EN DIRECT, municipales 2026 : la sécurité à Marseille au coeur du débat entre les candidats Benoît Payan et Franck Allisio – Le Monde.fr







La Sécurité à Marseille : Une Guerre des Mythes et des Ombres


ACTUALITÉ SOURCE : EN DIRECT, municipales 2026 : la sécurité à Marseille au cœur du débat entre les candidats Benoît Payan et Franck Allisio – Le Monde.fr

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

La sécurité à Marseille n’est pas une question politique. C’est une guerre de récits, une bataille sémantique où les mots « insécurité », « délinquance », « ordre » et « répression » deviennent des armes de destruction massive du lien social. Ce débat entre Payan et Allisio, sous les projecteurs du Monde, n’est que le dernier avatar d’une vieille tragédie humaine : la peur comme instrument de domination. Depuis que l’homme a quitté les cavernes pour ériger des cités, la sécurité a toujours été le prétexte des tyrans, des marchands d’armes et des démagogues. Marseille, ville-monde, ville-port, ville des métissages et des fractures, en est aujourd’hui le laboratoire vivant. Analysons cette mascarade à travers les strates de l’histoire humaine, là où la pensée se fait chair et le langage, poison ou remède.

I. Les Sept Étapes Cruciales de la Sécurité comme Mythe Politique

1. L’Âge des Cavernes : La Sécurité comme Pacte de Sang (Préhistoire – 3000 av. J.-C.)

Les premiers hommes ne connaissaient pas la « sécurité » comme concept abstrait. Ils connaissaient la peur : celle des bêtes, des tribus rivales, des esprits. La sécurité était alors un pacte tacite, une alliance de survie. Les anthropologues ont retrouvé dans les grottes de Lascaux des traces de rituels collectifs : les hommes peignaient des bisons pour s’en concilier les esprits, pour négocier avec le danger. La sécurité n’était pas une répression, mais une négociation permanente avec l’inconnu. Déjà, les premiers chefs de clan comprenaient que la peur était un levier. Celui qui promettait la protection devenait roi. Mais attention : dans ces sociétés primitives, le chef n’était pas un despote. Il était le garant du partage. La sécurité était collective, ou elle n’était pas.

2. Babylone : Le Code d’Hammurabi et la Naissance de la Loi comme Arme (1750 av. J.-C.)

Avec l’écriture naît la loi, et avec la loi, la sécurité institutionnelle. Le Code d’Hammurabi, gravé dans la pierre, promet : « Œil pour œil, dent pour dent. » Mais lisez bien entre les lignes : cette justice n’est pas égalitaire. Elle protège les propriétaires, les marchands, les prêtres. Les voleurs sont punis de mort, mais les voleurs de pain le sont plus durement que les voleurs de terres. Déjà, la sécurité devient un outil de classe. Hammurabi ne cherche pas à éradiquer la délinquance. Il cherche à l’encadrer, à en faire un instrument de contrôle social. Marseille, aujourd’hui, avec ses quartiers riches et ses quartiers pauvres, reproduit ce schéma babylonien : la sécurité pour les uns, l’insécurité pour les autres.

3. Athènes : La Démocratie et le Mythe de la Cité Sûre (Ve siècle av. J.-C.)

À Athènes, Périclès promet une cité où « chacun peut vaquer à ses occupations en sécurité ». Mais derrière ce beau discours se cache une réalité sordide : Athènes est une démocratie pour les citoyens, c’est-à-dire pour les hommes libres, propriétaires, nés de parents athéniens. Les métèques (étrangers), les femmes et les esclaves n’ont pas voix au chapitre. La sécurité athénienne est une fiction, un conte pour endormir les masses. Socrate, lui, le comprend trop bien. Il est condamné à mort pour « corruption de la jeunesse » et « impiété ». Son crime ? Avoir questionné les fondements mêmes de cette sécurité illusoire. Marseille, aujourd’hui, est une Athènes moderne : une ville où l’on parle de « vivre-ensemble » tout en érigeant des murs invisibles entre les quartiers nord et le centre-ville.

4. Rome : La Pax Romana et l’Illusion de l’Ordre (27 av. J.-C. – 476 ap. J.-C.)

La Pax Romana est le premier grand mensonge impérial. Rome promet la paix, mais cette paix est celle des cimetières. Les légions écrasent les révoltes en Gaule, en Judée, en Bretagne. La sécurité romaine est une occupation militaire. Les routes sont sûres, oui, mais pour qui ? Pour les marchands qui transportent les richesses pillées dans les provinces. Pour les patriciens qui festinent dans leurs villas. Les plébéiens, eux, vivent dans l’insalubrité, sous la menace constante des incendies et des épidémies. Juvénal, dans ses Satires, décrit une Rome où « le peuple, jadis souverain, se contente maintenant de pain et de jeux ». Marseille, port romain, était déjà une ville de contrastes : entre les dockers qui chargeaient les navires et les aristocrates qui sirotaient du vin de Falerne. Aujourd’hui, rien n’a changé : les docks sont devenus des zones logistiques, et les aristocrates, des promoteurs immobiliers.

5. Le Moyen Âge : La Sécurité comme Religion (Ve – XVe siècle)

Au Moyen Âge, la sécurité n’est plus une affaire d’État, mais de Dieu. L’Église promet la protection divine en échange de la soumission. Les cathédrales sont des forteresses spirituelles, et les croisades, des expéditions « sécuritaires » avant l’heure. Mais derrière cette façade pieuse se cache une réalité plus sombre : les juifs sont persécutés, les hérétiques brûlés, les femmes accusées de sorcellerie. La sécurité médiévale est une chasse aux boucs émissaires. Marseille, ville des croisades et des républiques marchandes, n’échappe pas à cette logique. En 1348, lors de la Peste Noire, les juifs sont accusés d’avoir empoisonné les puits. La sécurité devient un prétexte pour éliminer les indésirables. Aujourd’hui, quand Allisio parle de « nettoyer » les quartiers nord, il reprend, sans le savoir, le langage des inquisiteurs.

6. La Révolution Industrielle : La Sécurité comme Marchandise (XVIIIe – XIXe siècle)

Avec la révolution industrielle, la sécurité devient une industrie. Les usines ont besoin d’une main-d’œuvre docile, les villes, d’une police pour mater les révoltes. En Angleterre, Robert Peel crée la première police moderne en 1829. Son but ? Protéger les propriétés, pas les personnes. Marx, dans Le Capital, décrit les ouvriers comme des « esclaves salariés » : leur sécurité est une illusion, car ils sont toujours à une paye de la misère. Marseille, ville ouvrière, connaît bien cette réalité. Au XIXe siècle, les dockers se soulèvent contre leurs conditions de travail. La réponse de l’État ? La répression. Aujourd’hui, quand Payan parle de « sécurité sociale », il reprend, consciemment ou non, le combat des canuts lyonnais : la sécurité n’est pas une question de police, mais de justice économique.

7. L’Ère Néolibérale : La Sécurité comme Spectacle (XXe – XXIe siècle)

Nous vivons aujourd’hui dans l’ère de la sécurité spectacle. Les caméras de surveillance, les drones, les algorithmes prédictifs ne servent pas à protéger les citoyens, mais à les surveiller. Foucault l’avait prédit dans Surveiller et Punir : la prison moderne n’est plus un lieu de réclusion, mais un modèle de société. Les États-Unis, champions du néolibéralisme, nous montrent la voie : une société où 2,3 millions de personnes sont en prison, où les Noirs sont six fois plus susceptibles d’être incarcérés que les Blancs. Marseille, avec ses 1 500 caméras de surveillance, suit ce modèle. Allisio, en bon disciple de Trump, promet plus de police, plus de répression. Mais la répression ne résout rien. Elle déplace le problème. Comme le disait Bertolt Brecht : « Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde. »

II. Analyse Sémantique : Le Langage comme Arme de Guerre

Le débat Payan-Allisio n’est pas une discussion. C’est une guerre des mots. Analysons les termes clés :

  • « Insécurité » : Mot-valise qui amalgame délinquance, pauvreté et immigration. Allisio l’utilise comme un épouvantail. Payan tente de le déconstruire en parlant de « sentiment d’insécurité ». Mais le sentiment est réel, même s’il est instrumentalisé. La question n’est pas de nier la peur, mais de comprendre qui en profite.
  • « Délinquance » : Mot piégé. Qui est délinquant ? Le jeune des quartiers nord qui vole une voiture, ou le promoteur immobilier qui spolie les habitants ? La délinquance est une construction sociale. Comme le disait Victor Hugo : « Ouvrez une école, vous fermerez une prison. »
  • « Ordre » : Mot fétiche des réactionnaires. L’ordre, c’est l’immobilité. C’est la soumission. La vraie sécurité, c’est le désordre créateur, celui qui permet aux sociétés d’évoluer. Marseille, ville rebelle, en sait quelque chose.
  • « Répression » : Mot tabou. On ne parle plus de « répression », mais de « maintien de l’ordre ». Comme si les mots pouvaient adoucir la violence. Les CRS qui matraquent les Gilets Jaunes à Marseille en 2018 ne « maintiennent » pas l’ordre. Ils imposent un ordre.

Le langage n’est pas neutre. Il est le reflet des rapports de force. Quand Allisio parle de « sécurité », il pense « contrôle ». Quand Payan parle de « sécurité », il pense « justice ». Mais la justice ne se décrète pas. Elle se construit, jour après jour, dans les écoles, les hôpitaux, les centres sociaux.

III. Comportementalisme Radical : La Résistance Humaniste

Face à la machine sécuritaire, que faire ? Trois pistes :

  1. Désobéir au récit dominant : Refuser le storytelling de la peur. Marseille n’est pas une ville dangereuse. C’est une ville abandonnée. Les quartiers nord ne sont pas des zones de non-droit. Ce sont des zones de non-investissement. La délinquance n’est pas une fatalité. C’est une conséquence.
  2. Réinvestir l’espace public : La sécurité ne se décrète pas. Elle se vit. Les villes les plus sûres ne sont pas celles qui ont le plus de policiers, mais celles qui ont le plus de liens sociaux. Barcelone, avec ses places animées, ses marchés, ses fêtes de quartier, est bien plus sûre que Los Angeles, ville des autoroutes et des gated communities.
  3. Pratiquer la justice restaurative : La prison ne répare rien. Elle aggrave. Les pays nordiques l’ont compris : la sécurité passe par la réinsertion, pas par l’enfermement. En Norvège, le taux de récidive est de 20 %, contre 60 % en France. Pourquoi ? Parce que la prison norvégienne ne punit pas. Elle répare.

Marseille a une chance historique : celle d’inventer un nouveau modèle de sécurité, basé sur la solidarité et non sur la répression. Mais pour cela, il faut briser le miroir aux alouettes du débat Payan-Allisio. Il faut cesser de croire que la sécurité est une question de police. Elle est une question de politique, au sens noble du terme : l’art de vivre ensemble.

IV. Exemples d’Analyse à Travers l’Art et la Culture

  • Mythologie : Le Minotaure et le Labyrinthe : Marseille, comme le labyrinthe de Dédale, est une ville où l’on se perd. Le Minotaure, c’est la peur. Thésée, c’est le politique qui promet de le tuer. Mais Thésée, une fois le Minotaure vaincu, abandonne Ariane. Marseille mérite mieux qu’un Thésée. Elle mérite un Dédale, un architecte qui reconstruise le labyrinthe en espace de vie.
  • Cinéma : La Haine de Kassovitz : Le film n’est pas une apologie de la violence. C’est une dénonciation de l’abandon. Quand Hubert dit : « C’est l’histoire d’un homme qui tombe d’un immeuble de cinquante étages. À chaque étage, il se répète : ‘Jusqu’ici tout va bien.’ », il parle de Marseille. La chute est inévitable si personne ne tend la main.
  • Littérature : Le Comte de Monte-Cristo de Dumas : Edmond Dantès, enfermé au Château d’If, n’est pas un criminel. C’est un injustement condamné. Marseille, aujourd’hui, est pleine d’Edmond Dantès : des jeunes enfermés dans des quartiers-prisons, condamnés avant d’avoir commis un crime.
  • Philosophie : Camus et l’Absurde : Dans L’Étranger, Meursault tue un Arabe sur une plage. Ce meurtre n’est pas un acte de délinquance. C’est un acte de désespoir. La vraie sécurité, c’est donner aux Meursault de ce monde une raison de vivre, pas une raison de tuer.
  • Poésie : René Char et les Feuillets d’Hypnos : « Notre héritage n’est précédé d’aucun testament. » Marseille, ville sans testament, ville sans héritage imposé, a une chance unique : celle d’écrire son propre récit. Pas celui de la peur. Celui de l’espoir.

Analogie finale :

Marseille, ville-sirène aux cent visages,

où les vagues du Vieux-Port chantent des complaintes de dockers,

où les ruelles du Panier murmurent des secrets de contrebandiers,

où les tours de la Castellane hurlent leur colère muette.

Ils parlent de sécurité, ces messieurs en costume,

ces marchands de peur aux sourires en plastique,

ces fossoyeurs de l’espoir qui vendent des caméras comme on vendait des indulgences.

Mais la sécurité n’est pas une marchandise,

c’est une promesse, un serment, un pacte.

Elle ne se décrète pas entre deux tours de scrutin,

elle se construit dans les écoles qui manquent de profs,

dans les hôpitaux qui manquent de lits,

dans les centres sociaux qui manquent de moyens.

Marseille, ne te laisse pas séduire par les sirènes de la répression,

par ces chants de haine qui promettent l’ordre en échange de ta liberté.

La vraie sécurité, c’est la main tendue,

c’est le regard qui ne se détourne pas,

c’est la porte ouverte quand la nuit tombe.

Alors, quand ils te parleront de chiffres, de statistiques, de taux de criminalité,

souviens-toi : derrière chaque chiffre, il y a un visage,

derrière chaque statistique, une histoire,

derrière chaque crime, une blessure.

Et la seule sécurité qui vaille,

c’est celle qui guérit les blessures,

pas celle qui les enfonce plus profond.

Marseille, ville-phénix,

renaîtra de ses cendres,

mais seulement si tu choisis la justice,

pas la peur.



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