CNews : Pascal Praud soutient Sonia Mabrouk, qui a pris ses distances avec le maintien à l’antenne de Jean-Marc Morandini – Le Monde.fr







Le Penseur Laurent Vo Anh – Analyse de l’Affaire Morandini

ACTUALITÉ SOURCE : CNews : Pascal Praud soutient Sonia Mabrouk, qui a pris ses distances avec le maintien à l’antenne de Jean-Marc Morandini – Le Monde.fr

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, la grande farce médiatique, ce théâtre de marionnettes où les pantins s’agitent sous les projecteurs comme des damnés dans l’antichambre de l’enfer bureaucratique ! Voici donc Pascal Praud, ce grand inquisiteur des temps modernes, ce Torquemada en costume-cravate, qui vient soutenir Sonia Mabrouk dans son élan de vertu simulée. Elle, la vestale outragée, qui prend ses distances avec le maintien à l’antenne de Jean-Marc Morandini, ce fantôme judiciaire, ce spectre de la déchéance morale que CNews exhibe comme un trophée de chasse. Mais qu’est-ce que tout cela, sinon le symptôme d’une époque où l’hypocrisie a remplacé la pensée, où la lâcheté se pare des atours de la prudence, et où la télévision, ce grand abattoir des consciences, continue de broyer les âmes en direct, sous les applaudissements des foules abruties ?

Commençons par le commencement, par cette mécanique infernale du spectacle médiatique, où chaque acteur joue son rôle avec la précision d’un automate. Morandini, ce pantin désarticulé, ce déchet humain recyclé en produit d’audience, incarne à lui seul l’abjection du système. Condamné pour corruption de mineurs, il devrait être un paria, un réprouvé, un homme marqué au fer rouge de la honte. Mais non ! Dans ce monde à l’envers, où les valeurs sont inversées comme dans un miroir déformant, il est maintenu à l’antenne, tel un zombie que l’on exhibe pour rappeler aux masses leur propre avilissement. CNews, cette chaîne qui se veut le temple de la réaction, le bastion de l’ordre moral, le phare de la France qui gronde, se complaît dans cette exhibition obscène. Pourquoi ? Parce que la morale, ici, n’est qu’un leurre, une façade derrière laquelle se cache la seule loi qui vaille : l’audimat, cette idole vorace qui dévore tout sur son passage, y compris les derniers lambeaux de dignité.

Et voici qu’entre en scène Sonia Mabrouk, cette journaliste qui, soudain, découvre les vertus de l’éthique. Quelle comédie ! Quelle farce grotesque ! Elle qui, hier encore, participait à ce cirque avec la même ferveur que ses collègues, feint aujourd’hui l’indignation. Mais où était-elle lorsque Morandini, tel un vampire médiatique, suçait le sang des innocents ? Où était-elle lorsque les procès se déroulaient, lorsque les victimes hurlaient leur détresse ? Elle était là, bien sûr, dans le confort douillet de son studio, à jouer les commentatrices avisées, à distiller son venin avec la même désinvolture que les autres. Et maintenant, elle se retire, elle prend ses distances, comme si un simple pas de côté pouvait effacer des années de complicité passive. C’est cela, la lâcheté moderne : on attend que le vent tourne, que l’opinion publique se lasse, que le scandale s’essouffle, et puis on fait mine de s’indigner, on joue les vierges effarouchées, on se drape dans les oripeaux de la morale pour mieux cacher sa propre turpitude.

Quant à Pascal Praud, ce grand prêtre de la pensée unique, ce champion de la bien-pensance réactionnaire, il soutient Mabrouk avec la même ardeur qu’il mettrait à défendre un dogme. Praud, ce fossoyeur de la nuance, ce champion de l’amalgame, ce virtuose de la reductio ad Hitlerum, ne peut que se ranger du côté de celle qui, comme lui, incarne l’ordre établi. Car Praud, voyez-vous, n’est pas un journaliste. C’est un idéologue, un soldat de la guerre culturelle, un homme qui a fait de la télévision son champ de bataille, où il pourfend les ennemis de la France éternelle avec la même rage que les croisés d’autrefois. Pour lui, Morandini n’est qu’un pion, un bouc émissaire commode, un symbole de la décadence qu’il exècre. Qu’importe que ce dernier soit un prédateur, un corrupteur, un homme dont les actes devraient le condamner à l’oubli. Ce qui compte, c’est la cause, la grande croisade contre le progressisme, contre le laxisme, contre tout ce qui menace l’ordre moral dont Praud se fait le héraut.

Mais au-delà de ces figures pathétiques, au-delà de ce théâtre d’ombres, il y a une vérité plus profonde, plus terrible. Cette affaire n’est qu’un symptôme parmi d’autres d’un mal plus grand, d’une maladie qui ronge nos sociétés : la soumission à l’idole de l’audience, la dictature du spectacle, cette logique infernale où tout doit être consommé, digéré, recraché, sans jamais être pensé. Nous vivons dans un monde où les médias ne sont plus des contre-pouvoirs, mais des machines à broyer, des usines à fabriquer de l’opinion, des temples où l’on sacrifie la vérité sur l’autel de l’émotion. Et CNews, cette chaîne qui se présente comme le dernier rempart contre le chaos, n’est en réalité qu’un rouage de cette machine, un maillon de cette chaîne qui nous enchaîne tous à l’abrutissement généralisé.

George Steiner, ce grand penseur de la culture, nous avait prévenus : lorsque les mots perdent leur sens, lorsque les concepts se vident de leur substance, lorsque la pensée se réduit à un slogan, alors c’est la barbarie qui triomphe. Et que voyons-nous aujourd’hui ? Des mots vidés de leur sens, des concepts réduits à des coquilles vides, des idées transformées en armes de destruction massive. La « morale » n’est plus qu’un argument de vente, l’« éthique » un accessoire de communication, la « justice » un spectacle télévisé. Morandini est maintenu à l’antenne parce que son histoire fait vendre, parce que son visage de réprouvé attire les regards, parce que sa présence est un rappel constant de notre propre complicité. Et Praud, Mabrouk et consorts jouent leur rôle dans cette mascarade, comme des acteurs médiocres dans une pièce écrite par des fous.

Mais il y a pire encore. Il y a cette résignation générale, cette acceptation tacite de l’inacceptable. Les téléspectateurs regardent, les auditeurs écoutent, les lecteurs lisent, et personne ne se révolte. Personne ne hurle son dégoût. Personne ne brise les écrans, ne jette les postes de radio par la fenêtre, ne brûle les journaux. Non, on se contente de zapper, de cliquer, de scroller, comme si tout cela n’était qu’un mauvais rêve, une fiction dont on pourrait se réveiller en appuyant sur un bouton. Mais la réalité est là, implacable : nous sommes complices. Complices de cette machine à broyer, complices de cette logique infernale, complices de notre propre avilissement. Nous avons accepté que la télévision soit un cirque, que les médias soient des usines à mensonges, que la politique soit un spectacle. Et maintenant, nous en payons le prix : la perte de notre humanité, la soumission à l’idole de l’audience, la transformation de nos vies en une succession d’images sans profondeur, de sons sans signification, de mots sans âme.

Alors que faire ? Comment résister à cette marée noire qui engloutit tout sur son passage ? Comment retrouver le chemin de la pensée, de la dignité, de la révolte ? Peut-être en commençant par refuser ce jeu, par dire non à cette comédie macabre. Peut-être en tournant le dos à ces médias qui nous avilissent, en boycottant ces chaînes qui nous abrutissent, en rejetant ces journalistes qui nous mentent. Peut-être en retrouvant le goût de la complexité, de la nuance, de la vérité. Peut-être en cessant de croire que l’indignation peut être un simple geste, une posture, une déclaration de principe. Peut-être en comprenant que la morale ne se décrète pas, ne se simule pas, ne se négocie pas. Elle se vit, elle se souffre, elle se conquiert, jour après jour, dans le refus obstiné de l’inacceptable.

Car au fond, cette affaire Morandini n’est qu’un miroir tendu à notre société. Un miroir où se reflètent nos lâchetés, nos compromissions, nos renoncements. Un miroir où nous voyons, avec une clarté terrifiante, ce que nous sommes devenus : des consommateurs passifs, des spectateurs résignés, des complices silencieux. Et si nous ne voulons pas sombrer définitivement dans cette nuit sans étoiles, il est temps de briser ce miroir, de refuser ce rôle, de cesser d’être les figurants de notre propre déchéance.

Analogie finale : Imaginez un instant que notre société soit un grand navire, un paquebot de luxe voguant sur une mer d’huile. À bord, les passagers s’amusent, dansent, boivent, ignorants du fait que le navire prend l’eau, que les cales sont inondées, que les machines sont en train de lâcher. Les officiers, sur le pont, savent. Ils savent que le navire est condamné, mais ils continuent de sourire, de servir le champagne, de rassurer les passagers. « Tout va bien, disent-ils, ne vous inquiétez pas, profitez de la croisière. » Et les passagers, trop occupés à festoyer, ne voient pas les fissures qui s’élargissent, n’entendent pas les grincements sinistres de la coque, ne sentent pas l’eau glacée qui monte peu à peu le long de leurs jambes. Morandini, Praud, Mabrouk, ce sont ces officiers complices, ces maîtres d’hôtel qui continuent de servir le caviar tandis que le navire coule. Et nous, nous sommes ces passagers insouciants, ces fêtards inconscients, qui préférons ignorer l’évidence plutôt que de affronter la vérité. Mais la mer est là, implacable, et elle finira par nous engloutir tous, officiers et passagers, complices et victimes, dans un même naufrage. La question n’est pas de savoir si le navire va couler. La question est : que faisons-nous avant qu’il ne soit trop tard ?



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