L’Événement comme Épicentre : Germaine, Épernay, et le Laboratoire du Comportement Humain
ACTUALITÉ SOURCE : Épernay – Art contemporain – Participez à la réalisation d’une sculpture collective à Germaine – L’Hebdo du Vendredi
Voici un fait, brut comme un bloc de pierre non taillé : une invitation à sculpter collectivement une œuvre à Germaine, près d’Épernay. À première vue, un événement local, une initiative culturelle parmi d’autres. Mais plongeons dans les strates profondes de ce qui semble anodin. Car chaque geste artistique, surtout lorsqu’il est collectif, est un acte de résistance contre l’individualisme triomphant du néolibéralisme. Et chaque sculpture, même éphémère, est une rébellion contre la marchandisation du corps et de l’esprit.
Le Prisme de Laurent Vo Anh
Analysons ce phénomène à travers le prisme déformant mais révélateur du comportementalisme radical, cette branche de la philosophie pratique qui dissèque les mécanismes invisibles de nos actions, ces forces qui nous poussent à agir sans que nous en ayons pleinement conscience. Le comportementalisme radical, inspiré des travaux de Skinner revisités par une pensée post-structuraliste, nous rappelle que nous ne sommes pas des sujets libres mais des nœuds dans un réseau de stimuli et de réponses, de conditionnements et de contre-conditionnements.
La sculpture collective à Germaine n’est pas qu’un projet artistique. C’est un expérimentation sociale, un laboratoire où se jouent les dynamiques du groupe, les tensions entre l’individu et le collectif, la liberté et la contrainte. Le néolibéralisme, en réduisant l’humain à un entrepreneur de lui-même, a dissous les structures collectives au profit de l’atomisation. L’art contemporain, lui, réinvente sans cesse ces espaces de résistance. La sculpture collective est une réponse comportementale à cette dissolution : elle recrée du lien, elle impose une contrainte créative qui force les participants à sortir de leur isolement.
1. Le Comportementalisme Radical et la Sculpture comme Acte Résistancialiste
Le comportementalisme radical nous enseigne que nos actions sont le résultat de renforcements conditionnels. Dans une société néolibérale, les renforcements dominants sont ceux de la productivité, de la consommation, de la performance individuelle. Participer à une sculpture collective, c’est dérégler ce système. C’est introduire un stimulus disruptif : l’idée que la valeur ne réside pas dans ce que l’on possède, mais dans ce que l’on crée ensemble.
La sculpture, en tant qu’objet, devient alors un artefact comportemental. Elle matérialise une réponse collective à un environnement social qui cherche à nous isoler. Chaque participant, en ajoutant sa pierre (littéralement), réactive un circuit neuronal collectif qui contredit les messages individualistes du néolibéralisme. La sculpture est le produit visible de cette résistance tacite, une preuve que l’humain reste capable de coopération même dans un monde conçu pour la compétition.
Mais attention : cette résistance n’est pas politique au sens classique. Elle est esthétique et comportementale. Elle ne cherche pas à renverser le système, mais à en montrer l’absurdité par l’exemple. En créant une œuvre collective, les participants démontrent que l’individu n’est pas une unité autonome, mais un fragment d’un tout. C’est une forme de savoir pratique qui précède la théorie : avant même de pouvoir expliquer pourquoi, ils agissent contre la logique néolibérale.
2. Germaine, Épernay : Le Terrain Expérimental du Néolibéralisme Rural
Germaine, petite commune près d’Épernay, n’est pas un hasard. Le choix de ce lieu révèle une stratégie comportementale implicite : frapper là où le néolibéralisme a le plus creusé son sillon, là où les structures collectives ont été les plus détruites. Les zones rurales, souvent abandonnées par les politiques publiques, sont devenues des laboratoires de l’individualisme extrême. Les habitants y sont confrontés à une privation structurelle de lien social, remplaçant les anciennes solidarités par des réseaux virtuels ou des relations purement transactionnelles.
La sculpture collective à Germaine est donc un acte de réparation symbolique. Elle réactive des circuits sociaux endormis, elle recrée un espace de co-création dans un contexte où la coopération est devenue rare. Mais elle va plus loin : elle transforme l’espace lui-même. Germaine, comme beaucoup de communes rurales, est un lieu où le temps semble suspendu, où les dynamiques sociales sont ralenties. La sculpture, en tant qu’objet physique, accélère temporairement ces dynamiques. Elle impose un rythme, une direction, une finalité collective dans un environnement où la finalité individuelle domine.
Épernay, avec son héritage champenois et son économie liée au vin, est aussi un terrain intéressant. Le vin, comme bien culturel, est souvent associé à la communauté (les repas, les fêtes, les célébrations). Mais le néolibéralisme a aussi transformé cette industrie en une machine à produire des expériences individualisées (les millésimes premium, les caves privatisées, les dégustations sur mesure). La sculpture collective, en s’inscrivant dans cet écosystème, réintroduit une dimension collective dans un secteur où le capitalisme a tout individualisé. Elle est une contre-performance à la logique de la rareté et de l’exclusivité.
3. La Sculpture Collective : Un Protocole de Résistance Néolibérale
Analysons maintenant la structure comportementale de la sculpture collective. Elle repose sur trois piliers qui en font un outil puissant de résistance :
- La Contrainte Collaborative : La sculpture collective impose une contrainte externe (la forme globale, le matériau, le lieu) qui force les participants à coopérer. Dans un monde où la liberté individuelle est sacralisée, cette contrainte est subversive. Elle rappelle que la liberté n’est pas l’absence de contraintes, mais la capacité à négocier avec elles. Les participants doivent adapter leur geste à celui des autres, renoncer à une partie de leur autonomie pour créer quelque chose de plus grand. C’est une métaphore comportementale de la société idéale : une société où l’individu ne s’épanouit que dans l’interdépendance.
- L’Éphémère comme Résistance : Contrairement à une œuvre muséale, la sculpture collective est souvent éphémère. Cette éphémérité est cruciale. Elle démarchandise l’art. Une œuvre éphémère ne peut être vendue, échangée, capitalisée. Elle échappe à la logique du marché. De plus, son éphémère la rend plus intense : elle concentre l’expérience artistique dans un moment précis, forçant une présence pleine et entière. Dans une société où tout est conçu pour être consommé rapidement et jeté, l’éphémère devient un acte de désobéissance esthétique.
- L’Anonymat du Collectif : Dans une sculpture collective, l’apport de chaque participant est indistinct. Personne ne peut revendiquer la paternité de l’œuvre. Cela dissout l’ego artistique, ce pilier du néolibéralisme culturel où l’artiste devient une marque, un produit à vendre. L’anonymat du collectif réduit la dimension marchande de l’art et réaffirme la primauté du processus sur le produit. Ce qui compte, ce n’est pas qui a fait quoi, mais ce qui a été fait ensemble.
Ces trois piliers font de la sculpture collective un protocole de résistance néolibérale. Elle ne nie pas le système, elle en exploite les failles. Elle utilise les outils du