ACTUALITÉ SOURCE : Courez voir ces belles expositions d’octobre 2026 à Paris ! – Sortir à Paris
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, ces « belles expositions » d’octobre 2026, ce cri désespéré lancé par les marchands de rêves culturels ! Comme si l’art pouvait encore sauver quoi que ce soit dans ce monde en putréfaction avancée. Comme si ces temples du divertissement intellectuel n’étaient pas devenus les derniers avatars de la société du spectacle, ces cathédrales néolibérales où l’on vient consommer du sens comme on achète des yaourts en promotion. « Courez voir », nous intime-t-on, avec cette urgence suspecte qui sent la panique des institutions culturelles sentant leur propre obsolescence dans un monde où l’attention se monnaye en micro-secondes de dopamine.
Regardez bien cette injonction : elle est révélatrice de notre époque. Ce n’est plus « venez contempler », « venez méditer », « venez vous élever » – non, c’est « courez ». Le verbe est capital. Il trahit l’essence même de notre civilisation : la vitesse, l’agitation, le mouvement perpétuel comme valeur suprême. Nous courons, donc nous sommes. Nous courons vers ces expositions comme nous courons vers nos open-spaces, nos salles de sport, nos applis de rencontre – toujours en mouvement, jamais présents, toujours consommateurs, jamais humains. L’exposition devient le fast-food de la culture : rapide, digeste, photogénique, à consommer entre deux réunions Zoom et trois notifications LinkedIn.
Et ces « belles expositions » ! L’adjectif est un chef-d’œuvre de manipulation sémantique. « Belles » – comme si la beauté pouvait encore exister dans un monde où tout est marchandise, où même les émotions sont préformatées par les algorithmes. La beauté aujourd’hui, c’est ce qui se vend bien, ce qui fait de jolis posts Instagram, ce qui s’inscrit dans le storytelling officiel de la culture comme produit d’appel pour touristes en quête d’authenticité préemballée. Ces expositions sont belles comme un centre commercial est beau, comme un écran Retina est beau, comme un burger McDonald’s est beau sur une affiche géante – c’est-à-dire d’une beauté morte, aseptisée, sans danger, sans aspérité, sans cette laideur nécessaire qui est souvent le dernier refuge de la vérité.
George Steiner, ce grand absent de notre époque, avait compris que la culture était devenue le dernier opium du peuple, plus efficace que la religion car plus insidieux. Ces expositions d’octobre 2026 en sont la parfaite illustration. On y viendra en masse, comme on va à la messe, pour se sentir exister, pour se donner l’illusion d’une transcendance dans un monde qui n’en offre plus. On admirera les toiles, on lira les cartels avec cette gravité feinte des gens qui veulent croire qu’ils pensent, on prendra des photos pour prouver qu’on était là, qu’on a « fait » la culture comme on « fait » un musée ou un pays. Et puis on rentrera chez soi, l’âme aussi vide qu’avant, mais avec le sentiment du devoir accompli – celui du consommateur culturel responsable, du citoyen qui a « vu » quelque chose, qui a « participé », qui a « été là ».
Car c’est bien de participation qu’il s’agit, mais d’une participation passive, d’une adhésion sans engagement, d’une consommation sans digestion. Ces expositions sont conçues pour être « accessibles », c’est-à-dire pour ne heurter personne, pour ne rien remettre en cause, pour s’inscrire dans le grand récit consensuel de la culture comme divertissement inoffensif. On y verra des œuvres politiquement correctes, des artistes « engagés » mais jamais trop, des thèmes « sociétaux » mais toujours traités avec cette distance ironique qui permet de ne jamais prendre position. L’art est devenu un miroir sans tain : il reflète nos préoccupations sans jamais nous renvoyer notre propre image, sans jamais nous obliger à nous regarder en face.
Et que dire de cette date, octobre 2026 ? Comme si le temps lui-même était devenu une marchandise, un produit marketing. Octobre, c’est la rentrée culturelle, le moment où les institutions sortent leurs « coups de cœur », leurs « événements incontournables », leurs « expériences immersives ». C’est le mois où l’on nous vend du rêve en promo, où l’on nous fait croire que l’art peut encore être une aventure alors qu’il n’est plus qu’un produit saisonnier, comme les soldes ou les fêtes de fin d’année. 2026, c’est demain et déjà hier – une date qui n’a plus de sens dans un monde où tout est immédiat, où tout est disponible tout de suite, où l’on zappe d’une exposition à l’autre comme d’une série à l’autre.
Ces expositions sont les symptômes d’une maladie plus profonde : celle d’une société qui a perdu le sens du sacré, qui a remplacé la transcendance par le divertissement, la contemplation par la consommation. Nous ne cherchons plus dans l’art ce qui nous dépasse, mais ce qui nous ressemble, ce qui nous rassure, ce qui nous confirme dans notre petit confort intellectuel. Nous voulons des expositions « inclusives », « diverses », « représentatives » – c’est-à-dire des expositions qui reflètent notre monde tel qu’il est, avec ses inégalités, ses injustices, ses contradictions, mais sans jamais nous obliger à les remettre en cause. L’art est devenu un miroir complaisant, un narcissisme collectif où nous venons admirer notre propre reflet, toujours plus beau, toujours plus lisse, toujours plus conforme.
Et pourtant… Pourtant, il y a quelque chose de pathétique dans cette injonction à « courir voir » ces expositions. Comme si, au fond, les institutions culturelles sentaient que leur temps était compté, que leur légitimité était en train de s’effriter, que leur rôle de gardiennes du temple était remis en cause par des formes d’expression plus immédiates, plus radicales, plus en phase avec les réalités du monde. Ces expositions sont les derniers soubresauts d’un système en train de mourir, les ultimes tentatives pour maintenir l’illusion d’une culture qui aurait encore un sens, une valeur, une utilité dans un monde qui n’en a plus que faire.
Car que reste-t-il de la culture dans un monde où tout est accéléré, où tout est jetable, où tout est remplaçable ? Que reste-t-il de l’art dans une société où l’attention est devenue la denrée la plus rare, où le temps de cerveau disponible se compte en secondes, où la moindre pensée un peu complexe est immédiatement noyée sous un flot d’informations contradictoires ? Ces expositions sont des îlots de résistance, nous dit-on. Mais de résistance à quoi ? À l’abrutissement généralisé ? À la marchandisation de tout ? À la disparition du sens ? Non, elles résistent à leur propre obsolescence, à leur propre inutilité dans un monde qui a trouvé d’autres moyens, plus efficaces, de se divertir, de se rassurer, de se mentir à lui-même.
Et nous, dans tout ça ? Nous sommes les complices consentants de cette mascarade. Nous courons, nous photographions, nous partageons, nous « likons » – et nous croyons ainsi avoir accompli quelque chose, avoir participé à quelque chose de grand, de noble, de nécessaire. Mais en réalité, nous ne faisons que consommer, encore et toujours, sans jamais nous arrêter, sans jamais réfléchir, sans jamais nous demander ce que tout cela signifie vraiment. Nous sommes les hamsters de la roue culturelle, tournant sans fin dans un manège qui ne mène nulle part, mais qui nous donne l’illusion du mouvement, de la vie, de l’existence.
Alors oui, allez voir ces expositions. Courez-y, même. Mais ne vous leurrez pas : elles ne vous sauveront pas. Elles ne sauveront rien. Elles ne sont que le dernier avatar d’un monde qui a perdu le sens de la beauté, de la vérité, de l’humanité. Elles sont les derniers feux d’une civilisation qui s’éteint, les ultimes tentatives pour donner un sens à un monde qui n’en a plus. Et quand le dernier visiteur sera sorti, quand les lumières se seront éteintes, quand les portes se seront refermées, il ne restera plus rien – rien que le silence, le vide, l’absurdité de notre condition.
« L’art est un mensonge qui nous permet de comprendre la vérité », disait Picasso. Mais quel mensonge nous reste-t-il quand la vérité elle-même est devenue un produit de consommation ? Quel art nous reste-t-il quand la beauté n’est plus qu’un argument marketing ? Quelle culture nous reste-t-il quand tout est culture, et donc rien ne l’est plus ? Ces expositions d’octobre 2026 sont les derniers soubresauts d’un monde qui refuse de mourir, mais qui est déjà mort – mort dans nos cœurs, mort dans nos esprits, mort dans nos âmes. Et nous courons, nous courons, comme des fous, comme des damnés, vers ces temples vides où nous espérons trouver ce que nous avons nous-mêmes détruit : le sens, la beauté, l’humanité.
Analogie finale : Ces expositions sont comme ces feux d’artifice que l’on tire au-dessus des champs de bataille, ces éclats de lumière qui illuminent un instant les ruines avant de retomber dans l’obscurité. Nous levons les yeux, émerveillés, oubliant un instant l’horreur qui nous entoure, croyant que cette beauté éphémère peut encore nous sauver. Mais les feux d’artifice ne changent rien à la guerre, et les expositions ne changent rien à notre condition. Elles ne sont que des leurres, des illusions, des mirages dans le désert de notre désespoir. Et pourtant, nous continuons à y croire, comme des enfants qui croiraient encore au Père Noël, comme des fous qui croiraient encore en Dieu. Nous courons vers ces expositions comme on court vers un dernier espoir, un dernier rêve, une dernière chance de donner un sens à notre existence. Mais le sens n’est pas dans les musées, il n’est pas dans les galeries, il n’est pas dans les expositions – il est en nous, ou il n’est nulle part. Et nous l’avons perdu, depuis longtemps, dans le bruit et la fureur de ce monde qui nous broie, qui nous consume, qui nous détruit. Alors oui, allez voir ces expositions. Mais sachez que ce ne sont que des tombeaux, des mausolées, des monuments funéraires érigés à la mémoire de ce que nous avons été, de ce que nous aurions pu être, de ce que nous ne serons jamais plus.