Des fans de Robert Redford saluent sa contribution au cinéma indépendant – Africanews







Laurent Vo Anh – Éloge cynique de l’illusion indépendante

ACTUALITÉ SOURCE : Des fans de Robert Redford saluent sa contribution au cinéma indépendant – Africanews

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, Redford ! Ce nom qui résonne comme un écho des golden years, ce sourire de boy-scout vieillissant qui a vendu aux masses l’illusion d’un cinéma pur, authentique, « indépendant » – comme si ces mots n’étaient pas déjà des coquilles vides, des slogans publicitaires pour intellectuels en mal de distinction. Les fans se pressent, émus, pour célébrer son « héritage », ce mot-valise qui sert à justifier toutes les compromissions, toutes les capitulations devant l’industrie. Mais que célèbrent-ils au juste ? Un homme ou une fable soigneusement entretenue par les machines à rêves hollywoodiennes ?

Parlons donc de ce cinéma « indépendant » que Redford a tant défendu. Indépendant de quoi, au juste ? Des studios ? Non, bien sûr, puisque Sundance, ce temple qu’il a érigé, n’est qu’une antichambre des majors, un vivier où les prédateurs viennent pêcher les talents prometteurs avant de les avaler tout crus. Indépendant des logiques commerciales ? Allons donc ! Sundance est une foire aux vanités où l’on vient vendre son âme au plus offrant, où les films sont jugés non pas sur leur audace, mais sur leur potentiel de rentabilité. Indépendant de l’esthétique dominante ? Encore moins : les films qui en sortent sont formatés, lissés, aseptisés, conçus pour plaire aux festivals et aux critiques, ces nouveaux prêtres d’une religion cinéphile aussi dogmatique que creuse.

Redford, lui, a toujours été un caméléon. Acteur, il a incarné l’Américain idéal, ce cow-boy moderne, viril mais sensible, rebelle mais respectable – le fantasme ultime d’une nation schizophrène. Réalisateur, il a pondu des films lisses, inoffensifs, qui flattent l’ego des spectateurs sans jamais les bousculer. Et entrepreneur, il a bâti un empire sur l’illusion de la rébellion, vendant aux masses l’idée qu’on pouvait être subversif sans danger, transgressif sans risque. Sundance, c’est Disneyland pour bobos, un parc d’attractions où l’on vient consommer de la « contestation » en toute sécurité, entre deux verres de vin bio et trois selfies avec des réalisateurs en mal de reconnaissance.

Mais au fond, que reste-t-il de tout cela ? Une poignée de films oubliés, quelques noms qui surnagent dans la mémoire collective, et surtout, une industrie qui a su recycler l’idée même d’indépendance pour en faire un produit de consommation comme un autre. Le cinéma indépendant, aujourd’hui, c’est une étiquette, un argument marketing, une façon de vendre du rêve à ceux qui croient encore que l’art peut exister en dehors des logiques capitalistes. Redford, en bon businessman, a compris cela avant les autres : il a transformé la rébellion en produit, la subversion en argument de vente, et l’audace en slogan publicitaire.

Et les fans, dans tout cela ? Ils célèbrent un mythe, une image d’Épinal, celle de l’artiste intègre, du rebelle qui a su rester fidèle à ses idéaux. Mais quels idéaux, au juste ? Ceux d’un cinéma qui ne dérange personne, qui ne remet rien en cause, qui se contente de reproduire les codes du système en les parant des oripeaux de la marginalité ? Redford a été un acteur clé de cette mascarade, un homme qui a su naviguer entre les eaux troubles de l’industrie et les illusions de la contre-culture, sans jamais vraiment choisir son camp. Il a été le visage acceptable de la rébellion, celui qu’on peut célébrer sans risque, sans se salir les mains, sans remettre en cause l’ordre établi.

Car c’est bien là le cœur du problème : le cinéma indépendant, tel qu’il est célébré aujourd’hui, n’est qu’une soupape de sécurité pour le système. Il permet aux spectateurs de croire qu’ils consomment de l’art engagé, de l’audace, de la transgression, alors qu’ils ne font que se conformer à une autre norme, tout aussi rigide, tout aussi aliénante. Les festivals, les prix, les hommages : tout cela n’est qu’un théâtre, une comédie où chacun joue son rôle, où les artistes font semblant de résister et où les spectateurs font semblant de croire à cette résistance.

Redford, en cela, est un symbole parfait de cette époque. Un homme qui a su incarner les contradictions de son temps, qui a surfé sur les vagues successives de l’histoire sans jamais vraiment s’engager, sans jamais prendre le risque de déplaire. Il a été le visage souriant de l’Amérique libérale, celle qui croit encore aux vertus du compromis, à la possibilité de changer le système de l’intérieur. Mais le système, lui, ne change pas : il absorbe, il digère, il recycle. Et ceux qui croient le défier ne font, au final, que le renforcer.

Alors oui, célébrons Redford, si cela nous chante. Célébrons cet homme qui a su vendre l’illusion de l’indépendance à des générations de spectateurs avides de croire en quelque chose, même si ce quelque chose n’est qu’un leurre. Célébrons ce cinéma qui se prétend libre mais qui n’est, au fond, qu’un autre maillon de la chaîne, une autre façon de maintenir les masses dans l’illusion du choix, de la diversité, de la rébellion. Mais n’oublions pas, surtout, de regarder au-delà des apparences, de voir la réalité crue, sans fard, sans ces oripeaux qui nous empêchent de comprendre la véritable nature du monde.

Car le vrai cinéma indépendant, celui qui dérange, qui bouscule, qui remet en cause les fondements mêmes de notre société, celui-là n’a pas sa place dans les festivals, dans les hommages, dans les célébrations officielles. Il est ailleurs, dans l’ombre, dans la marge, là où les artistes osent encore prendre des risques, là où l’art n’est pas un produit, mais une arme. Et c’est là, peut-être, que se trouve la véritable rébellion : non pas dans les sourires polis de Redford, mais dans le refus obstiné de jouer le jeu, de se soumettre, de se laisser absorber par la machine.

Alors oui, saluons Redford, mais saluons-le pour ce qu’il est vraiment : un homme qui a su naviguer dans les eaux troubles de son époque, qui a su tirer son épingle du jeu, qui a su vendre l’illusion de l’indépendance à ceux qui en avaient besoin. Mais ne nous y trompons pas : cette indépendance-là n’est qu’un leurre, une fiction commode, une façon de nous rassurer sur notre propre liberté alors que nous ne sommes, au fond, que des consommateurs dociles, des spectateurs passifs, des complices consentants d’un système qui nous dépasse et nous écrase.

Le vrai cinéma indépendant, lui, ne se célèbre pas. Il se vit, il se combat, il se crée dans l’ombre, loin des projecteurs, loin des hommages, loin de ces célébrations qui ne sont, au final, que des enterrements déguisés. Alors continuons à célébrer Redford, si cela nous chante. Mais n’oublions pas, surtout, de chercher ailleurs, là où l’art est encore vivant, là où la rébellion est encore possible, là où le cinéma peut encore être une arme, et non un simple produit de consommation.

Analogie finale :


Redford, grand prêtre des illusions douces,
A bâti son temple sur des sables mouvants.
Ses films, comme des prières sans foi,
Bercent les âmes en quête de rédemption.

Sundance, ce mirage au désert des vanités,
Où l’on vient vendre son âme en toute innocence.
Les réalisateurs, nouveaux pèlerins égarés,
Croient y trouver la lumière, mais n’y trouvent que l’ombre.

Le cinéma indépendant, ce leurre doré,
N’est qu’un miroir aux alouettes pour âmes crédules.
On y célèbre la rébellion en costume-cravate,
On y consomme la transgression en buvant du champagne.

Mais dans l’ombre, loin des projecteurs et des hommages,
D’autres créent, d’autres résistent, d’autres osent.
Leur cinéma n’est pas un produit, mais une arme,
Leur rébellion n’est pas un slogan, mais une flamme.

Alors célébrons Redford, ce roi sans couronne,
Ce marchand d’illusions, ce prince des apparences.
Mais n’oublions pas, dans le silence de nos nuits,
Que le vrai cinéma se fait ailleurs, dans l’ombre et la sueur,
Loin des sourires polis et des célébrations creuses.



Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *