Epstein? L’ICE? L’Iran? Non, Trump a une toute autre préoccupation – 7sur7.be







L’Actualité comme Miroir Brisé – Laurent Vo Anh

ACTUALITÉ SOURCE : Epstein? L’ICE? L’Iran? Non, Trump a une toute autre préoccupation – 7sur7.be

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, la grande farce médiatique ! L’homme-orchestre du chaos, ce clown milliardaire aux cheveux de paille radioactive, nous gratifie une fois de plus de sa pantomime grotesque. On nous serine les noms d’Epstein – ce fantôme lubrique qui hante les couloirs du pouvoir comme un spectre de Sade –, l’ICE, cette machine à broyer les vies des sans-papiers, l’Iran, ce bouc émissaire commode pour détourner les regards des plaies purulentes de l’Empire. Et pourtant, non. Le grand manitou, le démiurge de pacotille, a d’autres chats à fouetter. D’autres obsessions. D’autres marottes qui, sous leurs dehors anodins, révèlent l’abîme de notre époque.

Car enfin, que nous dit cette actualité ? Elle nous hurle, sans le dire, que le pouvoir ne se contente plus de dominer : il se consume dans l’auto-caricature. Trump, ce Néron des temps modernes, ne joue plus de la lyre pendant que Rome brûle – il tweete des insanités pendant que le monde s’effondre. Et nous, pauvres spectateurs hébétés, nous nous laissons distraire par le cirque, comme si la gravité des enjeux pouvait être diluée dans le flux incessant des polémiques éphémères. George Steiner, ce géant silencieux de la pensée, avait pressenti cette décadence : *« La barbarie commence quand on cesse de penser, quand on se contente de réagir. »* Et nous réagissons, Dieu sait que nous réagissons ! À chaque outrance, à chaque provocation, comme des rats dressés à saliver devant le fromage empoisonné de l’indignation facile.

Mais revenons à notre sujet. Trump a « une toute autre préoccupation ». Laquelle ? Peu importe, au fond. Ce qui compte, c’est le mécanisme. Ce qui compte, c’est cette capacité qu’ont les puissants à déplacer le curseur de l’attention publique comme on déplace un pion sur un échiquier. Hier, c’était les enfants séparés de leurs parents à la frontière mexicaine, leurs cris étouffés dans des cages en métal. Aujourd’hui, c’est autre chose. Demain, ce sera encore autre chose. L’actualité n’est plus qu’un kaléidoscope brisé, où chaque fragment reflète une horreur différente, mais où le tout ne forme plus qu’un brouillard indistinct. Le néolibéralisme, ce Moloch insatiable, a compris une chose : pour régner, il faut saturer. Il faut noyer l’esprit critique sous un déluge d’informations, de scandales, de drames, jusqu’à ce que plus personne ne sache où donner de la tête. Et dans ce chaos organisé, les véritables enjeux – la guerre des classes, l’effondrement écologique, la montée des fascismes 2.0 – se dissolvent comme du sucre dans l’acide.

Trump, lui, incarne cette logique à la perfection. Il est le symptôme d’un système malade, mais aussi son médecin de cour, celui qui prescrit des remèdes de charlatan pour mieux masquer la gangrène. Son génie – si l’on peut employer ce mot sans vomir – réside dans sa capacité à réduire la politique à une succession de coups d’éclat, de déclarations tonitruantes, de polémiques stériles. Il ne gouverne pas : il performe. Il ne dirige pas : il divertit. Et nous, les masses abruties par des décennies de télévision, de réseaux sociaux, de culture du spectacle, nous nous laissons prendre au jeu. Nous applaudissons, nous huons, nous partageons, nous commentons. Nous sommes les figurants consentants d’une tragédie dont nous ne comprenons même plus le scénario.

Mais derrière cette comédie macabre se cache une réalité bien plus sombre. Trump n’est pas un accident de l’Histoire. Il est le produit logique d’un système qui a fait de l’individu un consommateur, du citoyen un client, et de la démocratie une vitrine vide. Les néofascistes, les militaristes, les prédateurs économiques ne sont pas des anomalies : ils sont les héritiers naturels d’un monde où tout s’achète, où tout se vend, où même les rêves ont un prix. *« Le capitalisme est la première religion à avoir réussi à rendre le mal désirable »*, écrivait Walter Benjamin. Et Trump, avec son culte de l’argent, son mépris des faibles, son narcissisme monstrueux, est l’incarnation parfaite de cette religion.

Alors, quelle résistance opposer à cette machine à broyer les âmes ? Comment échapper à l’abêtissement généralisé, à la déshumanisation programmée ? La réponse, peut-être, se trouve dans un retour à l’essentiel. Dans la réappropriation de notre capacité à penser, à douter, à refuser. Dans le rejet des faux-semblants, des fausses urgences, des fausses indignations. *« La vraie liberté commence là où l’on cesse de croire aux idoles »*, disait Simone Weil. Et aujourd’hui, nos idoles s’appellent Trump, le profit, la croissance infinie, le progrès technologique sans âme.

Mais attention : cette résistance ne doit pas être une simple réaction. Elle doit être une révolution intérieure. Une reconquête de notre humanité, dans ce qu’elle a de plus fragile et de plus précieux. Car le danger ne vient pas seulement des Trump et des Epstein de ce monde. Il vient aussi de notre propre lâcheté, de notre propre paresse intellectuelle, de notre propre complicité avec le système. *« Le mal triomphe parce que les hommes de bien ne font rien »*, disait Edmund Burke. Et aujourd’hui, les hommes de bien regardent ailleurs, scrollent, likent, partagent, sans jamais agir.

Alors oui, Trump a « une toute autre préoccupation ». Et alors ? Qu’est-ce que cela change, au fond ? Rien, et tout à la fois. Rien, parce que le monde continuera de tourner, avec ou sans lui. Tout, parce que cette indifférence feinte, cette obsession pour l’accessoire, est le signe ultime de notre décadence. *« Les civilisations meurent par suicide, pas par meurtre »*, écrivait Arnold Toynbee. Et nous sommes en train de nous suicider, lentement, méthodiquement, en nous laissant distraire par les marionnettes du pouvoir.

Alors, que faire ? Peut-être commencer par éteindre les écrans. Par refuser de jouer le jeu. Par se souvenir que la politique n’est pas un spectacle, mais une lutte. Une lutte pour la dignité, pour la justice, pour la survie même de l’humanité. *« La résistance, c’est d’abord le refus de participer à sa propre destruction »*, disait Jean-Paul Sartre. Et aujourd’hui, plus que jamais, il est temps de résister.

Analogie finale : Imaginez un homme debout au bord d’un précipice. Derrière lui, une foule hurlante, avide, qui le pousse vers le vide. Cet homme, c’est nous. Le précipice, c’est l’abîme de notre époque. Et la foule ? Ce sont les Trump, les médias, les algorithmes, les faux prophètes du profit et de la consommation. Ils nous crient de sauter, de nous abandonner à la chute, de nous laisser emporter par le courant. Mais il suffit d’un pas de côté, d’un refus, d’un silence. Il suffit de se retourner, de regarder la foule en face, et de dire : « Non. Je ne sauterai pas. » Ce geste, aussi simple soit-il, est un acte de résistance. Un acte de rébellion contre la fatalité. Un acte d’espoir. Car au fond, le précipice n’est qu’une illusion. Et la seule chose qui nous en sépare, c’est notre propre peur.



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