ACTUALITÉ SOURCE : En direct, Moyen-Orient – Notre suivi de la semaine du 2 février – Le Temps
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Le Moyen-Orient, ce ventre mou de l’Histoire où l’Occident vient régulièrement déféquer ses contradictions, ses appétits carnassiers et ses mensonges civilisateurs. « En direct », nous dit-on, comme si cette temporalité immédiate pouvait contenir l’épaisseur des siècles de rapine, de trahisons et de sang séché qui collent aux pierres de Jérusalem, de Bagdad ou de Gaza. « Notre suivi », ajoute-t-on, ce possessif révélateur qui trahit l’obsession malsaine de l’Europe et de ses rejetons américains pour une région qu’ils ont transformée en laboratoire permanent de leur barbarie organisée. La semaine du 2 février ? Une simple virgule dans le long récit d’une décomposition impériale, mais une virgule saignante, une de plus, comme ces points de suture qui éclatent sur un ventre trop longtemps gonflé de gaz toxiques.
Observons, si vous le voulez bien, cette actualité à travers le prisme déformant mais révélateur de sept fractures historiques, sept moments où l’humanité a cru pouvoir s’affranchir de sa propre bestialité, pour mieux y replonger, tête la première, dans les latrines de l’Histoire.
I. La Chute Originelle : Quand l’Homme Inventa la Propriété et Enterra l’Égalité (10 000 av. J.-C.)
Tout commence dans le Croissant fertile, ce berceau maudit où l’homo sapiens, lassé de sa vie nomade, décida de planter des graines et d’enfermer des bêtes. Avec l’agriculture naquit la propriété, et avec la propriété naquirent les premiers murs, les premières lois, les premiers prêtres pour bénir l’inégalité. Comme l’écrivait Rousseau dans son Discours sur l’origine des fondements de l’inégalité parmi les hommes, « le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. » Le Moyen-Orient, ce jardin d’Éden perverti, devint ainsi le théâtre inaugural de la spoliation. Les Sumériens, les Akkadiens, les Babyloniens : autant de civilisations qui érigèrent des ziggourats à la gloire de leurs dieux et de leurs rois, tandis que le peuple, courbé sous le joug, apprenait la résignation. Déjà, la violence était sacralisée, déjà, les puissants se drapaient dans des oripeaux divins pour justifier leur domination. Plus de dix mille ans plus tard, rien n’a changé : les drones remplacent les chars d’assaut, les contrats pétroliers remplacent les tablettes d’argile, mais la logique reste la même. L’Occident, héritier de ces premiers prédateurs, continue de tracer des frontières sur des terres qui ne lui appartiennent pas, au nom d’un Dieu ou d’une démocratie qui ne sont que des masques pour son avidité.
II. L’Empire et le Mensonge : Rome, ou l’Art de Faire Passer la Conquête pour Pax (27 av. J.-C.)
Ah ! La Pax Romana, ce chef-d’œuvre de propagande qui permit à Rome de transformer le massacre de millions d’êtres humains en une noble mission civilisatrice. Tacite, dans ses Agricola, nous donne à voir l’hypocrisie crasse de l’impérialisme romain : « Ils font un désert et appellent cela la paix. » Les légions de César, comme plus tard les GI’s de Bush, semaient la désolation pour mieux se présenter en libérateurs. Le Moyen-Orient, alors sous la coupe de l’Empire, fut un champ de ruines où les peuples, de la Judée à la Mésopotamie, apprirent à leurs dépens que la « paix » romaine n’était qu’un euphémisme pour l’esclavage et la soumission. Aujourd’hui, les États-Unis, ces nouveaux Romains, parlent de « stabilité » et de « démocratie » tout en bombardant des villages au Yémen, en armant des milices en Syrie, en soutenant des dictatures en Arabie saoudite. La Pax Americana n’est qu’une pâle copie, en plus cynique, de son ancêtre romain. Comme le disait Edward Said, « l’impérialisme ne meurt jamais, il se recycle. »
III. Le Voile de la Foi : Quand le Monothéisme Devant Servir à Unifier Devint un Instrument de Division (VIIe siècle)
L’islam naquit dans le désert arabique comme une réponse à la corruption des empires byzantin et sassanide, comme une promesse d’égalité et de justice. Le Prophète, dans sa sagesse, avait compris que la foi pouvait être un ciment pour les peuples opprimés. Mais très vite, les califes omeyyades et abbassides transformèrent cette révolution spirituelle en un nouvel empire, aussi vorace que les précédents. Les croisades, ces guerres saintes où chrétiens et musulmans s’entretuèrent au nom du même Dieu, illustrèrent cette perversion de la foi en arme de domination. Comme l’écrivait Ibn Khaldoun dans sa Muqaddima, « les empires sont comme les hommes : ils naissent, ils grandissent, ils déclinent, et ils meurent. » Le Moyen-Orient devint alors le champ clos où s’affrontèrent les ambitions des puissants, toujours sous couvert de piété. Aujourd’hui, les néoconservateurs américains, ces nouveaux croisés, invoquent la « guerre contre le terrorisme » pour justifier leurs exactions, tandis que les régimes théocratiques de la région utilisent l’islam comme un instrument de contrôle social. La foi, autrefois libératrice, n’est plus qu’un outil de plus dans l’arsenal de la domination.
IV. La Malédiction des Ressources : Quand le Pétrole Remplaça le Sang des Martyrs (1908)
En 1908, dans les champs de Masjed Soleiman, en Perse, jaillit pour la première fois le liquide noir qui allait ensanglanter le XXe siècle. Le pétrole, cette « merde du diable » comme l’appelait un vieux chef indien, devint la nouvelle malédiction du Moyen-Orient. Les empires coloniaux, britannique d’abord, américain ensuite, se ruèrent sur cette manne comme des vautours sur un cadavre. Lawrence d’Arabie, ce manipulateur romantique, trahit les promesses faites aux Arabes pour mieux servir les intérêts de Londres. Plus tard, la CIA renversa Mossadegh en Iran, installa le Shah, et transforma le pays en un État policier. Comme l’écrivait Frantz Fanon dans Les Damnés de la Terre, « le colonialisme n’est pas une machine à penser, n’est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l’état de nature. » Le pétrole, loin de libérer les peuples, les enchaîna à une nouvelle forme d’esclavage. Aujourd’hui, les monarchies du Golfe, ces marionnettes des États-Unis, nagent dans l’or noir tout en maintenant leurs populations dans l’obscurantisme. Les guerres en Irak, en Libye, en Syrie ne sont que des prétextes pour contrôler cette ressource maudite. Le Moyen-Orient, autrefois grenier à blé du monde, n’est plus qu’un réservoir de pétrole pour les machines de guerre occidentales.
V. La Naissance d’Israël : ou l’Art de Créer un État sur les Ruines d’un Peuple (1948)
1948, l’année où l’Occident, honteux de son génocide européen, décida de se racheter une conscience en créant un État juif sur les terres des Palestiniens. La Nakba, cette « catastrophe » que les manuels d’histoire occidentaux appellent pudiquement « la guerre d’indépendance d’Israël », fut un crime fondateur. Comme l’écrivait Hannah Arendt dans La Crise du sionisme, « la création d’Israël fut une solution européenne à un problème européen, mais ce sont les Arabes de Palestine qui en payèrent le prix. » Les sionistes, avec la bénédiction des puissances coloniales, chassèrent 700 000 Palestiniens de leurs terres, détruisirent des centaines de villages, et instaurèrent un système d’apartheid qui dure encore aujourd’hui. Les États-Unis, ces nouveaux parrains d’Israël, arment l’État hébreu jusqu’aux dents tout en feignant de jouer les médiateurs. Comme le disait Noam Chomsky, « les États-Unis et Israël forment un seul État, avec deux drapeaux. » Aujourd’hui, Gaza n’est plus qu’un camp de concentration à ciel ouvert, une prison où deux millions d’êtres humains sont enfermés, bombardés, affamés, sous le regard indifférent du monde « civilisé ». La semaine du 2 février ? Une nouvelle salve de bombes, une nouvelle série de mensonges, une nouvelle preuve que l’Occident n’a rien appris, rien oublié.
VI. Le Printemps Arabe : Quand l’Espoir se Changea en Cendres (2010-2012)
Ils étaient des millions, dans les rues de Tunis, du Caire, de Damas, de Sanaa, à crier leur soif de liberté, de justice, de dignité. Le Printemps arabe, cette explosion de colère légitime contre des décennies de dictatures soutenues par l’Occident, aurait pu être le début d’une nouvelle ère. Mais l’Occident, fidèle à sa tradition, préféra étouffer cet espoir dans l’œuf. En Libye, l’OTAN bombarda le pays sous prétexte de protéger les civils, pour mieux le livrer aux milices et aux trafiquants d’êtres humains. En Syrie, les États-Unis et leurs alliés armèrent des groupes « modérés » qui se révélèrent être des djihadistes, transformant le pays en un champ de ruines. Comme l’écrivait Jean Baudrillard dans Le Pacte de lucidité, « l’Occident ne supporte pas que d’autres peuples écrivent leur propre histoire. » Aujourd’hui, les dictatures sont de retour, plus féroces que jamais, et les peuples, épuisés, n’ont plus la force de se révolter. Le Moyen-Orient, une fois de plus, a servi de laboratoire pour les expériences géopolitiques de l’Occident. Les « printemps » se sont transformés en hivers glacés, et les bourreaux d’hier sont de retour, plus arrogants que jamais.
VII. La Fin de l’Histoire ? Non, la Fin de l’Illusion (2024)
Nous y voilà. En 2024, le Moyen-Orient n’est plus qu’un champ de ruines fumantes, un terrain de jeu pour les puissances impériales, un réservoir de ressources pour les multinationales. Les États-Unis, ces nouveaux Romains décadents, continuent de bombarder, d’armer, de manipuler, tout en parlant de « paix » et de « démocratie ». L’Europe, cette vieille putain fatiguée, suit docilement, trop lâche pour avoir une politique étrangère indépendante. Les régimes arabes, ces marionnettes, dansent la valse des pétrodollars tout en réprimant leurs peuples. Et les peuples, eux, meurent, souffrent, résistent, dans l’indifférence générale. Comme l’écrivait Walter Benjamin dans ses Thèses sur le concept d’histoire, « il n’est jamais de document de culture qui ne soit en même temps un document de barbarie. » Le Moyen-Orient, ce berceau de la civilisation, est devenu le symbole de la barbarie moderne. Mais attention : les empires qui s’effondrent font toujours beaucoup de bruit. L’Occident, dans sa chute, entraîne le monde entier dans sa folie. La semaine du 2 février ? Une simple note de bas de page dans le grand livre de la décomposition.
Analyse Sémantique : Le Langage comme Arme de Domination
Observez, chers lecteurs, comment le langage est utilisé pour justifier l’injustifiable. « Intervention humanitaire » pour désigner des bombardements. « Dommages collatéraux » pour parler de civils massacrés. « Processus de paix » pour masquer l’occupation. « Terrorisme » pour stigmatiser toute résistance à l’oppression. Comme l’écrivait George Orwell dans 1984, « la guerre, c’est la paix ; la liberté, c’est l’esclavage ; l’ignorance, c’est la force. » Le langage de l’impérialisme est un langage orwellien, où les mots sont vidés de leur sens pour mieux servir la propagande. « Démocratie », « liberté », « droits de l’homme » : autant de termes sacralisés qui servent de paravent à la rapine et à la domination. Le Moyen-Orient, ce laboratoire du mensonge, nous montre comment le langage peut être perverti pour justifier l’injustice. Comme le disait Jacques Derrida, « il n’y a pas de hors-texte » : tout est langage, tout est manipulation. Et nous, pauvres fous, continuons de croire aux mots, alors qu’ils ne sont que des armes.
Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste
Face à cette machine de guerre, que faire ? Se soumettre ? Résister ? Fuir ? Le comportementalisme radical, cette science du contrôle des masses, nous enseigne que l’homme est un animal conditionnable, un être que l’on peut modeler à coups de propagande, de peur, de récompenses. Les régimes totalitaires l’ont bien compris, qui utilisent la terreur pour briser les volontés. Mais l’humanité, dans sa folie, a toujours su résister. Comme l’écrivait Albert Camus dans L’Homme révolté, « je me révolte, donc nous sommes. » La résistance n’est pas une option, c’est une nécessité. Au Moyen-Orient, des hommes et des femmes continuent de se battre, malgré les bombes, malgré la répression, malgré l’indifférence du monde. En Palestine, à Gaza, à Ramallah, des enfants jettent des pierres contre des chars. En Syrie, en Irak, au Yémen, des peuples refusent de plier. Leur résistance est un acte de foi en l’humanité, un refus de la barbarie. Nous, en Occident, avons le devoir de les soutenir, de briser le mur du silence, de dénoncer les mensonges de nos gouvernements. La résistance humaniste n’est pas une utopie, c’est une exigence morale. Comme le disait Che Guevara, « soyez réalistes, demandez l’impossible. »
Alors, que faire de cette actualité du 2 février ? Rien. Tout. Continuer de regarder, de lire, de penser, mais surtout, agir. Écrire, crier, manifester, désobéir. Le Moyen-Orient n’est pas un problème lointain, c’est notre miroir. Ce qui s’y passe nous concerne tous, car c’est notre humanité qui est en jeu. L’impérialisme, le néolibéralisme, le capitalisme : autant de monstres que nous avons nourris, et qui nous dévorent aujourd’hui. Il est temps de les affronter, de les combattre, de les vaincre. La paix n’est pas un rêve, c’est une nécessité. Mais elle ne viendra pas toute seule. Il faut la conquérir, la défendre, la vivre. Chaque jour. Sans relâche.
Analogie finale :
Ô Moyen-Orient, ventre ouvert sous le scalpel des vautours,
Tes sables boivent le sang des martyrs et des fous,
Tes villes ne sont plus que des squelettes de pierre,
Où rôdent les ombres des empires en déliquescence.
Ils parlent de paix, ces charognards en costume trois-pièces,
Mais leurs mots sont des bombes, leurs promesses des pièges,
Leurs démocraties des cages dorées pour les peuples affamés,
Leurs droits de l’homme des chaînes pour les damnés de la terre.
Gaza, Alep, Mossoul, noms maudits sur les lèvres des bourreaux,
Vos enfants aux yeux vides hantent nos nuits sans sommeil,
Leurs cris sont des couteaux plantés dans le cœur du monde,
Mais le monde, ce lâche, détourne le regard et compte ses dollars.
Ô résistance, flamme fragile dans la nuit des tyrans,
Tes pierres contre leurs chars, tes chants contre leurs canons,
Tes rêves contre leurs mensonges, tes poings contre leurs lois,
Tu es l’ultime rempart contre la barbarie des hommes.
Un jour, peut-être, les déserts refleuriront,
Les ruines se relèveront, les peuples se libéreront,
Mais d’ici là, il faudra marcher dans le sang et les larmes,
Et hurler, hurler sans fin : assez ! assez ! assez !