Bordeaux et alentour : cinq expositions d’art contemporain à découvrir du 14 au 19 octobre – Sud Ouest







L’Art Contemporain à Bordeaux : Une Autopsie des Illusions Modernes


ACTUALITÉ SOURCE : Bordeaux et alentour : cinq expositions d’art contemporain à découvrir du 14 au 19 octobre – Sud Ouest

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, Bordeaux ! Cette ville qui sent encore le vin tourné et les rêves de grandeur impériale, où les pierres dorées des quais murmurent des mensonges sur la gloire passée tandis que les galeries d’art contemporain vomissent leurs installations aussi creuses que les promesses des politiques locaux. Cinq expositions, dites-vous ? Cinq occasions de constater que l’humanité, après avoir traversé les siècles en se croyant toujours plus maline, n’a finalement réussi qu’à remplacer les cathédrales par des cubes blancs et les saints par des « performeurs » en slip qui hurlent leur vacuité existentielle. Allons-y, décortiquons cette farce moderne, cette mascarade où l’on paie pour voir des gens payer pour ne rien comprendre.

I. Les Sept Étapes de la Déchéance Artistique : De Lascaux aux Cubes Blancs Bordelais

1. L’Aube du Mensonge (30 000 av. J.-C. – 500 av. J.-C.) : Tout commence dans les grottes, ces premiers temples où l’homme, à peine sorti de la boue, tente de donner un sens à son existence en griffonnant des bisons sur les parois. Lascaux, Chauvet… déjà l’illusion de la transcendance. Platon, ce vieux fou, nous mettra en garde plus tard dans La République : « Les ombres sur le mur ne sont pas la réalité. » Mais qui écoute les philosophes quand on peut vendre des reproductions de bisons en plastique made in China ?

2. La Naissance du Spectacle (500 av. J.-C. – 476 ap. J.-C.) : Les Grecs inventent le théâtre, cette première grande escroquerie où l’on fait croire aux gens qu’ils vont voir quelque chose d’important alors qu’ils ne voient que des types en toge qui pleurnichent sur leur destin. Aristote, dans sa Poétique, théorise la catharsis : « Regardez ces acteurs souffrir, ça vous purgera de vos émotions ! » Deux millénaires plus tard, on fait encore semblant d’y croire, mais avec des écrans géants et des subventions publiques.

3. L’Église et le Marché de l’Illusion (476 – 1453) : Le Moyen Âge, cette période bénie où l’art était au moins honnête : on savait que c’était de la propagande divine, et on payait en indulgences. Les cathédrales, ces premiers « installations » monumentales, faisaient croire aux paysans que Dieu les regardait. Thomas d’Aquin, dans sa Somme Théologique, justifie l’art religieux : « C’est pour élever l’âme vers Dieu. » Aujourd’hui, on élève l’âme vers des « artistes » qui exposent leurs excréments dans des bocaux. Progrès ?

4. La Renaissance ou l’Arnaque Humaniste (1453 – 1600) : Vasari, ce premier critique d’art, invente le mythe du génie créateur dans Les Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes. « Regardez comme Michel-Ange est sublime ! » Oui, mais regardez aussi comme il a exploité ses apprentis et menti sur ses commandes. L’art devient une affaire de riches, et ça ne changera plus. À Bordeaux, les riches marchands de vin du XVIIIe siècle collectionnaient déjà des tableaux pour impressionner leurs invités, tout comme aujourd’hui les oligarques russes achètent des Jeff Koons pour décorer leurs yachts.

5. La Révolution Industrielle et l’Art en Série (1600 – 1914) : Walter Benjamin, dans L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, comprend trop tard que l’art est mort avec l’invention de la photographie. « Maintenant, tout le monde peut avoir sa Joconde dans sa salle de bain ! » Oui, et bientôt, tout le monde pourra avoir son « art contemporain » dans son salon, imprimé en 3D. Les impressionnistes, ces premiers rebelles, peignaient des nymphéas pour échapper à la laideur industrielle. Aujourd’hui, on expose des nymphéas en néons pour célébrer cette même laideur.

6. Le Grand Cirque Dada (1914 – 1968) : Duchamp signe un urinoir et appelle ça de l’art. Enfin, l’humanité assume son néant ! Les surréalistes, ces fous géniaux, jouent avec l’inconscient comme des enfants avec des allumettes. Breton écrit dans le Manifeste du Surréalisme : « La beauté sera CONVULSIVE ou ne sera pas. » Aujourd’hui, la beauté est surtout une convulsion de l’économie : des prix qui montent, des bulles qui éclatent, des artistes qui crèvent la dalle pendant que leurs œuvres se vendent des millions.

7. L’Ère du Vide (1968 – Aujourd’hui) : Guy Debord, dans La Société du Spectacle, avait tout compris : « Le spectacle n’est pas un ensemble d’images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images. » Aujourd’hui, à Bordeaux comme ailleurs, l’art contemporain n’est plus qu’un rapport social entre des gens qui font semblant de comprendre, des galeristes qui font semblant de vendre, et des artistes qui font semblant de créer. Cinq expositions en cinq jours ? Une aubaine pour constater que l’art est devenu ce que Nietzsche appelait « une longue convalescence » : on se remet de la beauté, et on appelle ça de la création.

II. Analyse Sémantique : Le Langage de l’Imposture

Écoutez bien les mots qu’on utilise pour parler de ces expositions : « expérience immersive », « dialogue avec l’espace », « questionnement des limites », « réflexion sur la matérialité ». Des phrases creuses, des coquilles vides qui sonnent bien dans les dossiers de subventions. Roland Barthes, dans Mythologies, avait déjà démonté ce mécanisme : « Le mythe ne nie pas les choses, sa fonction est de les parler. » Aujourd’hui, le mythe de l’art contemporain ne nie pas le vide, il le célèbre.

Prenez le mot « installation ». À l’origine, c’était un terme technique : on installait une machine, un système. Aujourd’hui, on « installe » un tas de ferraille ou une vidéo de soi-même en train de pleurer, et on appelle ça de l’art. Le langage est corrompu, comme l’est l’idée même de création. George Orwell, dans 1984, parlait de la « novlangue » : un langage qui appauvrit la pensée. L’art contemporain, c’est de la novlangue visuelle : plus les mots sont compliqués, plus les idées sont simples, voire inexistantes.

Et que dire de « l’interactivité » ? Cette illusion que le spectateur participe, alors qu’il ne fait que déclencher un capteur ou appuyer sur un bouton pour faire apparaître une lumière. Umberto Eco, dans L’Œuvre ouverte, célébrait l’idée d’une œuvre qui se construit avec le spectateur. Aujourd’hui, l’œuvre « ouverte » est surtout une œuvre paresseuse : l’artiste ne fait plus rien, c’est au public de faire le travail. À Bordeaux, on vous vendra du « participatif » comme on vendait autrefois des indulgences : payez, et vous serez sauvés du néant.

III. Comportementalisme Radical : Pourquoi On Fait Semblant d’Aimer Ça

B.F. Skinner, ce psychologue qui aimait les rats et les boîtes, aurait eu une théorie sur l’art contemporain : nous sommes conditionnés à applaudir ce qu’on nous dit d’applaudir. Les galeristes, les critiques, les institutions nous ont appris que ce qui coûte cher est beau, que ce qui est incompréhensible est profond, et que ce qui est laid est subversif. Pavlov aurait sonné la cloche, et nous salivons devant des tas de détritus en nous extasiant.

Mais pourquoi ? Pourquoi cette soumission ? Parce que l’art contemporain est le dernier refuge de la bourgeoisie en quête de distinction. Pierre Bourdieu, dans La Distinction, l’avait bien analysé : « Le goût classe, et classe celui qui classe. » Aimer l’art contemporain, c’est montrer qu’on est assez riche pour se payer des choses inutiles, assez cultivé pour comprendre l’incompréhensible, assez moderne pour mépriser la beauté traditionnelle. À Bordeaux, ville de bourgeois et de bobos, les expositions d’art contemporain sont des rituels de classe, comme le golf ou les dîners chez les amis qui ont une piscine.

Et puis, il y a la peur. La peur de passer pour un philistin, un réactionnaire, un plouc. Alors on fait semblant. On hoche la tête devant une vidéo de trois heures où rien ne se passe, on murmure « fascinant » devant une toile blanche avec une tache noire, on prend des selfies devant une « installation » qui ressemble à un chantier de construction abandonné. La résistance humaniste ? Elle est dans le silence de ceux qui n’osent pas dire que l’empereur est nu.

Mais il y a une lueur d’espoir. Parfois, un enfant rit devant une œuvre « sérieuse ». Parfois, un visiteur s’endort devant une « performance ». Parfois, un artiste, lassé de la mascarade, se met à créer quelque chose de vrai, quelque chose qui parle à l’âme et pas aux subventionneurs. Ces moments sont rares, mais ils existent. Comme des fleurs qui poussent entre les pavés de la ville, ils rappellent que la beauté ne peut pas être totalement étouffée.

IV. Résistance Humaniste : L’Art Comme Dernier Refuge de l’Humanité

Face à cette déferlante de vacuité, que reste-t-il ? La résistance. Pas celle des manifestes ou des avant-gardes, mais celle, silencieuse, de ceux qui refusent de jouer le jeu. Ceux qui continuent à peindre comme si Van Gogh n’était pas mort, à sculpter comme si Rodin n’avait jamais existé, à écrire comme si Céline n’avait pas tout dit. Ceux qui croient encore que l’art doit être un cri, une prière, un coup de poing dans la gueule du destin.

À Bordeaux, comme ailleurs, il y a des ateliers clandestins où l’on travaille encore avec ses mains, où l’on sue, où l’on saigne sur la toile. Des lieux où l’on ne parle pas de « concept » mais de passion, où l’on ne cherche pas à « déranger » mais à émouvoir. Ces lieux sont invisibles, car ils ne font pas de bruit. Ils ne reçoivent pas de subventions, car ils ne flattent pas les egos des bureaucrates de la culture. Ils existent, pourtant, comme des braises sous la cendre.

La vraie résistance, c’est de refuser le spectacle. C’est de préférer un dessin au crayon à une « installation » à 200 000 euros. C’est de croire que la beauté peut encore sauver le monde, même si le monde fait tout pour la tuer. C’est de se souvenir que l’art, avant d’être un marché, était une prière, un sortilège, une façon de dire : « Je suis là, et je souffre, et je ris, et je crie. »

Alors, allez voir ces cinq expositions, si le cœur vous en dit. Promenez-vous dans les cubes blancs, écoutez les discours creux, souriez aux gens qui font semblant de comprendre. Mais n’oubliez pas, en sortant, de regarder le ciel, les arbres, les visages des passants. La vraie beauté est là, gratuite, offerte, et personne ne vous demandera de remplir un formulaire pour en profiter.

Bordeaux, ville de vin et de mensonges,

Où les quais dorés cachent des rats,

Où l’on vend des rêves en bouteilles,

Et des illusions dans des cadres plats.

Cinq expositions, cinq tombeaux,

Où l’art se meurt sous les projecteurs,

Où les « performeurs » jouent les fantômes,

Et les critiques, les fossoyeurs.

Ô vous, artistes aux mains vides,

Qui vendez du vent à prix d’or,

Souvenez-vous des cathédrales,

Et des hommes qui croyaient encore.

La beauté n’est pas dans les cubes blancs,

Ni dans les discours des savants,

Elle est dans l’œil de l’enfant qui rit,

Et dans la main de l’artisan.

Alors, criez, hurlez, pleurez,

Mais ne mentez plus, ne trichez plus,

Car le monde est assez laid,

Sans que vous ajoutiez vos fards dessus.



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