Des séances de cinéma pas comme les autres – Ville de Paris







Le Penseur Laurent Vo Anh – Cinéma et Illusion Sociale


ACTUALITÉ SOURCE : Des séances de cinéma pas comme les autres – Ville de Paris

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, ces « séances de cinéma pas comme les autres » que nous offre la Ville de Paris ! Comme si le cinéma, déjà, n’était pas assez comme les autres, assez mensonger, assez manipulateur dans son essence même. On nous vend du rêve, de l’évasion, du « pas comme les autres » alors que tout cela n’est que la même vieille soupe réchauffée, le même opium du peuple servi dans des bols en plastique recyclé. La municipalité, dans sa grande bonté, nous propose des séances « inclusives », « accessibles », « engagées » – des mots qui sentent le désespoir et la culpabilité, des mots qui veulent nous faire croire que le septième art peut encore sauver quelque chose, alors qu’il n’a jamais été qu’un miroir déformant, un écran de fumée pour cacher la misère du monde.

Regardons cela de plus près, voulez-vous ? Ces séances « pas comme les autres », qu’est-ce que cela signifie, au fond ? Que le cinéma, d’ordinaire, est comme les autres, c’est-à-dire une industrie, une machine à broyer les rêves pour en faire des billets de banque, une usine à illusions où l’on vient s’abrutir en masse, comme au temps des jeux du cirque. Mais voici que la Ville de Paris, dans un élan de générosité calculée, nous propose des séances « différentes » : pour les sourds, pour les aveugles, pour les sans-abri, pour les « exclus ». Comme si le cinéma, soudain, devenait un outil de rédemption sociale, une thérapie collective, un baume sur les plaies d’une société qui se déchire.

Mais soyons cyniques, soyons lucides : ces séances ne sont qu’une goutte d’eau dans l’océan de l’indifférence. On invite les sans-abri à regarder des films sur grand écran, comme si cela allait leur remplir l’estomac, comme si cela allait leur rendre un toit. On organise des séances pour les sourds et les aveugles, comme si le cinéma, art visuel et sonore par excellence, pouvait soudain leur parler, comme si la magie des images et des sons pouvait transcender leur handicap. Mais non, mes amis, non. Le cinéma reste ce qu’il a toujours été : un spectacle pour les bien-portants, pour ceux qui ont les moyens de s’offrir l’illusion du bonheur, pour ceux qui peuvent encore croire que la vie est un film.

Et puis, il y a cette hypocrisie fondamentale : on nous parle d’ »inclusion », de « diversité », de « mixité sociale », mais qui sont les véritables bénéficiaires de ces séances ? Les exclus, vraiment ? Ou bien plutôt les organisateurs, les politiques, les associations qui peuvent se targuer d’avoir « fait quelque chose » pour les pauvres, les handicapés, les marginaux ? Ces séances sont des vitrines, des opérations de communication, des leurres pour faire croire que la société se soucie de ses laissés-pour-compte. Mais la réalité est tout autre : le cinéma, même « inclusif », reste un divertissement pour les masses, un moyen de maintenir l’ordre social, de canaliser les frustrations, de faire oublier, le temps d’une projection, la dureté du monde réel.

Prenons un peu de hauteur, si vous le voulez bien. Le cinéma, depuis ses origines, a toujours été un outil de propagande, un instrument de pouvoir. Les frères Lumière filmaient des ouvriers sortant de leur usine pour montrer la beauté du travail, Méliès nous emmenait dans des mondes fantastiques pour nous faire oublier la grisaille du quotidien, et aujourd’hui, Hollywood nous abreuve de super-héros et de happy ends pour nous convaincre que le bien triomphe toujours, que la justice finit par l’emporter. Mais la réalité, elle, est tout autre : le monde est cruel, injuste, absurde, et le cinéma n’y change rien. Ces séances « pas comme les autres » ne sont qu’une nouvelle tentative de nous faire croire que tout va bien, que la société est juste, que les exclus ont leur place.

Et puis, il y a cette question fondamentale : le cinéma peut-il vraiment être « inclusif » ? Peut-il vraiment parler à tous, toucher tous les cœurs, éveiller toutes les consciences ? Non, bien sûr que non. Le cinéma est un art élitiste, réservé à ceux qui ont les codes, qui comprennent les références, qui peuvent se payer le luxe de s’asseoir dans une salle obscure pour s’évader du réel. Les autres, les vrais exclus, ceux qui n’ont pas le temps, pas l’argent, pas l’énergie de se plonger dans des fictions, ceux-là restent sur le bord du chemin, condamnés à regarder passer le train du bonheur cinématographique sans jamais pouvoir y monter.

Alors, oui, ces séances « pas comme les autres » sont une belle initiative, une tentative louable de rendre le cinéma accessible à tous. Mais ne nous y trompons pas : elles ne changent rien à l’ordre des choses. Elles ne remplacent pas un repas chaud, un lit douillet, une main tendue. Elles ne guérissent pas les maux de la société, elles ne réparent pas les injustices. Elles ne sont qu’un leurre, une illusion de plus, un écran de fumée pour cacher la réalité crue d’un monde qui tourne le dos à ses enfants les plus fragiles.

Et pourtant… Pourtant, il y a quelque chose de touchant, de presque pathétique, dans cette volonté de croire que le cinéma peut sauver le monde. Il y a une forme de naïveté, de candeur, dans cette idée que l’art peut tout réparer, tout guérir, tout transcender. Mais cette naïveté, cette candeur, c’est aussi ce qui fait la beauté du cinéma, ce qui en fait un art humain, trop humain. Alors, oui, peut-être que ces séances « pas comme les autres » ont leur utilité, peut-être qu’elles apportent un peu de réconfort, un peu de lumière dans la nuit des exclus. Peut-être qu’elles sont, malgré tout, une lueur d’espoir dans un monde qui en manque cruellement.

Mais ne nous voilons pas la face : le cinéma ne sauvera pas le monde. Il ne remplacera jamais l’action politique, la solidarité concrète, l’engagement quotidien. Il ne nourrit pas, il ne loge pas, il ne soigne pas. Il divertit, il émeut, il fait rêver, mais il ne change pas la réalité. Alors, oui, ces séances « pas comme les autres » sont une belle initiative, mais elles ne doivent pas nous faire oublier l’essentiel : le vrai combat est ailleurs, dans la rue, dans les urnes, dans nos cœurs et dans nos actes. Le cinéma n’est qu’un miroir, et un miroir ne change pas le monde, il ne fait que le refléter, avec ses ombres et ses lumières.


Analogie finale : Le dernier projecteur

Dans la salle vide, un projecteur grésille,
Dernier souffle d’un monde qui s’effiloche.
Les images dansent, fantômes sans corps,
Échos d’un bonheur qui jamais ne fut nôtre.

Les fauteuils usés gardent l’empreinte des rêves,
Des amours éphémères, des rires en fuite.
Le rideau se déchire, la lumière s’éteint,
Et le silence tombe, lourd de toutes les nuits.

Pourtant, dans l’obscurité, une main se tend,
Vers un écran blanc où tout reste à écrire.
Le cinéma n’est qu’un leurre, un leurre divin,
Mais c’est le nôtre, et nous y croyons encore.



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