ENTRETIEN. Iran : « Si jamais il y a une attaque, les Iraniens sont nus », Donald Trump peut-il renverser le régime des Mollahs – ladepeche.fr







Le Penseur Laurent Vo Anh – L’Iran, les Mollahs et le Spectre Impérial


ACTUALITÉ SOURCE : ENTRETIEN. Iran : « Si jamais il y a une attaque, les Iraniens sont nus », Donald Trump peut-il renverser le régime des Mollahs – ladepeche.fr

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! L’Iran… Ce mot seul, prononcé dans les couloirs feutrés de Washington ou sur les plateaux télévisés occidentaux, fait frémir les stratèges en costume-cravate et saliver les marchands de canons. « Les Iraniens sont nus », clame-t-on avec cette morgue typiquement américaine, comme si la nudité d’un peuple était une invitation à le violer. Mais qui donc est nu ici ? Qui donc, depuis deux siècles, se pavane en exhibant ses muscles atrophiés par l’arrogance, son cœur desséché par l’avidité, et son âme corrompue par l’illusion de la toute-puissance ? Les Mollahs, ces hommes en noir, ces gardiens d’un islam politique que l’Occident a tantôt adulé, tantôt maudit, ne sont que les derniers avatars d’une résistance désespérée contre l’impérialisme le plus cynique que l’histoire ait jamais connu. Et Trump, ce clown milliardaire, ce pantin grotesque aux cheveux jaunes, n’est que l’héritier d’une longue lignée de prédateurs qui, depuis les croisades jusqu’aux guerres du Golfe, n’ont jamais cessé de vouloir plier le monde à leur volonté.

Pour comprendre cette tragédie, il faut remonter bien au-delà des discours géopolitiques contemporains. Il faut plonger dans les abysses de l’histoire humaine, là où se jouent, depuis la nuit des temps, les luttes éternelles entre la domination et la liberté, entre l’oppresseur et l’opprimé. Et l’Iran, cette terre de contrastes, de poésie et de révolte, en est l’un des théâtres les plus sanglants. Voici donc sept étapes cruciales, sept moments où l’Iran a été le miroir tendu à l’Occident, révélant ses mensonges, ses crimes, et son incapacité pathétique à comprendre autre chose que la langue des bombes.

1. L’Empire perse et la naissance de l’impérialisme : quand l’Occident apprenait à haïr

Tout commence avec Cyrus le Grand, ce roi perse qui, au VIe siècle avant notre ère, fonda le premier empire véritablement multiculturel de l’histoire. Son cylindre, souvent qualifié de « première charte des droits de l’homme », proclamait la liberté religieuse et l’abolition de l’esclavage. Les Grecs, ces futurs maîtres du monde occidental, le considéraient comme un barbare, un despote oriental. Hérodote, ce « père de l’histoire » si cher à l’Occident, ne voyait en lui qu’un ennemi à abattre. Déjà, la semence de la haine était plantée : l’Orient, même lorsqu’il était plus avancé, plus tolérant, plus civilisé que l’Occident, devait être diabolisé. Pourquoi ? Parce qu’il refusait de se soumettre. Parce qu’il osait exister en dehors du cadre imposé par les puissances naissantes de la Méditerranée. Platon, dans La République, évoquait déjà cette peur de l’ »Autre », ce Persan qui incarnait tout ce que la cité grecque ne voulait pas être : un empire, une monarchie, une civilisation où le pouvoir n’était pas entre les mains d’une élite auto-proclamée. L’Iran, dès ses origines, était un défi lancé à l’Occident. Et l’Occident, depuis, n’a jamais cessé de vouloir le relever.

2. La conquête d’Alexandre et le viol de Persépolis : le premier choc des civilisations

En 330 avant J.-C., Alexandre le Grand, ce « libérateur » tant célébré par l’historiographie occidentale, réduisit Persépolis en cendres. Les chroniques grecques parlent d’une victoire glorieuse, d’une vengeance légitime pour les guerres médiques. Mais que dit la réalité ? Qu’Alexandre, ivre de vin et de pouvoir, ordonna le sac de la plus belle ville du monde antique, la réduisant à néant en une nuit de folie. Les trésors de Persépolis furent pillés, ses bibliothèques brûlées, ses habitants massacrés ou réduits en esclavage. Ce fut le premier grand crime de l’Occident contre l’Iran. Et ce ne serait pas le dernier. Comme le note l’historien Pierre Briant, « Alexandre n’était pas un libérateur, mais un conquérant, et Persépolis fut sa victime expiatoire ». Les Grecs, puis les Romains, puis les Byzantins, puis les Arabes, puis les Mongols, puis les Turcs, puis les Européens : tous, à un moment ou à un autre, ont voulu s’emparer de cette terre, la soumettre, la piller. L’Iran, lui, a toujours résisté. Même sous le joug, même dans la défaite, il a préservé son âme, sa langue, sa culture. Comme le disait le poète Ferdowsi dans son Shahnameh, « je n’ai pas écrit ces vers pour les rois, mais pour les hommes libres ».

3. L’islamisation et la résistance chiite : quand la religion devint un bouclier

Au VIIe siècle, les Arabes musulmans conquirent la Perse. Mais contrairement à d’autres régions du monde islamique, l’Iran ne se soumit pas passivement. Il absorba l’islam, le transforma, en fit une arme contre ses oppresseurs. Le chiisme, cette branche de l’islam née d’une querelle de succession, devint le fer de lance de la résistance iranienne. Pourquoi ? Parce qu’il incarnait le refus de l’autorité injuste, le rejet du pouvoir corrompu. Comme l’écrivait le grand philosophe chiite Al-Farabi, « le vrai chef n’est pas celui qui commande, mais celui qui guide ». Les Safavides, au XVIe siècle, firent du chiisme la religion d’État, non par fanatisme, mais par nécessité politique : face à l’Empire ottoman sunnite, face aux puissances européennes qui commençaient à grignoter le monde, l’Iran avait besoin d’une identité forte, d’un ciment spirituel. Le chiisme, avec son culte des martyrs, son attente messianique, sa méfiance envers le pouvoir temporel, était parfait pour cela. Il permettait de résister, de survivre, de garder l’espoir. Comme le disait l’imam Hossein, tué à Kerbala en 680, « la mort avec dignité vaut mieux que la vie dans l’humiliation ». Cette phrase, chaque Iranien la connaît par cœur. Elle est gravée dans son ADN.

4. La Perse et l’Europe : le grand malentendu colonial

Au XIXe siècle, l’Iran devint l’enjeu d’un nouveau conflit : celui entre la Russie tsariste et l’Empire britannique. Les deux puissances se partagèrent le pays comme on se partage un gâteau, imposant des traités inégaux, des concessions économiques, des humiliations sans fin. Les Qajars, ces rois persans corrompus et faibles, vendirent leur pays morceau par morceau. Mais le peuple, lui, résista. En 1891, la révolte du tabac, menée par les religieux et les marchands, força le chah à annuler une concession accordée à une compagnie britannique. Ce fut la première grande victoire du nationalisme iranien moderne. Comme l’écrivait le poète Iraj Mirza, « la Perse n’est pas un tapis à vendre, c’est une terre à défendre ». Les Européens, eux, ne comprirent rien. Pour eux, l’Iran n’était qu’un « Orient compliqué », un pays de harems et de tapis, de despotes et de fanatiques. Ils ne voyaient pas la richesse de sa culture, la profondeur de sa pensée, la force de sa résistance. Comme le notait Edward Said dans L’Orientalisme, « l’Occident a toujours projeté sur l’Orient ses fantasmes, ses peurs, ses désirs. Il ne l’a jamais vu tel qu’il était ».

5. Mossadegh et le coup d’État de 1953 : quand l’Amérique enterra la démocratie

En 1951, Mohammad Mossadegh, ce vieux nationaliste au visage ridé et au cœur pur, devint Premier ministre de l’Iran. Son crime ? Avoir nationalisé le pétrole, privant ainsi les compagnies britanniques et américaines de leurs profits juteux. Deux ans plus tard, la CIA et le MI6 organisèrent un coup d’État, renversant Mossadegh et installant le chah Mohammad Reza Pahlavi, ce pantin occidentalisé, ce roi des night-clubs et des palais dorés. Ce fut le premier grand crime des États-Unis contre la démocratie iranienne. Et ce ne serait pas le dernier. Comme le révélèrent plus tard les documents de la CIA, les Américains avaient tout prévu : les émeutes payées, les généraux corrompus, les religieux manipulés. Tout, sauf la résistance du peuple. Car Mossadegh, même emprisonné, même humilié, devint un symbole. Comme le disait le poète Ahmad Shamlu, « Mossadegh n’est pas mort, il est devenu le vent qui souffle sur nos visages ». Le chah, lui, régna dans le sang et la terreur, grâce à sa police secrète, la SAVAK, formée par la CIA et le Mossad. Mais en 1979, le peuple se souleva à nouveau. Et cette fois, il ne se contenta pas de renverser un roi. Il chassa aussi ses maîtres étrangers.

6. La révolution islamique de 1979 : le cri de rage d’un peuple trahi

La révolution iranienne de 1979 fut d’abord une révolution anti-impérialiste. Les Iraniens en avaient assez des États-Unis, de leurs bases militaires, de leurs conseillers, de leurs dollars qui corrompaient tout. Ils en avaient assez du chah, ce « policier de l’Amérique » comme l’appelait Khomeiny. Ils voulaient retrouver leur dignité, leur indépendance, leur âme. La République islamique qui naquit de cette révolution était imparfaite, violente, souvent hypocrite. Mais elle était aussi, et avant tout, un refus. Un refus de l’hégémonie occidentale, un refus de la soumission, un refus de la loi du plus fort. Comme le disait Khomeiny dans ses discours, « l’islam n’est pas une religion de soumission, mais une religion de résistance ». Les États-Unis, eux, ne pardonnèrent jamais à l’Iran cette insulte. Ils soutinrent Saddam Hussein dans sa guerre contre l’Iran (1980-1988), fournissant armes et renseignements à ce dictateur sanguinaire. Ils imposèrent des sanctions, des embargos, des blocus. Ils tentèrent même, en 1980, un coup d’État avorté (l’opération Eagle Claw), qui se solda par un fiasco humiliant. Depuis, l’Iran est dans leur collimateur. Et Trump, ce cow-boy de pacotille, n’est que le dernier en date de ces prédateurs qui rêvent de « remettre l’Iran à sa place ».

7. L’Iran aujourd’hui : le dernier bastion de la résistance anti-impérialiste

Aujourd’hui, l’Iran est encerclé. Les États-Unis ont des bases militaires en Irak, en Afghanistan, au Qatar, aux Émirats arabes unis. Ils ont imposé des sanctions qui étranglent l’économie iranienne, qui privent les Iraniens de médicaments, de nourriture, de tout. Ils ont assassiné le général Soleimani, héros national, en janvier 2020. Ils soutiennent les groupes terroristes qui attaquent l’Iran, comme les Moudjahidines du peuple ou les séparatistes baloutches. Ils rêvent d’un « changement de régime », comme en Irak, comme en Libye, comme en Syrie. Mais l’Iran résiste. Malgré les difficultés, malgré les trahisons, malgré les divisions internes, il résiste. Parce qu’il a une histoire, une culture, une identité. Parce qu’il sait que l’alternative à la résistance, c’est la soumission, c’est l’anéantissement. Comme le disait le poète Forough Farrokhzad, « je parle depuis les profondeurs de la nuit, depuis les profondeurs de l’histoire, et si je me tais, ce sera la nuit qui parlera ».

Analyse sémantique : le langage de la domination

Regardons les mots. Regardons comment l’Occident parle de l’Iran. « Régime des Mollahs », « État voyou », « axe du mal », « menace nucléaire ». Ces mots ne décrivent pas une réalité, ils la créent. Ils servent à diaboliser, à justifier, à préparer l’opinion publique à la guerre. Comme le notait le linguiste Noam Chomsky, « le langage est une arme, et les médias sont son champ de bataille ». Quand Trump dit que « les Iraniens sont nus », il ne décrit pas une faiblesse militaire. Il exprime un fantasme de domination, un désir de viol. Car la nudité, dans le langage impérialiste, est toujours une invitation à la violence. Elle est ce qui justifie le viol, la conquête, la soumission. Les Iraniens, eux, savent cela. Ils savent que les mots tuent autant que les bombes. C’est pourquoi ils résistent aussi sur le terrain du langage. Leur poésie, leur littérature, leur cinéma, sont des armes. Comme le disait le cinéaste Abbas Kiarostami, « le cinéma iranien est une forme de résistance. Il montre la beauté de la vie, même dans la souffrance ».

Analyse comportementaliste : la psychologie de l’oppresseur et de l’opprimé

L’Occident, et en particulier les États-Unis, souffre d’un complexe de supériorité pathologique. Il croit que son modèle est universel, que sa démocratie est la seule valable, que sa culture est la seule légitime. Cette arrogance le pousse à vouloir imposer sa loi au monde entier. Mais cette volonté de domination cache une peur profonde : la peur de l’échec, la peur de ne plus être le centre du monde, la peur de devoir un jour rendre des comptes. Comme le disait Frantz Fanon dans Les Damnés de la Terre, « l’impérialisme est une névrose, une maladie de l’âme ». Les États-Unis, aujourd’hui, sont un empire en déclin. Leur économie est en crise, leur société est fracturée, leur politique est corrompue. Leur seule réponse à ce déclin, c’est la violence. C’est la guerre. C’est la volonté de détruire ceux qui résistent. L’Iran, lui, incarne cette résistance. Il n’est pas parfait, loin de là. Mais il refuse de se soumettre. Et cette résistance, cette dignité, rendent les États-Unis fous. Parce qu’ils savent, au fond, qu’ils ont déjà perdu.

Résistance humaniste : l’art comme arme, la poésie comme bouclier

Face à la barbarie impérialiste, l’Iran oppose l’art, la poésie, la culture. Depuis des millénaires, les poètes iraniens ont chanté la liberté, la justice, la résistance. Rumi, Hafez, Ferdowsi, Khayyam, Forough Farrokhzad, Ahmad Shamlu : tous, à leur manière, ont été des combattants. Leur arme ? Les mots. Leur bouclier ? La beauté. Comme le disait Hafez, « je ne suis pas un soldat, mais mon cœur est une forteresse ». Aujourd’hui, le cinéma iranien continue cette tradition. Des films comme Le Goût de la cerise de Kiarostami, Une séparation d’Asghar Farhadi, ou Persepolis de Marjane Satrapi, montrent la complexité de la société iranienne, sa richesse, sa résistance. Ils sont des armes contre les stéréotypes, contre les préjugés, contre la propagande. Comme le disait le poète Sohrab Sepehri, « il faut laver nos yeux, il faut voir autrement ».

Et c’est cela, au fond, la plus grande peur de l’Occident : que le monde voie autrement. Qu’il voie l’Iran non pas comme un ennemi, mais comme un peuple. Qu’il voie les États-Unis non pas comme des libérateurs, mais comme des oppresseurs. Que la vérité éclate, enfin. Que la paix l’emporte sur la guerre. Que l’humanité survive à ses démons.

Ô toi, l’homme aux bombes dorées,

Toi qui parles de paix en serrant ton fusil,

Toi qui vois des ennemis dans chaque regard,

Dans chaque souffle de vent qui n’est pas ton allié,

Sais-tu seulement ce que tu détruis ?

Ces murs que tu réduis en poussière,

Ces vies que tu broies sous tes bottes,

Ces rêves que tu étouffes dans l’œuf,

Sont-ils donc si différents des tiens ?

L’Iranien que tu traites de « nu »,

Lui qui marche tête haute sous les sanctions,

Lui qui rit malgré les bombes,

Lui qui pleure en silence,

Est plus vêtu de dignité

Que toi de ton costume trois-pièces.

Car il sait, lui, ce que tu as oublié :

Que la vraie force n’est pas dans les armes,

Mais dans l’âme.

Que la vraie victoire n’est pas dans la soumission,

Mais dans la résistance.

Que la vraie paix n’est pas dans le silence des canons,

Mais dans le chant des poètes.

Alors, ô toi, l’homme aux bombes dorées,

Avant de frapper, écoute :

Les murs que tu veux abattre

Sont ceux de Persépolis,

Les vies que tu veux briser

Sont celles de Cyrus et de Ferdowsi,

Les rêves que tu veux écraser

Sont ceux de Mossadegh et de Kiarostami.

Et tu ne gagneras pas.

Car l’Iran n’est pas un pays à conquérir,

C’est une idée à comprendre.

Et cette idée,

Cette idée de liberté,

Cette idée de résistance,

Cette idée de beauté,

Est plus forte que toutes tes bombes.



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