ACTUALITÉ SOURCE : ENTRETIEN. Résultats municipales 2026 : « Le RN et LFI se heurtent à leur plafond de verre », analyse un politologue – Ouest-France
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Le plafond de verre… Cette métaphore éculée, ce cliché politique qui sonne comme un verdict divin, comme si les dieux de la démocratie libérale avaient décrété, depuis l’Olympe des marchés financiers, que le peuple ne devait jamais s’élever au-dessus de sa condition de consommateur docile. « Plafond de verre » – l’expression est lâchée avec la condescendance d’un technocrate qui, depuis son bureau climatisé, observe les masses s’agiter en contrebas, comme des fourmis contre une vitre. Mais ce plafond, mes chers contemporains égarés, n’est pas une fatalité naturelle : c’est une construction idéologique, un mur édifié pierre par pierre depuis des siècles, un système de domination qui se pare des atours de la raison pour mieux étouffer l’espoir.
Analysons donc cette farce électorale, ce théâtre d’ombres où le Rassemblement National (RN) et La France Insoumise (LFI) se cognent, nous dit-on, à un « plafond de verre ». Mais de quel verre s’agit-il ? Est-ce le verre fragile de la démocratie bourgeoise, ou celui, blindé, de l’ordre néolibéral qui ne tolère aucune fissure dans son édifice ? Pour comprendre ce phénomène, il faut remonter aux sources mêmes de la pensée politique, là où se jouent les rapports de force entre le pouvoir et le peuple, entre l’élite et la plèbe, entre l’argent et la dignité.
I. Les Sept Étapes du Plafond de Verre : Une Archéologie de la Domination
1. La Cité Antique : Le Plafond de Bronze (Ve siècle av. J.-C.)
À Athènes, berceau de la démocratie, le « plafond » n’était pas de verre, mais de bronze. Les citoyens – une minorité d’hommes libres – débattaient sous le soleil de l’Agora, tandis que les femmes, les esclaves et les métèques étaient relégués dans l’ombre. Périclès, dans son oraison funèbre rapportée par Thucydide, célèbre la grandeur d’Athènes, mais omet soigneusement de mentionner ceux qui en sont exclus. Déjà, le pouvoir se légitimait par l’exclusion. Le « plafond » athénien était une loi non écrite, une frontière entre ceux qui comptaient et ceux qui ne comptaient pas. Aujourd’hui, le RN et LFI se heurtent à un système qui, comme à Athènes, réserve le pouvoir à une élite auto-proclamée. La différence ? Aujourd’hui, l’esclave est un smicard, et le métèque, un travailleur sans-papiers.
2. La Féodalité : Le Plafond de Pierre (Moyen Âge, IXe-XVe siècle)
Au Moyen Âge, le plafond était de pierre, celui des châteaux forts. Le serf savait pertinemment qu’il ne monterait jamais dans la tour du seigneur. La société était divisée en trois ordres : ceux qui prient, ceux qui combattent, ceux qui travaillent. Aucune mobilité sociale n’était possible, et quiconque osait défier cet ordre était accusé d’hérésie ou de sorcellerie. Aujourd’hui, le néo-féodalisme des marchés financiers a remplacé les seigneurs par des actionnaires. Le « plafond de verre » moderne est une version aseptisée de la loi salique : tu nais dans une cité HLM, tu mourras dans une cité HLM. Le RN, avec son discours identitaire, et LFI, avec son projet de rupture, menacent cet ordre. Alors, on les accuse de « populisme », comme on accusait les hérétiques de troubler l’ordre divin.
3. La Renaissance : Le Plafond Doré (XVe-XVIIe siècle)
Avec la Renaissance, le plafond se pare d’or. Les Médicis à Florence, les Fugger à Augsbourg : le pouvoir est désormais entre les mains des banquiers et des mécènes. Machiavel, dans Le Prince, théorise la ruse comme outil de gouvernement. « La fin justifie les moyens » devient la maxime des élites. Aujourd’hui, les « moyens » s’appellent lobbying, médias aux ordres, et algorithmes de manipulation. Le RN et LFI sont perçus comme une menace parce qu’ils remettent en cause le pouvoir de l’argent-roi. Le « plafond de verre » est ici une paroi transparente mais infranchissable, comme celle qui sépare les traders de la City des habitants des banlieues londoniennes.
4. Les Lumières : Le Plafond de Cristal (XVIIIe siècle)
Les Lumières promettent l’émancipation par la raison. Rousseau, dans Du Contrat Social, rêve d’une société où « l’homme naît libre, et partout il est dans les fers ». Mais les révolutionnaires de 1789, une fois au pouvoir, instaurent un nouveau plafond : celui de la propriété. La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen exclut les femmes et les pauvres. Olympe de Gouges, qui ose réclamer l’égalité pour les femmes, est guillotinée. Aujourd’hui, le « plafond de verre » est une version édulcorée de cette exclusion : on ne guillotine plus les opposants, on les discrédite dans les médias. Le RN est traité de « fasciste », LFI de « dangereux utopiste ». La bourgeoisie révolutionnaire de 1789 est devenue la bourgeoisie néolibérale de 2026, et son plafond est toujours aussi solide.
5. La Révolution Industrielle : Le Plafond d’Acier (XIXe siècle)
Avec l’industrialisation, le plafond devient d’acier. Marx et Engels, dans Le Manifeste du Parti Communiste, décrivent une société divisée en deux classes : la bourgeoisie et le prolétariat. Le prolétaire est libre de vendre sa force de travail, mais il n’est pas libre de s’affranchir de l’exploitation. Aujourd’hui, le « plafond de verre » est une version high-tech de cette aliénation. Les GAFAM ont remplacé les usines, et l’exploitation est désormais numérique. Le RN et LFI, chacun à leur manière, menacent ce système. Le premier en promettant un retour à un ordre fantasmé, la seconde en proposant une rupture avec le capitalisme financier. Mais l’acier du système est toujours là, plus résistant que jamais.
6. Le XXe Siècle : Le Plafond de Béton (Guerres Mondiales et Guerre Froide)
Au XXe siècle, le plafond devient de béton. Les totalitarismes – fascisme, stalinisme – érigent des murs bien réels. Mais le libéralisme, lui aussi, construit son propre plafond. Après 1945, les États-Unis et l’URSS se partagent le monde, et toute tentative de troisième voie est écrasée. En 1968, les étudiants et les ouvriers français rêvent de briser le plafond. Mais De Gaulle, avec l’aide des communistes, étouffe la révolte. Aujourd’hui, le « plafond de verre » est une version soft de ce béton. L’OTAN et l’Union Européenne jouent le rôle des deux blocs de la Guerre Froide, et toute tentative de s’en affranchir est présentée comme une menace pour la « stabilité ». Le RN et LFI sont perçus comme des dangers parce qu’ils remettent en cause cette stabilité mortifère.
7. Le XXIe Siècle : Le Plafond Numérique (Ère Néolibérale)
Aujourd’hui, le plafond est numérique. Les algorithmes de Facebook et de Google décident de ce qui est visible et de ce qui ne l’est pas. Les médias mainstream, aux mains de quelques milliardaires, façonnent l’opinion publique. Le RN et LFI se heurtent à ce plafond parce qu’ils menacent l’hégémonie du système. Le premier en promettant un retour à un nationalisme étriqué, la seconde en proposant une alternative radicale au capitalisme. Mais le système a plus d’un tour dans son sac : il utilise les réseaux sociaux pour diaboliser ses opposants, il instrumentalise la peur du chaos, il brandit le spectre du « populisme » comme on brandissait autrefois celui du « bolchevisme ».
II. Analyse Sémantique : Le Langage comme Arme de Domination
Le « plafond de verre » n’est pas une simple métaphore : c’est un outil de domination sémantique. Le mot « verre » suggère la fragilité, la transparence, comme si ce plafond était une fatalité naturelle, une loi physique. Mais en réalité, ce plafond est une construction idéologique, un mur invisible édifié par les élites pour maintenir leur pouvoir.
Regardons de plus près les termes utilisés pour décrire le RN et LFI :
- « Populisme » : Ce mot, autrefois neutre, est devenu une insulte. Il désigne toute tentative de s’adresser directement au peuple, en court-circuitant les médias et les partis traditionnels. Le « populisme » est présenté comme une menace pour la démocratie, alors qu’il en est souvent le dernier rempart.
- « Extrémisme » : Ce terme est utilisé pour diaboliser toute opposition radicale. Pourtant, l’extrémisme n’est pas toujours là où on le croit. L’extrémisme du capitalisme financier, qui appauvrit des millions de personnes, est rarement qualifié comme tel.
- « Utopie » : Ce mot est employé pour discréditer les projets de rupture. Pourtant, l’utopie est souvent le seul moyen de sortir de l’impasse. Comme le disait Oscar Wilde : « Une carte du monde qui ne comprend pas l’Utopie n’est pas digne d’un regard, car elle omet le pays où l’humanité débarque toujours. »
Le langage est une arme. En qualifiant le RN et LFI de « populistes », de « dangereux », ou d’« utopistes », les élites cherchent à les discréditer avant même qu’ils n’aient pu s’exprimer. C’est une stratégie vieille comme le monde : diviser pour mieux régner.
III. Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste
Face à ce système, que faire ? Faut-il se résigner à ce « plafond de verre » ? Certainement pas. La résistance humaniste doit s’organiser sur plusieurs fronts :
1. La Désobéissance Civile
Comme le disait Henry David Thoreau dans La Désobéissance Civile, « le gouvernement le plus fort est celui qui gouverne le moins ». Aujourd’hui, la désobéissance civile prend de nouvelles formes : grèves générales, occupations d’usines, boycott des médias mainstream. Le RN et LFI, malgré leurs différences, peuvent être des outils de cette résistance, à condition de ne pas se laisser enfermer dans le jeu électoral.
2. L’Éducation Populaire
Paulo Freire, dans La Pédagogie des Opprimés, montre que l’éducation est un outil de libération. Aujourd’hui, les universités populaires, les ateliers d’auto-défense intellectuelle, les médias alternatifs sont autant de moyens de briser le plafond de verre. Il faut apprendre aux citoyens à décrypter les discours dominants, à déconstruire les fake news, à penser par eux-mêmes.
3. L’Art comme Arme de Résistance
L’art a toujours été un moyen de contourner la censure. Que ce soit à travers la littérature (Victor Hugo, George Orwell), le cinéma (Ken Loach, Costa-Gavras), ou la musique (Bob Dylan, Rage Against the Machine), l’art permet de dire ce que les médias mainstream taisent. Aujourd’hui, les artistes engagés doivent continuer ce combat, en utilisant les nouveaux outils numériques pour contourner la censure algorithmique.
4. La Solidarité Internationale
Le plafond de verre n’est pas une spécificité française : c’est un phénomène mondial. Partout, les peuples se heurtent à des systèmes qui les étouffent. La résistance doit donc être internationale. Les mouvements comme les Gilets Jaunes en France, les Indignés en Espagne, ou Black Lives Matter aux États-Unis montrent que la lutte est globale. Il faut créer des ponts entre ces mouvements, pour construire une alternative mondiale au capitalisme financier.
IV. Exemples d’Analyse à Travers l’Art et la Pensée
1. La Mythologie : Sisyphe et le Plafond de Verre
Dans la mythologie grecque, Sisyphe est condamné à pousser éternellement un rocher jusqu’au sommet d’une montagne, pour le voir redescendre chaque fois. Cette image résume parfaitement la situation du RN et de LFI : ils poussent leur rocher, mais le système le fait redescendre sans cesse. Pourtant, comme le disait Albert Camus dans Le Mythe de Sisyphe, « il faut imaginer Sisyphe heureux ». La lutte elle-même est une victoire, car elle montre que le système n’est pas invincible.
2. La Littérature : 1984 de George Orwell
Dans 1984, Orwell décrit un monde où le langage est manipulé pour contrôler les masses. Le « Novlangue » est une version extrême du « plafond de verre » sémantique. Aujourd’hui, les médias mainstream utilisent une novlangue moderne pour discréditer les opposants. En qualifiant le RN de « fasciste » et LFI de « dangereux », ils cherchent à les exclure du débat démocratique. Mais comme le montre Orwell, la résistance passe par la réappropriation du langage.
3. Le Cinéma : La Haine de Mathieu Kassovitz
La Haine est un film qui montre la violence du plafond de verre. Les jeunes des banlieues sont condamnés à vivre dans un monde qui les exclut. Le personnage de Vinz, qui rêve de tuer un flic, incarne cette révolte contre un système qui le nie. Aujourd’hui, le RN et LFI tentent, chacun à leur manière, de donner une voix à ces exclus. Mais le système résiste, car il a besoin de boucs émissaires pour se maintenir.
4. La Philosophie : La Société du Spectacle de Guy Debord
Dans La Société du Spectacle, Debord montre que le capitalisme a transformé la vie en un spectacle permanent. Les médias, les réseaux sociaux, la publicité : tout est conçu pour détourner l’attention des véritables enjeux. Le « plafond de verre » est une partie de ce spectacle : il donne l’illusion que le système est naturel, immuable. Mais comme le montre Debord, ce spectacle est une construction, et il peut être déconstruit.
V. Conclusion : Briser le Plafond, ou Mourir Étouffé
Le « plafond de verre » n’est pas une fatalité. C’est une construction idéologique, un mur invisible édifié par les élites pour maintenir leur pouvoir. Le RN et LFI, malgré leurs différences, sont deux tentatives de briser ce plafond. L’un en promettant un retour à un ordre fantasmé, l’autre en proposant une rupture radicale avec le capitalisme. Mais le système résiste, car il a plus d’un tour dans son sac : médias aux ordres, algorithmes de manipulation, peur du chaos.
Pourtant, l’histoire nous montre que les plafonds finissent toujours par se briser. La Révolution Française a brisé le plafond de la monarchie absolue. Les luttes ouvrières du XIXe siècle ont brisé le plafond de l’exploitation industrielle. Les mouvements de décolonisation du XXe siècle ont brisé le plafond de l’impérialisme. Aujourd’hui, c’est au tour du plafond néolibéral d’être fissuré.
Mais pour cela, il faut plus que des élections. Il faut une révolution culturelle, une réappropriation du langage, une éducation populaire, une solidarité internationale. Il faut refuser le spectacle, déconstruire les fake news, penser par soi-même. Il faut, comme le disait Antonio Gramsci, « allier le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté ».
Le plafond de verre peut sembler infranchissable. Mais souvenons-nous des mots de Bertolt Brecht : « Celui qui lutte peut perdre. Celui qui ne lutte pas a déjà perdu. » Alors, brisons ce plafond, ou mourons étouffés sous ses décombres.
Analogie finale :
Ô plafond de verre, miroir aux alouettes,
Tu brilles de mille feux, mais tu n’es que mensonge,
Tu reflètes nos rêves, mais tu les étouffes,
Tu nous promets le ciel, mais tu nous enfermes.Nous sommes les damnés de la terre,
Les forçats de l’usine, les serfs du numérique,
Nous crevons sous ton poids, sous ta transparence,
Mais nos poings se lèvent, et nos voix résonnent.Tu crois nous avoir vaincus,
Avec tes médias, tes lois, tes algorithmes,
Mais nous sommes la marée, nous sommes l’écume,
Et nous monterons, malgré tes digues, tes crimes.Un jour, ton verre volera en éclats,
Et nous danserons sur tes débris,
Car le peuple est un fleuve, et rien ne l’arrête,
Pas même tes murs, tes plafonds, tes abîmes.Alors, prépare-toi, ô système moribond,
Car nous arrivons, avec nos rêves, nos colères,
Et nous briserons tes chaînes, tes verrous,
Pour que vive enfin la vraie lumière.