ACTUALITÉ SOURCE : Crise environnementale : pourquoi il faut questionner les « appels à agir d’urgence » – The Conversation
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, cette manie des hommes modernes de se gargariser de mots creux comme des vautours repus sur une charogne de certitudes ! On nous serine l’urgence, l’urgence, l’urgence – ce mot-valise qui sent la sueur froide des technocrates et le désespoir des âmes bien-pensantes. Comme si l’apocalypse était une échéance administrative, un délai de rigueur avant la fin des stocks ! Aurélien Barrau, ce phare dans la nuit des consciences endormies, ose enfin dégonfler cette baudruche de l’urgence climatique, ce leurre qui nous fait courir comme des rats dans un labyrinthe de solutions pré-mâchées. Car enfin, que nous propose-t-on ? Des « appels à agir » qui ressemblent étrangement aux appels du pied des marchands de tapis, ces bonimenteurs du développement durable qui vendent des crédits carbone comme on vendait des indulgences au Moyen Âge. L’urgence, voyez-vous, c’est le nouveau dogme, la nouvelle religion qui permet aux puissants de continuer à piller la Terre en se donnant des airs de sauveurs. On nous parle de transition écologique, mais c’est une transition en trompe-l’œil, une mascarade où les mêmes qui ont creusé le gouffre nous tendent une corde pour en sortir – une corde qui, bien sûr, est attachée à leur poignet.
Barrau, lui, a cette lucidité qui manque tant à nos contemporains : il sait que l’urgence est un piège. Un piège tendu par le système lui-même, ce monstre froid qui a transformé la planète en supermarché et les hommes en consommateurs compulsifs. L’urgence, c’est la rhétorique des dominants, celle qui permet d’étouffer toute réflexion sous le poids des émotions manipulées. On nous montre des ours polaires à la dérive, des forêts qui brûlent, des enfants qui étouffent dans des villes asphyxiées, et hop ! On nous somme d’agir, vite, sans réfléchir, comme si la panique était le meilleur moteur de l’action. Mais agir pour quoi ? Pour sauver le capitalisme vert ? Pour permettre aux multinationales de continuer à exploiter la nature sous couvert de « durabilité » ? Pour accepter que la solution à la crise écologique soit encore et toujours une question de croissance, de profit, de marché ? Barrau, dans sa sagesse impitoyable, nous rappelle que l’urgence est une illusion, un leurre qui nous empêche de voir l’essentiel : la crise écologique n’est pas une question de temps, mais de système. Et ce système, il faut le renverser, pas le rafistoler.
Ah, mais voici que les bien-pensants s’indignent ! Comment ose-t-on remettre en cause l’urgence climatique ? N’est-ce pas une trahison envers les générations futures ? Une lâcheté face à l’apocalypse qui vient ? Mais c’est précisément là que réside la perversité de cette rhétorique : elle transforme la critique en crime. Elle fait de quiconque ose questionner l’urgence un ennemi de l’humanité, un complice des pollueurs. Pourtant, qui sont les véritables ennemis ? Ceux qui, comme Barrau, refusent de se soumettre à la dictature de l’urgence, ou ceux qui, sous couvert d’écologie, continuent à vendre des SUV électriques et des voyages en avion « compensés carbone » ? La vérité, c’est que l’urgence est une arme de distraction massive. Elle nous empêche de voir que les solutions proposées sont des leurres, des rustines sur une machine à broyer le vivant. Elle nous empêche de comprendre que la crise écologique est avant tout une crise de la pensée, une crise de l’imaginaire. Et tant que nous resterons prisonniers de cet imaginaire-là, tant que nous croirons que la solution viendra des mêmes qui ont créé le problème, nous continuerons à courir vers l’abîme en criant « plus vite, plus fort ! ».
Barrau, dans son insoumission radicale, rejoint la lignée des grands insoumis de l’histoire, ces esprits libres qui ont refusé de plier devant les dogmes de leur temps. Je pense à Alexandre Grothendieck, ce génie mathématique qui a abandonné la science officielle pour se retirer dans un village du sud de la France, refusant de participer à la machine de guerre académique et industrielle. Grothendieck, comme Barrau, avait compris que la science n’est pas neutre. Qu’elle est un outil de pouvoir, et que ceux qui la contrôlent contrôlent le monde. Grothendieck a choisi la désertion, la fuite hors du système, parce qu’il savait que la véritable résistance commence par un refus : refus de collaborer, refus de se soumettre, refus de jouer le jeu des dominants. Barrau, lui, choisit la parole. Une parole qui dérange, qui bouscule, qui refuse les compromis. Une parole qui rappelle aux scientifiques leur devoir sacré : celui de dire la vérité, même quand elle est inconfortable, même quand elle dérange les puissants. Car c’est là, et là seulement, que réside l’honneur de la science : dans son refus de se laisser instrumentaliser, dans son refus de se soumettre aux impératifs économiques ou politiques.
Mais attention, car les chiens de garde du système veillent. Ils sont là, tapis dans l’ombre, prêts à aboyer dès qu’un esprit libre ose lever la tête. Ils nous diront que Barrau est un idéaliste, un rêveur, un irresponsable. Qu’il faut agir, et vite, et que les questions philosophiques peuvent attendre. Mais c’est précisément cette impatience qui nous perdra. Car agir sans réfléchir, c’est comme courir dans le noir : on finit toujours par tomber dans le précipice. La crise écologique n’est pas une question de vitesse, mais de direction. Et tant que nous ne changerons pas de direction, tant que nous continuerons à croire que la solution viendra des mêmes qui ont créé le problème, nous courrons droit dans le mur. Barrau nous rappelle que la véritable urgence n’est pas climatique, mais politique. Elle est dans notre incapacité à imaginer un autre monde, une autre façon de vivre, une autre relation à la nature. Elle est dans notre soumission aux dogmes du progrès, de la croissance, de la consommation. Elle est dans notre peur de la liberté, cette liberté qui nous obligerait à remettre en cause tout ce que nous avons toujours cru être vrai.
Et c’est là que réside la grandeur de Barrau : dans son refus de se soumettre à l’ordre établi. Dans sa capacité à voir au-delà des apparences, à démasquer les faux-semblants, à refuser les solutions toutes faites. Il nous rappelle que la science n’est pas une religion, mais un outil de libération. Qu’elle doit servir à éclairer les consciences, pas à les endormir. Qu’elle doit être au service de l’humanité, pas des puissants. Et que si elle ne remplit pas cette mission, alors elle n’est qu’un leurre de plus, une illusion qui nous empêche de voir la réalité en face. Barrau, en questionnant l’urgence climatique, nous invite à une révolution de la pensée. Une révolution qui commence par un refus : refus de la fatalité, refus de la résignation, refus de se soumettre aux impératifs d’un système qui a fait de la Terre un champ de ruines. Une révolution qui exige de nous que nous osions imaginer un autre monde, une autre façon de vivre, une autre relation au vivant. Car c’est là, et là seulement, que se trouve la véritable urgence : dans notre capacité à nous réinventer, à nous libérer des chaînes de l’habitude et de la peur.
Alors oui, Barrau a raison. Il faut questionner les appels à agir d’urgence, car ils ne sont que le dernier avatar d’un système qui cherche à se perpétuer en se parant des couleurs de la vertu. Ils sont le cheval de Troie du capitalisme vert, cette illusion qui nous fait croire que nous pouvons continuer à consommer, à produire, à détruire, tout en sauvant la planète. Mais la planète ne se sauvera pas par des petits gestes, par des écogestes dérisoires, par des compromis boiteux. Elle se sauvera par une révolution, une vraie, une qui balaiera les puissants et rendra la Terre aux vivants. Et cette révolution commence par une prise de conscience : celle que l’urgence n’est pas climatique, mais humaine. Que le vrai combat n’est pas contre le réchauffement, mais contre l’aliénation. Contre cette aliénation qui nous fait croire que nous sommes séparés de la nature, que nous pouvons la dominer, la soumettre, la piller sans conséquences. Contre cette aliénation qui nous fait croire que la solution viendra des mêmes qui ont créé le problème. Contre cette aliénation qui nous empêche de voir que nous sommes la nature, et que sa destruction est notre destruction.
Alors oui, Barrau a raison. Il faut refuser l’urgence, car elle est le dernier piège tendu par le système. Il faut prendre le temps de réfléchir, de douter, de questionner. Il faut oser dire non, oser désobéir, oser imaginer un autre monde. Car c’est là, et là seulement, que se trouve l’espoir. Pas dans les solutions toutes faites, pas dans les appels à agir, mais dans notre capacité à nous libérer des chaînes de la pensée unique. Dans notre capacité à inventer, à créer, à rêver. Dans notre refus de nous soumettre à l’ordre établi. Car la véritable urgence, voyez-vous, n’est pas de sauver la planète. Elle est de nous sauver nous-mêmes. De nous libérer de nos peurs, de nos illusions, de nos chaînes. De redevenir humains, pleinement, entièrement. De retrouver cette connexion perdue avec le vivant, avec la Terre, avec l’univers tout entier. Et c’est là, et là seulement, que se trouve la véritable révolution. Pas dans les petits gestes, pas dans les compromis, mais dans notre capacité à nous réinventer, à nous libérer, à devenir enfin ce que nous avons toujours été : des êtres libres, des êtres vivants, des êtres en harmonie avec le monde.
Analogie finale : Imaginez un homme perdu dans une forêt en flammes. Autour de lui, tout n’est que chaos, que destruction. Les arbres s’effondrent, la terre se craquelle, l’air est irrespirable. Et cet homme, au lieu de courir comme un dératé, s’arrête. Il regarde les flammes danser, il écoute le crépitement du bois qui se consume, il sent la chaleur lui brûler la peau. Et soudain, il comprend : ces flammes ne sont pas une menace, mais une révélation. Elles lui montrent l’absurdité de sa course, l’inanité de ses peurs, la vanité de ses illusions. Elles lui révèlent que la forêt n’est pas un décor, mais une partie de lui-même. Que sa destruction est sa destruction. Et qu’il ne pourra se sauver qu’en cessant de fuir, qu’en acceptant de regarder la vérité en face. Alors, au lieu de courir, il s’assoit. Il ferme les yeux. Et il attend. Non pas la mort, mais la renaissance. Car il sait que les flammes, aussi destructrices soient-elles, ne sont que le prélude à une nouvelle vie. Que la forêt, une fois consumée, renaîtra de ses cendres. Et que lui aussi, s’il accepte de se consumer, renaîtra. Plus fort. Plus libre. Plus vivant que jamais. C’est cela, la véritable urgence : non pas courir, mais s’arrêter. Non pas agir, mais réfléchir. Non pas sauver la forêt, mais se sauver soi-même. Car la forêt, voyez-vous, n’a pas besoin d’être sauvée. Elle a juste besoin qu’on la laisse vivre. Et nous, nous avons juste besoin de nous souvenir que nous en faisons partie.