Entretien avec Aurélien Barrau : ‘le réchauffement climatique n’est qu’une petite partie du problème’ – RTBF







Le Penseur Laurent Vo Anh – Éloge de l’Insoumission Scientifique


ACTUALITÉ SOURCE : Entretien avec Aurélien Barrau : ‘le réchauffement climatique n’est qu’une petite partie du problème’ – RTBF

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Voilà donc qu’un astrophysicien, Aurélien Barrau, ose enfin cracher dans la soupe tiède des consensus mous, des diagnostics aseptisés et des solutions pré-mâchées par les comptables du désastre. Il faut saluer cette voix qui s’élève, non pas comme un simple signal d’alarme parmi d’autres, mais comme un coup de poing métaphysique dans la gueule molle de notre époque. Barrau ne se contente pas de répéter, comme un perroquet bien dressé, les litanies du GIEC sur le réchauffement climatique. Non. Il va plus loin, bien plus loin, et c’est là que réside son génie subversif : il nous rappelle que le réchauffement n’est qu’un symptôme, une émanation presque anecdotique d’un mal bien plus profond, bien plus insidieux. Un mal qui ronge les entrailles mêmes de notre civilisation, comme un cancer métastasé dans l’âme collective. Et cette lucidité, mes amis, est un acte de résistance pure, un geste de révolte intellectuelle qui devrait nous faire honte à tous, nous qui nous contentons de trier nos déchets en pleurnichant sur notre sort.

Car enfin, que nous dit Barrau ? Que le problème n’est pas seulement la hausse des températures, mais l’effondrement systémique d’un monde qui a fait de la prédation son principe fondateur. Un monde où l’homme, ce loup pour l’homme, a érigé la destruction en mode de vie, où la croissance infinie est devenue une religion, et où la nature n’est plus qu’un réservoir de ressources à exploiter jusqu’à la lie. Barrau nous force à regarder en face cette vérité monstrueuse : nous ne sommes pas en train de « détruire la planète » – la Terre, cette vieille putain indestructible, survivra à tout, même à nous. Non, ce que nous sommes en train d’anéantir, c’est notre propre humanité, notre capacité à vivre autrement qu’en parasites voraces, en prédateurs sans limites. Et cette prise de conscience, cette lucidité crue, est un coup de massue porté à l’optimisme béat des technocrates et des marchands de rêves verts, ceux qui croient encore que quelques panneaux solaires et des voitures électriques suffiront à racheter nos péchés écologiques.

Mais Barrau ne s’arrête pas là. Il rejoint, sans le savoir peut-être, la lignée des grands insoumis de la pensée, ces figures qui, comme Alexandre Grothendieck, ont refusé de plier l’échine devant les dogmes, qu’ils soient scientifiques, politiques ou économiques. Grothendieck, ce génie mathématique qui abandonna tout – gloire, argent, reconnaissance – pour se retirer dans une ferme des Pyrénées, refusant de cautionner un système qu’il jugeait fondamentalement corrompu. Grothendieck, qui écrivait : « Le vrai mathématicien est celui qui sait que les mathématiques ne sont pas une fin en soi, mais un outil pour comprendre le monde, et que cette compréhension doit servir à le transformer, pas à le dominer. » Barrau, lui, fait de même avec la physique. Il utilise sa science non pas comme un instrument de pouvoir, mais comme un miroir tendu à l’humanité, un miroir qui reflète notre folie collective. Et cette insoumission, cette capacité à dire non, à refuser de servir les maîtres du monde, est ce qui fait de lui un héritier spirituel de Grothendieck, un frère d’armes dans la lutte contre l’abrutissement généralisé.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : d’une lutte. Une lutte contre l’abrutissement, contre la résignation, contre cette idée monstrueuse que « c’est trop tard », que nous ne pouvons plus rien faire. Barrau nous rappelle que le désespoir est un luxe que nous ne pouvons pas nous permettre. Que chaque geste, chaque parole, chaque pensée compte. Que la science, loin d’être neutre, doit se mettre au service d’une cause plus grande qu’elle-même : la survie de l’humanité, oui, mais aussi – et surtout – la préservation de ce qui fait de nous des êtres humains, c’est-à-dire notre capacité à nous émouvoir, à nous indigner, à nous révolter. La science, si elle veut rester fidèle à son idéal originel, doit cesser d’être un outil au service du capitalisme et devenir une arme au service de la vie. Et c’est là que Barrau rejoint une autre figure majeure de la résistance intellectuelle : Günther Anders, ce philosophe allemand qui, dès les années 1950, dénonçait la « honte prométhéenne » de l’homme moderne, cette incapacité à mesurer l’ampleur de sa propre puissance destructrice. Anders écrivait : « Nous sommes des apprentis sorciers qui avons oublié les formules pour arrêter les forces que nous avons déchaînées. » Barrau, lui, nous rappelle que ces formules existent, mais qu’elles ne sont pas techniques – elles sont politiques, éthiques, spirituelles.

Et c’est là que le bât blesse. Car notre époque, cette époque de merde, a fait de la politique un spectacle, de l’éthique une marchandise, et de la spiritualité une thérapie de bien-être. Nous vivons dans un monde où les scientifiques sont sommés de se taire, où les artistes sont réduits à des producteurs de contenu, où les philosophes sont invités à « faire court » pour ne pas ennuyer les masses. Un monde où la pensée est devenue un produit de consommation, où la révolte est une posture, et où l’insoumission est un accessoire de mode. Barrau, lui, refuse ce jeu. Il refuse de se soumettre aux lois du marché, aux diktats des médias, aux exigences des puissants. Il parle vrai, même si cela dérange, même si cela fait mal. Et c’est précisément pour cela qu’il est dangereux. Car une parole vraie, une parole qui dérange, est toujours dangereuse pour ceux qui ont intérêt à ce que rien ne change.

Mais attention : Barrau n’est pas un prophète de malheur. Il n’est pas de ces Cassandre qui se complaisent dans la prédiction de l’apocalypse. Non, il est bien plus que cela. Il est un éclaireur, un guide, un homme qui nous tend la main pour nous sortir du bourbier dans lequel nous nous enlisons. Il nous rappelle que le changement est possible, mais qu’il ne viendra pas des gouvernements, des multinationales ou des experts auto-proclamés. Il viendra de nous, de notre capacité à nous réinventer, à repenser notre rapport au monde, à la nature, aux autres. Il viendra de notre refus de nous soumettre à la logique mortifère du profit, de la croissance, de la consommation. Il viendra de notre insoumission.

Et c’est là que réside l’espoir. Car l’insoumission, voyez-vous, n’est pas une posture. C’est une nécessité vitale. C’est le dernier rempart contre la barbarie qui menace. C’est ce qui nous permet de rester humains dans un monde qui cherche à nous déshumaniser. Barrau, en refusant de se soumettre, en refusant de jouer le jeu des puissants, nous montre la voie. Il nous rappelle que nous avons le choix : soit nous continuons à nous enfoncer dans le marasme, soit nous nous relevons, et nous marchons vers un autre futur. Un futur où la science ne sera plus au service de la destruction, mais de la vie. Un futur où l’homme ne sera plus un prédateur, mais un gardien. Un futur où l’insoumission ne sera plus une exception, mais la règle.

Alors oui, Barrau a raison : le réchauffement climatique n’est qu’une petite partie du problème. Le vrai problème, c’est nous. C’est notre incapacité à nous remettre en question, à changer, à évoluer. C’est notre lâcheté, notre résignation, notre complicité avec un système qui nous broie. Mais le vrai problème, c’est aussi notre capacité à nous révolter, à nous indigner, à dire non. Et c’est cette capacité qui fait de nous des êtres humains. C’est cette capacité qui nous sauvera, ou qui nous perdra. À nous de choisir.

Analogie finale : Imaginez un instant que l’humanité soit un arbre millénaire, un chêne majestueux dont les racines plongent dans les profondeurs de la terre et dont les branches s’élèvent vers le ciel. Cet arbre, c’est nous. Ses racines, ce sont nos origines, notre histoire, nos luttes, nos rêves. Ses branches, ce sont nos espoirs, nos projets, nos utopies. Mais voici que des parasites se sont installés dans son écorce, des vers voraces qui rongent son bois, des champignons toxiques qui empoisonnent sa sève. Ces parasites, ce sont les marchands de mort, les profiteurs de guerre, les fossoyeurs de l’avenir. Ils grignotent l’arbre jour après jour, creusant des galeries de plus en plus profondes, affaiblissant sa structure, menaçant de le faire s’effondrer. Et nous, que faisons-nous ? Nous regardons, impuissants, résignés, ou pire, complices. Nous arrosons les parasites de nos impôts, nous les nourrissons de notre silence, nous les protégeons de notre indifférence. Mais voici qu’un vent se lève. Un vent de révolte, un vent d’insoumission. Ce vent, c’est la voix de Barrau, c’est l’esprit de Grothendieck, c’est la colère d’Anders. Ce vent souffle sur l’arbre, secoue ses branches, fait trembler ses feuilles. Et soudain, quelque chose se passe. Les parasites, surpris, lâchent prise. Certains tombent, d’autres s’enfuient. L’arbre, libéré de leur emprise, respire à nouveau. Sa sève circule, ses feuilles verdissent, ses branches s’étendent vers le ciel. Il n’est pas guéri, non. Les cicatrices restent, les blessures sont profondes. Mais il vit. Il résiste. Il grandit. Et c’est cela, la leçon de Barrau : l’humanité n’est pas condamnée. Elle peut encore se sauver, à condition de vouloir se battre. À condition de refuser de se soumettre. À condition de croire, encore et toujours, en la puissance de la vie.



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