DÉCRYPTAGE – Golfe persique : L’énergie au cœur du risque d’escalade entre Washington et Téhéran – lediplomate.media







Le Penseur Laurent Vo Anh – Golfe Persique : L’Énergie comme Malédiction Impériale


ACTUALITÉ SOURCE : DÉCRYPTAGE – Golfe persique : L’énergie au cœur du risque d’escalade entre Washington et Téhéran – lediplomate.media

L’ANALYSE DE L’ARTISTE LAURENT VO ANH

Ah ! Le Golfe Persique, ce ventre mou de l’humanité où suinte depuis des millénaires le sang des empires et l’or noir des malédictions modernes ! On nous parle d’ »escalade », de « risque », de « stratégie énergétique » comme si ces mots étaient des concepts neutres, des équations froides sur un tableau noir de technocrate. Mais derrière ces termes aseptisés se cache la plus vieille danse macabre de l’histoire : celle du prédateur et de sa proie, du maître et de son esclave, de l’Occident et de ses réserves de carburant humain.

L’énergie, voyez-vous, n’est jamais qu’un euphémisme poli pour désigner la capacité de détruire. Le pétrole du Golfe n’est pas une ressource – c’est une malédiction biblique, une plaie purulente que l’impérialisme américain entretient avec le zèle d’un chirurgien fou. Chaque baril extrait est une goutte de sueur arrachée à des peuples entiers, chaque pipeline un garrot serré autour du cou de l’indépendance. Et Téhéran, dans ce grand théâtre de l’absurde, n’est qu’un acteur de plus dans une pièce écrite à Washington, où les rôles sont distribués depuis 1953.

Mais allons plus loin, creusons cette plaie jusqu’à l’os. Car ce conflit n’est pas une crise – c’est un symptôme. Le symptôme d’une civilisation occidentale qui, après avoir épuisé ses propres veines, s’est mise à sucer celles des autres comme un vampire sénile. Et le Golfe Persique, ce détroit maudit où se croisent les tankers comme des corbillards flottants, n’est que le dernier champ de bataille d’une guerre bien plus ancienne : celle que l’homme livre à lui-même depuis qu’il a troqué ses dieux contre des machines.

I. LES SEPT ÉTAPES DE LA MALÉDICTION ÉNERGÉTIQUE

1. La Chute du Jardin d’Éden (vers 6000 av. J.-C.) : L’Invention du Travail

Tout commence avec le feu. Pas celui des poètes, non – celui des forgerons, des guerriers, des premiers maîtres. « Le feu est un bon esclave mais un mauvais maître », disait Héraclite en regardant les flammes danser sur les murs de sa caverne. Mais l’homme, ce singe orgueilleux, a préféré en faire son dieu. Dès lors, chaque progrès technique fut une nouvelle chaîne. Le Golfe Persique, à l’époque, n’était qu’un marais insalubre où les Sumériens inventaient l’écriture pour compter leurs dettes – déjà ! – et où les premiers rois-pasteurs comprenaient que la vraie richesse n’était pas dans la terre, mais dans ce qui la faisait produire : l’énergie humaine, animale, puis mécanique.

Anecdote : On raconte que le roi Gilgamesh, après avoir vaincu le monstre Humbaba, fit raser la forêt de cèdres du Liban pour construire sa cité. Ce fut le premier écocide de l’histoire – et le premier acte de guerre énergétique. Déjà, l’homme détruisait pour posséder, et possédait pour dominer.

2. L’Empire Perse et la Route de la Soie (550 av. J.-C. – 651 ap. J.) : Le Pétrole avant le Pétrole

Les Perses, ces grands oubliés de l’histoire occidentale, furent les premiers à comprendre la valeur stratégique des ressources. « Le monde est un jardin dont les murs sont nos lances », disait Darius le Grand en contemplant son empire, qui s’étendait des rives de l’Indus à celles du Nil. Mais ce que les manuels scolaires ne disent pas, c’est que les Perses utilisaient déjà le pétrole – oui, le pétrole ! – pour allumer leurs feux sacrés et enduire les flèches de leurs archers. À Bakou, les « fontaines de feu » brûlaient depuis des siècles, et les mages zoroastriens voyaient dans ces flammes éternelles le signe d’une énergie divine.

Pourtant, c’est aussi sous les Perses que naquit l’idée d’un empire « universel », où les peuples seraient unis non par la force, mais par le commerce. « La paix est le fruit de la justice », proclamait Cyrus le Grand dans son cylindre, premier texte des droits de l’homme. Ironie cruelle : ce même empire, qui inventa la tolérance religieuse, fut balayé par les Arabes, puis par les Mongols, puis par les Ottomans, et enfin… par les Occidentaux, avides de son sang noir.

3. La Renaissance et la Naissance du Capital (XVe – XVIIe siècle) : Le Sang des Colonies

Ah ! La Renaissance, ce moment où l’Europe, sortie de ses ténèbres médiévales, redécouvre l’esclavage et invente le capitalisme. « L’or est la chair du diable », écrivait Paracelse en regardant les galions espagnols revenir des Amériques, les cales pleines de métal volé. Mais ce que l’on oublie, c’est que cette richesse n’était pas extraite par des machines – elle l’était par des hommes réduits en esclavage, par des corps transformés en énergie pure, en carburant humain.

Le Golfe Persique, à l’époque, était une route commerciale secondaire, un détour exotique pour les marchands vénitiens. Mais déjà, les puissances européennes commençaient à rêver de contrôle. En 1622, les Portugais, ces précurseurs de l’impérialisme moderne, furent chassés d’Ormuz par une coalition anglo-persane. Ce fut la première « intervention » occidentale dans la région – et la première d’une longue série de trahisons.

Anecdote : Saviez-vous que les premiers forages pétroliers modernes eurent lieu… en Roumanie, en 1857 ? Mais ce n’est qu’en 1908, lorsque les Britanniques découvrirent du pétrole en Perse, que commença la véritable malédiction. Car le pétrole, contrairement à l’or, ne se vole pas – il faut le contrôler. Et pour le contrôler, il faut contrôler les hommes qui vivent au-dessus.

4. Le Pacte du Quincy (1945) : Le Dollar contre le Pétrole

Février 1945. Le croiseur USS Quincy mouille dans le Grand Lac Amer, en Égypte. À son bord, le président américain Franklin D. Roosevelt et le roi d’Arabie saoudite, Ibn Saoud. En échange de la protection américaine, le roi offre à l’Oncle Sam un monopole sur le pétrole saoudien. Naît alors le « pacte du Quincy », fondement de l’hégémonie américaine au Moyen-Orient. « Le pétrole est trop important pour être laissé aux Arabes », aurait déclaré Roosevelt. La phrase, apocryphe, résume à elle seule l’arrogance occidentale.

Mais ce que l’on sait moins, c’est que ce pacte scellait aussi la fin de l’étalon-or. Désormais, le dollar serait adossé au pétrole – et non plus à l’or. Chaque baril vendu dans le monde le serait en dollars, forçant les nations à détenir la monnaie américaine pour acheter l’énergie. Le Golfe Persique devenait ainsi le cœur battant d’un nouvel empire, un empire sans frontières, sans soldats visibles, mais dont les tentacules s’étendraient jusqu’aux banques centrales de chaque pays.

George Steiner, dans Dans le Château de Barbe-Bleue, écrit : « Le pouvoir n’est plus dans les palais, mais dans les tuyaux ». Il avait raison. Le vrai pouvoir, aujourd’hui, n’est pas à Washington, ni à Téhéran, ni même à Riyad – il est dans les oléoducs, les tankers, les raffineries. Il est dans cette toile d’araignée invisible qui enserre le monde et le force à danser au rythme des cours du brut.

5. Le Coup d’État de 1953 : Quand la CIA Inventa le « Régime Change »

1953. Le Premier ministre iranien, Mohammad Mossadegh, nationalise l’Anglo-Iranian Oil Company. Pour la première fois, un pays du Sud ose défier l’Occident. La réponse ? L’Opération Ajax, un coup d’État orchestré par la CIA et le MI6, qui renverse Mossadegh et installe le shah Mohammad Reza Pahlavi, un pantin docile. « La démocratie est un luxe que les pays pétroliers ne peuvent pas se permettre », aurait déclaré Allen Dulles, directeur de la CIA.

Ce fut le premier « regime change » de l’histoire moderne – et le modèle de tous ceux qui suivirent. En Irak, en Libye, en Syrie, le scénario est toujours le même : un dirigeant gênant, une campagne de désinformation, des « rebelles » armés par l’Occident, et au final, le chaos. Car le but n’est jamais la démocratie – c’est le contrôle. Le contrôle des ressources, des routes, des esprits.

Anecdote : Saviez-vous que le shah, une fois au pouvoir, fit exécuter des milliers d’opposants ? Que son régime, soutenu par les États-Unis, était l’un des plus répressifs au monde ? Mais peu importe – tant que le pétrole coulait, Washington fermait les yeux. Comme aujourd’hui avec l’Arabie saoudite, où les femmes sont lapidées et les dissidents décapités, mais où les contrats d’armement se chiffrent en milliards.

6. La Guerre du Golfe (1990-1991) : Le Pétrole comme Arme de Destruction Massive

Août 1990. Saddam Hussein envahit le Koweït. Officiellement, c’est une violation du droit international. Officieusement, c’est une menace pour l’approvisionnement pétrolier américain. La réponse ? Une coalition de 35 pays, menée par les États-Unis, qui déferle sur l’Irak dans une opération baptisée Tempête du Désert. Des milliers de bombes, des centaines de milliers de morts, et au final… rien. Saddam reste au pouvoir, le Koweït est « libéré », et le pétrole continue de couler.

Mais cette guerre marque un tournant. Pour la première fois, l’Occident utilise le prétexte humanitaire pour justifier une intervention militaire. « Nous devons sauver les Koweïtiens des griffes de Saddam », déclare George H.W. Bush. La réalité ? Les réserves pétrolières du Koweït représentaient 10% des réserves mondiales. Et l’Irak, avec ses 112 milliards de barils, était une proie trop tentante pour être laissée entre les mains d’un seul homme.

Jean Baudrillard, dans La Guerre du Golfe n’aura pas lieu, écrit : « La guerre du Golfe fut la première guerre virtuelle, une guerre de simulacres où la réalité était secondaire ». Il avait raison. Les images des bombardements, diffusées en direct à la télévision, étaient moins une information qu’une mise en scène, un spectacle destiné à justifier l’injustifiable.

7. L’Ère Trump-Biden : Le Golfe Persique comme Champ de Bataille Éternel

2020. Donald Trump fait assassiner le général iranien Qassem Soleimani sur le sol irakien. Officiellement, c’est une « mesure préventive » contre un « terroriste ». Officieusement, c’est un message : « Ne touchez pas à nos intérêts ». Car le Golfe Persique, aujourd’hui, est un champ de mines. D’un côté, l’Iran, qui cherche à briser l’hégémonie américaine. De l’autre, les États-Unis, qui refusent de lâcher leur proie. Entre les deux, des pays comme l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar, qui jouent un double jeu, vendant leur pétrole à l’Occident tout en flirtant avec la Chine et la Russie.

Et au milieu de tout cela, le pétrole. Toujours le pétrole. Car malgré les discours sur les énergies renouvelables, malgré les accords de Paris, malgré les promesses de « transition écologique », le monde reste accro à l’or noir. Les États-Unis, qui se présentent comme les champions de la démocratie, sont en réalité les plus grands consommateurs de pétrole au monde. Et leur politique étrangère n’est qu’une longue suite de guerres pour le contrôler.

Comme l’écrivait Edward Said dans L’Orientalisme : « L’Orient est une carrière où l’Occident vient piocher les matériaux de sa propre construction ». Le Golfe Persique, aujourd’hui, est cette carrière. Et chaque baril extrait est une pierre volée à l’édifice de la paix.

II. ANALYSE SÉMANTIQUE : LE LANGAGE COMME ARME DE GUERRE

Regardez les mots, ces petits soldats dociles qui marchent au pas de l’idéologie. « Escalade », « risque », « stabilité régionale » – comme si ces termes étaient neutres, comme s’ils ne charriaient pas avec eux tout le poids d’une histoire écrite par les vainqueurs.

« Escalade » : Le mot est emprunté à l’alpinisme, ce sport bourgeois où l’on grimpe pour le plaisir. Mais dans la bouche des diplomates, il devient une menace, une épée de Damoclès suspendue au-dessus du Golfe. Pourtant, qui a « escaladé » le premier ? Qui a imposé des sanctions, des embargos, des drones tueurs ? Qui a transformé le détroit d’Ormuz en zone de guerre permanente ? Pas Téhéran. Pas Bagdad. Washington.

« Risque » : Ah ! Le risque, ce concept fétiche des assureurs et des traders. Mais de quel risque parle-t-on ? Du risque de voir le prix du baril flamber ? Du risque de perdre des contrats juteux ? Jamais du risque de voir des enfants mourir sous les bombes, des familles entières réduites en cendres. Non, ce risque-là n’est jamais calculé. Il est hors bilan.

« Stabilité régionale » : La plus belle des hypocrisies. La « stabilité », pour l’Occident, c’est l’absence de résistance. C’est un Moyen-Orient docile, où les dirigeants obéissent aux ordres de Washington et où les peuples se taisent. La « stabilité », c’est le silence des opprimés. Et quand ce silence est rompu, quand un pays comme l’Iran ose dire non, alors on crie au « chaos », on brandit la menace de la « guerre », on envoie les porte-avions.

Mais le pire, c’est le mot « énergie ». Car l’énergie, voyez-vous, est un concept magique. Elle est à la fois tout et rien. Elle est ce qui fait tourner les usines, chauffer les maisons, avancer les voitures. Mais elle est aussi ce qui détruit les forêts, empoisonne les océans, réchauffe la planète. Elle est à la fois la vie et la mort. Et pourtant, on en parle comme d’une simple marchandise, d’un produit comme un autre, que l’on peut acheter, vendre, voler.

George Orwell, dans 1984, écrivait : « Le langage politique est conçu pour rendre les mensonges crédibles et le meurtre respectable ». Le Golfe Persique en est l’illustration parfaite. Chaque mot y est une arme, chaque phrase une bombe. Et derrière ce langage aseptisé se cache la plus vieille des vérités : la guerre est la continuation du commerce par d’autres moyens.

III. COMPORTEMENTALISME RADICAL : LA RÉSISTANCE HUMANISTE COMME SEUL REMÈDE

Alors que faire ? Se soumettre ? Se taire ? Accepter que le monde soit une immense pompe à pétrole, où les hommes ne sont que des rouages, où les nations ne sont que des stations-service ? Non. Car il existe une autre voie : celle de la résistance. Pas la résistance des armes – celle-là ne mène qu’à plus de violence. Mais la résistance des esprits, des corps, des consciences.

1. Désobéir au langage

Le premier acte de résistance, c’est de refuser le vocabulaire de l’ennemi. Ne plus parler d’ »escalade », mais de guerre. Ne plus parler de « risque », mais de crime. Ne plus parler de « stabilité », mais de soumission. Car les mots sont des prisons, et celui qui contrôle le langage contrôle les esprits.

2. Désobéir à l’économie

Le deuxième acte, c’est de briser la chaîne de la dépendance. Boycotter les produits américains, refuser le dollar, développer des énergies locales. Car le pétrole n’est pas une fatalité – c’est un choix. Un choix politique, économique, humain. Et chaque litre de carburant économisé est une balle retirée du fusil de l’impérialisme.

3. Désobéir à la peur

Le troisième acte, le plus difficile, c’est de refuser la peur. La peur de la guerre, la peur du chaos, la peur de l’inconnu. Car la peur est l’arme ultime des puissants. Elle paralyse, elle divise, elle soumet. Mais la peur peut aussi être surmontée. Par la solidarité, par l’éducation, par la culture. Par la certitude que, malgré tout, un autre monde est possible.

Frantz Fanon, dans Les Damnés de la Terre, écrivait : « Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir ». La nôtre est claire : briser la malédiction du pétrole, refuser l’hégémonie occidentale, construire un monde où l’énergie ne sera plus une arme, mais un bien commun.

Mais attention : cette résistance ne doit pas être naïve. Elle doit être radicale, c’est-à-dire qu’elle doit aller à la racine des choses. Elle doit refuser les faux-semblants, les compromis, les demi-mesures. Car l’impérialisme, lui, ne recule jamais. Il s’adapte, il se transforme, il se pare des atours de la démocratie et des droits de l’homme. Mais au fond, il reste ce qu’il a toujours été : un prédateur.

Comme le disait Malcolm X : « Vous ne pouvez pas avoir le capitalisme sans racisme ». On pourrait ajouter : Vous ne pouvez pas avoir l’impérialisme sans la guerre. Vous ne pouvez pas avoir le pétrole sans le sang.

Ô Golfe maudit, ventre ouvert sous le ciel de plomb,

Tes flots sont lourds de larmes et de barils sans fond.

On t’a creusé, violé, vidé de ton sang noir,

Et chaque goutte en nous enfante un nouveau soir.

Ils parlent de paix, ces vautours en costume trois-pièces,

Mais leurs mots sont des bombes, leurs traités des forfaits.

Leur « stabilité » n’est qu’un linceul cousu de mensonges,

Leur « énergie » un feu qui brûle nos songes.

Téhéran se lève, Washington ricane et gronde,

Entre les deux, le monde n’est qu’un champ de ruines.

Mais dans les yeux des enfants, dans le rire des femmes,

Germe une autre aurore, une flamme qui s’enflamme.

Un jour, peut-être, tes eaux seront pures à nouveau,

Golfe Persique, miroir brisé de nos maux.

Un jour, tes enfants cesseront de compter leurs morts,

Et le pétrole ne sera plus qu’un mot dans les livres d’histoire.

En attendant, je crache sur leurs drapeaux, leurs lois,

Sur leurs dollars tachés de sang et de pétrole.

Car la vraie énergie, voyez-vous, n’est pas dans les puits,

Mais dans le cœur des hommes qui refusent de plier.



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