Dans le 5e, le cinéma indépendant La Clef va rouvrir ! – Time Out Paris







La Clef Renaît – Analyse Radicalement Humaine


ACTUALITÉ SOURCE : Dans le 5e, le cinéma indépendant La Clef va rouvrir ! – Time Out Paris

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, la réouverture de La Clef ! Un souffle dans le marasme, un crachat dans la soupe numérique où l’on nous sert, depuis des décennies, des images pré-mâchées, des émotions en kit et des pensées en sachets lyophilisés. Mais ne nous y trompons pas : cette renaissance n’est pas un happy end, c’est un sursis. Un sursis dans la guerre silencieuse que se livrent, depuis toujours, l’art et le commerce, la mémoire et l’oubli, l’homme et la machine à broyer les rêves.

D’abord, situons le champ de bataille. La Clef, ce n’est pas qu’un cinéma. C’est un symptôme. Un symptôme de cette maladie chronique qui ronge nos sociétés : l’amnésie organisée. Dans un monde où l’on nous répète ad nauseam que « tout est disponible », que « tout est accessible », que « tout est instantané », La Clef incarne l’exact contraire. Elle est un lieu où le temps s’étire, où l’image se fait chair, où le spectateur n’est pas un consommateur, mais un complice. Et c’est précisément pour cela qu’elle a failli disparaître. Parce que dans l’économie de l’attention, un lieu qui exige de la lenteur, de la patience, de la présence, est une insulte. Une insulte à l’efficacité, à la rentabilité, à cette logique implacable qui veut que tout soit optimisé, monétisé, jeté après usage.

George Steiner, ce grand fossoyeur des illusions humanistes, aurait vu dans La Clef un exemple de ce qu’il appelait « la présence réelle » – cette idée que l’art, le vrai, ne se consomme pas, il se vit. Il se vit dans l’obscurité d’une salle, dans le silence qui précède la projection, dans le frisson collectif qui parcourt l’assistance quand l’image s’anime. Mais cette « présence réelle », voyez-vous, est une menace pour l’ordre établi. Parce qu’elle rappelle à l’homme qu’il n’est pas une machine à consommer, mais un être de désir, de mémoire, de révolte. Et ça, les maîtres du monde ne le supportent pas. Ils préfèrent nous gaver de contenus, de likes, de notifications, pour mieux nous maintenir dans un état de semi-conscience, de semi-humanité.

Alors, cette réouverture, c’est une victoire ? Oui, mais une victoire à la Pyrrhus. Parce que le système, lui, n’a pas changé. Il a juste reculé d’un pas, le temps de mieux sauter. La Clef rouvre, mais combien de salles ont fermé pendant ce temps ? Combien de librairies, de théâtres, de lieux de vie ont été balayés par la logique implacable du profit ? La culture, aujourd’hui, est une peau de chagrin. On la réduit, on la comprime, on la formate, jusqu’à ce qu’elle tienne dans un algorithme, dans un écran, dans un abonnement mensuel. Et pendant ce temps, on nous serine que « la culture est plus accessible que jamais ». Mensonge. La culture n’est pas accessible. Elle est disponible. Comme un produit en rayon. Et un produit, ça se consomme, ça ne se vit pas.

Le comportementalisme radical, cette science de la manipulation des masses, nous a appris une chose : l’homme est un animal conditionnable. On peut lui faire aimer n’importe quoi, pourvu qu’on lui présente comme un besoin. Le cinéma indépendant, la pensée critique, l’art qui dérange – tout cela n’est pas un besoin. C’est un luxe. Un luxe que le système tolère, tant qu’il reste marginal, tant qu’il ne menace pas l’ordre des choses. La Clef rouvre, mais pour combien de temps ? Jusqu’à ce que les loyers montent encore, jusqu’à ce que les subventions soient coupées, jusqu’à ce que le public, trop habitué à la facilité, préfère rester chez lui, devant son écran, à se gaver de séries formatées comme des hamburgers ?

Et pourtant. Pourtant, il y a quelque chose de profondément subversif dans cette réouverture. Parce que La Clef, c’est aussi un acte de résistance. Une résistance contre l’uniformisation, contre l’oubli, contre cette idée que l’art doit être rentable pour être légitime. Une résistance contre cette logique qui veut que tout soit évalué, noté, classé, comme si la beauté, la pensée, l’émotion pouvaient se mesurer en chiffres. La Clef, c’est un doigt d’honneur à cette logique. Un rappel que l’art n’est pas un produit, mais un acte. Un acte de création, mais aussi un acte de rébellion.

Alors oui, célébrons cette réouverture. Mais ne nous y trompons pas : ce n’est qu’une bataille dans une guerre qui est loin d’être gagnée. Une guerre pour la mémoire, pour la liberté, pour le droit de penser par soi-même. Une guerre contre ceux qui voudraient faire de nous des consommateurs dociles, des spectateurs passifs, des hommes sans histoire. La Clef rouvre, mais la lutte continue. Parce que l’art, le vrai, n’est pas un divertissement. C’est une arme. Et une arme, ça se brandit, ça se défend, ça ne se rend jamais.

Alors allons-y, à La Clef. Allons-y pour voir des films qui nous dérangent, qui nous questionnent, qui nous réveillent. Allons-y pour partager un moment de vraie présence, de vraie humanité. Allons-y pour dire non à l’oubli, non à la facilité, non à cette logique qui voudrait faire de nous des zombies numériques. Allons-y, parce que la culture n’est pas un produit. Elle est un combat. Et ce combat, il se mène dans l’obscurité d’une salle, avec des images qui dansent sur un écran, et des hommes qui refusent de se laisser endormir.


Analogie finale :

La Clef tourne dans la serrure rouillée,
Un grincement d’espoir dans la nuit capitaliste.
Les murs suintent encore la sueur des révoltes passées,
Les fauteuils gardent l’empreinte des fesses rebelles.

On a voulu faire de nous des rats de laboratoire,
Des cobayes dociles devant l’écran-lumière,
Mais voici qu’un vieux cinéma crache son venin,
Et la salle se remplit de spectres en colère.

Ô vous, les comptables aux doigts crochus,
Les algorithmes aux sourires de plastique,
Vous croyez avoir gagné, n’est-ce pas ?
Mais une salle qui rouvre est un coup de poing dans votre logique.

Car l’art n’est pas un produit, non,
C’est un virus, une épidémie,
Un feu qui couve sous la cendre des siècles,
Et qui, ce soir, reprend vie dans le 5e.

Alors éteignez vos écrans, vos applis, vos likes,
Venez respirer l’odeur du celluloïd qui brûle,
Venez entendre le souffle des images qui vivent,
Venez, avant que tout ne soit plus qu’une bulle.

La Clef tourne, et le monde tremble un peu,
Car un cinéma qui renaît est un acte de guerre.
Pas une guerre de tanks, non,
Mais une guerre pour l’âme, une guerre pour la lumière.



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