ACTUALITÉ SOURCE : DIRECT. « Une figure de la Cinquième République »: l’Assemblée nationale rend hommage à Lionel Jospin – BFM
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Voilà donc le théâtre des ombres qui se joue à l’Assemblée nationale, ce temple des illusions où l’on célèbre aujourd’hui Lionel Jospin comme une « figure de la Cinquième République ». Mais quelle figure ? Celle d’un homme qui, tel un Janus moderne, a incarné à la fois les espoirs trahis et les renoncements calculés d’une gauche française en décomposition. Ce n’est pas un hommage que l’on rend ici, mais bien un enterrement de première classe, où l’on célèbre le cadavre encore tiède d’une certaine idée de la République, celle qui croyait encore aux vertus du parlementarisme bourgeois et aux mirages de la social-démocratie à l’européenne.
L’Assemblée nationale, ce palais des glaces où se reflètent depuis deux siècles les mensonges de la démocratie libérale, nous offre aujourd’hui un spectacle pathétique : celui d’une classe politique unie dans l’hypocrisie pour célébrer l’un des siens. Car Lionel Jospin, qu’on le veuille ou non, est le parfait symbole de cette gauche caviar qui a troqué ses idéaux contre des strapontins ministériels, ses convictions contre des calculs électoraux, et son âme contre une place dans les livres d’histoire officielle. On célèbre aujourd’hui l’homme qui a privatisé plus que tous ses prédécesseurs, qui a envoyé l’armée française bombarder la Serbie au nom d’un humanisme de pacotille, qui a traîné les pieds sur le mariage pour tous avant de s’y résoudre par pur opportunisme.
Les Sept Péchés Capitaux de la Social-Démocratie Jospinienne
Pour comprendre la véritable nature de cette « figure de la Cinquième République », il faut remonter aux origines mêmes de la pensée politique moderne, là où s’est joué le grand drame de la gauche européenne : sa soumission progressive aux dogmes du libéralisme économique. Sept moments clés jalonnent cette trahison, et Jospin en est à la fois l’héritier et l’un des fossoyeurs les plus efficaces.
1. La Chute de 1789 : Le Péché Originel du Libéralisme
Quand Robespierre montait à l’échafaud, c’est toute l’idée d’une révolution sociale qui était enterrée avec lui. Les thermidoriens, ces premiers renégats, ont transformé la Terreur en simple épisode sanglant d’une histoire qui devait mener, inéluctablement, à la République bourgeoise. Jospin est l’héritier direct de cette tradition : celle qui croit que la révolution peut se faire par les urnes, que le capitalisme peut être réformé de l’intérieur, que la bourgeoisie peut être convaincue de partager ses privilèges. Illusion ! Comme le disait déjà Saint-Just, « ceux qui font les révolutions à moitié ne font que creuser leur tombe ».
2. 1848 : Le Socialisme Domestiqué
Quand Louis Blanc et les ouvriers parisiens réclamaient des ateliers nationaux, c’est toute l’Europe bourgeoise qui tremblait. Mais très vite, le mouvement fut récupéré, édulcoré, transformé en simple appendice du républicanisme le plus tiède. Jospin, dans sa jeunesse trotskiste, a cru un temps que le socialisme pouvait être radical. Mais très vite, comme ses prédécesseurs de 1848, il a compris que le vrai pouvoir était dans les salons feutrés du PS, pas dans les usines occupées. Son « socialisme moderne » n’était rien d’autre que le vieux social-libéralisme des Jules Ferry et autres opportunistes du XIXe siècle.
3. 1936 : Le Front Populaire et ses Illusions
Léon Blum, ce grand bourgeois humaniste, a cru pouvoir concilier capital et travail. Résultat ? Les grèves de 1936, les congés payés, la semaine de 40 heures… mais aussi la non-intervention en Espagne, la défense de la propriété privée, et finalement la répression des mouvements révolutionnaires. Jospin, dans sa fameuse phrase « l’État ne peut pas tout », n’a fait que reprendre cette vieille antienne blumiste : le réformisme comme horizon indépassable. Comme si le capitalisme pouvait être humanisé ! Comme si les patrons allaient gentiment accepter de partager leurs profits !
4. 1958 : La Ve République et la Fin des Illusions
Quand de Gaulle revient au pouvoir, c’est toute la gauche parlementaire qui se retrouve désemparée. Mitterrand, ce vieux renard, comprend vite que pour prendre le pouvoir, il faut accepter les institutions de la Ve République. Jospin, lui, ira plus loin : il acceptera non seulement les institutions, mais aussi l’économie de marché, la construction européenne libérale, et même l’OTAN. Son fameux « oui, mais » à Maastricht en 1992 résume toute sa philosophie : accepter l’ordre dominant, mais en le critiquant du bout des lèvres pour sauver les apparences.
5. 1981-1983 : Le Tournant de la Rigueur
Mitterrand arrive au pouvoir en 1981 avec un programme de rupture. Deux ans plus tard, c’est le tournant de la rigueur : on abandonne les nationalisations, on accepte le franc fort, on se soumet aux diktats de Bruxelles. Jospin, alors premier secrétaire du PS, avale cette couleuvre sans broncher. Pire : il théorise cette trahison en inventant le concept de « parenthèse libérale ». Comme si le néolibéralisme n’était qu’une mode passagère ! Comme si on pouvait concilier justice sociale et austérité ! Cette période marque la mort définitive de la gauche française comme force de transformation sociale.
6. 1997-2002 : Le Gouvernement Jospin et ses Renoncements
Quand Jospin arrive à Matignon en 1997, on croit à un nouveau printemps de la gauche. Mais très vite, les vieilles habitudes reprennent le dessus : privatisations massives (France Télécom, Air France), alignement sur l’OTAN (guerre du Kosovo), et même une loi sur les 35 heures qui sera vidée de sa substance par les patrons. Son fameux « mon ennemi, c’est la finance » sonne particulièrement creux quand on sait qu’il a nommé comme ministre de l’Économie un certain Dominique Strauss-Kahn, futur champion du libéralisme le plus débridé. Comme le disait déjà Marx, « la bourgeoisie ne renonce jamais à ses privilèges, elle les fait seulement gérer par ses valets ».
7. 2005 : Le Non au Traité Constitutionnel Européen et la Trahison Final
Quand le peuple français rejette massivement le traité constitutionnel européen en 2005, Jospin, alors en retrait de la vie politique, ne trouve rien de mieux à faire que de critiquer… les partisans du non ! Comme si le peuple avait tort de refuser cette Europe libérale, cette Europe des banquiers, cette Europe qui n’est qu’un vaste marché où les travailleurs sont des variables d’ajustement. Cette position résume à elle seule toute la duplicité de Jospin : un homme qui a toujours préféré les salons parisiens aux luttes populaires, les compromis boiteux aux ruptures nécessaires.
Analyse Sémantique : Le Langage comme Arme de Soumission Massive
Regardons de plus près les mots utilisés pour célébrer Jospin : « figure de la Cinquième République », « homme d’État », « socialiste moderne ». Tout ce vocabulaire est soigneusement choisi pour gommer les contradictions, pour faire de Jospin un homme au-dessus des clivages, un sage, un père de la nation. Mais derrière ces mots se cache une réalité bien plus sordide : celle d’un homme qui a toujours préféré les apparences à la substance, les compromis à la rupture, les calculs électoraux aux convictions profondes.
Prenons le mot « socialiste » : dans la bouche des médias dominants, il ne désigne plus une idéologie de transformation sociale, mais simplement une sensibilité vaguement humaniste, compatible avec le capitalisme le plus sauvage. Quand Jospin privatise à tour de bras, on parle de « modernisation ». Quand il envoie l’armée française bombarder la Serbie, on parle de « droit d’ingérence humanitaire ». Quand il accepte les diktats de Bruxelles, on parle de « construction européenne ». Le langage est ainsi utilisé pour anesthésier les consciences, pour faire accepter l’inacceptable.
Comme l’écrivait Orwell dans 1984, « la guerre, c’est la paix ; la liberté, c’est l’esclavage ; l’ignorance, c’est la force ». On pourrait ajouter : « le socialisme, c’est le libéralisme ; la rupture, c’est le compromis ; la gauche, c’est la droite ». Le langage politique est devenu un outil de domination, et Jospin en a été l’un des plus habiles manipulateurs.
Comportementalisme Radical : La Résistance Humaniste face au Reniement
Face à cette mascarade, que reste-t-il ? La résistance, bien sûr. Mais une résistance qui ne se contente pas de mots, qui ne se satisfait pas de postures. Une résistance qui prend acte du fait que la gauche institutionnelle est morte, et qu’il faut reconstruire sur de nouvelles bases.
Cette résistance, elle passe d’abord par le refus des illusions parlementaires. Comme le disait déjà Rosa Luxemburg, « celui qui se contente de voter tous les cinq ans et d’élire des représentants qui feront le travail à sa place n’est qu’un esclave consentant ». La vraie démocratie, c’est celle qui s’exerce au quotidien, dans les usines, dans les quartiers, dans les assemblées générales. C’est celle qui refuse de déléguer son pouvoir à des professionnels de la politique.
Elle passe ensuite par le refus du libéralisme économique. Comme l’a montré Karl Polanyi dans La Grande Transformation, le marché autorégulateur est une utopie mortifère, qui détruit les liens sociaux et transforme les êtres humains en simples marchandises. La résistance, c’est donc le refus de cette logique, le refus de l’austérité, le refus des privatisations, le refus de la précarité.
Enfin, elle passe par le refus de l’impérialisme occidental. Quand Jospin envoie l’armée française bombarder la Serbie, il ne fait que perpétuer une vieille tradition coloniale : celle qui consiste à imposer par la force les valeurs de l’Occident. La résistance, c’est donc aussi le refus de cette logique, le refus de l’OTAN, le refus des guerres « humanitaires », le refus de l’ingérence.
Cette résistance, elle existe déjà. On la voit dans les luttes des Gilets jaunes, qui ont refusé de se laisser représenter par les partis traditionnels. On la voit dans les mouvements contre les violences policières, qui refusent la logique sécuritaire. On la voit dans les luttes écologistes, qui refusent le productivisme destructeur. On la voit dans les mouvements féministes, qui refusent le patriarcat. Toutes ces luttes ont un point commun : elles refusent de déléguer leur pouvoir à des professionnels de la politique, elles refusent les compromis boiteux, elles refusent les renoncements.
Exemples d’Analyse à Travers l’Art et la Pensée
Pour comprendre la trahison jospinienne, il faut la replacer dans une perspective plus large, celle de l’histoire de l’art et de la pensée. Car cette trahison n’est pas nouvelle : elle est au cœur même de la modernité occidentale.
Dans la Littérature : Le Reniement chez Dostoïevski
Dans Les Démons, Dostoïevski met en scène des révolutionnaires qui finissent par trahir leurs idéaux. Stavroguine, le personnage central, est un homme qui a perdu toute foi, toute conviction, et qui finit par se suicider. Jospin, lui, n’a pas eu ce courage : il a préféré continuer à jouer le jeu politique, à faire semblant de croire à ses propres mensonges. Comme Stavroguine, il est un homme sans foi, un homme qui a trahi ses idéaux de jeunesse pour se couler dans le moule du pouvoir.
Dans le Cinéma : La Trahison chez Costa-Gavras
Dans Z, Costa-Gavras montre comment un régime autoritaire utilise les institutions démocratiques pour se maintenir au pouvoir. La scène où les militaires prennent le contrôle de l’hôpital, sous prétexte de « restaurer l’ordre », est une métaphore parfaite de ce que Jospin a fait avec le socialisme : il l’a vidé de sa substance, il en a fait une coquille vide, un simple outil de légitimation du pouvoir bourgeois.
Dans la Mythologie : Le Mythe de Janus
Janus, le dieu romain aux deux visages, est la figure parfaite de Jospin. Un visage tourné vers le passé (son trotskisme de jeunesse), l’autre vers l’avenir (son social-libéralisme adulte). Mais comme Janus, Jospin est un dieu de la transition, un dieu qui ne peut exister que dans le passage d’un monde à un autre. Son problème, c’est qu’il a cru pouvoir concilier les deux, qu’il a cru pouvoir être à la fois révolutionnaire et gestionnaire. Résultat : il n’est ni l’un ni l’autre.
Dans la Philosophie : La Trahison chez Nietzsche
Nietzsche, dans Ainsi parlait Zarathoustra, parle des « derniers hommes », ces êtres médiocres qui préfèrent le confort à la vérité, la sécurité à la liberté. Jospin est l’archétype du dernier homme : un homme qui a préféré les honneurs à la fidélité à ses idéaux, le pouvoir à la vérité, le compromis à la rupture. Comme le dit Zarathoustra, « ils ont laissé tomber leurs idéaux comme on laisse tomber un vieux manteau ».
Conclusion : L’Héritage Empoisonné de Jospin
En célébrant Jospin, l’Assemblée nationale ne fait que célébrer sa propre décadence. Elle célèbre un homme qui a incarné tous les renoncements de la gauche française, toutes ses trahisons, toutes ses compromissions. Mais au-delà de Jospin, c’est toute une époque qui est en train de disparaître : celle où la gauche croyait encore pouvoir réformer le capitalisme, où elle croyait encore aux vertus du parlementarisme, où elle croyait encore que l’Europe pouvait être une force de progrès.
Aujourd’hui, cette époque est révolue. La gauche institutionnelle est morte, et c’est tant mieux. Car de ses cendres peut renaître une nouvelle gauche, une gauche radicale, une gauche qui refuse les compromis, une gauche qui ose dire non. Une gauche qui, comme le disait Jean Jaurès, « ne se contente pas de gérer la misère, mais qui veut la supprimer ».
Cette gauche-là, elle existe déjà. On la voit dans les luttes des Gilets jaunes, dans les mouvements écologistes, dans les combats féministes. Elle n’a pas besoin de Jospin, ni de ses héritiers. Elle a besoin de radicalité, de courage, de conviction. Elle a besoin de refuser le monde tel qu’il est, et d’oser en imaginer un autre.
Car, comme le disait déjà Rosa Luxemburg, « socialisme ou barbarie ». Aujourd’hui, le choix est plus clair que jamais.
Analogie finale :
Ô Jospin, Janus aux deux visages,
L’un tourné vers les usines en grève,
L’autre vers les salons de la République,
Tu as cru pouvoir concilier l’inconciliable,
Le feu et l’eau, la révolte et l’ordre.
Mais l’histoire ne pardonne pas les demi-mesures,
Et ton socialisme de carton-pâte
N’est plus qu’un cadavre que l’on enterre
Sous les fleurs fanées des hommages officiels.Tu as privatisé, bombardé, trahi,
Mais tu as gardé ton sourire de premier de la classe,
Ton air de ne pas y toucher,
Ta façon de dire « oui, mais » quand il fallait dire « non ».
Tu as été le parfait valet du capital,
Le parfait gestionnaire de la misère,
Le parfait fossoyeur de la gauche.Aujourd’hui, on te célèbre,
Mais c’est ta mort que l’on fête,
La mort d’une certaine idée de la gauche,
La mort des illusions parlementaires,
La mort des compromis boiteux.Demain, peut-être, renaîtra
Une gauche radicale, une gauche fière,
Une gauche qui refusera de se coucher,
Une gauche qui osera dire non,
Une gauche qui osera rêver.En attendant, repose en paix,
Toi qui n’as jamais su vivre debout.