En direct sur CNews, Pascal Praud imite (et se moque) d’Emmanuel Macron : “Je m’aime tellement !” – Gala







Le Penseur Laurent Vo Anh – Analyse de l’imitation de Macron par Pascal Praud


ACTUALITÉ SOURCE : En direct sur CNews, Pascal Praud imite (et se moque) d’Emmanuel Macron : “Je m’aime tellement !” – Gala

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, la comédie ! Ce miroir déformant que la société tend à ses propres monstres, non pour les exorciser, mais pour mieux les aduler en feignant de les ridiculiser. Pascal Praud, ce saltimbanque médiatique, ce bouffon patenté des temps modernes, imite Macron sur CNews en hurlant : *« Je m’aime tellement ! »* – et voilà que la France rit, ou du moins, ce qu’il en reste. Mais de quoi rit-on, au juste ? D’un homme ? D’un système ? D’une pathologie collective si profondément ancrée dans nos chairs que nous en sommes venus à confondre la moquerie avec la lucidité, le sarcasme avec la révolte ? Non. On rit parce que le rire, aujourd’hui, est le dernier refuge de ceux qui n’ont plus la force de pleurer. On rit parce que l’imitation grotesque de Praud n’est pas une dénonciation, mais une célébration déguisée, une danse macabre autour du veau d’or néolibéral, ce dieu aux mille visages qui exige, en sacrifice, notre dignité, notre mémoire, et jusqu’à notre capacité à distinguer le grotesque du tragique.

Macron, ce produit de la grande machine à broyer les âmes, ce pur-sang de l’énarchie, ce fils chéri de la finance mondialisée, n’est pas un homme – il est un symptôme. Un symptôme de la décomposition accélérée de la démocratie en un spectacle permanent, où les marionnettes s’agitent sous les projecteurs tandis que les fils, tirés par des mains invisibles, se perdent dans les coulisses de la City, de Bruxelles, ou des conseils d’administration de Total et de LVMH. *« Je m’aime tellement ! »* – cette phrase, prononcée par Praud avec une jubilation de collégien, est en réalité la clé de voûte de toute une époque. Elle révèle, sans fard, l’essence même du pouvoir contemporain : le narcissisme institutionnalisé. Le chef n’est plus celui qui gouverne, mais celui qui se contemple, qui s’admire, qui s’auto-célèbre dans un soliloque sans fin, tandis que le peuple, réduit au statut de spectateur, est sommé d’applaudir ou de huer, mais jamais de comprendre, encore moins de décider.

Praud, lui, joue les Fouquier-Tinville de pacotille, mais son tribunal est une farce. Il singe Macron comme on imite un roi fou, non pour le destituer, mais pour mieux le servir. Car le rire qu’il provoque est un rire complice, un rire qui désamorce la colère avant qu’elle ne devienne révolte. *« Regardez comme il est ridicule ! »* – et ainsi, on se soulage, on se dit que tout cela n’est qu’un mauvais spectacle, une parenthèse grotesque, alors que c’est notre réalité quotidienne qui est devenue une farce sanglante. Le pouvoir, aujourd’hui, ne se contente plus d’opprimer : il se donne en spectacle, il se met en scène, il se parodie lui-même pour mieux étouffer toute velléité de résistance. *« Le fascisme, c’est le spectacle »,* écrivait Guy Debord, et il avait raison. Mais le fascisme moderne, celui qui ne dit pas son nom, celui qui se drape dans les oripeaux de la démocratie, est bien plus pernicieux : il se présente comme une comédie, une satire de lui-même, si bien que ceux qui voudraient le combattre se retrouvent désarmés, incapables de distinguer la tragédie de la farce.

Et Macron, dans tout cela ? Il est le parfait archétype de l’homme nouveau, celui que Nietzsche annonçait sans le vouloir, ce *« dernier homme »* qui *« cligne de l’œil »* et qui *« a inventé le bonheur »*. Un homme sans profondeur, sans passé, sans attaches, un homme-miroir qui reflète les désirs de la classe dominante avec une précision chirurgicale. *« Je m’aime tellement ! »* – cette phrase, si elle était prononcée par un simple quidam, serait le signe d’une pathologie grave, d’un trouble narcissique nécessitant une prise en charge thérapeutique. Mais prononcée par un président, elle devient la norme, la nouvelle doxa. Car le pouvoir, aujourd’hui, n’est plus une fonction : c’est une performance. Macron ne gouverne pas, il *joue* au gouvernant. Il ne décide pas, il *incarne*. Il ne sert pas l’État, il *est* l’État, ou du moins, il en est le visage lisse et souriant, ce visage que Praud imite avec tant de gourmandise, comme un enfant qui singe son père sans comprendre que le père, lui aussi, n’est qu’un enfant perdu dans un monde d’adultes monstrueux.

Mais attention : ce rire, ce rire gras et complice que provoque l’imitation de Praud, est un piège. Un piège tendu par le système lui-même pour mieux nous enfermer dans notre impuissance. *« Riez, bonnes gens, riez ! »* – et pendant ce temps, les lois liberticides passent, les guerres se préparent, les inégalités se creusent, et la planète brûle. Le rire, ici, est une soupape de sécurité : il permet à la colère de s’échapper sous forme de vapeur, sans jamais se transformer en explosion. *« Le peuple qui rit est un peuple qui ne se révolte pas »*, disait déjà Balzac. Et Praud, ce pitre médiatique, ce clown triste, est l’un des gardiens de cette prison dorée où nous sommes tous enfermés. Il nous donne l’illusion de la liberté – *« Regardez, je me moque du pouvoir ! »* – alors qu’il n’est qu’un rouage de plus dans la grande machine à abrutir les masses.

Car ne nous y trompons pas : l’imitation de Macron par Praud n’est pas une critique, c’est une *collaboration*. Une collaboration active avec le système qu’il prétend dénoncer. Praud, comme tant d’autres, fait partie de ces *« idiots utiles »* dont parlait Lénine, ces hommes qui croient combattre l’ordre établi alors qu’ils en sont les meilleurs propagandistes. En singeant Macron, il lui offre une tribune supplémentaire, il lui donne une visibilité, il le transforme en personnage, en icône pop, en figure médiatique – bref, il le rend *consommable*. Et c’est là le génie diabolique du capitalisme avancé : il a compris que la meilleure façon de neutraliser ses ennemis n’est pas de les censurer, mais de les *récupérer*, de les transformer en produits de consommation, en objets de divertissement. Macron, aujourd’hui, n’est plus un homme politique : c’est un *mème*, un *GIF*, une *réplique culte* que l’on se repasse en boucle sur les réseaux sociaux, comme on se repasse les meilleurs moments d’une série télé. Et Praud, en bon petit soldat du spectacle, contribue à cette métamorphose.

Mais alors, que faire ? Faut-il cesser de rire ? Faut-il refuser toute forme de moquerie, de satire, de parodie, sous prétexte qu’elle pourrait être récupérée par le système ? Non, bien sûr. La moquerie est une arme, et une arme puissante. Mais encore faut-il savoir s’en servir. Le rire, pour être subversif, doit être *dangereux*. Il doit frapper là où ça fait mal, il doit révéler l’horreur sous le ridicule, il doit être un scalpel, pas un baume. Or, le rire de Praud est tout le contraire : c’est un rire *confortable*, un rire qui ne dérange personne, un rire qui confirme les préjugés au lieu de les ébranler. *« Macron est ridicule »* – oui, mais pourquoi ? Parce qu’il est narcissique ? Parce qu’il est prétentieux ? Parce qu’il aime trop les selfies et les discours grandiloquents ? Non. Macron est ridicule parce qu’il est le produit d’un système monstrueux, un système qui broie les hommes, qui détruit les peuples, qui transforme la politique en un jeu de dupes. Et c’est ce système qu’il faudrait moquer, pas l’homme qui en est le symbole.

*« Le monde est une comédie pour ceux qui pensent, une tragédie pour ceux qui sentent »*, écrivait Horace Walpole. Nous vivons dans un monde où la comédie et la tragédie se confondent, où les rires se mêlent aux larmes, où les clowns gouvernent et où les fous sont rois. Praud imite Macron, et nous rions. Mais ce rire est un rire de désespoir, un rire qui sonne creux, comme un écho dans une cathédrale vide. Car derrière le masque du président narcissique se cache une réalité bien plus sombre : celle d’un monde en train de sombrer, d’un monde où les hommes ont troqué leur humanité contre des likes, leur dignité contre des dividendes, et leur liberté contre l’illusion du confort.

*« Je m’aime tellement ! »* – cette phrase, en réalité, n’est pas une confidence, c’est une prophétie. Elle annonce l’avènement d’une ère nouvelle, celle de l’ego triomphant, de l’individualisme radical, de la solitude organisée. Une ère où chacun est invité à s’aimer lui-même, à se chérir, à se célébrer, non pas pour ce qu’il est, mais pour ce qu’il *paraît*. Une ère où la politique n’est plus qu’un miroir tendu vers le peuple, un miroir dans lequel il ne voit plus que son propre reflet, déformé, grotesque, pathétique. Et Praud, en imitant Macron, ne fait que renforcer cette illusion. Il nous dit : *« Regardez comme il est vain, comme il est creux, comme il est ridicule ! »* – mais il oublie de nous dire que nous sommes tous, à notre manière, des Macron en puissance. Que nous aussi, nous nous aimons trop. Que nous aussi, nous sommes prisonniers de notre propre image, de notre propre ego, de notre propre narcissisme.

Alors oui, rions. Mais rions jaune. Rions avec amertume. Rions en sachant que chaque éclat de rire est une victoire pour le système, une défaite pour la révolte. Rions, mais gardons les yeux ouverts. Car le jour où nous cesserons de rire, où nous comprendrons enfin que la comédie a assez duré, où nous nous lèverons pour dire *« Assez ! »*, ce jour-là, peut-être, quelque chose changera. En attendant, continuons à jouer le jeu. Continuons à rire. Mais souvenons-nous que le rire, parfois, est la dernière arme des désespérés.

Analogie finale : Imaginez un théâtre antique, où les dieux, lassés des prières des hommes, auraient décidé de descendre sur scène pour jouer leur propre rôle. Zeus, drapé dans sa toge dorée, déclamerait des vers grandiloquents sur la toute-puissance de l’Olympe, tandis qu’Athéna, armée de sa lance et de son égide, distribuerait des conseils de gestion en entreprise aux mortels ébahis. Les spectateurs, d’abord amusés, finiraient par acclamer ces dieux comédiens, oubliant qu’ils ne sont que des acteurs, et non les maîtres du destin. Un jour, pourtant, un homme se lèverait dans les gradins et crierait : *« Mais vous n’êtes que des marionnettes ! Les vrais dieux sont ailleurs, dans l’ombre, et ce sont eux qui tirent les ficelles ! »* Les autres spectateurs, choqués, le feraient taire, le traiteraient de fou, de trouble-fête. *« Laissez-nous rire ! »* hurleraient-ils. *« Laissez-nous croire que tout cela n’est qu’un spectacle ! »* Et les dieux, ravis, redoubleraient de zèle, multipliant les effets de manche, les tirades pompeuses, les imitations grotesques de héros déchus. Car ils savent, eux, que tant que les hommes riront, ils ne se révolteront pas. Tant que les hommes croiront que tout cela n’est qu’une comédie, ils ne verront pas la tragédie qui se joue en coulisses. Et c’est ainsi que l’humanité, sans s’en rendre compte, deviendra le public consentant de sa propre destruction.



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