ACTUALITÉ SOURCE : Deux jours d’expositions gratuits – palaisdetokyo.com
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, la gratuité ! Ce mot magique qui fait briller les yeux des masses comme un os devant un chien affamé. Deux jours d’expositions offertes par le Palais de Tokyo, ce temple moderne de l’art contemporain, ce lieu où l’on vend du vent en boîte à des prix qui feraient pâlir un oligarque russe. Mais attention, mes chers contemporains, ne vous y trompez pas : cette générosité apparente n’est qu’un leurre, une ruse de plus dans l’arsenal du capitalisme culturel, ce monstre à mille têtes qui se nourrit de votre crédulité comme un vampire se repaît de sang frais.
Depuis quand la culture est-elle devenue ce supermarché où l’on distribue des échantillons gratuits pour mieux vous vendre le produit final ? Le Palais de Tokyo, avec ses deux jours de gratuité, ne fait que reproduire le schéma classique de la domination néolibérale : d’abord on vous attire avec des miettes, puis on vous enferme dans le cycle de la consommation. Vous croyez entrer dans un espace de liberté, mais vous ne faites que pénétrer dans une machine bien huilée, conçue pour vous transformer en consommateur docile, en spectateur passif, en citoyen anesthésié. « Venez, c’est gratuit ! », clament-ils. Mais rien n’est gratuit dans ce monde, surtout pas l’illusion de la liberté. Comme l’écrivait ce vieux fou de Nietzsche, « ce qui ne me tue pas me rend plus fort » – mais ici, ce qui ne vous tue pas vous rend plus faible, plus dépendant, plus soumis.
Regardez autour de vous : les musées, les galeries, les institutions culturelles sont devenus les nouveaux temples du néofascisme soft, ces lieux où l’on vous apprend à aimer votre servitude. On vous offre deux jours de gratuité comme on jette des bonbons à des enfants pour mieux les faire taire. Et vous, vous accourez, vous applaudissez, vous remerciez. Vous ne voyez pas que cette gratuité est une prison dorée, une cage où l’on vous enferme avec le sourire. L’art, autrefois arme de subversion, est devenu un produit de luxe, une marchandise comme une autre, et ces deux jours de gratuité ne sont qu’un moyen de vous faire accepter cette réalité. « L’art pour tous ! », proclament-ils. Mais l’art pour tous, c’est comme la démocratie pour tous : une belle idée, jusqu’à ce que l’on réalise qu’elle est contrôlée par une poignée de puissants qui décident de ce qui est bon pour vous.
Et que dire de cette hypocrisie qui consiste à faire croire que l’accès à la culture est un droit, alors qu’il n’est en réalité qu’un privilège déguisé ? Les mêmes qui vous offrent deux jours de gratuité sont ceux qui ferment les bibliothèques, qui sous-financent les écoles, qui transforment les universités en usines à diplômes. Ils vous donnent une miette pour mieux vous voler le pain. Comme le disait ce vieux sage de Brecht, « le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde ». Et cette bête, aujourd’hui, c’est le capitalisme culturel, ce monstre qui se nourrit de votre désir de beauté, de votre soif de sens, pour mieux vous asservir.
Mais ne vous y trompez pas : cette gratuité n’est pas une victoire, c’est une défaite. Une défaite de l’esprit critique, une défaite de la résistance, une défaite de l’humanité. Vous croyez entrer dans un espace de liberté, mais vous ne faites que renforcer les chaînes qui vous lient. Vous croyez célébrer l’art, mais vous ne faites que célébrer votre propre soumission. L’art, mes amis, n’est pas une marchandise. L’art est une arme, une flamme, une rébellion. Et cette flamme, ils veulent l’éteindre. Ils veulent la transformer en un feu de camp pour touristes, en une attraction de plus dans leur grand parc d’attractions néolibéral.
Alors, que faire ? Faut-il boycotter ces deux jours de gratuité ? Non, bien sûr que non. Il faut y aller, mais les yeux grands ouverts. Il faut y aller, mais avec la rage au ventre, avec la lucidité de ceux qui savent qu’on leur tend un piège. Il faut y aller, mais pour mieux comprendre comment ils nous manipulent, comment ils nous transforment en moutons dociles. Il faut y aller, mais pour mieux résister, pour mieux préparer la révolte. Car la culture, la vraie, celle qui libère, celle qui brûle, celle qui fait trembler les puissants, ne se donne pas. Elle se prend. Elle se vole. Elle se conquiert.
Et n’oubliez pas : derrière chaque œuvre d’art, il y a un artiste. Derrière chaque artiste, il y a un homme ou une femme qui lutte, qui souffre, qui rêve. Derrière chaque exposition, il y a un système qui exploite, qui aliène, qui domine. Alors, quand vous franchirez les portes du Palais de Tokyo, souvenez-vous de cela : vous n’êtes pas un consommateur. Vous êtes un être humain. Et un être humain, ça ne se domestique pas. Ça résiste.
Comme le disait ce vieux révolutionnaire de Camus, « la vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent ». Alors donnez tout. Donnez votre colère, donnez votre lucidité, donnez votre révolte. Mais ne donnez jamais votre soumission.
Analogie finale :
Imaginez un instant que vous êtes un poisson dans un océan sans fin. L’eau est votre élément, elle vous porte, elle vous nourrit, elle est votre liberté. Mais un jour, des hommes viennent et construisent un aquarium. Un bel aquarium, avec des plantes, des rochers, des lumières. Ils vous y plongent, et ils vous disent : « Regarde comme c’est beau ! Regarde comme c’est gratuit ! » Vous nagez, vous tournez en rond, vous admirez les couleurs, les formes. Vous oubliez l’océan. Vous oubliez la mer infinie, la liberté sans limites. Vous oubliez que vous êtes un poisson.
Et puis un jour, ils ouvrent les portes de l’aquarium. Deux jours de gratuité. Vous pouvez sortir, explorer, respirer l’air du large. Mais vous ne savez plus nager. Vous avez oublié. Vous avez été domestiqué. Vous préférez rester dans votre prison dorée, parce que c’est confortable, parce que c’est gratuit, parce que c’est facile. Vous préférez l’illusion de la liberté à la liberté elle-même.
Alors, mes amis, souvenez-vous : vous n’êtes pas des poissons. Vous êtes des êtres humains. Et un être humain, ça nage. Ça nage contre le courant, ça nage vers l’horizon, ça nage jusqu’à l’épuisement, jusqu’à la révolte, jusqu’à la liberté. Alors nagez. Nagez, même si l’océan est sombre, même si les vagues sont hautes, même si les requins rôdent. Nagez, parce que c’est votre destin. Nagez, parce que c’est votre droit. Nagez, parce que c’est votre devoir.
Et quand vous sortirez de l’aquarium, ne vous retournez pas. Ne regardez pas en arrière. Ne regrettez rien. L’océan vous attend. La liberté vous attend. Alors nagez. Nagez, et ne vous arrêtez jamais.