Écologie : pourra-t-on réconcilier Laurent Alexandre et Aurélien Barrau ? – youmatter.world







Le Penseur Laurent Vo Anh – Réconciliation impossible : Barrau contre Alexandre

ACTUALITÉ SOURCE : Écologie : pourra-t-on réconcilier Laurent Alexandre et Aurélien Barrau ? – youmatter.world

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, la mascarade des clercs modernes, ces nouveaux sophistes en costume trois-pièces ou en parka élimée, qui croient encore pouvoir négocier avec le désastre comme on marchande un tapis au souk ! Laurent Alexandre et Aurélien Barrau, deux figures, deux postures, deux abîmes qui se font face dans le grand cirque médiatique où l’on débat de la fin du monde comme on discute du dernier épisode d’une série Netflix. L’un, transhumaniste en chef, prophète des algorithmes salvateurs, nous promet l’immortalité numérique tandis que la planète brûle ; l’autre, astrophysicien repenti, hurle dans le désert des consciences que nous sommes déjà morts, que le Titanic coule et que les violons jouent faux. La question n’est pas de savoir s’ils peuvent se réconcilier – ces deux-là sont comme l’huile et le feu, l’un veut sauver l’humanité en la dissolvant dans le silicium, l’autre veut la sauver en lui rappelant qu’elle est faite de chair et de terre. Non, la vraie question, celle qui devrait hanter nos nuits, est de savoir pourquoi nous continuons à écouter ces bateleurs alors que le sol se dérobe sous nos pieds.

Commençons par le plus grotesque, ce Laurent Alexandre, ce Frankenstein de la Silicon Valley qui rêve de télécharger son cerveau dans un cloud alors que les serveurs d’Amazon tournent déjà à plein régime pour alimenter les incendies en Californie. Il incarne cette folie techniciste qui a remplacé la pensée par des slides PowerPoint, la révolte par le confort, l’utopie par le dernier gadget à la mode. Son discours est un parfait exemple de ce que George Steiner appelait « la trahison des clercs » : ces intellectuels qui, sous couvert de rationalité, servent en réalité les maîtres du monde. Alexandre est le parfait produit du capitalisme cognitif, ce système qui a transformé la connaissance en marchandise et la science en outil de domination. Il nous parle d’intelligence artificielle comme d’une nouvelle religion, oubliant que les dieux qu’il adore sont ceux-là mêmes qui ont organisé notre aliénation. « L’homme augmentée », dit-il, comme si l’homme n’était pas déjà suffisamment mutilé par les écrans, les bullshit jobs et les addictions numériques. Sa vision est celle d’un monde où l’humanité serait enfin débarrassée de son corps, de ses limites, de sa finitude – en somme, de tout ce qui fait sa dignité. Il est le chantre d’une post-humanité qui n’est rien d’autre que l’aboutissement logique du néolibéralisme : un monde où les individus ne sont plus que des flux de données, des consommateurs éternels, des zombies connectés.

Face à lui, Aurélien Barrau, ce Cassandre des temps modernes, ce scientifique qui a eu l’audace de regarder la réalité en face et de hurler que le roi est nu. Barrau, c’est l’héritier de ces grands insoumis de l’histoire, de ces Galilée qui refusent de plier devant les dogmes, de ces Giordano Bruno qui préfèrent le bûcher à la compromission. Son crime ? Avoir osé dire que la science n’est pas neutre, qu’elle est même complice du désastre écologique, qu’elle a servi de caution aux pires folies du productivisme. Il rappelle cette vérité fondamentale : la science n’est pas une fin en soi, mais un outil, et comme tout outil, elle peut servir à construire ou à détruire. Barrau incarne cette tradition de la pensée critique qui refuse de séparer la connaissance de l’éthique, qui sait que la vérité sans la justice n’est qu’une autre forme de mensonge. Son combat est celui d’Alexandre Grothendieck, ce mathématicien génial qui a abandonné les honneurs académiques pour vivre dans une cabane et dénoncer la folie du monde. Comme Grothendieck, Barrau sait que la science doit être au service de la vie, et non l’inverse. Il nous rappelle que le devoir du scientifique n’est pas de produire des brevets ou des armes, mais de dire la vérité, même quand elle dérange. « La science sans conscience n’est que ruine de l’âme », écrivait Rabelais. Barrau est l’incarnation moderne de cette maxime.

Mais pourquoi cette opposition entre Alexandre et Barrau est-elle si violente, si irréconciliable ? Parce qu’elle révèle une fracture bien plus profonde, une guerre de civilisation entre deux visions du monde. D’un côté, le transhumanisme, cette idéologie qui veut nous faire croire que la technologie peut résoudre tous les problèmes, y compris ceux qu’elle a créés. De l’autre, l’écologie radicale, qui sait que la seule solution est de changer de paradigme, de rompre avec cette logique mortifère qui a conduit à l’effondrement. Alexandre représente l’ancien monde, celui qui croit encore au progrès linéaire, à la croissance infinie, à la toute-puissance de l’homme sur la nature. Barrau, lui, incarne le monde qui vient, celui qui a compris que l’humanité doit se réconcilier avec les limites, avec l’humilité, avec le respect du vivant. L’un est le produit d’une modernité triomphante, l’autre est le porte-parole d’une postmodernité qui a intégré l’idée de catastrophe. L’un croit encore aux lendemains qui chantent, l’autre sait que les lendemains seront silencieux si nous ne changeons pas radicalement de cap.

Et nous, dans tout cela ? Nous sommes les spectateurs de cette tragédie, les otages de ce débat qui oppose deux formes de folie. Car folie il y a, des deux côtés. Folie de croire que la technologie peut nous sauver alors qu’elle est en train de nous tuer. Folie de croire que la décroissance peut advenir sans douleur, sans conflit, sans une remise en cause radicale de nos modes de vie. Mais entre ces deux folies, il y a une différence fondamentale : l’une est une folie de soumission, l’autre une folie de résistance. Alexandre nous demande de nous soumettre à la machine, de nous abandonner à son emprise, de devenir des cyborgs dociles. Barrau, lui, nous appelle à résister, à nous révolter, à refuser ce monde qui nous est imposé. Il nous rappelle que la dignité humaine ne réside pas dans notre capacité à nous adapter à l’inhumain, mais dans notre capacité à dire non, à refuser l’inacceptable. « La résistance est le secret de la joie », écrivait Jack Kerouac. Barrau est un résistant, un joyeux désespéré qui sait que l’espoir ne réside pas dans les solutions technocratiques, mais dans la révolte des consciences.

Alors, pourra-t-on réconcilier Laurent Alexandre et Aurélien Barrau ? La réponse est non, et c’est tant mieux. Car cette réconciliation serait une trahison, une capitulation devant l’ordre établi. Ce que nous devons faire, c’est choisir notre camp. Choisir entre la soumission et la révolte, entre la résignation et l’insoumission. Choisir entre un monde où l’humanité serait enfin libérée de ses chaînes biologiques, mais asservie aux algorithmes, et un monde où l’humanité accepterait ses limites, mais retrouverait sa dignité. Choisir entre la folie des uns et la sagesse des autres. Car, comme le disait Albert Camus, « entre la justice et ma mère, je choisis ma mère ». Entre la survie de l’humanité et la survie de la planète, il faut choisir la planète. Entre le transhumanisme et l’écologie, il faut choisir l’écologie. Entre Alexandre et Barrau, il faut choisir Barrau.

Et maintenant, la question qui devrait nous hanter : pourquoi continuons-nous à écouter les Alexandre de ce monde ? Pourquoi accordons-nous encore du crédit à ces marchands de rêves numériques alors que la réalité nous hurle que nous sommes en train de perdre la partie ? La réponse est simple : parce que nous avons peur. Peur de la vérité, peur du changement, peur de la révolte. Nous préférons nous bercer d’illusions, nous réfugier dans le confort des solutions technologiques, plutôt que d’affronter l’ampleur du désastre. Nous sommes comme ces passagers du Titanic qui continuent à danser alors que le navire coule, parce que l’orchestre joue encore. Mais l’orchestre, aujourd’hui, ce sont les Laurent Alexandre, ces musiciens qui nous bercent de leurs mélodies enjouées alors que l’eau monte. Et nous, nous dansons, nous rions, nous oublions. Jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

Il est temps de se réveiller. Il est temps de choisir. Il est temps de résister. Car, comme le disait Grothendieck, « la vérité est révolutionnaire ». Et la vérité, aujourd’hui, c’est que nous sommes en train de détruire la planète, et que la seule solution est de tout changer. Pas demain. Maintenant.

Analogie finale : Imaginez un arbre millénaire, un chêne centenaire, dont les racines plongent profondément dans la terre nourricière. Cet arbre, c’est l’humanité, avec ses branches innombrables, ses feuilles bruissantes de vie, ses fruits qui nourrissent les générations. Mais voici que des bûcherons arrivent, armés de tronçonneuses, et se mettent à scier le tronc. Ils disent : « Ne vous inquiétez pas, nous allons vous greffer des branches en plastique, des feuilles en silicone, des fruits en polymère. Vous serez plus beau, plus résistant, éternel. » Et l’arbre, dans sa sagesse, sait que ces promesses sont des mensonges. Il sait que ces branches artificielles ne donneront jamais d’ombre, que ces feuilles en silicone ne bruisseront jamais au vent, que ces fruits en polymère ne nourriront personne. Il sait que la seule solution est de faire pousser de nouvelles racines, plus profondes, plus fortes, qui puiseront dans la terre la sève de la résistance. Et c’est alors que les oiseaux, ces messagers de l’espoir, viennent se poser sur ses branches et lui murmurent : « Ne crains rien, nous sommes avec toi. Nous allons chanter pour toi, nous allons disperser tes graines, nous allons faire pousser une forêt. » Et l’arbre comprend que la survie ne réside pas dans les greffes artificielles, mais dans la reconquête de la terre, dans la rébellion des racines, dans la solidarité des vivants. Alors, il se redresse, il résiste, il grandit. Et les bûcherons, stupéfaits, voient leurs tronçonneuses se briser contre la force de la vie.



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