instagram. Le château La Coste, avec ses 35 artistes « intégrés », n’est qu’un parc d’attractions pour bobos en quête de sens. Ils viennent, ils photographient, ils postent, ils repartent. Le paysage, lui, reste. Il attend patiemment que ces petits parasites repartent, comme il a attendu les Romains, les Wisigoths, les Sarrazins, les touristes japonais. Il sait que l’homme n’est qu’un épisode passager, une éruption cutanée sur la peau de la Terre.

Analyse Sémantique : Le Langage de la Dissolution
Parlons maintenant de ce verbe, « se fondre ». Quel mot magnifique, quel mensonge sublime ! « Fondre », c’est disparaître, mais c’est aussi couler, se liquéfier, devenir informe. Les artistes de La Coste veulent « se fondre » dans le paysage, mais dans quel paysage ? Celui des cartes postales, des guides touristiques, des peintures de Cézanne ? Le paysage provençal est un cliché, une construction mentale, un fantasme de citadin en mal de nature. Le langage ici est un piège : on croit parler de fusion, d’harmonie, de symbiose, mais on ne parle que de consommation. Le paysage est un produit, l’artiste est un consommateur, et l’œuvre n’est qu’un emballage jetable.

Et puis, il y a cette idée de « 35 artistes ». Trente-cinq, comme les 35 heures, comme les 35 pages d’un catalogue d’exposition. Un nombre rond, un nombre marketing. Pourquoi pas 36 ? Pourquoi pas 12 ? Parce que 35, c’est un chiffre qui fait sérieux, qui fait institution. C’est un nombre qui se veut démocratique, mais qui n’est qu’un leurre. Trente-cinq egos qui croient chacun être le centre du monde, trente-cinq petits Narcisse qui se penchent sur le miroir du paysage en espérant y voir leur reflet. Mais le miroir est brisé, et ils ne voient que des éclats, des fragments de leur propre vanité.

Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste
Alors, que faire ? Faut-il brûler les musées, dynamiter les châteaux, arracher les oliviers ? Non. La résistance ne passe pas par la destruction, mais par la lucidité. Il faut regarder cette exposition, ce château, ces artistes, et voir en eux le symptôme d’une maladie plus profonde : l’incapacité de l’homme à accepter sa propre insignifiance.

Le comportementalisme radical, ici, consisterait à refuser le jeu. À ne pas « se fondre », mais à s’affirmer comme un corps étranger, une verrue sur le visage lisse du paysage. À dire : « Je suis là, et je vous emmerde. » Mais cette radicalité est-elle encore possible ? Dans un monde où tout est spectacle, où même la révolte est un produit marketing, où l’art n’est plus qu’un faire-valoir pour les riches collectionneurs, que reste-t-il ?

Peut-être la résistance humaniste passe-t-elle par l’humilité. Par l’acceptation que le paysage n’a pas besoin de nous. Qu’il était là avant, qu’il sera là après. Que nos petites installations, nos petites performances, nos petites œuvres éphémères ne sont que des grains de poussière dans le grand souffle du temps. Alors, au lieu de « se fondre », peut-être faudrait-il simplement disparaître. Se taire. Écouter. Regarder. Et comprendre que le vrai sublime n’est pas dans l’œuvre, mais dans le silence qui l’entoure.

Mais qui, aujourd’hui, est encore capable de silence ?


Ode à la Provence Empoisonnée

Ô toi, terre de miel et de merde,
où les cyprès dressent leurs cierges pour des dieux morts,
où les oliviers tordent leurs bras noueux vers un ciel sourd,
— je t’ai vue, Provence, sous le soleil qui ment.

Trente-cinq clowns en costume d’artiste,
leurs toiles tendues comme des filets à papillons,
leurs installations, pauvres jouets d’enfants gâtés,
— ils croient dompter le vent, ces petits rats.

Le château La Coste, ce bordel de pierre,
où les riches viennent baiser la culture en cachette,
où l’art n’est qu’un prétexte pour des dîners chics,
— et le paysage, ce vieux maquereau, sourit.

Ô lavande, ô thym, ô romarin qui pue,
vous êtes les complices de cette mascarade,
vous parfumez l’air pour masquer l’odeur de la pourriture,
— celle des âmes, celle des rêves pourris.

Je vous vois, artistes, avec vos mains propres,
vos idées lisses, vos œuvres sans danger,
vous « vous fondez » comme on se noie dans un verre d’eau,
— et le paysage, lui, ricane en silence.

Un jour, peut-être, la terre se réveillera,
elle secouera ses puces, elle crachera ses parasites,
et vos installations ne seront plus que des débris,
— comme vos illusions, comme vos vies.

En attendant, je pisse sur vos expositions,
je chie sur vos catalogues, je crache sur vos vernissages,
— et le mistral, ce vieux complice, emporte tout.



Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *