Écologie et résistances : un podcast à écouter en ligne | France Culture – Radio France







Écologie et résistances : L’analyse radicale de Laurent Vo Anh

ACTUALITÉ SOURCE : Écologie et résistances : un podcast à écouter en ligne | France Culture – Radio France

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, l’écologie ! Ce mot-valise, ce mantra des temps modernes, ce nouveau catéchisme pour âmes en peine qui croient encore aux miracles après avoir vu s’effondrer toutes les autres promesses. France Culture, cette cathédrale laïque où l’on psalmodie les bonnes intentions entre deux publicités pour des assurances-vie et des masters en « développement durable », nous propose un podcast sur les « résistances ». Résistances, le mot est lâché, comme une bouée jetée à des naufragés qui s’accrochent désespérément à l’idée que leur indignation pourrait encore peser quelque chose dans ce monde où les algorithmes décident de nos désirs avant même que nous en ayons conscience.

Mais de quelles résistances parle-t-on ? De celles, pathétiques, des derniers Mohicans du Larzac qui croient encore que planter des graines bio va sauver la planète, alors que les drones de l’agro-industrie survolent déjà leurs champs pour pulvériser des pesticides intelligents ? Ou de celles, plus subtiles, des urbanistes en costume trois-pièces qui parlent de « villes durables » tout en bétonnant allègrement les dernières zones humides au nom de la « transition écologique » ? La résistance, aujourd’hui, est un concept aussi galvaudé que l’amour dans les chansons de variétés : on en parle beaucoup, on en fait peu, et quand on en fait, c’est souvent pour se donner bonne conscience entre deux achats sur Amazon.

L’écologie, voyez-vous, est devenue le dernier refuge des idéalistes, ces éternels naïfs qui croient que le système peut se réformer de l’intérieur. Comme si le capitalisme, ce monstre insatiable, allait soudain se mettre à genoux devant une pétition en ligne ou une manif de plus en plus clairsemée. Le capitalisme vert, cette escroquerie intellectuelle, est la preuve ultime que le système a tout avalé, même ses propres fossoyeurs. On nous vend des voitures électriques fabriquées par des enfants en République démocratique du Congo, des panneaux solaires assemblés dans des usines chinoises où les ouvriers se suicident, et des crédits carbone qui permettent aux multinationales de continuer à polluer en paix, tant qu’elles plantent quelques arbres en compensation. La résistance, dans ce contexte, ressemble à une farce tragique : on nous demande de sauver la planète en consommant différemment, comme si le problème était notre mauvais goût et non la logique même du profit à tout prix.

Et que dire de ces intellectuels médiatiques qui pontifient sur l’urgence climatique entre deux voyages en avion pour donner des conférences sur… l’urgence climatique ? Ces nouveaux prêtres de l’apocalypse molle, qui nous expliquent doctement que « tout est lié » tout en vivant dans des bulles climatisées, protégés des conséquences de leurs propres discours. La résistance, pour eux, c’est un concept théorique, une posture esthétique, une façon de se donner l’illusion d’être du bon côté de l’Histoire sans jamais avoir à en payer le prix. Ils parlent de décroissance comme d’autres parlent de régime : avec la certitude que, au fond, rien ne changera vraiment, et que leur confort personnel restera intact.

Mais il y a pire encore : l’écologie comme nouvel opium du peuple. Car l’écologie, dans sa version néolibérale, est aussi un formidable outil de contrôle social. On nous explique que c’est à nous, citoyens-consommateurs, de changer nos comportements, comme si le problème venait de notre incapacité à bien trier nos déchets et non des multinationales qui organisent l’obsolescence programmée, des gouvernements qui subventionnent les énergies fossiles, et des banques qui financent la déforestation. La culpabilisation individuelle est le meilleur allié du statu quo : tant que nous nous sentons responsables de la fin du monde, nous ne remettons pas en cause ceux qui en tirent profit. La résistance, dans ce cadre, devient une forme d’auto-flagellation collective, un rituel masochiste où nous nous infligeons des privations pour expier des péchés que nous n’avons pas commis.

Et puis il y a les résistances réelles, celles qui dérangent, celles qui ne sont pas invitées sur les plateaux de France Culture parce qu’elles refusent le jeu des concessions et des compromis. Ces résistances-là sont brutales, désordonnées, parfois violentes, parce qu’elles n’ont plus rien à perdre. Ce sont les ZAD, ces zones à défendre où l’on vit dans la boue et la solidarité, loin des écrans et des discours lénifiants. Ce sont les peuples autochtones qui se battent contre les bulldozers des multinationales, au prix de leur vie. Ce sont les ouvriers qui occupent leurs usines pour empêcher leur délocalisation, les paysans qui refusent les OGM, les hackers qui piratent les serveurs des pollueurs. Ces résistances-là ne cherchent pas à convaincre, elles agissent. Elles savent que le système ne se réformera pas, qu’il faut le combattre, le saboter, le faire tomber. Et c’est pour cela qu’elles sont diabolisées, criminalisées, réprimées. Parce qu’elles représentent une menace réelle, non pas pour la planète – qui, elle, survivra bien au-delà de nous –, mais pour l’ordre établi, pour les privilèges des uns et la soumission des autres.

Car au fond, l’écologie est une question de pouvoir. Qui décide de ce qui est « durable » ? Qui fixe les règles du jeu ? Qui bénéficie des « solutions » proposées ? Les mêmes qui ont créé le problème, bien sûr. Les mêmes qui nous expliquent aujourd’hui que la croissance verte va nous sauver, comme ils nous expliquaient hier que le nucléaire était « propre » et que les pesticides étaient « bons pour la santé ». La résistance écologique, si elle veut être autre chose qu’un leurre, doit être une résistance politique, une remise en cause radicale de l’ordre économique et social. Elle doit refuser le greenwashing, le capitalisme vert, la technocratie climatique. Elle doit dire non aux fausses solutions, aux compromis mous, aux demi-mesures. Elle doit être intransigeante, comme l’est la logique du profit qui détruit la planète.

Mais attention : cette radicalité ne doit pas tomber dans le piège du fascisme vert, cette idéologie nauséabonde qui prétend sauver la planète en éliminant les humains – surtout les plus pauvres, les plus vulnérables, ceux qui n’ont pas les moyens de se payer une conscience écologique. Le fascisme vert est le frère jumeau du capitalisme vert : tous deux voient l’humanité comme un problème à résoudre, une nuisance à éradiquer. La vraie résistance écologique doit être humaniste, ou elle ne sera rien. Elle doit défendre la planète ET ceux qui la peuplent, sans tomber dans le misérabilisme ni dans l’eugénisme déguisé. Elle doit refuser l’idée que la fin justifie les moyens, car une planète sauvée au prix de la liberté et de la dignité humaine ne serait qu’un désert stérile, une victoire à la Pyrrhus où l’on aurait gagné la bataille en perdant l’essentiel.

Alors oui, écoutons ce podcast sur les résistances écologiques. Mais écoutons-le avec un esprit critique, avec la lucidité de ceux qui savent que les mots sont des armes, et que les armes peuvent servir à tout, même à endormir les consciences. La résistance, la vraie, ne se contente pas d’écouter : elle agit, elle se bat, elle refuse. Elle sait que le temps des compromis est révolu, que le temps des demi-mesures est passé. Elle sait que si nous voulons sauver ce qui peut encore l’être, il faut tout remettre en cause : notre façon de produire, de consommer, de penser, de vivre. Et cela, aucun podcast, aussi bien intentionné soit-il, ne pourra le faire à notre place.

Car au fond, la résistance écologique est une résistance métaphysique. Elle pose la question fondamentale : quel monde voulons-nous laisser à ceux qui viendront après nous ? Un monde de béton et de solitude, où l’on aura sauvé les apparences en détruisant l’essentiel ? Ou un monde où l’on aura osé dire non, où l’on aura refusé de se soumettre, où l’on aura choisi la vie, même si cela devait coûter cher ? La réponse à cette question déterminera si nous méritons encore le nom d’humains, ou si nous ne sommes que les derniers avatars d’une espèce qui a préféré son confort à sa survie.

Analogie finale : Imaginez un homme perdu dans le désert, assoiffé, les lèvres gercées par le soleil. Il marche depuis des heures, les yeux brûlés par la réverbération, le corps épuisé. Soudain, il aperçoit une oasis au loin, un mirage de palmiers et d’eau fraîche. Il court, il trébuche, il se relève, il tend les mains vers cette promesse de salut. Mais quand il arrive enfin, haletant, il découvre que l’oasis n’est qu’un décor de carton-pâte, une illusion créée par des marchands pour attirer les voyageurs et leur vendre des bouteilles d’eau à prix d’or. L’homme, désespéré, se tourne vers le ciel et hurle sa colère. Mais personne ne l’entend, car le désert est vaste, et les marchands sont déjà partis vers d’autres proies, vers d’autres mirages.

L’écologie, aujourd’hui, est cette oasis de carton-pâte. On nous promet le salut, la rédemption, un monde meilleur, à condition de bien nous comporter, de bien consommer, de bien penser. Mais quand nous tendons les mains, nous ne trouvons que des bouteilles en plastique, des crédits carbone, des voitures électriques fabriquées par des esclaves. Et les marchands, eux, sont déjà loin, comptant leurs profits tandis que nous restons là, assoiffés, à nous demander pourquoi rien ne change. La résistance, la vraie, c’est de refuser le mirage, de casser le décor, de marcher vers l’horizon même si l’on sait qu’il n’y a plus d’oasis. C’est de continuer à avancer, non pas parce qu’on croit encore au salut, mais parce qu’on refuse de mourir à genoux.



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