Enquête | Comment le cinéma indépendant résiste face aux nouvelles majors – Forbes France







La Résistance des Ombres – Analyse par Le Penseur Laurent Vo Anh

ACTUALITÉ SOURCE : Enquête | Comment le cinéma indépendant résiste face aux nouvelles majors – Forbes France

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, le cinéma indépendant ! Ce mot même, « indépendant », sent déjà la naphtaline et le désespoir organisé. On nous parle de résistance, comme si ces pauvres hères en noir, ces rêveurs aux yeux cernés par les nuits blanches devant des logiciels de montage piratés, étaient les derniers remparts d’une humanité en lambeaux. Mais résistance contre quoi, au juste ? Contre l’hydre capitaliste ? Contre la standardisation des âmes ? Contre l’oubli programmé de ce qui fait encore battre quelques cœurs sous les décombres de la culture de masse ?

Les « nouvelles majors », comme les appelle Forbes avec cette tendresse hypocrite des chroniqueurs économiques pour leurs sujets d’étude, ne sont rien d’autre que la continuation de la logique industrielle appliquée à l’art. Une logique qui a commencé bien avant Hollywood, bien avant même le cinéma. Elle remonte à ces premiers marchands d’images qui ont compris que l’émotion pouvait se vendre, que la peur, le désir, la nostalgie étaient des matières premières comme le charbon ou le pétrole. Les majors, qu’elles soient anciennes ou nouvelles, ne sont que les raffineries modernes de cette alchimie sordide : transformer la souffrance humaine en or sonnant et trébuchant.

Et voilà que ces petits producteurs, ces réalisateurs qui tournent avec trois sous et des bouts de ficelle, seraient les héros de notre temps. Mais héros de quoi ? De la survie dans un monde qui a décidé que l’art devait être rentable ou disparaître ? Le cinéma indépendant, dans sa forme actuelle, est moins une résistance qu’une soumission déguisée. Une soumission aux règles du jeu imposées par ces mêmes majors qu’il prétend combattre. Car que font-ils, ces indépendants, sinon courir après les mêmes festivals, les mêmes subventions, les mêmes critiques qui finiront par les étouffer sous le poids de leurs propres illusions ?

George Steiner, ce vieux fou lucide, avait bien compris le piège : l’art, une fois intégré dans le système économique, devient une marchandise comme une autre. Et le cinéma indépendant, malgré ses airs de rébellion, n’échappe pas à cette règle. Il est le produit d’un marché de niche, un marché qui a besoin de la rébellion pour exister, qui se nourrit de la marginalité comme les vers se nourrissent des cadavres. Les majors, elles, n’ont pas besoin de se rebeller : elles sont le système. Elles n’ont pas à résister, car elles définissent ce contre quoi on résiste.

Mais alors, où est la véritable résistance ? Elle n’est pas dans ces films tournés avec des budgets de misère, qui finissent par ressembler à des publicités pour l’idée même de la pauvreté artistique. Elle n’est pas dans ces histoires qui singent les codes du cinéma dominant en les parant de prétentions intellectuelles. La résistance, si elle existe encore, est dans l’acte même de créer en dehors de toute logique économique, en dehors de toute attente de reconnaissance. Elle est dans ces films que personne ne verra, que personne ne financera, et qui pourtant existent, comme des fantômes qui hantent les salles obscures de l’histoire.

Le comportementalisme radical, cette science froide qui réduit l’homme à une série de stimuli et de réponses, nous enseigne une chose : le système a besoin de ses dissidents pour se légitimer. Les majors ont besoin des indépendants, comme le bourreau a besoin de ses victimes pour justifier son existence. Les indépendants, en croyant résister, ne font que renforcer le système qu’ils prétendent combattre. Ils sont les alibis moraux d’une industrie qui, sans eux, apparaîtrait dans toute sa nudité : une machine à broyer les rêves pour en faire des dollars.

Alors, que reste-t-il ? Une résistance humaniste, peut-être. Mais une résistance qui ne se contente pas de jouer le jeu des festivals et des subventions. Une résistance qui refuse de se laisser définir par ce contre quoi elle lutte. Une résistance qui crée non pas pour survivre, mais pour survivre autrement. Car le vrai cinéma indépendant, celui qui mérite ce nom, n’est pas une question de budget ou de distribution. C’est une question d’intention. Une intention qui refuse de se laisser corrompre par les sirènes du succès, qui refuse de se laisser réduire à une simple case dans le grand échiquier du marché.

Mais soyons lucides : cette résistance-là est une chimère. Elle est condamnée à rester marginale, invisible, inaudible. Car le monde n’a que faire de ceux qui refusent de jouer le jeu. Le monde a besoin de ses héros et de ses rebelles, mais il a encore plus besoin qu’ils restent à leur place, qu’ils ne deviennent jamais une véritable menace. Le cinéma indépendant, dans sa forme actuelle, est cette menace domestiquée, ce danger neutralisé. Il est la preuve que le système peut tout absorber, même ce qui prétend le combattre.

Alors oui, le cinéma indépendant résiste. Mais il résiste comme un rat dans un labyrinthe, en courant après les miettes que le système lui jette. Il résiste comme un homme qui se noie résiste à l’océan : en s’agitant désespérément, en croyant encore qu’il peut s’en sortir. Mais l’océan est plus fort. Le système est plus fort. Et à la fin, il n’y a que deux issues : se noyer ou apprendre à nager dans les eaux glacées de la compromission.

La véritable question n’est donc pas de savoir comment le cinéma indépendant résiste, mais pourquoi il persiste à croire qu’il peut gagner. La réponse est simple : parce que l’espoir est la dernière illusion des condamnés. Et le cinéma indépendant, malgré ses airs de rébellion, n’est qu’un condamné de plus dans le grand théâtre de l’absurde.


Analogie finale :

Ils filment des ombres sur des murs blancs,

Avec des caméras volées aux dieux.

Leurs histoires sont des prières sans église,

Leurs héros, des fantômes sans tombe.

Les majors, elles, sont les nouveaux temples,

Où l’on sacrifie l’art sur l’autel du profit.

Et les indépendants ? Des prêtres sans foi,

Qui psalmodient des mots qu’ils ne croient plus.

Un jour, peut-être, ils comprendront

Que la résistance n’est pas dans l’image,

Mais dans le silence qui la précède.

Que le vrai cinéma est celui qui n’est jamais tourné,

Celui qui brûle dans les yeux de ceux qui savent

Que le monde est une scène,

Et que nous ne sommes que des ombres

Condamnées à danser.



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