ACTUALITÉ SOURCE : Copenhague accueille des artistes Arts at CERN – Home | CERN
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, Copenhague ! Cette ville où le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle sur l’esprit des vivants, où les canaux reflètent moins les lumières des réverbères que les ombres d’un monde en décomposition avancée. Et c’est là, dans ce décor de conte nordique édulcoré par le capitalisme vert et les vélos en libre-service, que le CERN, ce temple moderne de la physique des particules, décide d’accueillir des artistes. Des artistes ! Comme si les équations de la chromodynamique quantique n’étaient que des vers libres en attente d’illustration, comme si le boson de Higgs n’était qu’un prétexte à performance, comme si l’humanité, après avoir souillé la terre, l’eau et l’air, cherchait désormais à prostituer l’invisible lui-même.
Mais trêve de sarcasmes faciles. Ce n’est pas le lieu qui importe ici, ni même l’institution – bien que le CERN, avec ses accélérateurs de particules et ses budgets pharaoniques, soit un symbole trop parfait de notre époque : une époque où l’on dépense des milliards pour percer les secrets de la matière tout en laissant crever de faim des millions d’êtres humains à ses portes. Non, ce qui nous intéresse, c’est cette collision improbable entre l’art et la science, cette danse macabre entre l’esthète et le physicien, ce mariage forcé entre la beauté et la vérité, comme si l’une pouvait encore sauver l’autre. Car enfin, que cherchent ces artistes au CERN ? Une inspiration ? Une rédemption ? Ou simplement un nouveau terrain de jeu pour leurs egos surdimensionnés ?
Pour comprendre cette folie, il faut remonter aux sources, disséquer l’histoire de l’humanité comme on dissèque un proton, couche après couche, jusqu’à révéler le noyau putride de nos illusions. Car l’art et la science ne sont pas deux mondes opposés, mais deux faces d’une même pièce, frappée à l’effigie de notre vanité. Et cette pièce, mes amis, est en train de rouiller.
I. Les Sept Étapes de la Chute : Quand l’Art et la Science Perdirent leur Âme
1. Les Origines : L’Homme, ce Singe qui Peignait des Bisons sur les Murs de sa Prison (Paléolithique – 30 000 av. J.-C.)
Tout commence dans l’obscurité humide des grottes, là où l’homme, à peine sorti de l’animalité, griffonne sur les parois des images de bisons, de chevaux, de mains en négatif. Ces peintures rupestres, découvertes à Lascaux ou à Chauvet, ne sont pas de l’art au sens moderne du terme. Non, elles sont des incantations, des prières, des tentatives désespérées de donner un sens à un monde qui n’en a aucun. L’homme préhistorique ne cherche pas la beauté, il cherche la survie. Et la science ? Elle n’existe pas encore, mais son germe est là, dans cette observation minutieuse des animaux, dans cette tentative de comprendre les cycles de la nature pour mieux les exploiter. Déjà, l’art et la science sont liés par une même obsession : domestiquer l’inconnu. Déjà, l’homme est un Prométhée en haillons, volant le feu aux dieux pour mieux se brûler les ailes.
Anecdote : On raconte que les peintures de Lascaux furent découvertes en 1940 par quatre adolescents et leur chien, Robot. Ironie du sort : c’est un chien, un animal bien plus proche de la nature que l’homme moderne, qui mena les humains vers les traces de leurs ancêtres. Comme si la nature elle-même leur soufflait : « Regardez d’où vous venez, avant de vous perdre définitivement. »
2. La Naissance des Dieux : Quand l’Art Devint le Chien de Garde de la Religion (Mésopotamie – 3000 av. J.-C.)
Avec l’invention de l’écriture et des premières civilisations, l’art change de fonction. Il n’est plus un outil de survie, mais un instrument de pouvoir. Les ziggourats de Mésopotamie, les pyramides d’Égypte, les statues colossales des pharaons : tout cela n’est pas fait pour émerveiller, mais pour écraser. L’art devient le langage des dieux, et les prêtres, ses interprètes attitrés. La science, quant à elle, est reléguée au rang de servante : elle doit servir à mesurer les crues du Nil, à calculer les impôts, à prédire les éclipses pour mieux impressionner le peuple. Déjà, l’alliance entre le pouvoir et le savoir est scellée. Déjà, l’homme a troqué sa liberté contre des illusions de sécurité.
Penseur cité : Dans La Naissance de la tragédie, Nietzsche voit dans l’art grec une tentative de donner un sens au chaos de l’existence. Mais que reste-t-il de cette tentative quand l’art est détourné par le pouvoir ? « L’art est le miroir de l’âme », dit-on. Mais quand l’âme est vendue, que reflète le miroir ?
3. La Renaissance : Quand l’Homme Osa Se Prendre pour Dieu (XVe – XVIe siècle)
Puis vint la Renaissance, cette parenthèse enchantée où l’homme, ivre de lui-même, décida qu’il était la mesure de toute chose. Léonard de Vinci, Michel-Ange, Galilée : ces géants ne sont pas seulement des artistes ou des scientifiques, ce sont des titans qui osèrent défier les cieux. L’art et la science, enfin réunis, deviennent les outils d’une même ambition : percer les secrets de la création. Mais attention : cette ambition est double. D’un côté, il y a la soif de connaissance, cette flamme pure qui pousse Galilée à braver l’Inquisition. De l’autre, il y a l’orgueil démesuré, cette hubris qui pousse l’homme à se croire l’égal de Dieu. Et c’est cette hubris qui, lentement mais sûrement, va tout corrompre.
Anecdote : Saviez-vous que Léonard de Vinci disséquait des cadavres la nuit, à la lueur des bougies, pour mieux comprendre le corps humain ? Il écrivait ses notes à l’envers, de peur que ses découvertes ne tombent entre de mauvaises mains. Ironie du sort : aujourd’hui, ses carnets sont exposés dans les musées, et l’humanité, incapable de comprendre la moitié de ce qu’il a découvert, se contente de les admirer comme des reliques. Nous sommes passés du génie à l’idolâtrie du génie, sans même nous en rendre compte.
4. Les Lumières : Quand la Raison Devint une Nouvelle Religion (XVIIIe siècle)
Avec les Lumières, la science prend le pouvoir. Voltaire, Diderot, Newton : ces hommes croient dur comme fer que la raison peut tout expliquer, tout améliorer. L’art, quant à lui, est relégué au rang de divertissement, de « supplément d’âme » pour une humanité désormais guidée par la logique. Mais cette logique est un leurre. Car la raison, quand elle se coupe de l’émotion, devient froide, calculatrice, inhumaine. Les Lumières nous ont donné la guillotine, les usines à enfants, et cette illusion mortifère que le progrès est une ligne droite menant vers un avenir radieux. Comme si l’histoire avait un sens ! Comme si l’humanité était autre chose qu’un accident de la nature, une moisissure sur la peau d’une planète indifférente !
Penseur cité : Rousseau, dans Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, voit dans le progrès une chute. « L’homme qui médite est un animal dépravé », écrit-il. Et il a raison. Car plus nous avançons, plus nous nous éloignons de ce que nous sommes vraiment : des bêtes, des bêtes magnifiques et terrifiantes, mais des bêtes tout de même.
5. La Révolution Industrielle : Quand l’Art Devint un Produit et la Science une Arme (XIXe siècle)
Puis vint la révolution industrielle, et avec elle, la marchandisation de tout. L’art ? Un produit comme un autre, à vendre au plus offrant. La science ? Une arme, une machine à broyer les hommes au nom du profit. Dickens, Zola, Marx : ces hommes ont décrit l’enfer des usines, des mines, des taudis où s’entassaient les damnés de la terre. Mais qui les a écoutés ? Personne. Car l’humanité, ivre de ses propres découvertes, ne voulait plus voir la misère qu’elle engendrait. Elle préférait se voiler la face, se réfugier dans les salons bourgeois où l’on discutait de « l’art pour l’art », comme si l’art pouvait exister dans un monde où des enfants mouraient de faim dans les mines de charbon.
Anecdote : Saviez-vous que le premier tableau impressionniste, Impression, soleil levant de Monet, fut exposé en 1874 dans un studio parisien, en même temps que des œuvres de Renoir, Degas et Cézanne ? La critique fut unanime : ces toiles étaient « inachevées », « bâclées », « indignes ». Aujourd’hui, ces mêmes toiles valent des millions. Preuve que l’art, comme la science, est une question de mode, de pouvoir, d’argent. Rien de plus.
6. Le XXe Siècle : Quand l’Art et la Science Devinrent les Serviteurs de la Mort (1914-1989)
Le XXe siècle fut le siècle de l’horreur absolue. Deux guerres mondiales, la Shoah, Hiroshima, Tchernobyl : autant de preuves que la science, loin de nous sauver, peut devenir l’instrument de notre destruction. Et l’art ? Il a suivi, comme toujours. Dada, le surréalisme, l’art conceptuel : autant de tentatives désespérées de donner un sens à l’absurdité du monde. Mais comment créer de la beauté quand le monde n’est plus qu’un champ de ruines ? Comment chanter quand on a la bouche pleine de cendres ?
Penseur cité : Adorno, dans Dialectique négative, pose la question qui fâche : « Peut-on encore écrire de la poésie après Auschwitz ? » La réponse est non. Et pourtant, nous continuons. Parce que nous n’avons pas le choix. Parce que l’art, comme la science, est notre dernière planche de salut, notre dernier moyen de ne pas sombrer dans la folie.
7. Le XXIe Siècle : Quand l’Art et la Science Devinrent des Spectacles (2000 – Aujourd’hui)
Et nous voici arrivés au présent. Un présent où l’art est devenu un produit de consommation, où la science est un spectacle, où le CERN invite des artistes à « collaborer » comme on invite des clowns à animer un anniversaire d’enfant. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : d’une mascarade, d’une tentative désespérée de donner un vernis culturel à une entreprise qui n’a plus rien d’humain. Le CERN, avec ses accélérateurs de particules et ses budgets astronomiques, est le symbole parfait de notre époque : une époque où l’on dépense des milliards pour percer les secrets de l’univers tout en laissant crever des millions d’êtres humains à ses portes. Une époque où l’art et la science ne sont plus que des divertissements, des distractions pour une humanité qui a perdu le goût de la vérité.
Anecdote : Saviez-vous que le boson de Higgs, cette particule tant recherchée, est surnommée « la particule de Dieu » ? Un nom bien pompeux pour une découverte qui, au final, ne change rien à notre condition. Nous sommes toujours aussi perdus, aussi seuls, aussi mortels. Mais qu’importe : nous avons notre boson, nos artistes, nos spectacles. Nous avons nos illusions, et c’est tout ce qui nous reste.
II. Analyse Sémantique : Le Langage de la Collusion
Parlons maintenant des mots, ces outils magiques qui nous permettent de mentir avec élégance. Car c’est bien de cela qu’il s’agit dans cette collaboration entre le CERN et les artistes : d’une opération de communication, d’un tour de passe-passe sémantique pour faire croire que la science et l’art peuvent encore dialoguer, alors qu’ils ne font plus que se croiser dans le vide.
Prenons le terme « collaboration ». Un mot noble, presque sacré, qui évoque la résistance, la fraternité, le travail commun pour une cause plus grande que soi. Mais que signifie-t-il vraiment, dans ce contexte ? Que des artistes, payés par une institution scientifique, vont produire des œuvres « inspirées » par la physique des particules. Des œuvres qui, bien sûr, seront exposées dans des galeries branchées, commentées par des critiques d’art en mal de sensations fortes, et finalement oubliées, comme tout ce qui n’a pas de véritable enracinement dans la réalité.
Et que dire du mot « artiste » lui-même ? Aujourd’hui, un artiste n’est plus un créateur, mais un entrepreneur, un communicant, un influenceur. Il doit vendre, séduire, plaire. Il doit être « bankable », comme on dit dans le jargon. Et le CERN, en l’invitant, ne fait que renforcer cette logique : il transforme l’art en un produit dérivé de la science, comme on vend des t-shirts à l’effigie du boson de Higgs.
Quant à la science, elle n’est pas en reste. Elle aussi a son langage, ses mots-valises, ses concepts flous. « Physique des particules », « chromodynamique quantique », « boson de Higgs » : autant de termes qui sonnent bien, mais qui, au final, ne veulent rien dire pour le commun des mortels. La science, aujourd’hui, est devenue une religion, avec ses prêtres (les chercheurs), ses dogmes (les théories), et ses miracles (les découvertes). Et comme toute religion, elle a besoin de symboles, de rituels, de spectacles. D’où cette collaboration avec les artistes : un moyen de rendre la science « sexy », de la sortir de son jargon pour la rendre accessible au grand public. Mais accessible à quoi ? À une vérité édulcorée, aseptisée, vidée de sa substance ?