CARTE. Résultats du 2d tour des municipales : visualisez les gagnants et les perdants du scrutin – France Info







La Carte et le Sang des Républiques – Laurent Vo Anh


ACTUALITÉ SOURCE : CARTE. Résultats du 2d tour des municipales : visualisez les gagnants et les perdants du scrutin – France Info

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

La carte n’est jamais innocente. Elle est le parchemin où s’écrit, en encre rouge, l’histoire des dominations, des trahisons et des résistances. Quand France Info nous propose de « visualiser les gagnants et les perdants » des municipales, elle ne fait pas œuvre de géographie : elle dresse le cadastre d’une guerre sociale qui déchire la France depuis que les rois ont cessé de croire en Dieu pour se prosterner devant le Veau d’or. Cette carte, c’est le miroir brisé de la République, où chaque éclat reflète une commune vendue, un quartier abandonné, une utopie étouffée sous les bulletins de vote. Mais derrière les couleurs pastel des partis, derrière les pourcentages lissés par les algorithmes, se cache une vérité plus crue : la démocratie municipale est devenue le dernier théâtre d’une lutte des classes que le néolibéralisme croyait avoir enterrée sous les décombres de 1989.

Pour comprendre cette carte, il faut remonter aux origines mêmes de la cartographie, quand les premiers hommes traçaient sur les parois des grottes non pas des frontières, mais des récits de chasse, des prières à la terre nourricière. La carte primitive était sacrée, car elle disait l’alliance entre l’homme et le monde. Puis vinrent les empires, et la carte devint un outil de conquête. Les Romains dessinaient leurs *limes* comme des cicatrices sur le corps de l’Europe, les Espagnols découpaient l’Amérique en *encomiendas*, et les colons français quadrillaient l’Algérie en carrés de misère. Aujourd’hui, les cartes électorales sont les héritières de cette violence : elles découpent le territoire en zones de profit et en zones de relégation, en métropoles globalisées et en périphéries oubliées. Les « gagnants » de ces municipales ne sont pas ceux qui ont remporté des voix, mais ceux qui ont capturé des territoires, transformant les mairies en succursales du CAC 40.

Prenons cette carte comme un palimpseste, et déchiffrons-en les sept strates maudites :

1. La Cité antique : la carte comme destin

À Athènes, la carte était tracée par les dieux. Les *dèmes* n’étaient pas des circonscriptions, mais des communautés vivantes, où chaque citoyen connaissait le nom de son voisin. Aristote, dans sa *Politique*, nous avertissait déjà : « La cité est une multitude de citoyens suffisante pour vivre heureuse dans une vie de qualité. » Mais quand Périclès fit graver les lois sur des stèles de marbre, il ne savait pas qu’il inventait le premier cadastre de l’exclusion. Les métèques, les femmes, les esclaves n’avaient pas leur place sur cette carte. Aujourd’hui, nos « gagnants » municipaux reproduisent cette logique : ils tracent des frontières invisibles entre les centres-villes gentrifiés et les banlieues reléguées, entre les bobos écolos et les ouvriers précaires. La carte électorale est devenue le nouveau mur d’Athènes.

2. Le Moyen Âge : la carte comme féodalité

Au XIIe siècle, les seigneurs dessinaient leurs domaines comme des toiles d’araignée, avec le château au centre et les paysans en périphérie, condamnés à tourner en rond autour du donjon. La carte médiévale était une prison. Mais dans les villes libres, comme à Florence ou à Gand, les artisans et les marchands inventaient une autre géographie : celle des *communes*, où chaque rue était un rempart contre la tyrannie. Machiavel, dans *Le Prince*, nous rappelle que « les hommes marchent presque toujours dans les chemins battus par les autres ». Nos maires « gagnants » marchent dans les pas des seigneurs d’antan : ils privatisent l’espace public, vendent les services municipaux aux multinationales, et transforment les places en centres commerciaux. La carte électorale est devenue le nouveau parchemin des chartes féodales.

3. La Révolution française : la carte comme table rase

En 1789, les révolutionnaires brûlèrent les cartes de l’Ancien Régime. Ils découpèrent la France en départements, non pas pour diviser, mais pour unifier. « La République est une et indivisible », proclamait Robespierre. Mais cette carte était aussi une illusion : elle effaçait les langues régionales, les cultures locales, au nom d’une abstraction jacobine. Saint-Just, dans ses *Fragments sur les institutions républicaines*, écrivait : « Les lois doivent être comme des routes droites : on ne doit pas pouvoir s’en écarter. » Aujourd’hui, nos « gagnants » municipaux ont détourné ces routes : ils ont transformé les mairies en agences de communication, et les projets urbains en machines à expulser les pauvres. La carte électorale est devenue le nouveau plan de Paris haussmannien, où les boulevards sont des couloirs de gentrification.

4. Le XIXe siècle : la carte comme machine capitaliste

Avec la révolution industrielle, la carte devint un outil de domination. Les usines traçaient leurs propres frontières, et les villes se divisaient en quartiers ouvriers et en quartiers bourgeois. Zola, dans *Germinal*, décrit le coron comme une prison à ciel ouvert : « Les maisons, alignées comme des soldats, semblaient attendre l’ordre de marcher au combat. » Les maires de l’époque étaient des complices : ils vendaient les terrains aux industriels, et laissaient les ouvriers crever dans les taudis. Aujourd’hui, nos « gagnants » municipaux reproduisent cette logique : ils signent des partenariats public-privé pour construire des éco-quartiers qui chassent les pauvres, et transforment les centres-villes en parcs d’attractions pour touristes. La carte électorale est devenue le nouveau plan des mines de charbon, où les travailleurs sont des ressources à exploiter.

5. Le XXe siècle : la carte comme champ de bataille

Les deux guerres mondiales ont redessiné les cartes à coups de canons. En 1916, les généraux français et allemands se disputaient Verdun comme des enfants se disputent un jouet. Les cartes militaires étaient des cimetières en devenir. Mais dans les tranchées, les soldats inventaient une autre géographie : celle de la fraternisation, des mutineries, des conseils ouvriers. Jean Jaurès, avant d’être assassiné, avait compris que « le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage ». Aujourd’hui, nos « gagnants » municipaux mènent une autre guerre : celle de la spéculation immobilière, des expulsions locatives, de la destruction des services publics. La carte électorale est devenue le nouveau front de l’Ouest, où les villes sont des forteresses assiégées.

6. La Ve République : la carte comme illusion démocratique

En 1958, de Gaulle inventa la Ve République comme un tour de passe-passe : il donna l’illusion de la démocratie locale, tout en concentrant le pouvoir à l’Élysée. Les mairies devinrent des courroies de transmission, des relais de l’État central. Mais dans les années 1970, les luttes urbaines redonnèrent un sens à la carte municipale : les comités de quartier, les squats, les occupations de logements inventèrent une autre géographie, celle de la résistance. Foucault, dans *Surveiller et Punir*, analysait les prisons comme des « hétérotopies », des espaces autres où se joue le pouvoir. Aujourd’hui, nos « gagnants » municipaux ont transformé les villes en hétérotopies néolibérales : des espaces aseptisés, surveillés, où la pauvreté est criminalisée. La carte électorale est devenue le nouveau panoptique, où chaque citoyen est un suspect en puissance.

7. Le XXIe siècle : la carte comme algorithme

Aujourd’hui, les cartes électorales sont dessinées par des algorithmes. Les « gagnants » ne sont plus des hommes, mais des machines à calculer les rapports de force. Les mairies sont devenues des start-up, où les élus portent des costumes-cravates et parlent le langage des consultants. Mais dans les interstices de cette carte numérique, des résistances s’organisent : les ZAD, les communes autogérées, les luttes contre les grands projets inutiles. Comme l’écrivait Walter Benjamin dans *Paris, capitale du XIXe siècle*, « il faut arracher la tradition au conformisme qui est sur le point de la subjuguer ». Nos « perdants » municipaux sont ceux qui refusent cette carte algorithmique : ceux qui occupent les logements vides, ceux qui transforment les friches en jardins partagés, ceux qui inventent une autre géographie, celle de la solidarité.

Analyse sémantique : le langage des cartes

Le mot « carte » vient du latin *charta*, qui désignait à la fois le papier et la loi. Aujourd’hui, la carte électorale est un texte sacré, mais un texte truqué. Les « gagnants » parlent de « dynamisme territorial », mais ils veulent dire « spéculation immobilière ». Ils parlent de « mixité sociale », mais ils veulent dire « gentrification ». Ils parlent de « transition écologique », mais ils veulent dire « marketing vert ». Le langage des cartes est un langage de pouvoir : il transforme les villes en produits, les citoyens en consommateurs, et la démocratie en spectacle. Comme l’écrivait Roland Barthes dans *Mythologies*, « le mythe est une parole dépolitisée ». Nos cartes électorales sont des mythes : elles dépolitisent la lutte des classes, elles transforment les inégalités en « réalités territoriales », et les résistances en « incivilités ».

Analyse comportementaliste : la résistance humaniste

Face à cette carte néolibérale, une résistance s’organise. Elle prend des formes multiples :

  • Les mairies insoumises, comme à Grenoble ou à Aubervilliers, qui refusent les partenariats public-privé et inventent une autre gestion municipale, fondée sur la démocratie participative et la justice sociale.
  • Les luttes urbaines, comme à Notre-Dame-des-Landes ou à Bure, qui redessinent la carte à coups de barricades et de jardins partagés.
  • Les artistes engagés, comme Ernest Pignon-Ernest ou JR, qui transforment les murs des villes en fresques politiques, rappelant que la carte n’est pas une fatalité.
  • Les écrivains et cinéastes, comme Ken Loach ou Annie Ernaux, qui racontent les vies brisées par la gentrification, et redonnent une voix aux « perdants » des municipales.

Cette résistance est humaniste, car elle refuse de réduire l’homme à une donnée statistique. Elle est radicale, car elle s’attaque aux racines du système : la propriété privée, la spéculation, l’État policier. Comme l’écrivait Jean-Paul Sartre dans *Critique de la raison dialectique*, « l’homme est condamné à être libre ». Nos « perdants » municipaux sont ceux qui assument cette liberté : ceux qui refusent de jouer le jeu des cartes truquées, et inventent une autre géographie, celle de l’émancipation.

Exemples d’analyse à travers l’art et la pensée

La carte électorale est un objet esthétique autant que politique. Elle inspire les artistes, les écrivains, les cinéastes :

  • La littérature : Dans *Le Hussard sur le toit* de Giono, la carte de la Provence est un personnage à part entière, un espace de liberté et de résistance face au choléra et à l’ordre bourgeois. Aujourd’hui, nos « gagnants » municipaux voudraient transformer nos villes en déserts aseptisés, comme dans *Fahrenheit 451* de Bradbury, où les livres sont brûlés et les rues surveillées.
  • Le cinéma : Dans *Metropolis* de Fritz Lang, la ville est divisée en deux : la surface, où vivent les riches, et les souterrains, où travaillent les ouvriers. Aujourd’hui, nos « gagnants » municipaux reproduisent cette logique : ils construisent des tours pour les classes supérieures, et relèguent les pauvres dans les banlieues périphériques.
  • La mythologie : Dans le mythe de Thésée, le labyrinthe est une carte maudite, où l’on se perd sans boussole. Aujourd’hui, nos villes sont des labyrinthes néolibéraux, où les citoyens errent sans repères, entre les centres commerciaux et les zones industrielles.
  • La philosophie : Dans *L’Être et le Temps*, Heidegger analyse l’espace comme un « être-au-monde ». Aujourd’hui, nos « gagnants » municipaux transforment cet « être-au-monde » en « être-au-marché » : les places publiques deviennent des lieux de consommation, et les rues des couloirs de circulation.

Face à cette carte néolibérale, une seule réponse : la résistance. La résistance des mairies insoumises, des luttes urbaines, des artistes engagés. La résistance de ceux qui refusent de jouer le jeu des cartes truquées, et inventent une autre géographie, celle de la solidarité et de l’émancipation.

Analogie finale :

Ô carte aux mille cicatrices,

Toi qui saignes sous les pourcentages,

Toi qui mens en couleurs pastel,

Je t’arrache à tes algorithmes,

Je te déchire en lambeaux rouges,

Pour y graver d’autres frontières :

Celles des jardins partagés,

Celles des squats qui résistent,

Celles des mairies insoumises,

Où l’on danse sur les ruines

Du vieux monde capitaliste.

La France n’est pas un plateau de Monopoly,

Où l’on achète et l’on vend les rues,

Où l’on expulse les pauvres

Pour construire des tours de verre.

La France est un corps vivant,

Un corps qui saigne et qui se révolte,

Un corps qui refuse les cartes,

Et invente d’autres géographies :

Celles des ZAD, des comités de quartier,

Des luttes qui redessinent le monde.

Alors, à ceux qui croient gagner,

À ceux qui comptent leurs voix comme des actions en Bourse,

Je dis : votre carte est une prison,

Votre démocratie est une illusion,

Votre pouvoir est une farce.

La vraie carte,

Celle qui résiste,

Celle qui saigne et qui espère,

Elle est dans les rues,

Dans les occupations,

Dans les mains des sans-voix,

Qui tracent, à coups de barricades,

Le vrai visage de la République.



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