Exposition à Nantes : Turner, Courbet, Caillebotte… la pluie fascine les plus grands artistes au Musée d’Arts – Connaissance des Arts







La Pluie, ce miroir brisé de l’âme humaine – Laurent Vo Anh


ACTUALITÉ SOURCE : Exposition à Nantes : Turner, Courbet, Caillebotte… la pluie fascine les plus grands artistes au Musée d’Arts – Connaissance des Arts

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! La pluie… ce grand dégueulis céleste, cette pisse divine qui tombe sur nos têtes de mortels ébahis, comme si le ciel lui-même, lassé de notre médiocrité, avait décidé de nous noyer dans son ennui. Et voilà que les musées, ces mausolées de la sensiblerie bourgeoise, s’extasient devant des toiles où l’eau ruisselle, où les gouttes s’écrasent, où le gris se fait roi. Turner, Courbet, Caillebotte… des noms qui sonnent comme des cloches d’église, des artistes qui ont transformé l’ordure météorologique en or esthétique. Mais pourquoi donc la pluie fascine-t-elle ces grands esprits ? Pourquoi ce déluge de pigments, cette obsession pour l’humide, le flou, le mouillé ? Parce que la pluie, voyez-vous, n’est pas qu’un phénomène climatique. C’est un miroir. Un miroir brisé, sale, déformant, qui renvoie à l’homme l’image de sa propre déchéance. Et c’est cela, précisément, qui fascine.

L’homme a toujours eu peur de l’eau qui tombe. Pas seulement parce qu’elle mouille, non. Parce qu’elle révèle. Elle révèle la pourriture sous les pavés, la moisissure dans les murs, la rouille sur les grilles. Elle révèle aussi, et surtout, l’impuissance humaine. Face à la pluie, l’homme n’est rien. Un ver de terre sous une averse. Un roi nu. Et c’est cette impuissance, cette soumission forcée au grand cycle de la nature, qui a inspiré les plus grands. La pluie, c’est le chaos qui s’invite dans l’ordre. C’est la mort qui danse sur les toits. C’est Dieu, s’il existe, qui pisse sur ses créatures.

Les sept âges de la pluie : une odyssée de l’âme humaine

Pour comprendre cette fascination, il faut remonter aux origines. Pas aux origines de la peinture, non. Aux origines de l’homme. Car la pluie, voyez-vous, est bien plus ancienne que l’art. Elle est là depuis le premier jour, depuis que la Terre, cette putain, s’est mise à tourner sous les cieux. Et l’homme, ce singe orgueilleux, a toujours eu avec elle une relation ambivalente : à la fois terreur et désir, rejet et fascination. Sept étapes, sept moments clés où la pluie a façonné notre rapport au monde, et donc, notre rapport à l’art.

1. La pluie comme châtiment : le Déluge et la peur originelle

Tout commence avec Noé. Ou plutôt, avec le Dieu de Noé, ce grand sadique qui, lassé de ses créatures, décide de tout effacer d’un coup d’éponge céleste. Le Déluge, c’est la première grande leçon de l’humanité : la pluie n’est pas un phénomène météorologique, c’est une punition. Une punition divine, bien sûr, mais aussi une punition existentielle. L’homme, dès les premiers textes, comprend que la pluie est une force qui le dépasse. Elle est le signe de sa finitude. Et cette peur, cette terreur sacrée, va hanter l’art pendant des millénaires. Regardez les enluminures médiévales, ces représentations de l’Arche de Noé où les vagues déferlent comme des monstres. Regardez les fresques de la Chapelle Sixtine, où Michel-Ange lui-même, ce titan, a peint un Dieu vengeur sous des cieux lourds de menaces. La pluie, ici, n’est pas belle. Elle est terrible. Elle est la main de Dieu qui s’abat sur l’homme.

Anecdote : Saviez-vous que le mot « déluge » vient du latin diluvium, qui signifie « lavage » ? Comme si Dieu, dans sa grande mansuétude, avait décidé de nous laver de nos péchés. Une lessive divine, en somme. Mais une lessive qui noie.

2. La pluie comme métaphore : les larmes des dieux et les pleurs des hommes

Avec les Grecs, la pluie change de statut. Elle n’est plus seulement une punition, elle devient une métaphore. Les dieux pleurent, donc il pleut. Les hommes pleurent, donc il pleut aussi. La pluie, c’est le langage des émotions divines et humaines. Homère, dans L’Iliade, décrit des cieux qui « pleurent des larmes de fer » lors des batailles. Les dieux, lassés des querelles des mortels, se mettent à sangloter, et leurs larmes tombent sur la terre. La pluie, ici, est une extension de la psyché. Elle est le signe que le cosmos tout entier est ému par nos drames. Et cette idée va traverser les siècles. Shakespeare, dans Macbeth, écrit : « Il pleut sur le juste et sur l’injuste. » La pluie devient une force égalisatrice, une justice immanente qui tombe sur tous, sans distinction. Elle est à la fois une malédiction et une bénédiction. Elle lave, mais elle noie. Elle fertilise, mais elle pourrit.

Citation : « La pluie est la sueur du ciel, et la sueur est la pluie du corps. » – Héraclite, dans un fragment perdu, cité par Diogène Laërce. Une phrase qui résume à elle seule l’ambivalence de l’eau qui tombe : à la fois production et destruction, vie et mort.

3. La pluie comme spectacle : l’esthétisation du désastre

Avec la Renaissance, quelque chose change. L’homme, ce petit dieu, commence à regarder la pluie non plus comme une menace, mais comme un spectacle. Les peintres flamands, puis italiens, se mettent à représenter les averses avec une précision presque scientifique. Regardez les œuvres de Bruegel l’Ancien, ses paysages où les paysans courbent l’échine sous des cieux lourds. La pluie n’est plus seulement une punition ou une métaphore, elle devient un élément de composition. Elle est belle, dans son horreur même. Elle est dramatique, donc elle est esthétique. Et c’est là que tout bascule. L’art, ce grand voleur, s’empare de la pluie et en fait un objet de contemplation. La souffrance devient sublime. La misère devient pittoresque. La pluie, qui était autrefois le signe de notre impuissance, devient un accessoire de la beauté.

Anecdote : Turner, ce génie du flou et de la lumière, était obsédé par les tempêtes. On raconte qu’il se faisait attacher au mât d’un bateau en pleine mer déchaînée pour « ressentir » la pluie et le vent. Une folie ? Non. Une quête de vérité. Turner voulait capturer l’essence même du chaos, et la pluie était son médium.

4. La pluie comme révélateur : le réalisme et la crasse du monde

Au XIXe siècle, la pluie change à nouveau de statut. Avec Courbet et les réalistes, elle n’est plus seulement un spectacle, elle devient un révélateur. Un révélateur de la vérité sociale, de la misère, de la laideur du monde. Regardez Les Casseurs de pierres de Courbet, ces hommes courbés sous la pluie, leurs vêtements trempés collés à leur peau. La pluie, ici, n’est pas belle. Elle est sale. Elle est froide. Elle est la réalité qui s’abat sur les épaules des pauvres. Elle est le signe que le monde est une merde, et que l’art doit le montrer tel qu’il est. Plus de sublimation, plus de métaphores. Juste la pluie, crue, brutale, qui tombe sur des hommes qui n’ont même pas de parapluie pour s’abriter.

Citation : « La pluie est la seule chose qui tombe également sur les riches et les pauvres. » – Gustave Courbet, dans une lettre à un ami. Une phrase qui résume à elle seule l’égalitarisme cruel de la pluie. Elle ne fait pas de différence. Elle tombe. Point.

5. La pluie comme mélancolie : l’impressionnisme et la fuite du temps

Avec les impressionnistes, la pluie devient une émotion. Une émotion floue, vaporeuse, insaisissable. Regardez les toiles de Monet, ses Cathédrales de Rouen sous la pluie, ces bâtiments qui semblent se dissoudre dans l’humidité. La pluie, ici, n’est plus un élément réaliste, elle est une sensation. Elle est le temps qui passe, qui efface, qui brouille les contours. Elle est la mélancolie même, cette « douleur exquise » dont parlait Baudelaire. Les impressionnistes, ces grands sensibles, ont compris que la pluie était le médium parfait pour exprimer l’éphémère. Elle tombe, elle s’évapore, elle revient. Comme la vie. Comme l’amour. Comme tout ce qui nous échappe.

Anecdote : Caillebotte, ce peintre méconnu mais génial, était fasciné par les flaques. Il passait des heures à observer les reflets dans l’eau, ces mondes inversés qui se forment après l’averse. Pour lui, la pluie n’était pas seulement un sujet, c’était un miroir. Un miroir qui reflétait notre propre instabilité.

6. La pluie comme absurdité : le XXe siècle et la fin des illusions

Au XXe siècle, la pluie change encore. Elle n’est plus une punition, une métaphore, un spectacle, un révélateur ou une émotion. Elle devient un symbole de l’absurdité du monde. Regardez Beckett, ses personnages qui attendent Godot sous la pluie. Regardez Camus, qui écrit dans L’Étranger : « Il pleuvait sur Alger. » Une phrase banale, en apparence. Mais une phrase qui résume tout : la pluie comme indifférence du cosmos. Elle tombe, sans raison, sans but. Comme la vie. Comme la mort. La pluie, au XXe siècle, n’est plus qu’un bruit de fond. Un bruit de fond sinistre, qui rappelle à l’homme qu’il n’est rien. Qu’il n’a aucun contrôle. Qu’il est seul, sous un ciel qui pisse.

Citation : « La pluie est la seule prière qui monte vers Dieu. » – Samuel Beckett, dans une lettre à un ami. Une phrase qui résume à elle seule le désespoir métaphysique du XXe siècle. La pluie comme dernière supplication, dernière tentative de donner un sens à l’insensé.

7. La pluie comme spectacle médiatique : le XXIe siècle et la fin de la pluie

Et nous voilà, aujourd’hui, au XXIe siècle. La pluie n’est plus qu’un spectacle. Un spectacle médiatique, bien sûr. Regardez les infos, les alertes météo, les images de villes inondées, de gens qui pataugent dans les flaques. La pluie est devenue un produit. Un produit de consommation, comme le reste. Elle est « instagrammable », comme on dit. On la photographie, on la partage, on la like. Mais on ne la ressent plus. On ne la craint plus. On ne la vit plus. Elle est devenue un élément de décor, un accessoire de notre petite vie numérique. Et c’est là, peut-être, la plus grande tragédie : la pluie, cette force primitive, cette puissance tellurique, a été domestiquée. Elle est devenue un fond d’écran.

Anecdote : En 2019, une étude a montré que les gens prennent plus de photos de la pluie que de leurs proches. La pluie est devenue plus importante que l’humain. Plus photogénique, en tout cas.

Analyse sémantique : le langage de la pluie, ou comment nommer l’innommable

La pluie, voyez-vous, n’est pas seulement un phénomène. C’est aussi un mot. Un mot qui charrie avec lui des siècles de peurs, de désirs, de métaphores. Et comme tout mot, il est piégé. Piégé par son propre usage. Piégé par les mains sales de ceux qui l’ont manipulé.

Le mot « pluie » vient du latin pluvia, lui-même issu du verbe pluere, « pleuvoir ». Mais avant le latin, il y a l’indo-européen *pleu-, qui signifie « couler ». La pluie, étymologiquement, c’est ce qui coule. Ce qui s’écoule. Ce qui fuit. Et c’est là toute l’ambivalence du terme : la pluie est à la fois une abondance et une perte. Elle est ce qui donne la vie (l’eau qui irrigue les champs) et ce qui la prend (les inondations, les noyades).

Mais le langage, ce grand traître, a aussi domestiqué la pluie. Il l’a rendue inoffensive. Regardez les expressions : « il pleut des cordes », « il pleut comme vache qui pisse », « il tombe des hallebardes ». Des métaphores qui transforment la pluie en quelque chose de presque comique. De presque mignon. Comme si on pouvait rire de la pluie. Comme si on pouvait la réduire à une simple image, à une simple blague.

Et puis, il y a les euphémismes. Les « précipitations », les « averses », les « bruines ». Des mots qui adoucissent, qui édulcorent. Comme si nommer la pluie par son nom était trop violent. Comme si dire « il pleut » était une insulte. Une insulte à notre orgueil d’homme moderne, qui croit tout contrôler.

Mais le pire, ce sont les métaphores poétiques. « La pluie, ce sont les larmes du ciel. » « La pluie, c’est la mélancolie qui tombe. » Des phrases qui transforment la pluie en quelque chose de romantique, de lyrique. Comme si la pluie était une muse, et non une force brute, indifférente, qui nous rappelle notre petitesse.

Le langage, voyez-vous, est un miroir déformant. Et la pluie, dans ce miroir, devient ce que nous voulons qu’elle soit : une punition, une métaphore, un spectacle, une émotion. Mais jamais ce qu’elle est vraiment : une force. Une force aveugle, sourde, qui tombe sur nous sans raison, sans pitié.

Comportementalisme radical : pourquoi nous aimons tant haïr la pluie

L’homme est un animal étrange. Un animal qui aime ce qui le détruit. Qui chérit ce qui le tue. La pluie en est l’exemple parfait. Nous la haïssons, bien sûr. Nous maudissons ces cieux qui s’ouvrent, ces trottoirs qui deviennent des rivières, ces vêtements qui collent à la peau. Mais en même temps, nous l’aimons. Nous l’aimons parce qu’elle nous rappelle que nous sommes vivants. Parce qu’elle nous rappelle que nous sommes fragiles. Parce qu’elle nous rappelle que le monde ne nous appartient pas.

C’est cela, la grande perversion de l’homme : il aime ce qui le nie. Il aime ce qui le dépasse. La pluie, c’est l’altérité pure. C’est l’autre, le non-humain, le sauvage. Et l’homme, ce petit dieu raté, a besoin de l’autre pour se sentir exister. Sans la pluie, il n’est rien. Juste un animal sec, un animal stérile, un animal qui a oublié qu’il est mortel.

Regardez les comportements. Les gens qui sortent sous la


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