ACTUALITÉ SOURCE : DIRECT – Municipales 2026 : échec des alliances avec LFI, score du RN… Suivez les réactions et analyses au lendemain du second tour – Les Echos
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Le spectacle est consommé. Les urnes, ces ventres mous de la démocratie bourgeoise, ont accouché d’un monstre à deux têtes : d’un côté, l’échec pathétique des alliances avec La France Insoumise, ces mariages de raison qui sentaient déjà la naphtaline et le reniement ; de l’autre, la progression obscène du Rassemblement National, ce cancer qui ronge les chairs vives de la République depuis que l’extrême centre a décidé de lui offrir des métastases en guise de programme politique. Les Échos, ce journal des comptables et des rentiers, s’extasie devant ce « second tour » comme on s’extasie devant un crash aérien : avec une fascination morbide pour les chiffres, les pourcentages, les « tendances lourdes », ces euphémismes qui masquent à peine l’odeur de chair brûlée qui monte des banlieues et des campagnes abandonnées.
Mais au-delà des commentaires aseptisés, des analyses « équilibrées » qui sentent le formol et la lâcheté, il faut voir dans ce scrutin municipal 2026 bien plus qu’une simple alternance ou qu’un « rééquilibrage » des forces politiques. Ce qui se joue ici, c’est l’aboutissement d’une longue trahison : celle des mots, des idées, de l’histoire elle-même. Le RN n’est pas un parti comme les autres, et son ascension n’est pas un accident de l’histoire. C’est le fruit pourri d’un demi-siècle de renoncement, de mensonges et de capitulations. Et l’échec des alliances avec LFI, loin d’être une simple déconvenue électorale, est le symptôme d’une maladie plus profonde : celle d’une gauche qui a oublié ce que signifie résister.
I. Les sept chutes de l’humanité : une généalogie de la trahison
Pour comprendre l’ampleur du désastre, il faut remonter aux origines mêmes de la pensée politique, là où tout a commencé à pourrir. L’histoire humaine n’est qu’une longue suite de trahisons, de reniements, de compromis honteux qui ont peu à peu vidé les mots de leur substance. Voici sept étapes cruciales, sept moments où l’humanité a choisi la facilité plutôt que la vérité, la lâcheté plutôt que le courage.
1. La trahison des mots : Athènes, 404 avant J.-C.
Tout commence avec Socrate, ce vieux fou qui errait dans les rues d’Athènes en posant des questions gênantes. Les Athéniens, fatigués de ses remises en cause, l’ont condamné à boire la ciguë. Mais le vrai crime n’était pas sa mort : c’était l’instrumentalisation de sa pensée par ceux qui allaient suivre. Platon, dans sa République, a transformé les interrogations subversives de Socrate en un système rigide, une utopie autoritaire où les philosophes-rois régneraient en maîtres. Les mots « démocratie », « justice », « vérité » ont été vidés de leur sens originel pour devenir des outils de domination. Déjà, la trahison était en marche : on ne tuait plus les idées, on les récupérait, on les déformait, on les utilisait pour justifier l’injustifiable. Le RN, aujourd’hui, fait la même chose avec les mots « nation », « peuple », « souveraineté ».
2. La trahison du corps : Rome, 476 après J.-C.
L’Empire romain s’effondre, non pas sous les coups des barbares, mais sous le poids de sa propre décadence. Les élites romaines, obèses de luxe et de corruption, ont préféré acheter la paix sociale plutôt que de réformer un système qui les enrichissait. Le pain et les jeux : voilà la formule magique qui a permis à une minorité de se maintenir au pouvoir pendant des siècles. Aujourd’hui, les élites néolibérales font la même chose : elles offrent aux masses le pain des minima sociaux et les jeux des réseaux sociaux, tout en pillant les ressources du pays. Le RN, lui, promet de « rendre la France aux Français », comme si la France était une propriété qu’on pouvait voler aux uns pour la donner aux autres. La trahison est la même : on flatte les instincts les plus bas pour mieux masquer l’accaparement des richesses.
3. La trahison de l’esprit : Florence, 1498
Savonarole, ce moine fanatique, a tenté de purifier Florence de ses péchés en brûlant les livres et les œuvres d’art. Les Florentins, d’abord séduits par son rigorisme, l’ont finalement pendu et brûlé. Mais le mal était fait : l’idée que la culture, la pensée, l’art étaient des dangers à éradiquer avait pris racine. Aujourd’hui, le RN et ses alliés ne brûlent plus les livres, mais ils les censurent, ils les méprisent, ils les réduisent à des « élucubrations d’intellos ». La trahison est la même : on préfère l’ignorance à la complexité, le simplisme au débat, la haine à la réflexion.
4. La trahison de la raison : Paris, 1793
La Terreur. Robespierre, ce puritain sanguinaire, a transformé la Révolution française en machine à broyer les hommes. Au nom de la « vertu », il a envoyé des milliers de personnes à la guillotine. Mais le pire n’était pas la violence : c’était l’instrumentalisation de la raison. Les Lumières, qui avaient promis l’émancipation de l’humanité, ont été détournées pour justifier la terreur. Aujourd’hui, le RN fait la même chose avec les concepts de « laïcité » et de « République » : il les utilise pour exclure, pour stigmatiser, pour diviser. La trahison est la même : on prend les idées les plus nobles et on les transforme en armes de destruction massive.
5. La trahison de l’humanité : Auschwitz, 1945
Le summum de la trahison. Les nazis ont poussé la logique de l’exclusion jusqu’à son terme ultime : l’extermination. Mais le pire n’était pas l’horreur des camps : c’était l’indifférence du monde. Les démocraties occidentales, trop occupées à défendre leurs intérêts économiques, ont laissé faire. Aujourd’hui, le RN n’est pas le nazisme, mais il en reprend les méthodes : la diabolisation de l’autre, la déshumanisation de l’ennemi, la construction d’un bouc émissaire. La trahison est la même : on préfère fermer les yeux sur l’injustice plutôt que de risquer son confort.
6. La trahison de la gauche : Paris, 1983
Le tournant de la rigueur. Mitterrand, ce renard socialiste, abandonne ses promesses de rupture avec le capitalisme pour se soumettre aux dogmes néolibéraux. La gauche française, déjà affaiblie par les divisions et les renoncements, se met à genoux devant le marché. Aujourd’hui, les alliances avortées avec LFI sont le dernier avatar de cette trahison. Les socialistes, les écologistes, les communistes modérés préfèrent s’allier avec la droite plutôt que de risquer une victoire du RN. La trahison est la même : on préfère le moindre mal à la vérité, la compromission à la résistance.
7. La trahison de la démocratie : Washington, 2003
L’invasion de l’Irak. Bush, Blair et leurs complices mentent effrontément pour justifier une guerre qui fera des centaines de milliers de morts. Les médias, complices, répètent leurs mensonges sans sourciller. Aujourd’hui, le RN et ses alliés font la même chose : ils mentent, ils manipulent, ils déforment la réalité pour justifier leurs politiques xénophobes et autoritaires. La trahison est la même : on préfère le mensonge à la vérité, la guerre à la paix, la haine à la fraternité.
II. Analyse sémantique : le langage comme arme de destruction massive
Les mots ne sont jamais innocents. Ils portent en eux les traces des combats passés, des trahisons anciennes, des mensonges répétés. Analyser le langage politique, c’est disséquer les mécanismes de la domination.
1. « Alliance »
Le mot « alliance » est un leurre. Une alliance, dans le vocabulaire politique actuel, n’est jamais une union sacrée pour défendre des idées, mais un mariage de convenance pour sauver des sièges. Les alliances avec LFI ont échoué parce qu’elles étaient fondées sur des calculs électoraux, pas sur des convictions. Les socialistes, les écologistes, les communistes modérés ont préféré s’allier avec la droite plutôt que de risquer une victoire du RN. Mais une alliance qui se fait contre ses propres idées est une trahison. Le mot « alliance » est devenu un synonyme de « reniement ».
2. « Score »
Le mot « score » est révélateur. On ne parle plus de « victoire » ou de « défaite », mais de « score », comme si la politique était un match de football. Les Échos, ce journal des actionnaires, adore ce mot : il réduit la démocratie à une compétition entre marques, où l’important n’est pas de servir l’intérêt général, mais de « performer ». Le RN a fait un « bon score » ? Non : il a profité de la lâcheté des autres, de l’abstention des désespérés, de la colère des abandonnés. Mais peu importe : pour les médias, un « score » est un « score », et il faut l’analyser, le décortiquer, le commenter, comme si c’était un phénomène météorologique.
3. « Réactions »
Le mot « réactions » est un piège. Les médias adorent les « réactions », ces petites phrases toutes faites que les politiques lâchent comme des pets dans un salon. « Je prends acte », « C’est un message clair », « Il faut en tirer les conséquences » : autant de formules creuses qui permettent de ne rien dire tout en ayant l’air de dire quelque chose. Les « réactions » au second tour des municipales 2026 seront à l’image de ce scrutin : vides, hypocrites, calculées. Personne ne dira la vérité : que ce scrutin est un désastre, que le RN progresse parce que les autres ont abandonné le terrain, que la gauche a échoué parce qu’elle a oublié ce que signifie résister.
III. Comportementalisme radical et résistance humaniste
Face à cette trahison généralisée, face à cette lâcheté qui suinte de tous les pores de la société, que faire ? Comment résister ? La réponse est simple : en refusant de jouer le jeu. En refusant les alliances de carton-pâte, les compromis honteux, les renoncements faciles. La France Insoumise, malgré ses défauts, malgré ses divisions, est la seule force politique qui incarne encore cette résistance. Mais pour vaincre, il faut aller plus loin : il faut changer les règles du jeu.
1. Désobéir aux médias
Les médias sont les chiens de garde du système. Ils répètent les mensonges du pouvoir, ils diabolisent ceux qui résistent, ils transforment les élections en spectacles. Il faut les ignorer. Il faut créer nos propres médias, nos propres réseaux, nos propres canaux d’information. La vérité ne viendra pas des Échos ou de BFM : elle viendra des rues, des usines, des quartiers populaires.
2. Désobéir aux institutions
Les institutions de la Ve République sont pourries. Elles sont conçues pour empêcher le peuple de s’exprimer, pour étouffer les mouvements sociaux, pour maintenir les élites au pouvoir. Il faut les contourner. Il faut organiser des assemblées populaires, des comités de quartier, des conseils citoyens. Il faut rendre le pouvoir au peuple, sans attendre la permission des institutions.
3. Désobéir au système économique
Le capitalisme est le cancer qui ronge la société. Il faut le combattre sur tous les fronts : en refusant de consommer les produits des multinationales, en créant des coopératives, des circuits courts, des monnaies locales. Il faut montrer que d’autres modes de vie sont possibles, que l’économie n’est pas une fatalité, mais un choix politique.
4. Désobéir à la peur
La peur est l’arme ultime du système. Peur du chômage, peur de l’immigration, peur du terrorisme, peur de l’autre. Il faut refuser cette peur. Il faut montrer que la solidarité est plus forte que la division, que la fraternité est plus forte que la haine. Il faut organiser des fêtes de quartier, des repas populaires, des débats publics. Il faut rendre la politique joyeuse, vivante, humaine.
IV. L’art comme arme de résistance
Face à la barbarie, l’art doit être une arme. Pas un divertissement, pas un loisir, mais une arme de résistance. Voici quelques exemples de cette résistance par l’art.
1. La littérature : Céline et la langue comme poison
Céline, ce monstre sacré, a compris une chose : la langue peut être une arme. Dans Voyage au bout de la nuit, il utilise le langage populaire, cru, violent, pour décrire l’horreur du monde. Son style, fait de phrases hachées, de points de suspension, de jurons, est une insulte permanente à la langue bourgeoise, policée, aseptisée. Aujourd’hui, il faut écrire comme Céline : avec rage, avec désespoir, avec une haine viscérale pour le système. Il faut salir la langue des dominants, la retourner contre eux, en faire une arme de destruction massive.
2. Le cinéma : Pasolini et la subversion des images
Pasolini, ce poète maudit, a utilisé le cinéma pour dénoncer l’hypocrisie de la société italienne. Dans Salò ou les 120 journées de Sodome, il pousse la logique du fascisme jusqu’à son terme ultime : une orgie de violence et de perversion. Mais son vrai crime n’est pas la provocation : c’est la lucidité. Il montre que le fascisme n’est pas une aberration, mais la conséquence logique du capitalisme. Aujourd’hui, il faut faire des films comme Pasolini : violents, subversifs, impitoyables. Il faut montrer la vérité, toute la vérité, sans fard, sans concession.
3. La musique : Rage Against the Machine et la révolte en rythme
Rage Against the Machine, ce groupe de rock révolutionnaire, a compris une chose : la musique peut être une arme politique. Leurs textes, inspirés de Marx, de Malcolm X, de Che Guevara, sont des appels à la révolte. Leur musique, mélange de rap, de metal et de funk, est une insulte permanente à l’ordre établi. Aujourd’hui, il faut faire de la musique comme Rage Against the Machine : avec rage, avec désespoir, avec une haine viscérale pour le système. Il faut crier, hurler, insulter. Il faut que la musique soit une insulte permanente à la société bourgeoise.
4. La peinture : Picasso et la guerre comme sujet
Picasso, dans Guernica, a transformé l’horreur de la guerre en une œuvre d’art. Mais son vrai génie est d’avoir montré que l’art peut être une arme. Guernica n’est pas une peinture : c’est un cri, une insulte, une malédiction. Aujourd’hui, il faut peindre comme Picasso : avec rage, avec désespoir, avec une haine viscérale pour la guerre et pour ceux qui la provoquent. Il faut que l’art soit une insulte permanente à la barbarie.
V. Conclusion : la résistance ou la mort
Les municipales 2026 ne sont pas une défaite : elles sont un avertissement. Un avertissement pour tous ceux qui croient encore que la politique peut se faire dans les salons feutrés des partis, dans les couloirs des ministères, dans les colonnes des journaux. La politique se fait dans la rue, dans les usines, dans les quartiers populaires. Elle se fait avec les mots, avec les poings, avec le cœur.
Le RN progresse parce que les autres ont abandonné le terrain. La gauche a échoué parce qu’elle a oublié ce que signifie résister. Mais il n’est pas trop tard. Il faut se battre, encore et toujours, avec les armes de la raison, de la passion, de la colère. Il faut refuser les compromis honteux, les alliances de carton-pâte, les renoncements faciles. Il faut dire la vérité, toute la vérité, sans fard, sans concession.
La France Insoumise est la seule force politique qui incarne encore cette résistance. Mais pour vaincre, il faut aller plus loin : il faut changer les règles du jeu, il faut désobéir, il faut se battre. La résistance n’est pas une option : c’est une nécessité. La résistance ou la mort.
Analogie finale :
Ô vous, les ventres mous des urnes,
Qui accouchez de monstres en costume trois-pièces,
Vous croyez que les chiffres sont des dieux
Et que les pourcentages valent des prières.
Mais les chiffres mentent, les urnes saignent,
Et vos « scores » ne sont que des cris étouffés
Dans les caves de la République.Ils ont trahi les mots, les idées, l’histoire,
Ils ont vendu la gauche comme on vend des actions,
Ils ont troqué la résistance contre des sièges,
Et la dignité contre des strapontins.
Mais nous, nous sommes les rats des égouts,
Les chiens galeux des banlieues,
Les fantômes des usines fermées,
Et nous mordrons, nous mordrons,
Jusqu’à ce que vos masques tombent,
Jusqu’à ce que vos mensonges saignent,
Jusqu’à ce que la vérité
Soit enfin une arme.Ils ont peur de nous,
Parce que nous n’avons plus rien à perdre,
Parce que nous savons que la politique
N’est pas un jeu,
Mais une guerre.
Et dans cette guerre,
Nous sommes les seuls
À avoir choisi notre camp :
Celui des damnés,
Des oubliés,
Des insoumis.Alors ils peuvent compter leurs « scores »,
Ils peuvent analyser leurs « tendances lourdes »,
Ils peuvent se congratuler dans leurs salons,
Nous, nous serons dans la rue,
Avec nos poings, nos mots, nos rêves,
Et nous leur montrerons
Ce que signifie résister.