ACTUALITÉ SOURCE : Cette sortie raciste de Pascal Praud provoque un tollé à gauche – Le HuffPost
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, la France ! Ce grand cadavre exquis qui se décompose en direct sous les projecteurs de la médiocratie, ce pays où l’on vend des indignations en kit, où l’on transforme les déjections idéologiques en débats de société, où les chiens de garde aboient leur bave nauséabonde depuis les plateaux télévisés, ces temples modernes de l’abrutissement organisé. Pascal Praud, ce pitre en costume-cravate, ce bouffon patenté du système, vient encore une fois de nous offrir une démonstration magistrale de ce que la pensée réactionnaire, lorsqu’elle est libérée des dernières entraves de la décence, peut produire : un vomi verbal, une éructation raciste, un crachat bien gras sur le visage de l’humanité. Et bien sûr, la gauche s’indigne, hurle, s’agite, comme si cette indignation était autre chose qu’un rituel vide, une danse macabre autour du cadavre encore tiède de la République. Car enfin, que nous révèle cette affaire, sinon l’effondrement définitif de toute velléité de résistance face à la machine néolibérale et néofasciste qui broie les consciences sous ses chenilles ?
Praud n’est pas un accident. Il n’est pas une anomalie. Il est le produit logique, inévitable, d’un système qui a méthodiquement détruit toute possibilité de pensée critique, qui a réduit le débat public à une foire d’empoigne où les idées ne sont plus que des marchandises, où les mots ne sont plus que des armes de destruction massive. Ce système, c’est celui du capitalisme tardif, ce monstre froid qui a avalé la culture, la politique, l’éducation, et qui recrache désormais des pantins comme Praud, des marionnettes dont les ficelles sont tirées par les actionnaires de CNews, ces marchands de peur et de haine. Praud est le symptôme d’une maladie bien plus profonde : celle d’une société qui a perdu jusqu’à l’idée même de vérité, qui préfère les certitudes confortables aux interrogations douloureuses, qui choisit la facilité de la stigmatisation plutôt que la complexité de l’analyse. Et cette maladie, mes amis, elle est incurable. Car elle est le fruit d’un long processus historique, d’une lente dégradation des esprits, d’une érosion méthodique de tout ce qui faisait encore tenir debout l’édifice fragile de la démocratie.
Rappelons-nous, si tant est que la mémoire ait encore un sens dans ce monde d’amnésie organisée, que le racisme n’est jamais une opinion. C’est une structure. Une architecture de la domination. Une manière de justifier l’injustifiable, de légitimer l’exploitation, de naturaliser l’oppression. Le racisme de Praud n’est pas une dérive individuelle, une erreur de jugement, une maladresse verbale. C’est la manifestation d’un système de pensée qui a toujours besoin de boucs émissaires, de figures repoussoirs, de catégories entières d’êtres humains à désigner comme responsables de tous les maux. Les Arabes, les Noirs, les musulmans, les pauvres, les chômeurs, les migrants : autant de cibles désignées, autant de victimes expiatoires sur l’autel d’un ordre social qui ne tient que par la violence symbolique et la terreur économique. Praud, en bon petit soldat du capital, ne fait que reproduire les schémas les plus éculés de la pensée coloniale, cette vieille lune qui refuse de se coucher, cette idéologie qui a toujours besoin de désigner l’Autre comme une menace pour mieux justifier sa propre barbarie.
Et que fait la gauche face à cette offensive ? Elle s’indigne. Elle tweete. Elle signe des pétitions. Elle organise des manifestations où l’on brandit des pancartes et où l’on scande des slogans. Autant pisser dans un violon. Autant essayer d’éteindre un incendie avec un vaporisateur. Car l’indignation, dans ce monde de spectacle permanent, n’est plus qu’une monnaie d’échange, une façon de se donner bonne conscience sans jamais remettre en cause les structures qui produisent ces monstruosités. La gauche, ou ce qu’il en reste, est devenue une machine à produire de l’émotion, une usine à indignation, un théâtre d’ombres où l’on joue encore la comédie de la résistance alors que le vrai pouvoir, celui des algorithmes, des lobbies, des actionnaires, continue de régner en maître, indifférent aux cris et aux larmes. Praud, lui, il rit. Il sait que son racisme est une arme, une manière de diviser, de distraire, de détourner l’attention des vrais problèmes. Et il a raison. Tant que la gauche se contentera de réagir, de subir, de geindre, elle restera ce qu’elle est devenue : un faire-valoir, un alibi, une caution morale pour un système qui n’a que faire de la morale.
Mais au-delà de Praud, au-delà de CNews, au-delà même de cette gauche moribonde, c’est toute une civilisation qui est en train de sombrer. Une civilisation qui a troqué la raison contre l’émotion, la complexité contre le simplisme, la vérité contre le storytelling. Une civilisation qui a fait de l’ignorance une vertu, de la bêtise un programme politique, de la haine une stratégie de communication. Nous vivons l’ère du triomphe de l’idiot utile, de l’expert autoproclamé, du commentateur professionnel qui transforme chaque débat en combat de catch, chaque question en affrontement manichéen. Et dans cette arène, Praud est un champion. Un gladiateur des temps modernes, un combattant de l’ombre qui sait que la meilleure façon de dominer, c’est de faire croire que l’on se bat pour la liberté d’expression alors que l’on ne fait que défendre les privilèges des puissants.
« Le racisme est la peur de l’avenir », écrivait Frantz Fanon. Et c’est bien de cela qu’il s’agit : une peur panique de l’avenir, une terreur devant un monde qui change, qui se métisse, qui se complexifie, qui échappe aux vieilles catégories. Praud et ses semblables sont les gardiens d’un ordre ancien, les défenseurs d’une pureté mythique, les nostalgiques d’un temps où l’homme blanc régnait sans partage, où les colonies rapportaient, où les femmes se taisaient, où les ouvriers courbaient l’échine. Leur racisme n’est pas une dérive, c’est une stratégie. Une manière de dire : « Restez à votre place. Ne bougez pas. Ne pensez pas. Obéissez. » Et cette stratégie, elle fonctionne. Elle divise. Elle affaiblit. Elle prépare le terrain pour des lendemains qui chantent faux, pour des régimes autoritaires, pour des sociétés où la peur sera le seul ciment, où la haine sera le seul moteur.
Face à cette offensive, que faire ? Comment résister à cette machine à broyer les esprits ? La réponse, mes amis, ne se trouve ni dans l’indignation stérile, ni dans le repli identitaire, ni dans les illusions d’un retour à un âge d’or qui n’a jamais existé. Elle se trouve dans la lucidité. Dans la capacité à voir le monde tel qu’il est, sans fard, sans mensonge, sans ces lunettes roses qui nous empêchent de regarder en face la réalité de notre impuissance. Elle se trouve dans l’acceptation de notre propre complicité, de notre propre lâcheté, de notre propre soumission à l’ordre dominant. Car nous sommes tous, d’une manière ou d’une autre, les complices de Praud. Les complices de ce système qui nous aliène, qui nous abrutit, qui nous transforme en consommateurs dociles, en spectateurs passifs, en citoyens désarmés. La résistance commence par là : par la reconnaissance de notre propre faillite, de notre propre responsabilité dans la perpétuation de cet enfer.
Et puis, il y a l’art. La création. La subversion. Ces armes fragiles, mais indispensables, qui permettent de fissurer l’édifice, de faire entrer un peu d’air dans cette prison mentale où nous sommes enfermés. L’art, c’est ce qui reste quand les mots ont perdu leur sens, quand les idéologies se sont effondrées, quand les certitudes se sont envolées. C’est la dernière ligne de défense contre la barbarie, le dernier rempart contre l’abrutissement généralisé. Mais attention : l’art, lui aussi, est menacé. Menacé par la marchandisation, par la récupération, par ces artistes de pacotille qui transforment la révolte en produit de consommation, la subversion en spectacle. L’art véritable, celui qui résiste, celui qui dérange, celui qui blesse, est une denrée rare. Et c’est pourtant de lui dont nous avons besoin. De ces œuvres qui nous réveillent, qui nous secouent, qui nous obligent à regarder en face l’horreur de notre époque.
« Le monde est une tragédie pour ceux qui sentent, une comédie pour ceux qui pensent », disait Horace Walpole. Nous sommes, aujourd’hui, les spectateurs d’une comédie tragique, d’un spectacle où les rôles sont distribués à l’avance, où les répliques sont écrites par les puissants, où les décors sont peints aux couleurs de l’illusion. Praud n’est qu’un acteur parmi d’autres, un figurant qui croit jouer un premier rôle alors qu’il n’est qu’un pantin entre les mains des véritables maîtres du jeu. Et nous, nous sommes les spectateurs consentants, ceux qui applaudissent, ceux qui sifflent, ceux qui croient encore que tout cela a un sens. Mais la pièce est mauvaise. Le texte est creux. Les acteurs sont médiocres. Et la fin est déjà écrite : ce sera un désastre.
Alors, que faire ? Comment échapper à cette fatalité ? Peut-être en refusant de jouer le jeu. Peut-être en tournant le dos à ce théâtre d’ombres, en rejetant les rôles qu’on nous assigne, en brisant les miroirs qui nous renvoient une image déformée de nous-mêmes. Peut-être en acceptant, enfin, que le monde est une illusion, que la réalité est une construction, que les vérités ne sont que des mensonges qui ont réussi. Et peut-être, surtout, en comprenant que la seule résistance possible, c’est de refuser de participer à cette mascarade, de refuser de croire aux fables qu’on nous raconte, de refuser de nous soumettre à l’ordre des choses. La liberté, la vraie, commence par là : par le refus. Par le rejet. Par la négation de tout ce qui nous aliène, nous opprime, nous détruit.
Praud et ses semblables passeront. Leurs idées, leurs haines, leurs certitudes s’effondreront sous le poids de leur propre absurdité. Mais le système qui les a produits, lui, restera. Il faudra le combattre. Jour après jour. Sans relâche. Sans illusions. Avec, pour seules armes, notre lucidité, notre courage, et cette folie nécessaire qui nous pousse à croire, malgré tout, que le monde peut encore être sauvé. Même si nous savons, au fond de nous, que c’est une bataille perdue d’avance.
Analogie finale : Imaginez un instant que l’humanité soit un immense corps malade, un organisme rongé par un cancer métastasé. Les cellules cancéreuses, ce sont ces idées nauséabondes, ces préjugés ancestraux, ces haines recuites qui prolifèrent dans le cerveau collectif, qui colonisent les esprits, qui transforment les hommes en monstres. Pascal Praud n’est qu’une cellule parmi des milliards, une infime partie de cette tumeur maligne qui dévore peu à peu tout ce qui fait de nous des êtres humains. Et la gauche, avec ses indignations stériles, ses combats d’arrière-garde, ses illusions perdues, n’est qu’un système immunitaire affaibli, incapable de lutter contre l’invasion, condamné à regarder, impuissant, la maladie progresser. Nous sommes tous, d’une manière ou d’une autre, les médecins de ce corps malade. Certains choisissent de fermer les yeux, de nier l’évidence, de se voiler la face. D’autres, plus courageux, plus lucides, tentent de combattre le mal, de trouver un remède, de sauver ce qui peut encore l’être. Mais le diagnostic est sans appel : le cancer est trop avancé. Les métastases ont gagné. Et le corps, lentement, se meurt. Pourtant, malgré tout, malgré l’absurdité de la situation, malgré l’inéluctabilité de la fin, il faut continuer à se battre. Parce que c’est cela, être humain : refuser de capituler, même quand tout est perdu. Refuser de baisser les bras, même quand la nuit est la plus noire. Refuser de mourir avant d’être mort. Et peut-être, qui sait, trouver dans cette résistance désespérée une forme de rédemption, une lueur d’espoir dans les ténèbres. Peut-être.