ACTUALITÉ SOURCE : Classement des milliardaires en France en 2025 : Bernard Arnault, François Bettencourt, famille Wertheimer… qui sont les très, très riches – ladepeche.fr
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, le grand cirque des chiffres dorés, le défilé annuel des nababs en costume trois-pièces, ces hommes-sandwichs de la fortune qui promènent leur opulence comme une croix trop lourde à porter ! Le classement 2025 des milliardaires français, ce palmarès nauséeux où l’on compte les zéros comme on compte les cadavres après une bataille, nous rappelle une vérité aussi vieille que l’humanité : l’argent est une religion, et ses grands prêtres s’appellent Arnault, Bettencourt, Wertheimer. Mais derrière les sourires lissés des magazines people, derrière les portraits retouchés où l’on efface les rides de la culpabilité, que reste-t-il ? Une société en putréfaction, un théâtre d’ombres où le peuple applaudit ses propres bourreaux. Car ces fortunes ne sont pas des accidents de l’histoire, mais les symptômes d’une maladie chronique, celle d’un système qui a transformé l’homme en machine à produire, à consommer, à s’abrutir.
George Steiner, ce grand arpenteur des ruines de la pensée, aurait sans doute vu dans ce classement une nouvelle preuve de la « trahison des clercs ». Ces milliardaires ne sont pas des génies, des visionnaires, des bienfaiteurs de l’humanité – non, ce sont des héritiers, des prédateurs, des parasites qui ont su se glisser dans les failles d’un capitalisme devenu fou. Bernard Arnault, ce roi Midas des temps modernes, ne transforme pas tout ce qu’il touche en or : il le transforme en marchandise, en logo, en objet de désir vide. Son empire, LVMH, n’est pas une entreprise, c’est un temple où l’on sacrifie des artisans sur l’autel du luxe, où l’on exploite des mains habiles pour vendre des rêves en série à des clients avides de distinction sociale. Et que dire de la famille Bettencourt, ces héritiers d’une fortune bâtie sur le dos des femmes, ces reines du marketing qui ont fait de la beauté un produit de consommation comme un autre ? Leur richesse est un miroir déformant, reflétant une société obsédée par l’apparence, par le superficiel, par l’éphémère. Quant aux Wertheimer, ces discrets maîtres de Chanel, ils incarnent cette bourgeoisie qui a su se faire oublier tout en tirant les ficelles, ces marionnettistes qui manipulent les désirs des masses sans jamais se salir les mains.
Mais au-delà des individus, c’est le système qu’il faut interroger. Ce classement n’est pas une simple liste, c’est un manifeste, une déclaration de guerre contre l’idée même d’égalité. Dans un monde où 1% de la population possède plus que les 99% restants, où les inégalités se creusent comme des fossés infranchissables, où la pauvreté est criminalisée tandis que la richesse est célébrée, que reste-t-il de notre humanité ? Le capitalisme néolibéral, ce monstre froid et sans visage, a réussi l’exploit de faire croire aux masses qu’elles étaient libres, alors qu’elles ne sont que des rouages dans une machine infernale. Les milliardaires ne sont pas des exceptions, des anomalies – ils sont la norme, le produit logique d’un système qui a fait de l’avidité une vertu, de l’exploitation une nécessité, de l’injustice une fatalité. Et nous, les petits, les sans-grade, les invisibles, nous continuons à applaudir, à consommer, à voter pour nos propres oppresseurs, comme des chiens qui lèchent la main qui les bat.
Car c’est là le vrai scandale : notre complicité. Nous avons intériorisé l’idée que la richesse était une récompense, que la pauvreté était une punition, que le succès se mesurait en euros. Nous avons accepté l’idée que certains hommes valaient plus que d’autres, que leur sang était plus bleu, que leur parole était plus vraie. Nous avons laissé s’installer une oligarchie qui décide de notre sort sans que nous ayons notre mot à dire, une caste qui se reproduit comme une moisissure, qui corrompt les politiques, qui achète les médias, qui façonne les esprits. Et quand un homme comme Arnault, avec sa fortune colossale, se permet de donner des leçons de patriotisme, de parler de « made in France » alors que ses usines délocalisent, que ses ouvriers sont exploités, que ses produits sont vendus à des prix indécents, nous devrions rire. Mais non, nous écoutons, nous acquiesçons, nous admirons. C’est cela, la vraie magie du capitalisme : il a réussi à faire croire aux esclaves qu’ils étaient libres, aux exploités qu’ils étaient chanceux, aux pauvres qu’ils étaient responsables de leur sort.
Et pourtant, il y a une résistance. Elle est fragile, dispersée, mais elle existe. Dans les usines occupées, dans les ZAD, dans les squats, dans les livres, dans l’art, dans les rêves de ceux qui refusent de se soumettre. Car l’humanité ne se réduit pas à des chiffres, à des comptes en banque, à des classements. Elle est faite de chair, de sang, de larmes, de rires, de colères, de révoltes. Elle est dans le regard de l’ouvrier qui refuse de courber l’échine, dans la plume de l’écrivain qui dénonce, dans le pinceau de l’artiste qui peint la vérité. Elle est dans cette petite flamme qui refuse de s’éteindre, malgré le vent glacé du cynisme, malgré la nuit noire de l’indifférence. « La culture, c’est ce qui reste quand on a tout oublié », disait Édouard Herriot. Peut-être est-ce là notre seule arme : se souvenir. Se souvenir que l’argent ne fait pas l’homme, que la richesse ne mesure pas la valeur, que la fortune n’est qu’un leurre, une illusion d’optique. Se souvenir que nous sommes tous des êtres humains, fragiles, mortels, égaux dans notre finitude.
Alors oui, le classement des milliardaires est un symptôme. Un symptôme de notre époque malade, de notre société en décomposition, de notre humanité trahie. Mais il est aussi un miroir. Un miroir qui nous renvoie notre propre image, déformée, grotesque, mais toujours reconnaissable. Et dans ce miroir, nous pouvons choisir de voir la vérité : nous ne sommes pas des esclaves, nous ne sommes pas des moutons, nous ne sommes pas des chiffres. Nous sommes des hommes et des femmes, et nous méritons mieux que cette danse macabre des millions.
Analogie finale :
Ils sont là, les rois sans couronne, les dieux sans temple, les maîtres sans visage. Ils flottent au-dessus de nous comme des nuages lourds de pluie acide, leurs ombres s’étirant sur nos vies minuscules. Leurs palais sont des forteresses de verre, leurs coffres des abîmes sans fond, leurs sourires des masques de cire. Ils parlent de croissance, d’innovation, de progrès, mais leurs mots sont des serpents qui sifflent dans la nuit. Ils nous vendent des rêves en boîte, des bonheurs en kit, des vies en promo, et nous, les idiots, les naïfs, les éternels enfants, nous achetons. Nous achetons tout : les voitures, les maisons, les diplômes, les amours, les révoltes, les silences. Nous achetons même notre propre soumission, comme on achète un billet de loterie en espérant gagner le gros lot, alors que le vrai jackpot, c’est eux qui l’ont déjà empoché.
Mais quelque part, dans l’ombre d’une rue, dans le coin d’une page, dans le creux d’une main, il y a une étincelle. Une étincelle qui refuse de mourir, qui danse, qui brûle, qui consume. Elle est là, cette étincelle, dans le rire d’un enfant qui joue avec un bâton, dans le chant d’un oiseau qui défie le ciel, dans le silence d’un vieux qui regarde passer les trains. Elle est là, et elle attend. Elle attend le moment où nous ouvrirons les yeux, où nous briserons les chaînes, où nous crierons assez. Assez de mensonges, assez d’exploitation, assez de cette comédie grotesque où nous jouons les figurants dans le grand théâtre des milliardaires. Elle attend, cette étincelle, et elle sait. Elle sait que la nuit ne dure jamais, que l’hiver finit toujours par céder la place au printemps, que les tyrans tombent, que les murs s’effritent, que les fortunes s’envolent comme des feuilles mortes. Elle sait que nous sommes plus forts que leurs milliards, plus vivants que leurs palais, plus vrais que leurs sourires de cire. Elle sait, et elle nous attend. Alors, quand le moment viendra, quand le rideau se lèvera pour la dernière fois, nous serons là. Pas en spectateurs, pas en victimes, mais en acteurs. En hommes et en femmes libres, enfin.