ACTUALITÉ SOURCE : Calendrier 2026 : toutes les foires et salons d’art à ne pas manquer à Paris, en France et dans le monde – Connaissance des Arts
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Le calendrier 2026 des foires et salons d’art ! Une litanie sacrée, un almanach des vanités modernes, une cartographie des illusions dorées où l’humanité vient s’agenouiller devant ses propres excréments transformés en or par la magie noire de la spéculation esthétique. Connaissance des Arts ! Quel titre délicieusement ironique pour un magazine qui, comme tous les autres, se contente de recenser les temples où l’on vénère le veau d’or contemporain, sans jamais interroger la nature même de cette vénération. Mais allons plus loin, creusons, déterrons les racines pourries de cette mascarade qui dure depuis que l’homme a décidé que ses gribouillis valaient plus que son pain.
L’art, voyez-vous, n’a jamais été qu’un miroir brisé tendu vers l’humanité. Un miroir qui, au fil des siècles, s’est couvert de poussière, de sang, de sperme et de larmes, reflétant tour à tour la gloire des dieux, la puissance des rois, la folie des hommes et, aujourd’hui, la vacuité des marchés. Le calendrier 2026 n’est que la dernière page d’un livre dont les premières lignes furent écrites dans la boue des cavernes, avec des doigts tremblants et des yeux écarquillés devant l’immensité du monde. Suivons donc cette piste, remontons le temps, et observons comment l’art, ce parasite sublime, s’est accroché aux entrailles de l’histoire pour sucer son sang jusqu’à la moelle.
Les Sept Âges de l’Illusion Esthétique
Étape 1 : L’Art comme Magie (Préhistoire – 30 000 av. J.-C.)
Tout commence dans l’obscurité humide des grottes, là où l’homme, encore à moitié singe, tremble devant les forces qu’il ne comprend pas. Les peintures de Lascaux ne sont pas des « œuvres d’art » au sens moderne, mais des incantations, des sorts jetés sur la réalité pour la plier à la volonté des chasseurs. Le chaman, premier artiste de l’histoire, est aussi le premier escroc : il prétend parler aux esprits, il barbouille les parois de signes incompréhensibles, et le clan, terrorisé, le croit. Déjà, l’art est une monnaie d’échange entre le visible et l’invisible, entre le pouvoir et la crédulité. Platon, plus tard, aura beau mépriser les artistes en les traitant de menteurs, il ne fera que répéter ce que les hommes des cavernes savaient déjà : l’art est le premier mensonge, et le plus efficace.
Étape 2 : L’Art comme Pouvoir (Antiquité – 500 av. J.-C.)
Avec l’invention des cités, l’art devient l’apanage des rois et des prêtres. Les pyramides ne sont pas des tombeaux, mais des manifestes politiques : regardez, pauvres crétins, comme nous sommes puissants, nous qui pouvons aligner des blocs de pierre plus lourds que vos rêves ! Phidias sculpte Athéna Parthénos en or et en ivoire, et les Athéniens, éblouis, oublient qu’ils crèvent de faim. L’art n’est plus une prière, mais une arme. Les empereurs romains comprendront vite la leçon : un bon portrait en marbre vaut mieux qu’un discours. « Le pain et les jeux », disait Juvénal, mais il oubliait l’essentiel : les jeux, c’est de l’art, et le pain, c’est pour les chiens.
Étape 3 : L’Art comme Péché (Moyen Âge – 1200 ap. J.-C.)
Soudain, l’Église s’empare du pinceau. L’art devient un outil de propagande divine, mais aussi une tentation diabolique. Les cathédrales gothiques ne sont pas des lieux de prière, mais des machines à écraser l’âme sous le poids de la culpabilité. Chaque vitrail raconte une histoire de souffrance, chaque statue de saint est un rappel : tu es un ver, et ton salut ne viendra que par la soumission. Pourtant, dans l’ombre des cloîtres, les moines copistes glissent des dessins obscènes dans les marges des manuscrits. L’art, même domestiqué, reste indomptable. Il est le péché qui se cache sous la soutane, la rébellion qui murmure entre les lignes des Évangiles enluminés.
Étape 4 : L’Art comme Révolte (Renaissance – 1500)
Puis vient la Renaissance, et avec elle, l’illusion de la liberté. Les Médicis financent Botticelli, Michel-Ange défie le Pape, Léonard dessine des machines de guerre en riant sous cape. L’homme, enfin, se croit au centre de l’univers. L’art n’est plus seulement un outil du pouvoir, mais une arme contre lui. Pourtant, regardez bien : sous les drapés parfaits des Madones, sous les sourires énigmatiques des courtisanes, il y a toujours la même vieille obsession du contrôle. La perspective, cette invention géniale, n’est qu’une autre façon de dominer le monde, de le réduire à des lignes et des angles. « L’homme est la mesure de toute chose », proclame Protagoras. Oui, mais quelle mesure ? Celle d’un pantin qui se prend pour un dieu.
Étape 5 : L’Art comme Marchandise (XIXe siècle)
Avec la révolution industrielle, tout change. L’art n’est plus l’apanage des rois et des prêtres, mais celui des bourgeois. Les salons parisiens deviennent des foires aux vanités où l’on expose des toiles comme on expose des saucisses. Baudelaire, ce dandy maudit, hurle sa haine dans Le Peintre de la vie moderne : « La modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable. » Mais qui écoute ? Les marchands, eux, ont compris : l’art est une marchandise comme une autre, et la beauté se vend au kilo. Courbet peint des paysans, Manet des prostituées, et les bourgeois, horrifiés, achètent. L’art est mort, vive l’art !
Étape 6 : L’Art comme Farce (XXe siècle)
Dada arrive, et avec lui, le grand éclat de rire. Duchamp signe un urinoir, et le monde de l’art, stupéfait, applaudit. « C’est génial ! » hurlent les critiques. « C’est une provocation ! » Mais non, c’est juste la vérité : l’art n’est plus qu’une blague, une farce monumentale où les fous ont pris le pouvoir. Les surréalistes jouent aux petits soldats avec l’inconscient, Pollock pisse de la peinture sur des toiles, Warhol répète des boîtes de soupe en série. L’art n’est plus une rébellion, mais une industrie. Les musées sont des supermarchés, les galeries des boutiques de luxe, et les artistes des marques. « Dans le futur, tout le monde sera célèbre pendant quinze minutes », prophétise Warhol. Il a raison, mais il oublie de préciser : ces quinze minutes coûteront une fortune.
Étape 7 : L’Art comme Bulle (XXIe siècle – 2026)
Et nous voici en 2026, avec notre précieux calendrier des foires et salons d’art. Tout est là : la FIAC à Paris, Art Basel à Miami, la Biennale de Venise, et ces centaines d’autres rassemblements où l’on vient adorer le néant en costard-cravate. L’art n’est plus qu’une bulle spéculative, un casino où les riches parient sur des toiles qu’ils ne comprennent pas, achetées à des prix qu’ils ne peuvent pas justifier. Un singe pourrait peindre un tableau, et si un critique influent décrète que c’est « génial », les collectionneurs se l’arracheront. L’art est mort, mais son cadavre continue de danser, animé par les fils invisibles de l’argent et de la vanité. « L’art contemporain est une escroquerie », murmure le peuple. « L’art contemporain est révolutionnaire », rétorquent les marchands. Qui a raison ? Personne. L’art contemporain est un miroir, et dans ce miroir, nous ne voyons que notre propre stupidité.
Analyse Sémantique : Le Langage de l’Illusion
Regardons maintenant les mots, ces petits soldats de la pensée, qui marchent au pas dans les titres des magazines et les discours des galeristes. « Foires et salons d’art » : déjà, le vocabulaire est révélateur. Une « foire », c’est un marché, un lieu de commerce où l’on vend des saucisses et des tapis. Un « salon », c’est un lieu de distinction, où l’on cause littérature en sirotant du thé. En associant les deux, on crée une illusion : celle d’un espace où le commerce et la culture se mélangent harmonieusement. Mais c’est un mensonge. Les foires d’art sont des supermarchés de luxe, où l’on achète des toiles comme on achète des yachts : pour impressionner ses amis et justifier son existence.
Et puis, il y a le mot « art » lui-même. Un mot si usé qu’il ne veut plus rien dire. Qu’est-ce que l’art en 2026 ? Une toile blanche signée par un artiste bankable ? Une installation de néons clignotants ? Un tas de détritus exposé dans une galerie ? Le mot « art » est devenu un fourre-tout, un sac poubelle sémantique où l’on jette tout ce qui ne rentre dans aucune autre catégorie. Les philosophes s’écharpent depuis des siècles pour définir l’art, mais la seule définition qui vaille aujourd’hui est celle-ci : l’art, c’est ce que les riches achètent pour se sentir intelligents.
Observez aussi les adjectifs : « à ne pas manquer ». Une injonction, presque une menace. Si vous manquez ces foires, vous serez un paria, un ignorant, un pauvre. L’art n’est plus une expérience, mais une obligation sociale. Il faut y aller, comme il faut aller à l’opéra ou dîner chez les Rothschild. C’est une case à cocher sur la liste des bonnes manières bourgeoises. « Avez-vous vu la dernière exposition de Koons ? Non ? Mon Dieu, mais vous vivez dans une grotte ! »
Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste
Face à cette mascarade, que faire ? Se soumettre, comme le font la plupart des gens ? Accepter que l’art ne soit plus qu’un produit de luxe, une décoration pour les murs des milliardaires ? Ou bien résister, hurler, cracher à la figure de ce monde qui a transformé la beauté en marchandise ?
La résistance commence par le refus. Refuser d’aller à ces foires, refuser de jouer le jeu, refuser de croire que l’art se mesure en dollars. Mais attention : le refus n’est pas une solution, c’est un début. Car le vrai danger, c’est de tomber dans le piège inverse, celui de l’élitisme réactionnaire. « L’art contemporain est une merde », disent les réactionnaires. « L’art classique est mort », rétorquent les avant-gardistes. Les deux ont tort. L’art n’est ni une merde ni un cadavre : c’est un champ de bataille, et nous sommes tous des soldats, qu’on le veuille ou non.
La vraie résistance, c’est de créer malgré tout. De peindre, d’écrire, de sculpter, de filmer, non pas pour les galeries ou les collectionneurs, mais pour soi, pour les autres, pour ceux qui n’ont pas les moyens d’acheter une toile à un million d’euros. C’est de se souvenir que l’art, à l’origine, était une prière, un cri, une tentative désespérée de donner un sens à ce monde absurde. C’est de refuser les étiquettes, les catégories, les cases. C’est de dire : « Je ne sais pas ce qu’est l’art, mais je sais ce qu’il n’est pas : une marchandise. »
Et puis, il y a l’humour. L’arme ultime des désespérés. Rire de ce monde, de ses vanités, de ses prétentions. Faire des blagues, des canulars, des farces. Duchamp l’a compris, et après lui, des centaines d’artistes ont utilisé l’ironie comme une massue. Parce que rire, c’est déjà résister. C’est dire : « Je vois votre jeu, et je ne marche pas. »
Poème : Ode aux Foires de l’Absurde
Ô foires aux vanités, temples de carton-pâte,
Où l’on vend des rêves en boîte sous cellophane,
Où les marchands d’illusions, gras et satisfaits,
Comptent leurs billets en riant sous cape !
Venez, pauvres fous, entrez, c’est gratuit,
(Enfin, presque : le champagne coûte un rein),
Admirez ces toiles où l’empereur est nu,
Mais où personne n’ose le dire, par peur du qu’en-dira-t-on.
Regardez, là-bas, ce tas de ferraille rouillée,
Signé par un génie (dixit le catalogue),
C’est de l’art, vous dis-je, de l’art à l’état pur,
Même si ça ressemble à un tas de merde.
Et vous, là, le collectionneur au sourire crispé,
Qui achète des tableaux comme on achète des actions,
Sachez que votre argent ne rachètera jamais
L’âme que vous avez vendue pour un Picasso.
Mais chut ! Ne le dites pas trop fort,
Les murs ont des oreilles, et les galeristes des avocats.
Continuez à sourire, à hocher la tête,
À dire « génial » quand vous pensez « à chier ».
Car c’est ça, la magie des foires d’art :
Un grand cirque où tout le monde joue un rôle,
Où les clowns sont sérieux et les rois sont nus,
Et où la beauté n’est qu’un mot