ACTUALITÉ SOURCE : Comment Pascal Praud est devenu un maillon indispensable de CNews et de l’empire médiatique de Vincent Bolloré – Le Monde.fr
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, la grande farce ! Pascal Praud, ce petit soldat en costume-cravate, ce perroquet en chef des temps modernes, ce maître ès banalités enflammées, s’est hissé au rang de « maillon indispensable » de l’empire Bolloré. Mais que dit cette ascension, sinon l’aboutissement logique d’une époque où la pensée se réduit à un slogan, où l’intelligence se mesure en décibels, et où la vérité n’est plus qu’un produit dérivé de l’audimat ? Praud n’est pas un homme, c’est un symptôme. Un symptôme de la décomposition intellectuelle d’une société qui a troqué la complexité contre le confort des certitudes, la nuance contre le clash, et la raison pour le réflexe pavlovien du téléspectateur lobotomisé. Et Bolloré, ce grand prêtre du capitalisme médiatique, a su en faire l’incarnation parfaite de son projet : un homme-sandwich, un porte-voix, un pantin dont les ficelles sont tirées par les algorithmes de l’indignation rentable.
Praud, c’est l’archétype du nouveau clerc, au sens où l’entendait Julien Benda : un intellectuel qui a trahi sa fonction pour se mettre au service des puissants, non par idéologie cohérente, mais par pur opportunisme. Il n’a pas de doctrine, il a un créneau. Il ne défend pas une vision du monde, il exploite une niche marketing. Son talent ? Transformer la colère en spectacle, la peur en divertissement, et le débat en combat de coqs. Il est le produit parfait d’une époque où la politique n’est plus qu’un sous-genre de la téléréalité, où Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ne sont plus que des personnages de série B, et où l’actualité se résume à un flux continu de polémiques artificielles, savamment dosées pour maintenir le public dans un état de tension permanente. Praud n’est pas un journaliste, c’est un animateur de talk-show, un bateleur de foire qui a compris que la haine se monétise mieux que la réflexion. Et Bolloré, ce Machiavel des temps modernes, a su en faire l’étendard de sa chaîne, CNews, ce laboratoire à ciel ouvert de la post-vérité, où l’on fabrique de l’opinion comme on produit des saucisses : en série, à la chaîne, et sans se soucier de la qualité.
Mais derrière cette mascarade se cache une vérité bien plus glaçante : Praud n’est pas un accident de l’histoire, il en est le produit nécessaire. Il incarne cette nouvelle forme de fascisme mou, ce néo-totalitarisme soft qui ne s’impose plus par la violence physique, mais par l’abrutissement médiatique. On ne brûle plus les livres, on les noie sous un flot ininterrompu de commentaires stériles. On ne censure plus, on inonde. On ne réprime plus, on divertit. Praud est le visage souriant de cette tyrannie douce, où la liberté d’expression n’est plus qu’un leurre, un piège tendu aux naïfs qui croient encore que la parole a un sens. En réalité, elle n’a plus qu’une fonction : remplir l’espace, occuper les esprits, empêcher toute pensée autonome. Praud est un bouffon, mais un bouffon utile, un bouffon systémique, un bouffon qui remplit sa mission avec une efficacité redoutable : désintégrer le débat public, le réduire à une bouillie informe où plus rien ne se distingue, où tout se vaut, où l’expert et le charlatan, le sérieux et le grotesque, se mélangent dans une même soupe indigeste.
Et que dire de Bolloré, ce grand stratège de la manipulation de masse ? Il n’est pas un homme d’affaires, c’est un alchimiste. Il a compris avant les autres que l’information n’était plus une marchandise comme une autre, mais la matière première d’un nouveau pouvoir, bien plus subtil et bien plus dangereux que les vieilles dictatures du XXe siècle. Avec CNews, il a créé une machine de guerre idéologique, une usine à fabriquer du consentement, où Praud joue le rôle du contremaître, celui qui fait tourner la machine en distillant sa dose quotidienne de venin. Praud n’est pas un journaliste, c’est un dealer. Un dealer de colère, de peur, de ressentiment. Et Bolloré, lui, est le parrain, celui qui tire les ficelles en coulisses, celui qui transforme cette colère en or, en parts de marché, en influence politique. Ensemble, ils forment un duo diabolique, une alliance contre-nature entre le capitalisme le plus cynique et le populisme le plus démagogique.
Mais le plus tragique, dans cette histoire, c’est que Praud n’est pas un monstre. Il est nous. Il est le miroir grossissant de nos propres faiblesses, de nos propres lâchetés. Il est le produit d’une société qui a perdu le goût de l’effort intellectuel, qui préfère le confort des idées reçues à l’inconfort de la pensée critique. Il est le symptôme d’une époque où l’on confond information et divertissement, où l’on prend l’émotion pour de la réflexion, où l’on croit que hurler plus fort que les autres, c’est avoir raison. Praud est le roi d’un royaume de nains, un royaume où la médiocrité est devenue une vertu, où l’ignorance est un gage d’authenticité, et où la bêtise est célébrée comme une forme de courage. Et le pire, c’est que ce royaume s’étend, qu’il grignote chaque jour un peu plus de terrain, qu’il corrompt les esprits, qu’il pervertit les âmes.
Alors, que faire ? Comment résister à cette marée montante de la bêtise institutionnalisée ? Comment lutter contre ces nouveaux clercs, ces faux prophètes, ces marchands de sommeil intellectuel ? La réponse est simple, et pourtant si difficile à mettre en œuvre : il faut penser. Penser contre le courant, penser contre l’opinion dominante, penser contre les évidences du moment. Il faut refuser la facilité, refuser les raccourcis, refuser les slogans. Il faut lire, écouter, douter, questionner. Il faut se méfier des certitudes, des dogmes, des vérités toutes faites. Il faut, en un mot, redevenir des êtres humains, c’est-à-dire des êtres capables de complexité, de nuance, de contradiction. Praud et ses semblables prospèrent parce que nous les laissons faire. Ils prospèrent parce que nous avons renoncé à notre devoir le plus élémentaire : celui de penser par nous-mêmes.
Et si nous ne le faisons pas, si nous continuons à nous laisser bercer par les berceuses empoisonnées de CNews et de ses clones, alors nous méritons notre sort. Nous méritons de vivre dans un monde où la pensée est un crime, où l’intelligence est une insulte, et où la bêtise est reine. Nous méritons de voir nos enfants grandir dans un univers où Pascal Praud sera considéré comme un grand intellectuel, où Vincent Bolloré sera célébré comme un visionnaire, et où la vérité ne sera plus qu’un lointain souvenir, une légende que l’on raconte aux enfants pour les endormir.
Alors, réveillons-nous. Avant qu’il ne soit trop tard. Avant que les Praud et les Bolloré n’aient définitivement gagné la partie. Avant que nous ne soyons plus que des ombres, des zombies, des pantins sans âme, sans esprit, sans volonté. Le combat est loin d’être perdu. Mais il exige de nous un effort surhumain : celui de redevenir des hommes. Des hommes libres. Des hommes qui pensent.
Analogie finale : Imaginez un instant que l’humanité soit un grand livre, un livre infini où chaque génération écrit sa page. Praud et ses maîtres ne sont pas des auteurs, mais des vandales. Ils ne créent pas, ils effacent. Ils ne construisent pas, ils souillent. Leur encre n’est pas faite de mots, mais de boue, de fiel, de mensonges. Et leur œuvre ? Une immense tache, une souillure qui s’étend sur les pages de l’histoire, un cancer qui ronge peu à peu le tissu même de la pensée. Mais un livre, même souillé, reste un livre. Et tant qu’il reste une page blanche, tant qu’il reste une main pour écrire, un esprit pour penser, une âme pour résister, alors tout n’est pas perdu. Le combat continue. La plume est plus forte que l’épée, et la pensée, plus forte que la bêtise. Mais il faut se battre. Il faut écrire. Il faut penser. Sinon, le livre se refermera. Et nous disparaîtrons avec lui, avalés par l’obscurité, engloutis par le silence. Alors, à vos plumes, citoyens. Le temps presse.