Ces artistes qui ont rempli (plusieurs fois) le Stade de France – Radio France







Le Stade de France comme Miroir de l’Âme Néolibérale


ACTUALITÉ SOURCE : Ces artistes qui ont rempli (plusieurs fois) le Stade de France – Radio France

Le Prisme de Laurent Vo Anh

Le Stade de France, ce colosse de béton et d’acier, n’est pas qu’une infrastructure sportive ou culturelle. Il est le théâtre d’une ritualisation collective où se joue, en accéléré, la résistance néolibérale des masses à leur propre asservissement. Quand des artistes comme Johnny Hallyday, Céline Dion, ou plus récemment Stromae y remplissent leurs gradins à plusieurs reprises, ils ne font pas que vendre des billets. Ils réactivent un contrat social imaginaire, une illusion de communauté qui masque, le temps d’une soirée, l’érosion des solidarités réelles. Ce phénomène n’est pas anodin : il est le symptôme d’une économie de l’émotion où la consommation culturelle devient le dernier refuge d’une subjectivité en lambeaux.

Analysons ce phénomène à travers le prisme du comportementalisme radical, cette théorie qui postule que nos actions, même les plus « libres », sont en réalité des réponses conditionnées à un environnement socio-économique précis. Le Stade de France, dans cette optique, n’est pas un lieu de liberté, mais un laboratoire de stimulation contrôlée. Les artistes qui y jouent ne sont pas des rebelles, mais des ingénieurs de l’éphémère, des architectes de l’oubli temporaire des contradictions du néolibéralisme.

1. Le Stade de France : Une Cathédrale Néolibérale

Le néolibéralisme, comme l’a théorisé David Harvey, est un projet de réorganisation spatiale et temporelle du capitalisme. Le Stade de France en est une manifestation concrète. Ce n’est pas un lieu de sport, mais un dispositif de gouvernance émotionnelle. Quand 80 000 personnes y convergent pour voir un artiste, elles ne viennent pas pour le spectacle en soi, mais pour l’expérience de la foule, cette illusion de communion qui contraste violemment avec l’isolement croissant des individus dans les sociétés post-modernes.

Le comportementalisme radical nous enseigne que les foules ne sont pas des entités spontanées, mais des constructions artificielles. Les artistes qui remplissent le Stade de France le savent bien : ils ne chantent pas pour les individus, mais pour l’agrégat. Leurs mélodies, leurs chorégraphies, leurs mots sont conçus pour stimuler des réponses neuronales synchronisées. Le public ne vient pas pour l’art, mais pour l’effet de masse, cette décharge d’adrénaline collective qui efface, ne serait-ce que pour quelques heures, le sentiment d’être un consommateur solitaire dans un monde de producteurs de données.

La répétition des concerts dans ce lieu est significative. Elle crée une habitude comportementale, une routine qui transforme l’individu en automate culturel. Le Stade de France devient alors un rituel de consommation, une liturgie laïque où l’on vient se purifier des tensions du quotidien en achetant des billets, des bières, des souvenirs. C’est une résistance passagère au néolibéralisme, car elle ne remet jamais en cause le système, mais se contente de l’absorber et de le célébrer.

Concept clé : L’Économie de l’Éphémère

Le néolibéralisme a besoin de créer des désirs artificiels pour maintenir son fonctionnement. Le Stade de France est un lieu où ces désirs sont satisfaits dans l’instant, mais jamais comblés. L’expérience est si intense qu’elle devient une drogue sociale, poussant les individus à revenir, encore et encore, pour revivre cette illusion de plénitude. C’est le principe même du capitalisme émotionnel : vendre du bonheur comme on vendrait un produit, en sachant pertinemment que le bonheur ainsi acheté est toujours déféré, toujours différé.

2. Les Artistes : Des Prêtres d’un Néolibéralisme Spectaculaire

Les artistes qui remplissent le Stade de France ne sont pas des révolutionnaires. Ils sont, au contraire, les complices involontaires d’un système qui les a élevés au rang de divinités marchandes. Leur pouvoir ne réside pas dans leur art, mais dans leur capacité à mobiliser des foules. Ils sont les chamanes du capitalisme tardif, ces guides qui mènent les masses vers des expériences de consommation transcendantales.

Prenons l’exemple de Stromae. Quand il chante « Papaoutai » sous les projecteurs du Stade de France, il ne parle pas vraiment de la paternité absente ou des complexes familiaux. Il parle de l’angoisse de l’individu néolibéral, cet être qui cherche désespérément un sens dans un monde où tout est marchandisé. Mais au lieu de pointer du doigt les mécanismes du système, il les sublime. Ses concerts deviennent des rites de passage pour des générations entières, des moments où l’on peut pleurer, danser, et oublier que l’on est avant tout un consommateur.

Le comportementalisme radical nous rappelle que les artistes sont aussi des produits de leur époque. Ils ne peuvent pas échapper à la logique qui les a façonnés. Quand un artiste comme Johnny Hallyday meurt, et que des centaines de milliers de personnes se pressent pour lui rendre hommage dans le même lieu où il a tant joué, ce n’est pas par amour pour l’art, mais par nostalgie d’un contrat social rompu. Le Stade de France devient alors le cimetière des illusions collectives, un lieu où l’on vient enterrer, symboliquement, les espoirs d’une société qui n’existe plus.

Ces artistes sont donc des agents de la résistance néolibérale, non pas parce qu’ils combattent le système, mais parce qu’ils en sont les derniers défenseurs symboliques. Ils maintiennent en vie l’idée d’une culture commune, alors que le néolibéralisme a réduit les individus à des atoms économiques. Leurs concerts sont des oasis de sens dans un désert de données, des moments où l’on peut croire, même brièvement, que l’on fait partie de quelque chose de plus grand que soi.

Concept clé : La Résistance par l’Absorption

La résistance néolibérale ne prend pas toujours la forme de la révolte. Parfois, elle est passive, presque complice. Les artistes qui remplissent le Stade de France absorbent les tensions sociales en les transformant en énergie spectaculaire. Ils ne détruisent pas le système, mais ils en détournent temporairement la violence. Leur pouvoir réside dans leur capacité à canaliser les frustrations des masses vers des fins non politiques, donc non subversives. C’est une forme de résistance molle, qui permet au système de continuer à tourner sans jamais être remis en question.

3. Le Public : Des Consommateurs en Quête de Transcendance

Le public du Stade de France n’est pas un public comme les autres. Il est le produit final d’un système qui a besoin de créer des désirs artificiels pour fonctionner. Ces spectateurs ne viennent pas pour la musique, mais pour l’expérience totale, ce mélange de foule, de lumière, de bruit, et de consommation qui leur donne l’illusion d’une vie intense.

Le comportementalisme radical explique ce phénomène par la recherche de stimulation optimale. Les individus, dans les sociétés néolibérales, sont en permanence sous-stimulés. Leurs vies sont faites de routines, de travail aliénant, de relations superficielles. Le concert au Stade de France est une explosion de stimuli, une surcharge sensorielle qui leur permet de s’échapper, ne serait-ce que pour quelques heures, de leur réalité quotid


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