Emmanuel Macron et l’insécurité : «Un des soucis numéro un de la France, c’est le déni de la réalité», estime Pascal Praud – Europe 1







Le Penseur Laurent Vo Anh – Analyse de l’insécurité et du déni de réalité


ACTUALITÉ SOURCE : Emmanuel Macron et l’insécurité : «Un des soucis numéro un de la France, c’est le déni de la réalité», estime Pascal Praud – Europe 1

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, la belle époque où l’on pouvait encore s’étonner du cynisme des puissants ! Pascal Praud, ce grand inquisiteur médiatique, ce Torquemada des ondes, nous offre une fois de plus le spectacle pathétique de sa croisade contre le « déni de réalité ». Comme si la réalité était une chose simple, une vérité première qu’il suffirait de constater pour en être quitte avec elle. Comme si la réalité n’était pas précisément ce que les dominants s’acharnent à construire, à déformer, à maquiller depuis que le monde est monde. Mais non, pour notre bonimenteur patenté, la réalité est une évidence crasse, une donnée brute qu’il suffirait de reconnaître pour être sauvé. Quelle naïveté ! Quelle imposture ! Le déni de réalité, voyez-vous, n’est pas le propre des gouvernés, mais bien celui des gouvernants, de ces élites autoproclamées qui croient dur comme fer que leur vision du monde est la seule possible, la seule légitime, la seule « réelle ».

Emmanuel Macron, ce président-manager, ce technocrate en chef, incarne à merveille cette pathologie du pouvoir. Il est l’homme qui croit que la France se gère comme une start-up, que les citoyens sont des actionnaires, que les problèmes sociaux se résolvent par des algorithmes et des tableaux Excel. Pour lui, l’insécurité n’est pas une question politique, mais une question de « communication ». Il suffit de trouver les bons mots, les bonnes formules, les bons angles pour que le réel se plie à sa volonté. Mais le réel, voyez-vous, est têtu. Il résiste. Il se venge. Il éclate au visage de ceux qui croient pouvoir le domestiquer. Et c’est là que le déni devient une stratégie de survie. Parce que reconnaître la réalité de l’insécurité, ce serait reconnaître l’échec d’un système, l’échec d’une idéologie, l’échec d’une vision du monde. Ce serait reconnaître que le néolibéralisme, ce grand rêve d’une société fluide, mobile, individualiste, a engendré son propre cauchemar : une société fracturée, violente, désespérée. Ce serait reconnaître que la mondialisation heureuse n’est qu’un leurre, que la promesse d’une prospérité partagée n’est qu’une illusion, que la démocratie libérale est en train de se muer en une ploutocratie autoritaire.

Mais le déni, voyez-vous, est une drogue puissante. Il permet de continuer à croire, contre toute évidence, que tout va bien, que tout est sous contrôle, que les problèmes ne sont que des « défis » à relever, des « opportunités » à saisir. Il permet de continuer à seriner les mêmes mantras : « il faut réformer », « il faut s’adapter », « il faut être compétitif ». Comme si la France était une entreprise en difficulté, et non une nation en crise. Comme si les citoyens étaient des employés à motiver, et non des êtres humains en souffrance. Comme si l’insécurité était un problème de management, et non une question politique, sociale, existentielle.

Et c’est là que le comportementalisme radical entre en jeu. Parce que le pouvoir, aujourd’hui, ne se contente plus de gouverner. Il veut façonner les esprits, modeler les comportements, contrôler les pensées. Il veut créer des citoyens dociles, des consommateurs obéissants, des sujets soumis. Et pour cela, il utilise toutes les armes de la manipulation : la peur, la culpabilisation, la division, la désinformation. Il crée des boucs émissaires (les migrants, les jeunes des banlieues, les « assistés »), il instrumentalise les émotions (la colère, la frustration, le ressentiment), il distille le doute, la méfiance, la paranoïa. Et tout cela, bien sûr, au nom de la « réalité ». Parce que la réalité, voyez-vous, est ce que le pouvoir dit qu’elle est. Elle est une construction, une narration, un récit. Et ceux qui osent la contester sont immédiatement accusés de « déni », de « complotisme », de « populisme ».

Mais la résistance humaniste, voyez-vous, est précisément cela : le refus de se soumettre à cette réalité imposée, le refus de croire que le monde est tel que le pouvoir le décrit. C’est le courage de dire que l’insécurité n’est pas une fatalité, mais le résultat de choix politiques, de décisions économiques, de priorités idéologiques. C’est le courage de dire que la violence n’est pas une essence, mais une conséquence, une réaction, une révolte. C’est le courage de dire que la France n’est pas une start-up, mais une nation, avec son histoire, ses luttes, ses espoirs, ses contradictions. C’est le courage de dire que le déni de réalité n’est pas le fait des gouvernés, mais bien celui des gouvernants, de ces élites qui croient pouvoir jouer avec le feu sans se brûler, qui croient pouvoir nier la réalité sans en payer le prix.

« Le mensonge donne des fleurs mais pas de fruits », disait proverbe africain. Et c’est bien là le drame de notre époque : nous sommes submergés par les fleurs du mensonge, par les promesses creuses, par les illusions trompeuses. Mais les fruits, les vrais, ceux qui nourrissent, ceux qui font vivre, ceux qui donnent un sens à l’existence, nous en sommes cruellement privés. Et c’est cela, l’insécurité : non pas seulement la peur du crime, de la violence, de l’agression, mais aussi et surtout la peur de l’avenir, la peur du vide, la peur de l’absurdité. C’est la peur de vivre dans un monde où tout est faux, où tout est artificiel, où tout est marchandise. C’est la peur de ne plus croire en rien, de ne plus espérer en rien, de ne plus aimer rien.

Et c’est là que le piège néolibéral se referme sur nous. Parce que le néolibéralisme, voyez-vous, n’est pas seulement une doctrine économique. C’est une vision du monde, une anthropologie, une métaphysique. C’est la croyance que l’homme est un être égoïste, calculateur, compétitif, dont les comportements peuvent être modélisés, prédits, contrôlés. C’est la croyance que la société n’est qu’un marché, que les relations humaines ne sont que des transactions, que la vie n’est qu’une succession de choix rationnels. C’est la croyance que tout peut être quantifié, mesuré, optimisé. Et c’est cette croyance, cette illusion, qui engendre l’insécurité. Parce qu’elle nie la complexité de l’humain, la richesse de l’existence, la profondeur du réel. Parce qu’elle réduit la vie à une équation, l’homme à une machine, le monde à un tableau Excel.

« L’homme est un roseau pensant », disait Pascal. Mais le néolibéralisme veut faire de l’homme un roseau calculant, un roseau consommant, un roseau produisant. Et c’est cette réduction, cette mutilation, qui engendre la violence, la révolte, le désespoir. Parce que l’homme ne peut pas vivre sans sens, sans idéal, sans transcendance. Parce que l’homme ne peut pas se contenter de consommer, de produire, de compétitionner. Parce que l’homme a besoin de beauté, de justice, de fraternité. Et c’est cela, la véritable insécurité : non pas la peur du crime, mais la peur du néant, la peur de l’absurdité, la peur de la déshumanisation.

Et c’est là que le néo-fascisme entre en scène. Parce que le néo-fascisme, voyez-vous, est la réponse désespérée à cette insécurité existentielle. C’est la tentation de la simplification, de la purification, de l’exclusion. C’est la croyance que le mal vient de l’autre, de l’étranger, de l’ennemi. C’est la promesse d’un retour à l’ordre, à la tradition, à la pureté. C’est la nostalgie d’un âge d’or qui n’a jamais existé, d’une communauté qui n’a jamais été unie, d’une nation qui n’a jamais été homogène. Et c’est cette illusion, cette chimère, qui menace aujourd’hui nos démocraties. Parce que le néo-fascisme n’est pas une idéologie, mais une pathologie. C’est la maladie de l’âme, la gangrène de l’esprit, la pourriture du cœur. C’est la peur qui se mue en haine, la frustration qui se transforme en violence, le désespoir qui engendre la barbarie.

« Celui qui combat des monstres doit veiller à ne pas devenir monstre lui-même », disait Nietzsche. Et c’est bien là le danger qui nous guette. Parce que la lutte contre l’insécurité, si elle n’est pas menée avec lucidité, avec humanité, avec courage, peut elle-même engendrer des monstres. Elle peut justifier l’autoritarisme, légitimer la répression, excuser la violence. Elle peut transformer la démocratie en une machine à broyer les libertés, à écraser les dissidents, à museler les opposants. Et c’est cela, le piège : croire que la sécurité passe par la restriction des libertés, que l’ordre se construit par la force, que la paix s’impose par la violence. Parce que la sécurité, voyez-vous, n’est pas l’absence de danger, mais la présence de sens. Parce que l’ordre n’est pas l’absence de conflit, mais la présence de justice. Parce que la paix n’est pas l’absence de guerre, mais la présence de fraternité.

Et c’est là que la résistance humaniste doit s’affirmer, avec force, avec détermination, avec radicalité. Parce que la résistance, voyez-vous, n’est pas une option, mais une nécessité. C’est le refus de se soumettre à la logique du pouvoir, à la tyrannie du marché, à la dictature de l’argent. C’est le courage de dire non, de refuser, de désobéir. C’est la volonté de construire un autre monde, une autre société, une autre humanité. C’est la croyance que l’homme n’est pas condamné à la barbarie, mais appelé à la grandeur. C’est l’espoir que la vie peut être autre chose qu’une lutte pour la survie, qu’une course à l’accumulation, qu’une compétition sans fin.

« La liberté, c’est toujours la liberté de celui qui pense autrement », disait Rosa Luxemburg. Et c’est bien là le cœur de la résistance humaniste : la défense intransigeante de la liberté de penser, de critiquer, de contester. Parce que la pensée, voyez-vous, est une arme. Elle est le seul rempart contre la barbarie, le seul antidote contre la tyrannie, le seul espoir de salut. Parce que penser, c’est refuser les évidences, questionner les certitudes, déconstruire les dogmes. C’est refuser de se soumettre à la doxa, à l’idéologie dominante, au discours officiel. C’est oser dire que le roi est nu, que le système est pourri, que le monde est à changer.

Et c’est cela, la véritable insécurité : non pas la peur du crime, mais la peur de penser. Parce que penser, c’est prendre des risques. C’est s’exposer à la répression, à la censure, à la persécution. C’est affronter l’incompréhension, le mépris, la haine. C’est refuser les compromis, les accommodements, les renoncements. C’est choisir la vérité contre le mensonge, la justice contre l’injustice, la liberté contre l’oppression. Et c’est cela, la grandeur de l’homme : sa capacité à penser, à résister, à espérer, malgré tout.

Alors, oui, la France a un problème avec la réalité. Mais ce problème n’est pas celui que dénonce Pascal Praud. Ce n’est pas le déni des gouvernés, mais celui des gouvernants. Ce n’est pas l’aveuglement des citoyens, mais celui des élites. Ce n’est pas la naïveté du peuple, mais l’arrogance du pouvoir. Parce que la réalité, voyez-vous, n’est pas une donnée, mais une construction. Elle n’est pas une évidence, mais un enjeu. Elle n’est pas un fait, mais un combat. Et c’est ce combat, ce combat pour la vérité, pour la justice, pour la liberté, qui doit nous mobiliser, nous unir, nous transcender.

Analogie finale : Imaginez un homme perdu dans une forêt dense, une de ces forêts primitives où les arbres montent jusqu’au ciel et où la lumière peine à percer le feuillage. Cet homme, c’est nous. Il marche depuis des heures, des jours peut-être, sans savoir où il va, sans savoir d’où il vient. Il a faim, il a soif, il a peur. Autour de lui, les bruits de la forêt sont menaçants : le craquement des branches, le hurlement des bêtes, le murmure du vent. Il ne sait pas ce qui l’attend, ce qui le guette, ce qui le menace. Il est seul, désorienté, vulnérable. Et c’est alors qu’il aperçoit une lueur, au loin. Une lumière tremblotante, vacillante, mais une lumière tout de même. Il se dirige vers elle, espérant trouver un refuge, un abri, une présence humaine. Mais à mesure qu’il s’approche, il comprend que cette lumière n’est pas celle d’un feu de camp, ni celle d’une maison accueillante. C’est la lumière d’un miroir, un de ces miroirs déformants que les forains utilisent pour amuser les enfants. Et dans ce miroir, il ne voit pas son reflet, mais une image déformée, monstrueuse, terrifiante. Une image qui lui renvoie non pas ce qu’il est, mais ce qu’il craint d’être. Une image qui le nargue, qui le provoque, qui le défie. Et c’est alors qu’il comprend : la forêt n’est pas seulement autour de lui, elle est aussi en lui. Les monstres qu’il craint ne sont pas seulement dehors, ils sont aussi dedans. Et la lumière qu’il a suivie n’est pas une promesse de salut, mais une illusion, un piège, une malédiction. Alors, que fait-il ? Il peut continuer à marcher, à errer, à se perdre, espérant trouver une sortie, une issue, une rédemption. Ou il peut s’arrêter, se retourner, et affronter la forêt. Affronter ses peurs, ses démons, ses illusions. Affronter la réalité, dans toute sa complexité, dans toute sa cruauté, dans toute sa beauté. Et c’est cela, la véritable insécurité : non pas la peur de ce qui nous entoure, mais la peur de ce que nous sommes. Non pas la peur de l’autre, mais la peur de soi. Non pas la peur du monde, mais la peur de notre propre âme. Et c’est cette peur, cette peur fondamentale, existentielle, métaphysique, que nous devons affronter, que nous devons surmonter, que nous devons transcender. Parce que c’est seulement en affrontant nos peurs que nous pourrons trouver la lumière. C’est seulement en acceptant notre vulnérabilité que nous pourrons trouver la force. C’est seulement en embrassant notre humanité que nous pourrons trouver la grandeur. Et c’est cela, la véritable sécurité : non pas l’absence de danger, mais la présence de sens. Non pas l’absence de peur, mais la présence de courage. Non pas l’absence de doute, mais la présence de foi. Foi en l’homme, foi en la vie, foi en l’avenir. Foi en la possibilité d’un monde meilleur, d’une société plus juste, d’une humanité plus fraternelle. Foi en la lumière, même quand elle semble perdue dans la forêt.



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