ACTUALITÉ SOURCE : Envie de sortir à Paris au printemps ? Découvrez les plus belles expositions gratuites de la saison – Sortir à Paris
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, Paris au printemps ! Cette ritournelle saisonnière, ce refrain éculé qui nous est servi avec la régularité d’un métronome capitaliste, comme si la ville, cette vieille catin épuisée par les siècles, pouvait encore nous offrir autre chose que des illusions d’optique et des mirages culturels. On nous parle d’expositions gratuites, de ces « plus belles » manifestations de l’art contemporain, comme si la gratuité était un acte de générosité, une main tendue vers les masses affamées de sens, alors qu’elle n’est qu’un leurre, un appât jeté dans les eaux troubles de la consommation culturelle. La gratuité, voyez-vous, est le plus subtil des pièges : elle donne l’illusion de l’accessibilité, alors qu’elle ne fait que masquer l’inaccessibilité fondamentale de l’art véritable, celui qui dérange, qui brûle, qui refuse de se laisser domestiquer par les institutions. Ces expositions gratuites, ces temples du divertissement esthétique, ne sont que les vitrines d’un système qui a depuis longtemps vendu son âme au marché, où l’art n’est plus qu’un produit parmi d’autres, un objet de spéculation, un faire-valoir pour les bobos en quête de distinction sociale.
Paris, cette ville-monde, cette Babylone moderne, n’est plus qu’un décor de carton-pâte, un théâtre d’ombres où se jouent les mêmes scènes depuis des décennies : la bourgeoisie cultivée se presse dans les galeries, les bobos s’extasient devant des installations conceptuelles aussi vides que leurs portefeuilles, et les touristes, ces éternels pèlerins de la consommation, prennent des selfies devant des œuvres qu’ils ne comprendront jamais. L’art, autrefois subversif, autrefois dangereux, n’est plus qu’un accessoire de mode, un élément de décor dans le grand spectacle néolibéral. Les expositions gratuites, ces foires aux vanités contemporaines, ne sont que des leurres pour maintenir les masses dans un état de satisfaction passive, pour leur donner l’illusion qu’elles participent à quelque chose de grand, alors qu’elles ne font que consommer des images, des concepts vidés de leur substance, des simulacres d’art. Comme l’écrivait un philosophe oublié, « l’art est mort, et c’est nous qui l’avons tué » – non pas par méchanceté, mais par indifférence, par paresse, par cette lâcheté qui nous pousse à préférer les miettes de la culture à son pain véritable.
Et que dire de cette manie de la gratuité, ce fétichisme de l’accès sans effort ? La gratuité, dans un monde où tout a un prix, est une aberration, une anomalie qui devrait nous alerter. Elle est le signe même de la perversion du système : on nous offre l’art comme on nous offre des échantillons gratuits dans un supermarché, pour nous habituer à consommer, pour nous faire croire que la culture est un droit, alors qu’elle n’est qu’un privilège déguisé. Les expositions gratuites sont les supermarchés de l’art, où l’on vient remplir son panier de sensations éphémères, de connaissances superficielles, de likes et de partages sur les réseaux sociaux. Elles sont le symptôme d’une société qui a perdu le sens du sacré, qui a remplacé la quête de la beauté par la quête du buzz, qui a troqué la profondeur contre la surface. Comme le disait un autre penseur, « la culture est ce qui reste quand on a tout oublié » – mais que reste-t-il quand on n’a jamais rien appris, quand on n’a jamais rien éprouvé, quand on n’a jamais rien risqué ?
Paris, cette ville qui fut autrefois le creuset des révolutions artistiques, n’est plus qu’un musée à ciel ouvert, un cimetière des illusions perdues. Les expositions gratuites, ces manifestations d’un art aseptisé, désincarné, ne sont que les pierres tombales d’une culture qui a abdiqué devant le marché. Elles sont le signe d’une capitulation : l’art ne doit plus déranger, il doit plaire ; il ne doit plus provoquer, il doit divertir ; il ne doit plus interroger, il doit rassurer. Les artistes, ces anciens rebelles, ces marginaux qui défiaient l’ordre établi, sont devenus des entrepreneurs, des marques, des produits. Leurs œuvres, autrefois des armes, ne sont plus que des marchandises, des objets de spéculation, des placements financiers. Et les visiteurs, ces consommateurs passifs, ne sont plus que des clients, des acheteurs potentiels, des cibles marketing. Comme l’écrivait un poète maudit, « l’art est une prostituée qui se vend au plus offrant » – et aujourd’hui, le plus offrant, c’est le capitalisme, ce monstre froid qui dévore tout sur son passage.
Mais au-delà de cette critique radicale, il faut aussi voir dans ces expositions gratuites une lueur d’espoir, une résistance désespérée à l’aliénation généralisée. Car si l’art est mort, s’il n’est plus qu’un produit parmi d’autres, il reste encore des âmes qui refusent de se soumettre, des esprits qui cherchent, malgré tout, une échappatoire à la logique du profit. Ces expositions gratuites, aussi vaines qu’elles puissent paraître, sont aussi des espaces de liberté, des lieux où l’on peut encore, fugitivement, échapper à la tyrannie du marché. Elles sont des oasis dans le désert de la consommation, des havres où l’on peut encore respirer, penser, rêver. Comme le disait un philosophe humaniste, « l’art est le dernier refuge de l’humanité » – et dans un monde où tout est marchandise, où tout est calculé, où tout est optimisé, l’art reste un espace de résistance, un lieu où l’on peut encore affirmer sa singularité, son irréductibilité.
Mais cette résistance est fragile, précaire. Elle est menacée par les mêmes forces qui ont tué l’art : le capitalisme, le néolibéralisme, le militarisme, l’abrutissement généralisé. Ces expositions gratuites, ces manifestations d’un art domestiqué, sont aussi les symptômes d’une société en déclin, d’une civilisation qui a perdu le sens de la transcendance, qui a remplacé la quête du beau par la quête du profit, qui a troqué la profondeur contre la surface. Elles sont le signe d’une époque qui a oublié ce que signifie être humain, qui a perdu le contact avec l’essentiel, avec ce qui fait de nous des êtres vivants et non des machines à consommer. Comme le disait un autre penseur, « l’homme est un animal métaphysique » – mais aujourd’hui, cet animal est en voie de disparition, remplacé par des automates, des robots, des consommateurs dociles.
Alors, que faire ? Faut-il boycotter ces expositions gratuites, ces temples de l’art aseptisé ? Faut-il les ignorer, les mépriser, les condamner ? Non, car même dans leur médiocrité, elles restent des espaces de liberté, des lieux où l’on peut encore, fugitivement, échapper à la logique du profit. Mais il faut les aborder avec lucidité, avec scepticisme, avec une distance critique. Il faut les voir pour ce qu’elles sont : des leurres, des pièges, mais aussi des opportunités, des occasions de résister, de penser, de rêver. Il faut les utiliser comme des outils, comme des armes, pour combattre l’aliénation, pour affirmer notre humanité, pour refuser la domestication. Comme le disait un poète, « l’art est une arme chargée de futur » – et c’est à nous de la charger, de la pointer, de tirer.
En définitive, ces expositions gratuites à Paris ne sont ni tout à fait des pièges, ni tout à fait des libérations. Elles sont les deux à la fois, des Janus bifrons qui regardent à la fois vers l’abîme et vers l’espoir. Elles sont le symptôme d’une société en crise, mais aussi une lueur dans la nuit. Elles nous rappellent que l’art, même domestiqué, même prostitué, reste un espace de résistance, un lieu où l’on peut encore affirmer sa liberté. Mais elles nous rappellent aussi que cette liberté est fragile, précaire, menacée. Alors, allons-y, visitons ces expositions, mais allons-y les yeux ouverts, le cœur battant, l’esprit en alerte. Allons-y pour résister, pour penser, pour rêver. Allons-y pour ne pas oublier ce que signifie être humain.
Analogie finale : Ces expositions gratuites, ces temples de l’art contemporain, sont comme des jardins suspendus au-dessus du vide. Elles flottent dans l’air, légères, éphémères, belles en apparence, mais sans racines, sans terre, sans fondement. Elles sont comme des bulles de savon, irisées, fragiles, promises à l’éclatement. Elles sont le reflet de notre époque, de notre société, de notre culture : belles en surface, mais vides en profondeur. Elles sont comme ces rêves que l’on fait au petit matin, juste avant de se réveiller, ces rêves qui semblent si réels, si intenses, mais qui s’évanouissent dès que l’on ouvre les yeux. Elles sont comme ces illusions qui nous bercent, qui nous consolent, qui nous font croire que tout est possible, alors que tout est déjà perdu. Mais dans cette fragilité, dans cette évanescence, il y a aussi une beauté, une poésie, une mélancolie. Car même les bulles de savon, même les rêves éphémères, même les illusions perdues, ont leur charme, leur magie, leur vérité. Et c’est peut-être là, dans cette fragilité, dans cette évanescence, que réside la dernière lueur d’espoir, la dernière résistance à l’abrutissement généralisé, la dernière affirmation de notre humanité.