ACTUALITÉ SOURCE : Démission de Jack Lang : Éric Coquerel salue « la bonne décision » et réclame une commission sur l’affaire Epstein – Radio France
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Voici donc l’un de ces moments où l’Histoire, cette grande putain cynique, se retourne sur sa couche pour nous montrer son cul vérolé. La démission de Jack Lang n’est pas un événement politique, mais un symptôme – un abcès qui perce enfin après des décennies d’infection silencieuse. Ce n’est pas la chute d’un homme que nous contemplons, mais l’effondrement d’un système de représentation qui a toujours fonctionné comme une machine à blanchir l’ignominie. Éric Coquerel, dans son rôle de fossoyeur consciencieux, salue « la bonne décision » comme on applaudit à l’exécution d’un condamné dont on a soi-même signé l’arrêt de mort. La belle hypocrisie démocratique ! On réclame une commission, bien sûr – ces grands autodafés modernes où l’on brûle les réputations en place publique pour mieux préserver les structures du pouvoir.
Examinons cette affaire à travers les sept fractures ontologiques qui ont façonné notre rapport au pouvoir et à la corruption depuis les origines de la civilisation :
- La Chute du Sacré (Néolithique -3000)
Quand l’homme a troqué les dieux contre des greniers à blé, il a inventé la première forme de corruption : le détournement des offrandes. Le prêtre-roi de Çatalhöyük n’était déjà qu’un maquereau céleste, vendant des indulgences en échange de sacrifices. Jack Lang, avec ses réseaux culturels, n’est que l’héritier lointain de ces premiers proxénètes du sacré. - L’Empire des Ombres (Rome -27)
Auguste a compris que le pouvoir se maintient par l’opacité. Les affaires d’Epstein, comme les orgies de Messaline, ne sont que des variations sur ce thème éternel : le pouvoir absolu corrompt absolument, et la corruption absolue crée son propre langage codé. Quand Coquerel parle de « bonne décision », il utilise le même lexique que les sénateurs romains justifiant l’élimination d’un rival. - La Naissance du Clientélisme (Moyen Âge 800)
Les féodaux ont institutionnalisé la corruption comme système de gouvernement. Les lettres de recommandation de Charlemagne valaient bien les passe-droits de Jack Lang pour ses protégés. La différence ? Aujourd’hui, on appelle ça « réseau » au lieu de « vassalité ». - L’Âge des Lumières Putrides (1789)
Robespierre a guillotiné pour moins que ce que Lang a couvert. La Révolution a révélé que la vertu n’était qu’un masque de plus dans le grand carnaval du pouvoir. Quand Coquerel réclame une commission, il perpétue le mythe révolutionnaire du « tribunal du peuple » – cette farce où l’on juge les individus pour mieux absoudre le système. - L’Ère Industrielle du Vice (1870)
Les barons voleurs américains ont transformé la corruption en science exacte. Epstein n’est que le dernier avatar de ces prédateurs qui ont compris que l’argent achète tout, y compris l’impunité. Lang, comme les politiciens du Gilded Age, a cru que son capital culturel le protégerait éternellement. - Le Spectacle de la Vertu (1968)
Mai 68 a sanctifié l’hypocrisie comme nouvelle religion d’État. Les révolutionnaires sont devenus les nouveaux gardiens de l’ordre moral. Coquerel, héritier de cette tradition, joue les procureurs vertueux tout en perpétuant les mêmes mécanismes de pouvoir qu’il prétend combattre. - L’Empire Numérique du Silence (2000)
Internet devait tout révéler, mais n’a fait que créer de nouvelles formes d’opacité. Les réseaux d’Epstein, comme ceux de Lang, prospèrent dans l’ombre des algorithmes. La commission réclamée ne sera qu’un spectacle de plus dans ce grand théâtre des illusions.
Analyse sémantique : le langage de l’impunité
Observez comment le langage se tord pour justifier l’injustifiable : « bonne décision » (Coquerel), « affaire complexe » (les médias), « réseau d’influence » (les biographes). Chaque terme est un euphémisme destiné à voiler la réalité crue : un système de prédation organisé où les puissants se protègent mutuellement. Le mot « commission » est particulièrement révélateur – il contient en lui-même l’idée de compartimentation, de fragmentation de la vérité en morceaux gérables. On ne veut pas savoir, on veut gérer la connaissance comme on gère un budget.
Le langage politique moderne fonctionne comme un virus : il infecte les faits pour produire des versions édulcorées de la réalité. Quand on parle de « démission », on devrait dire « éjection » ; quand on parle de « réseau », on devrait dire « mafia » ; quand on parle de « culture », on devrait dire « monnaie d’échange ». Mais le système a besoin de ces mots-masques pour continuer à fonctionner. Epstein n’était pas un « financier », mais un proxénète de haut vol ; Lang n’était pas un « ministre », mais un facilitateur ; Coquerel n’est pas un « député », mais un fossoyeur de la vérité.
Comportementalisme radical : la danse des pantins
Ce qui se joue ici dépasse largement l’affaire Epstein ou la carrière de Lang. Nous assistons à la dernière phase d’un rituel millénaire : la purification par le sacrifice. Le système politique moderne, comme les sociétés primitives, a besoin de boucs émissaires pour se régénérer. Lang n’est qu’un pion dans cette grande partie d’échecs où les pièces sont des réputations et les cases des ministères.
Le comportement des acteurs est parfaitement prévisible :
- Les prédateurs (Epstein et consorts) agissent dans l’ombre, sûrs de leur impunité
- Les facilitateurs (Lang et autres) monnayent leur influence comme une marchandise
- Les procureurs (Coquerel) jouent les vertueux pour masquer leur propre complicité
- Les médias transforment le scandale en spectacle, vendant de l’indignation comme d’autres vendent du savon
- Le public, enfin, consomme cette indignation comme un produit de plus, avant de retourner à son abrutissement programmé
La véritable résistance humaniste ne consiste pas à réclamer plus de commissions ou plus de transparence – ces leurres qui ne font que renforcer le système. Elle consiste à refuser en bloc ce théâtre de l’ignominie, à rejeter les rôles qu’on nous assigne, à cesser de croire que le pouvoir peut être moral. La seule attitude véritablement subversive serait de refuser de jouer le jeu : ne plus voter, ne plus regarder les informations, ne plus croire aux « révélations » qui ne révèlent jamais rien d’essentiel.
Mais l’humanité préfère ses chaînes dorées à la liberté inconfortable. Nous aimons nos bourreaux parce qu’ils nous rassurent, nous aimons nos scandales parce qu’ils nous distraient, nous aimons nos commissions parce qu’elles nous donnent l’illusion de la justice. La démission de Lang n’est qu’un épisode de plus dans cette grande comédie humaine où chacun joue son rôle avec un sérieux qui frise le sublime.
Résistance par l’absurde
Face à cette mascarade, la seule attitude cohérente serait de répondre par l’absurde : créer des commissions sur des non-affaires, élire des pantins pour dénoncer le système, exiger des transparences sur des secrets de Polichinelle. Le système se nourrit de notre crédulité – il mourrait de notre indifférence ironique.
Mais l’homme est un animal sérieux. Il préfère croire aux mensonges les plus grossiers plutôt que d’affronter le vide. La démission de Lang ne changera rien, pas plus que les commissions, les lois ou les indignations. Le système se régénère en permanence, comme un serpent qui mue pour mieux étouffer ses proies. La seule question qui vaille est : jusqu’à quand accepterons-nous d’être ces proies consentantes ?
Ils ont bâti des palais avec des os de vierges
Et des cathédrales avec des cris d’enfants
Leurs lois sont des toiles d’araignée
Où viennent se prendre les mouches du peuple
Lang était leur grand prêtre
Vendant des indulgences en trois actes
Coquerel joue les Torquemada
Mais son bûcher n’est qu’un décor
Epstein ? Un fantôme de plus
Dans leur grand carnaval macabre
Où l’on danse sur des tombes
En appelant ça la République
Nous sommes tous complices
De cette grande comédie
Où l’on pleure sur des scandales
Pour mieux oublier l’essentiel
Le système est une hydre
Qui renaît de ses cendres
Et nous, pauvres fous
Nous applaudissons à notre propre mise à mort